Trist., I
J 46 l’opposition sous les césars.
semblait ne pouvoir pas quitter. Avec un autre navire, la Minerve , qu’il prit à Corinthe, il côtoya les Cyclades et longea les rivages de l’Asie Mineure. Ces pays ne lui étaient pas inconnus. Quelques années auparavant, en compagnie de son ami Macer, poète comme lui, il avait parcouru la Grèce et passé la mer Ionienne pour visiter le théâtre de l’Iliade. Ces souvenirs d’un temps heureux que tout lui rappelait rendaient sa traversée encore plus triste ; pour se consoler, il écrivait. « Ces vers que vous lirez, disait-il à ses amis, je ne les compose pas dans mes jardins, mollement étendu sur mon lit de repos comme c’était mon habitude ; j’écris au milieu des tempêtes, à la lumière d’un ciel orageux, et les flots de la mer irritée viennent battre mes tablettes l. » C’est ainsi que fut composé lé premier livre des Tristes.
Ce livre, quand il arriva à Rome, ne fut pas approuvé de tout le monde. Quelques amis d’Ovide le blâmèrent de l’avoir écrit. C’étaient les mêmes, je suppose, qui ne s’étaient pas trouvés chez lui le jour de son départ. Depuis qu’il était loin et ne pouvait plus les compromettre, ils lui donnaient généreusement de bons conseils; ils témoignaient surtout un grand souci de sa dignité, et, comme il n’y a rien de plus majestueux que le silence, ils auraient voulu lui persuader de se taire. Le pauvre poète leur répondait qu’il est bien difficile de retenir ses larmes quand on souffre, et qu’on trouve même quelque douceur à les laisser couler. Il n’avait pas d’autre soulagement dans ses douleurs que d’en entretenir ses amis et le public. Ne voit-on pas, disait-il, que tous les malheureux chantent? « L’esclave, qui cultive la terre les fers aux pieds, adoucit par ses chansons le poids du tra-