‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 173 sur 206 · Ili · texte numérisé non relu

Ili

viennent de personnes qui en réalité n’ont pas plus de pouvoir que nous. Quand l’orgueil est appuyé sur une autorité réelle, il semble avoir sa raison, et on le supporte plus aisément; mais on ne peut pas se résigner à l’impertinence d’une aristocratie lorsqu’elle est à la fois impuissante et vaniteuse. Juvénal a parlé avec beaucoup d’aigreur de celle de Rome. Sa huitième satire semble n’être d’abord que le développement d’une thèse morale à la façon de Sénèque; mais on sent bientôt que d’anciennes blessures se réveillent, et un accent personnel et passionné remplace ces généralités philosophiques. Ce moraliste n’est pas un sage qui discourt à loisir et froidement sur les conditions humaines, c’est un homme qui a souffert de ces distinctions sociales et qui ne l’a pas oublié. Il a supporté les dédains de ce Damasippe, un cocher de grande famille, qui vit dans ses écuries, «qui délie la botte de foin et verse l’orge à ses chevaux1», de ce Lentulus, de ce Gracchus, qui se sont faits histrions ou gladiateurs; il a entendu ce jeune fat, fier d’avoir sa maison pleine de portraits d’anoêlres, dire aux pauvres gens : « Vous autres, vous êtes des misérables, des gueux, la lie de notre populace; nul de vous ne saurait dire de quel pays sort son père. Moi, je descends de Cécrops. — Grand bien te fasse, lui répond-il, et puisses-tu longtemps savourer la gloire d’être descendu de si haut! Pourtant c’est dans cette populace que tu trouveras d’ordinaire le Romain dont la parole protège devant la justice le noble ignorant; c’est de cette canaille que sort le jurisconsulte qui sait résoudre les énigmes de la loi; c’est de là que partent nos jeunes et vaillants soldats pour aller sur l’Euphrate et chez les Bataves

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