‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 8 sur 206 · Juv., VIII · texte numérisé non relu

Juv., VIII

2. M. Friedlaender, auquel j’emprunte cette citation, a donné, dans son Tableau des mœurs romaines (T Auguste aux Antonins, des preuves fort curieuses de cette prospérité des provinces sous l’empire. Voyez le troisième volume de la traduction française, surtout livre IX, chap. i“r.

leur ville et à l’éclat du siècle»; ceux de Sinope faisaient venir de l’eau d’une distance de plus de vingt kilomètres. A Nicomédie, un aqueducavait coûté près de sept millions de francs ; avant qu’il fût terminé, on en avait entrepris un autre, et l’on songeait à en commencer un troisième. Nicée construisait à la fois un théâtre pour lequel on avait déjà dépensé deux millions, et un immense gymnase qui devait être surmonté d’un portique si élevé que des murailles de sept mètres de large n’étaient pas jugées assez solides pour le soutenir. Il y avait sans doute beaucoup d’excès dans ces libéralités, et ce goût de magnificence pouvait à la longue compromettre les finances des villes ; mais il prouve au moins combien l’empire était riche à ce moment. Tous les documents sont d’accord pour l’établir, et les lettres de Pline confirment sur ce point les témoignages des inscriptions. Elles ont encore pour nous cetavanlage de nous montrer de quelle ardeur infatigable certains empereurs étaient animés pour la bonne administration de leurs provinces. Rien n’échappe à Trajan, il se fait instruire de tout. Les affaires des moindres villes l’intéressent, il veut connaître leurs besoins et s’informe de l’état de leurs finances ; il se fait rendre compte de toutes les réclamations qui s’élèvent et va jusqu’à lire les mémoires que les plaideurs lui envoient. Les gouverneurs l’interrogent sur des questions mêmes qui nous semblent peu importantes, et il décide de tout avec une sagesse et une promptitude qui font notre admiration.

Cette administration vigilante assura partout la sécurité publique. Pendant un siècle, à l’exception des frontières reculées, tout l’empire fut en paix. Le mélange des peuples qui le composaient s’accomplit à la faveur de cette tranquillité. Les nationalités les plus opiniâtres

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cessèrent de résister à l’esprit romain. On vit de grands peuples renoncer d’eux-mêmes à leur idiome pour accepter celui de leur vainqueur ; tandis que le celte et le punique se cachaient au fond de quelques bourgades obscures, le latin, sans contrainte, s’établit dans toutes les villes et devint bientôt la langue de toute l’Europe occidentale. Jamais on n’a été plus près de réaliser cette cité universelle rêvée par les philosophes, qui devait contenir l’humanité. C’était, après tout, un grand spectacle et qui frappait tous les esprits élevés. Plutarque appelait Rome « une déesse sacrée et bienfaisante » et la remerciait d’avoir réuni toutes les nations entre elles. « Elle est, disait-il, comme une ancre immobile qui fixe les choses humaines au milieu du tourbillon qui les agite *. » Ainsi, même dans cette Grèce légère et railleuse, enivrée d’elle-même, dédaigneuse d’autrui, on était fier de cette patrie nouvelle que la conquête avait imposée, mais qui se faisait accepter par ses bienfaits. Partout on jouissait avec bonheur de la paix, de la sécurité, biens précieux que le monde avait si peu connus encore, et l’on était plein de reconnaissance pour le pouvoir qui en assurait la possession.

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