Suét., Vitell
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jamais de plus honnêtes et de plus justes que sous son règne 1 » .
Cette surveillance active et sévère a dû beaucoup diminuer les abus ; je ne veux pas dire assurément qu’elle les ait tout à fait supprimés. Il se commettait encore beaucoup d’excès, surtout dans les pays nouvellement vaincus, qui étaient soumis au régime militaire et où les soldats se croyaient tout permis. C’est ce qui arriva notamment dans la Bretagne, et l’on sait que les armées de Claude l’avaient vigoureusement pillée après l’avoir vaillamment conquise. Le discours que Tacite fait tenir au chef breton Galgacus est assurément la protestation la plus sanglante contre cette « paix romaine » dont les écrivains de l’empire nous font d’ordinaire de si beaux tableaux. On pourrait s’en servir pour condamner sévèrement l’administration impériale, si l’on ne se souvenait que Tacite s’est montré ailleurs bien moins rigoureux. Il s’est chargé de répondre lui-même aux invectives de Galgacus et de justifier ses compatriotes dans les paroles qu’il prête à Cerialis. Le légat impérial rappelle aux habitants de Trêves, qu’il vient de vaincre, en quel état la conquête romaine a trouvé la Gaule, «fatiguée de discordes, épuisée de guerres intestines», appelant l’étranger à son aide. Rome n’a donc rien détruit qui méritât de vivre, elle a remplacé partout le désordre et l’anarchie. Victorieuse, elle n’a imposé aux vaincus que les charges nécessaires au maintien de la paix ; elle les accepte dans ses armées, elle ouvre aux meilleurs d’entre eux les rangs de son aristocratie, elle les recevra bientôt tous à la fois parmi ses citoyens. C’est elle qui défend partout le repos, la sécurité, le bien-être ; sans elle tout
f. Suét., Domit., 8,
retomberait dans ce chaos de discordes et de luttes dont elle a tiré le monde. «Rome une fois vaincue (veuillent les dieux empêcher ce malheur!), que verrait-on sur la terre, si ce n’est une guerre universelle entre les nations? Huit cents ans de fortune et de sagesse ont élevé ce vaste édifice ; on ne saurait l’ébranler sans être écrasé sous sa chute i. » Ne dirait-on pas que Tacite a vu clairement d’avance l’effroyable anarchie qui devait succéder à la ruine de l’empire?
On pourrait donc établir par l’étude des institutions impériales et la lecture des historiens romains que les provinces ont été en général plus heureuses et mieux traitées sous l’empire que pendant la république ; mais il est de leur prospérité des témoignages encore plus certains. Je veux parler de ces ruines admirables dont la France, l’Espagne, l’Afrique et l’Asie sont remplies. Les voyageurs y rencontrent à chaque pas, jusque dans les plus pauvres bourgades, des débris de temples, de théâtres, de palais, des thermes, des ponts, des grands chemins, des aqueducs, qui les frappent de la plus vive surprise. Presque tous ces monuments datent des premiers siècles de l’empire et nous donnent l’idée d’une situation très florissante. Jamais le monde n’a été, sinon plus heureux, au moins plus riche, et il n’est guère possible d’admettre que des villes qui ont trouvé assez de ressources dans leurs finances pour construire ces magnifiques édifices aient été aussi rançonnées et appauvries qu’on le prétend par les proconsuls romains. Nous avons grand’peine à prendre Juvénal au sérieux quand il vient nous dire du temps d’Hadrien, au moment où s’élevaient tous ces somptueux monuments, que le
i. Tac., Ilist., IV, 74.
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monde est ruiné, et qu’on a tant volé les peuples vaincus qu’il ne reste chez eux plus rien à prendre l. Il y a plus de vérité et de justice dans ce tableau que traçait le rhéteur Aristide vers le milieu du second siècle: « Toute la terre, disait-il, est en habits de fête. Elle a quitté son ancien costume de combat, et ne rêve que magnificence, parures et plaisirs de toute espèce. Les vieilles querelles ont cessé entre les villes, elles ne rivalisent plus entre elles que de magnificence et de luxe, chacune veut paraître plus belle que ses voisines. Tout est rempli partout de gymnases, de fontaines, de propylées, de temples, d’ateliers et d’écoles, et il semble qu’après une longue maladie l’univers est revenu à la santé. Les bienfaits des Romains sont si également répandus partout qu’on ne peut pas dire quels sont ceux qui en reçoivent une meilleure part. Toutes les villes en sont comblées, toutes sont radieuses d’élégance et de splendeur, et toute la terre est ornée comme un vaste jardin 2. »
A la vérité c’est un rhéteur qui parle, et l’on pourrait croire que, fidèle à ses habitudes, il exagère et déclame, si nous ne possédions un document officiel qui nous permet d’affirmer qu’il n’a dit que la vérité : c’est la correspondance que Pline entretint avec Trajan, pendant qu’il était gouverneur de la Bithynie. On y voit que toutes les villes de cette province n’étaient occupées qu’à s’embellir. Les habitants de Pruse voulaient se construire des bains « dont la magnificence répondît à la beauté de