‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 17 sur 206 · Pline, Epist., X · texte numérisé non relu

Pline, Epist., X

un portique et un temple1. Le secret de cette magnificence qui nous étonne, c’est précisément que tout le monde y contribuait; l’État et la commune n’étaient pas seuls chargés des travaux utiles ou des constructions somptueuses, les particuliers en prenaient la plus grande partie. Ils dépensaient leurs immenses fortunes pour laisser de grands souvenirs des magistratures qu’ils avaient exercées ; chacun tenait à faire mieux que les autres, et cette émulation tournait au profit de tous.

Ce qui surprend un peu quand on songe aux dépenses effrayantes que s’imposaient les magistrats municipaux, c’est de voir qu’elles ne parvenaient pas toujours à désarmer les mécontents. Parmi ces hommes qu’on se chargeait ainsi de nourrir et d’amuser, auxquels on élevait des édifices magnifiques , il y en avait qui se plaignaient toujours. Ils avaient l’habitude de comparer les libéralités de l’édile ou du duumvir en fonction avec celles des magistrats qui l’avaient précédé. Malgré le mal qu’on se donnait pour les satisfaire, ils ne trouvaient jamais que le vin ou les gâteaux fussent assez bons, les gladiateurs assez nombreux, les monuments assez splendides. Même en se ruinant pour eux, on ne parvenait pas à les contenter, et ils ne se gênaient pas pour le dire. A la suite d’une inscription qui contient le nom d’un magistrat d’Ulubres, on a trouvé ces mots qu’une autre main avait gravés : « C’est un coquin 2. » Il y a dans la satire de Pétrone une peinture fort amusante d’un de ces mécontents de petite ville. Le portrait est pris sur le vif, et aujourd’hui encore il n’a pas cessé d’être vrai. C’est un de ces hommes qui accusent l’autorité de tous les

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