‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 172 sur 206 · Mommsen, Insc. regni Neap · texte numérisé non relu

Mommsen, Insc. regni Neap

312 l’opposition scus les césars.

ce tracas, ces ennuis, ces misères dont on se plaint amèrement quand on est forcé de les subir, forment en réalité un charme étrange et puissant auquel on ne peut plus se soustraire. Quelque tristesse qu’on éprouve à y rester, quelque résolution qu’on prenne de s’éloigner d’elles, il faut toujours qu’on revienne y vivre et y mourir! C’est ainsi que ce grand ennemi de Rome qui ne rêvait pas d’autre bonheur que d’aller vieillir dans un trou de lézard, « amoureux de sa bêche et soignant bien son petit clos1 », se fatiguait bientôt du calme d’Aquinum, et qu’il revenait au plus vite dans cette ville qu’il détestait s’exposer de nouveau à tous ces mépris qui attendaient les pauvres gens à la porte des grands seigneurs.

L’aristocratie romaine n’a donc pas fait un bon accueil à Juvénal; il n’a pas pris chez elle la situation qu’avait Horace à la cour d’Auguste, parmi ces grands personnages qui le traitaient en ami, qui venaient dîner sans façon chez lui le jour de sa fête, qui le consultaient sur des questions de littérature et de morale, et se tenaient honorés d’une ode ou d’une épître qui leur étaient adressées par le poète. Il n’y a pas de traces de familiarités de ce genre dans les satires de Juvénal, et cela ne nous surprend guère. Plus la noblesse romaine avait perdu de sa puissance, plus elle s’attachait à ces distinctions futiles qui la rendaient insupportable; elle se vengeait des outrages dont les Césars l’accablaient en les infligeant à son tour aux pauvres gens; il ne lui restait plus guère qu’un droit, celui d’être insolente avec ses inférieurs, et elle se plaisait à en abuser. Il n’y a rien qui nous blesse plus que ces mépris, surtout lorsqu’ils

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