‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 170 sur 206 · Epist., III, li · texte numérisé non relu

Epist., III, li

310 l’opposition sous les césars.

hiver, étouffant en été sous le poids de la toge, occupés à défendre leur place contre les chiens et les esclaves, jusqu’au moment où la porte s’ouvrait et où ils étaient successivement introduits dans l’atrium. Ils passaient alors en s’inclinant devant le maître, qui leur répondait par un salut dédaigneux, puis recevaient du trésorier, après un examen minutieux, les 10 sesterces (2 francs) qui les faisaient vivre. Ce qu’on sait moins, c’est queJuvénal était de ces clients du matin qui assiégeaient les maisons des riches. On a conservé une pièce de vers très agréable où Martial, de retour enfin dans sa chère Espagne, décrit le repos et le bonheur dont il jouit, et vante à son ami ces longs sommeils par lesquels il se rattrape de trente ans de veilles. «A ce moment peutêtre, lui dit-il, tu te promènes sans repos, mon cher Juvénal, dans la bruyante Suburra ou sur la colline de Diane. Couvert de cette lourde toge qui fait suer, tu te présentes chez les grands seigneurs et tu te fatigues à gravir les rampes du grand et du petit Cœlius l. » Ce n’est pas que Juvénal eût besoin de tendre la main comme les autres ; sa fortune lui permettait de se passer de l’aumône des 10 sesterces, mais il voulait sans doute se faire des protecteurs puissants, il tenait peut-être à se mêler de quelque manière à ce monde somptueux qui n’avait pas d’autre accès pour lui, et ce désir lui faisait braver l’ennui de ces visites matinales. Il a donc supporté toutes ces humiliations qu’il a si souvent dépeintes. Il s’est levé au milieu de la nuit, il s’est habillé en toute hâte de peur d’être devancé par des clients plus zélés, il est parti à moitié vêtu, « il a grimpé au pas de course la montée glaciale des Esquilies, alors

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