‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 164 sur 206 · Hist., IV · texte numérisé non relu

Hist., IV

Thraséa lui-même n’échappe pas entièrement à ses reproches1, et il se moque gaiement du bon Musonius Rufus, qui avait eu l’imprudence de venir faire une leçon sur la paix à deux armées qui allaient se battre, et qui fut forcé, pour se sauver, « de laisser là au plus vite sa morale intempestive2 ». Il est clair qu’il était de ceux qui accusaient les philosophes de mettre dans leur opposition un peu trop d’entêtement et de vanité. Pour lui, ses visées sont moins hautes et le rôle qu’il ambitionne est plus modeste : « Tâchons, dit-il, de trouver entre la résistance qui se perd et la servilité qui se déshonore une route exempte à la fois de bassesse et de danger3. » Cette route était difficile à tenir sous un Dornitien ; elle devint plus aisée quand l’honnêteté monta sur le trône avec Nerva. L’élection de Trajan surtout combla tous les vœux de Tacite et ne lui laissa rien à regretter dans le passé ou à désirer pour l’avenir 4. Les effusions de joie avec lesquelles il célèbre « l’aurore de ce siècle fortuné 5 » montrent bien qu’il possédait enfin le gouvernement qui lui semblait préférable aux autres, et que sous les plus mauvais empereurs il n’a jamais attendu et souhaité que l’avènement d’un bon prince.

1. Ann., XIV, 12 : sibi causam periculi fecit, ceteris initium libertatis non præbuit.

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