Epist., IX, 13 : incondilo turbidoque clamore
nius composait l’éloge des victimes de Néron1; Capiton réunissait ses amis pour leur lire la vie des hommes illustres que Domitien avait fait périr2. N’était-il pas naturel que la poésie ressentît aussi l’effet de cette réaction violente? Dans ses premières satires, Juvénal parle de la mort de Domitien comme d’un événement récent; elles furent écrites immédiatement après la révolution qui délivra l’empire, pendant ces premiers moments d’agitation et de bruit par lesquels on se dédommageait de quinze ans de silence. C’est donc, on peut le supposer, la haine de ce prince qui lui inspira ses premières poésies. Peut-être avait-il des raisons particulières de le haïr; beaucoup ont soupçonné que c’est sous Domitien et par son ordre qu’il tut exilé3. On comprend alors que l’émotion publique ait excité jusqu’à la fureur ce cœur violent qui avait une injure personnelle à venger, et que la prose, quelque emportée qu’elle fût, ne lui ait pas suffi pour exprimer cette colère qui débordait. A la même époque et sous la même impression, Tacite débutait dans l’histoire en écrivant la vie d’Agricola. La destinée de ces deux grands écrivains a été semblable; tous deux ont passé la plus grande partie de leur vie dans des occupations qui devaient être inutiles à leur gloire, tous deux ont été remis dans leur voie naturelle par le même ébranlement politique, tous deux ont abordé à peu près au même âge le genre littéraire dans lequel ils devaient s’illustrer, où ils étaient maîtres du premier coup.