‹ L'Optimisme de SchopenhauerChapitre 13 sur 74 · LI-: souriLiXîi:; m: la iîkautk · texte numérisé non relu

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ne coiilicnl vraiment nul olcmcnt de jc^ie cl de perfection, même en puissance sinon en acte, si elle est le Mal absolu et radical, nous le répéterons toujours, la contemplation même cntièrenrient désintéressée de sa toute-puissance et de son prestige ne peut nous procurer les biejdaits spirituels dont les productions de génie sont si prodigues. Distinction superflue, critique tracassière et sans portée, nous répondra-t-on peut-être. L'émotion esthétique est un fait et un fait d'intuition immédiate, d'aperception psychologique certaine. Or, on ne discute pas un fait, même si sa raison suffisante nous écliappe. Pareille exigence nous conduirait trop loin et dans des voies de subtilité où l'esprit liumain ne s'est égaré que trop longtemps autrefois, en un passé de pédantisme et défausse philosophie. Nous ne saurons jamais pourquoi l'Etre existe, l'Être et non pas le Non- Etre, pourquoi l'éblouissante et fatale vision du monde a surgi de l'Abîme insondable du néant, pourciuoi la volonté se manifeste, en tant que représentation, subordonnée aux lois et aux formes innées de l'intellect humain, pourquoi enfin ces formes, en leurs trois grandes classifications : le temps, l'espace et la causalité, sont ce qu'elles sont tandis qu'elles auraient pu être toutes différentes ? interrogations qu'on retrouve à la base de toute doctrine d'ontologie.

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De môme, la négation, ou simplement lu dis cussion du phénomène de l'émotion esthétique jie peut donner aucun résultat appréciahlc. Cette émotion existe, de même que le monde comme représentation existe. Il faut l'accepter comme le postulat primordial qui rend possible l'activité de larliste et la joie de celui qui contemple son œuvre. Et, si la conséquence de ce postulat semble contradictoire, puisque la volonté qui n'est que souffrance devient un principe d'apaisement et de beauté lorsqu'on l'étudié à travers le prisme de l'Art, qu'importe '■

C'est là l'énigme palpitante, le vivant problème de la beauté esthétique et de l'ardeur créatrice. Il faut l'admettre, de même que le pessimiste le plus intransigeant doit admettre l'existence de ce monde qu'il maudit et dans lequel il ne voit qu'un tissu d'apparences et de mirages, qui existe pourtant comme représentation sinon comme volonté, comme j)roduit du Moi sinon comme sa cause première. Nous ne songeons nullement à nier ce qu'il y a de mystérieux et de troublant dans la floraison subite de la Beauté s'épanouissant tout à coup parmi les laideurs, les ténèbres et les orages de ce monde. Nous estimons aussi qu'en nous et autour de nous tout n'est que mystère, énigme insoluble, dilemmes décevants ou tragiques ;

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mais par cola morne que l'on l'oconnaîl Icxistence d'un mystère, on reconnaît aussi les conditions qui président à son apparition parmi les ombres et les rayons de l'existence, sous le joug fatal du déterminisme universel. Ces conditions n'éliminent pas le côté ténébreux du phénomène qui écha]ipeouqui scmbleéchapper à la loi de causalité et de raison suffisante, mais elles nous permettent d'y penser et d'en parler sur un mode qui possède une signification et un sens précis. Car un mystère est un fait comme les autres, un fragment de l'Etre dans l'acceplation ontologique du mot. Pour qu'un miracle pénètre d'enthousiasme, d'admiration ou de terreur une âme éperdue, il faut que cette âme existe d'une vie consciente; sans elle point de miracle possible. Pour que l'art emporte celui qui en savoure la volupté vers les régions de l'oubli et du rêve, pour qu'il nous pénètre d'extase, de ravissement et de gratitude émue, il faut que l'extase, le ravissement et la joie soient possibles en ce monde. Voilà un raisonnement d'une clarté et d'une évidence plutôt enfantine, irrélutable pourtant, et qui nous procure le premier argument nécessaire au développement de la thèse dont l'étude présente poursuit la solution.

Que pourrait nous répondre l'illustre Maître lui-même, une fois sa colère apaisée, s'il était

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encore parmi nous et s'il daignait défendre sa doctrine contre les objections que soulève ici un des plus entliousiastes de ses admirateurs? La joie esthétique n'est qu'un répit accordé par la Fatalité aux créatures accablées de lassitude et de souffrance, une halte dans le désert de l'existence terrestre, une vision éphémère qui s'évanouit au moment où nos mains, que tant de chaînes ont meurtries, s'apprêtent à la saisir. En raison de son intensité, du désaccord fondamental qui existe entre elle et légoïsme invincible de tout être vivant, elle est de courte durée, elle épuise et fatigue l'âme qui bénéficie de ses faveurs. L'audition du plus parfait chefd'œuvre finit par produire une impression de lassitude. Le Moi tyrannique, mesquin et détestable, esclave de l'âpre et douloureuse volonté de vivre, reprend bien vite le dessus et sa re vanche est toujours éclatante. L'illusion divine se dissipe, l'extase de la contemplation s'évanouit, le charme est rompu. L'œuvre et l'action dugénie sont éphémères et fragiles. Tout cela est vrai, tout cela est dune observation psychologique profonde comme la plupart des commentaires de morale, d'esthétique ou de sociologie dans lesquels Schopenhauer développe sa conception du monde et son expérience de la vie. Mais personne ne conteste cette brièveté et cette fragilité des émotions suscitées par le génie

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