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politique qu’il s’est montré quelquefois si dur pour les Césars, sa colère était, non pas l’effet d’un système raisonné, mais d’un tempérament chagrin. Il était, comme je l’ai fait voir, de ces gens aigris par la vie, que le sort a placés dans des situations irrégulières, qui, trompés dans leurs espérances, blessés dans leur orgueil, ont perdu l’équité. N’en faisons pas le défenseur convaincu d’une grande cause populaire, l’adversaire systématique et résolu d’un gouvernement odieux; il représentait un caractère plutôt qu’une opinion, il avait plus de passions que de principes, et aucun parti ne peut se prévaloir de son nom, si ce n’est ceux qui n’ont d’autre parti que d’être toujours mécontents.
Résumé et conclusion. — Quel était le véritable caractère de l’opposition sous les Césars
L’étude rapide que nous venons de faire des principaux écrivains de l’opposition sous l’empire nous montre combien ils étaient loin de s’accorder ensemble. Que d’indécisions, que d’incertitudes il règne dans leurs opinions! On ne voit jamais nettement ce qu’ils souhaitent, soit qu’ils n’osent pas le dire, soit qu’ils ne le sachent pas. Celui d’entre eux qui paraît le plus décidé à regretter le gouvernement ancien, quand il passe des paroles aux actes, ne travaille pas à le rétablir, et, après avoir dit tant de mal de l’empire, il entre dans un complot où l’on ne se propose que de mettre un empereur à la place d’un autre. Ce caractère hésitant, indécis, me semble celui de l’opposition entière : comme les grands écii-
vains qui la représentent, elle ne se plaint en général que pour se plaindre ou se soulager, sans avoir de plan politique ou de dessein prémédité; elle se compose de mécontents beaucoup plus que de conspirateurs.
On a pourtant soutenu et l’on soutient encore le contraire; on fait de ces mécontents des politiques profonds, des ennemis acharnés, qui travaillaient sans relâche à la ruine de l’empire. Ce qui a pu donner quelque créance à cette opinion, c’est qu’elle est soutenue à la fois par deux partis opposés qui, dans les jugements qu’ils portent, n’ont pas coutume d’être d’accord. Les amis de la république ont tâché d’établir, pour se donner des prédécesseurs et grossir leurs rangs, que tous les mécontents de l’époque impériale partageaient leurs principes, que c’étaient des républicains comme eux, et qu’ils avaient tous le dessein avoué ou secret de restaurer le gouvernement que César avait détruit. Je crois que c’est une grande erreur; mais il s’est trouvé de plus que c’était une grande imprudence : les partisans de l’empire se sont empressés de s’en servir pour justifier les cruautés des Césars. « S’il est vrai, nous disent-ils, que Tibère et ses successeurs rencontraient en face d’eux des factieux armés contre leur pouvoir, des révolutionnaires qui voulaient renverser Tordre établi (et Ton n’en peut douter puisque leurs amis et leurs apologistes le confessent), il n’est plus surprenant qu’ils les aient combattus avec tant de rigueur; ils avaient le droit et le devoir de se défendre; ils représentaient Tordre, l’autorité, la paix publique et faisaient bien de les protéger contre des rebelles. Entre eux et leurs adversaires, c’était une lutte sans merci, et les rivaux, ne pouvant s’entendre, étaient bien réduits à se supprimer. » Cet argument est celui dont on se sert le plus volontiers aujour-
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d’hui, surtout en Allemagne, pour défendre l’empire romain.
Mais il est aisé d’y répondre, et je crois y avoir suffisamment répondu dans les pages qu’on vient de lire. J’ai montré que les républicains de principe n’étaient pas alors aussi nombreux qu’on le pense. D’abord, il ne devait guère s’en trouver hors de Rome. Les provinces se souvenaient de Verrès ; et d’ailleurs, que leur importait que l’autorité appartînt au sénat ou au prince, puisqu’elles n’y avaient aucune part, et que sous tous les régimes il leur fallait obéir à des lois qu’elles n’avaient pas faites? Les opinions de l’armée n’étaient pas moins décidées ; c’est elle qui avait donné l’empire à César et jeté la république à terre. Elle ne la regrettait pas, et l’on nous dit que Scribonianus, qui s’était révolté contre Claude, fut abandonné de ses soldats parce qu’on crut qu’il voulait la rétablir1. A Rome, où la domination des Césars était plus lourde et les souvenirs du passé plus vivants, on devait parfois regretter le temps où le peuple et le sénat faisaient eux-mêmes leurs affaires. Il était donc naturel qu’il y eût à Rome plus de républicains qu’ailleurs, mais même là ils étaient rares. Le peuple était attaché à des maîtres qui prenaient tant de soin de le nourrir et de l’amuser. Dans les classes plus élevées, parmi les lettrés et les riches, beaucoup avaient pris un goût très vif pour les plaisirs et le repos ; ils savaient que, selon le mot de Sénèque, la liberté ne se donne pas pour rien2, et comme ils ne se sentaient pas assez de cœur pour la payer ce qu’elle vaut, ils se consolaient aisément de l’avoir perdue. Ceux qui formaient des