‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 182 sur 206 · Pline, Epist., VIII · texte numérisé non relu

Pline, Epist., VIII

3. C’est l’opinion de Fréd. Hermann ; il l’a exprimée avec beaucoup de force en tête de l’édition qu’il a donnée de Juvénal dans la collection de Teubner. Cependant il est plus probable que Juvénal ne fut exilé qu’à la fin de sa vie, sous Hadrien. Voyez la préface de Weidner (Juvenalis sat., Leips., 1873).

324 l’opposition sous les césars.

Sortie d’une révolution, il était naturel que la satire de Juvénal fût avant tout une satire politique; elle s’occupe en effet volontiers des événements contemporains ou antérieurs, et dit librement son opinion sur les faits et sur les hommes. Cependant, si l’on se demande, après avoir lu les vers de Juvénal, à quel parti il appartient et quelle forme de gouvernement il préfère, la réponse n’est pas facile. C’est bientôt fait de dire avec Victor Hugo qu’il est « la vieille âme libre des républiques mortes » ; l’embarras commence quand on veut le prouver. Il n’y a pas un seul passage chez lui qui permette d’affirmer avec certitude que c’était un républicain. On a recours pour l’établir aux raisons les plus futiles. Quand par exemple il se plaint d’un patron qui fait servir à ses convives du vinaigre ou de la piquette, tandis qu’on lui verse du vin d’Albe et de Sétia, « du vin comme en buvaient Helvidius et Thraséa, couronnés de fleurs, pour célébrer la fête des deux Brutus4 » ; — « les beaux vers, s’écrie aussitôt Lemaire, et comme on y voit qu’il aimait la liberté et qu’il détestait la tyrannie2 ! » — « C’était un Romain de la vieille roche, » ajoute à son tour M. Widal3. — C’était simplement un railleur qui n’était pas fâché de nous dire en passant que ces républicains terribles buvaient parfois d’excellent vin, et il faut en vérité beaucoup de complaisance pour voir dans cette boutade une profession de foi4.

Je n’attache pas beaucoup plus d’importance aux éloges qu’il donne partout au passé. C’était l’usage alors; tous

2. Lemaire, Juven. sat., I, p. 306 : dulcissimi versus, qui summum libertatis desülerium odiumque tyrannidis spirant!

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