VII
sont avisés de se faire poètes, et quand on leur dédie un bel ouvrage, au lieu de répondre, comme il convient, en argent comptant, ils s’empressent de payer en vers. Les autres se ruinent en fantaisies coûteuses; ils construisent des villas et des portiques, ils dépensent leur fortune avec des femmes à la mode ou entretiennent chez eus des lions apprivoisés, « comme si, après tout, un lion ne coûtait pas plus à nourrir qu’un poète *». Que faire et à qui s’adresser? Juvénal n’hésite pas; si les riches ferment leur bours®, il tendra résolument la main à l’empereur. « L’empereur, dit-il, tel est l’unique espoir des lettres aujourd’hui, et leur seule raison d’être1 2.» Du reste, cette démarche ne paraît pas lui coûter, et l’on ne peut pas dire qu’il s’y résigne de mauvaise grâce. Au contraire, quand il excite les jeunes poètes à profiter de la protection impériale, il a comme un air de triomphe. « Courage, leur dit-il, César vous regarde et vous anime; sa bonté souveraine ne chéri lie qu’une occasion de s’exercer 3. » Voilà pourtant celui qui paraît être quelquefois un implacable ennemi de l’empire, celui qu’on nous dépeint « comme la vieille âme libre des républiques mortes » ! En réalité, il se soucie aussi peu de l’empire que de la république. Ces clients misérables, ces littérateurs affamés dont il s’est fait l’interprète, ne portaient pas leur vue si haut. Comme ils ne trouvaient pas de sort plus souhaitable que de vivre des libéralités d’autrui, la société la plus parfaite leur semblait celle où ces libéralités seraient le plus abondantes. C’était leur idéal, et Juvénal le plus souvent ne paraît pas en avoir d’autre. Ce n’est donc pas au nom d’une opinion