‹ L'Optimisme de SchopenhauerChapitre 16 sur 74 · I.A MORAIJ, l'ESSlMlsTL · texte numérisé non relu

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cruauté luiulainentalede l'Etre — puisque l'Etre n'est que volonté, tension, efl'orl et aspiration invincible vers un but inconnu, et que l'effort est synonyme de douleur, de souffrance, d'inquiétude et d'angoisse. De même qu'un cordial ranime le courage du condamné qui va mourir ou qu'un breuvage narcotique octroie aux malheureux qui ont tué le sommeil, selon la belle parole du grand Shakespeare, quelques minutes de repos et d'oubli, l'illusion divine de l'Art nous permet d'échapper pour une heure au jougatroce de la réalité. Celle-ci n'en demeure pas moins radicalement néfaste, et digne du verdict sans appel qu'ont prononcé les sages de tous les temps et de toutes les races.

Quelques lueurs d'accalmie et de trêve, une heure de répit accordée parcimonieusement par le bourreau aux victimes ne peuvent être assimilées à une grâce complète; et à la grande question qui se dresse dès le début d'une éthique rationnelle, devant le moraliste et le philosophe, à la question éternelle : La vie estelle digne d'être vécue? Schopenhauer répond encore par une négation farouche, malgré le charme, la magie et la frissonnante beauté du Rêve, de la Fiction et de la Poésie, des Arts paisibles et indulgents à la détresse humaine et dont, mieux que personne, il a su nous dépeindre la noblessse, l'efficace bonté et cette

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ineffable douceur qu'ils lépandcnl dans les âmes blessées.

Un examen impartial de la morale pessimiste, telle que Schopenhauer l'a érigée en doctrine éblouissante de force, de vérité et pathétique, nous prouvera pourtant que d'autres sources de bonheur, d'apaisement et d'oubli, Jaillissent encore ilu sol inépuisable.

Déjà, le pessimisme est forcé de reconnaître que la sensibilité, en sa manifestation la plus haute, aboutit, par la création et la contemplation esthétique, à une victoire fugitive et très brève, obtenue sur luniverselle douleur, à une conquête, éphémère, mais réelle (nous ne saurions le répéter trop souvent), de cette joie mystérieuse et indéfinissable que le .Maître tragique déclare pourtant à jamais absente et bannie du monde où nous vivons notre exil. Dans les régions moins ardentes, mais plus sereines encore, de la vie morale, de l'altruisme, de la charité et de l'amour au sens religieux et mystique du mot, le plus sublime d'ici-bas, dans les sphères apaisées de l'éthique et celle-ci chez le philosophe du Monde comme volonté et comme représentation, n'est pas une construction arbitraire et artificielle, mais la conséquence logique et irréfutable de son système de l'Univers et de sa conception générale du monde, nous verrons le grand pessimiste conclure à la

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possibililc dune l'élicité plus durable, plus parfaite, plus harmonieuse encore que celle donl le génie artistique nous accordait Tinestiinable bienfait. Aux foudroyants éclairs de l'émotion artistique succède la pâle aurore de r.Vmour éternel; la nuit, ses visions d'épouvante, son froid glacial, ses terreurs, et ses ténèbres régnent encore sur le monde, mais les lueurs du matin paraissent à l'horizon.

Si l'esthétique de Schopcnhauer se distingue par d'innombrables et frappantes beautés, il y a dans sa morale une incomparable sérénité, une noblesse d'accent, une lumineuse sagesse qui nous inspirent une sorte d'admiration resjtectucuse, presque craintive et intimidée. Personne n'a parlé avec plus d'éloquence de la volupté, de la fièvre, de la' joie intime et profomle qui accompagne l'émotion esthétique; mais personne n'a trouvé des accents d une sagesse plus hautaine et plus touchante, à la fois, pour nous peindre la félicité, la floraison intérieure, l'apaisement ineffable que la science du bien, la morale, pour l'appeler de son nom vulgaire et sacré, procure à ses élus. Nul moraliste, ni dans les temps modernes, ni dans l'antiquité, n'a célébré les bienfaits, la grandeur, et la suave efficacité du dévouement, du sacrifice, de la charité, de l'amour et de la pitié, de toutes les vertus qui prêtent uj*^£^letaè lï^

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un sens suprême à la vie avec plus de conviction, d'éloquence, de force persuasive et de frénie. Si rUumanité méchante et infortunée n'entend pas les conseils de cette voix inspirée qui semble nous parler vraiment de l'autre rivage, il n'y a plus qu'à désespérer de ses destinées et du triomphe ultime de la justice. Avec la morale de Schopenhauer s'évanouissent l'espérance vivante et la possibilité même d'une morale rationnelle, capable de modifier, d'améliorer, d'ennoblir et de vaincre la nature ennemie.

Sou> enez-vous des jiaroles sublimes dans leur simplicité qui indiquent le point de vue auquel se place Schopenhauer. pour construire l'édifice grandiose de sa morale sur les ruines de tous les biens, de toutes les richesses et de toutes les illusions de ce monde dont il nous fit comprendre le mensonge et le néant.

Celui qui a reconnu l'identité de tous les êtres (et celte identité est évidente pour Schopenhauer et pour ses disciples, car, si tout n'est que Volonté, la diversité des êtres n'est qu'un mirage de plus en ce monde où tout s'évanouit), celui-là ne distingue plus entre lui-même et les autres, il jouit de leurs joies comme de ses joies, il souffre de leurs douleurs comme de sa douleur, tout au contraire de l'égoïste, qui. faisant entre lui-même el les

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autres la plus graudc différence et tenant son individu pour seul réel, nie pratiquement la réalité d'autrui. La pitié est ce fait étonnant, mystérieux par lequel nous voyons la ligne de démarcation qui. aux yeux de la raison, sépare tolalemenl un être d'un autre, s'effacer et disparaître, le non-moi devenir en quelque sorte le moi . La pitié seule est la base réelle de toute libre justice et de toute vraie charité.

Intuition merveilleuse du génie ! l'accent de l'éternité résonne vraiment dans la voix du grand philosophe qui vient de fixer en quelques lignes l'antique et invincible problème de la Loi Morale. D'autres écoles peuvent surgir et proposer aux siècles à venir des solutions nouvelles du problème éternel, celui-ci néanmoins se dressera toujours comme un dilemme angoissant et tragique, comme une question redoutable que l'âme adresse à l'Univers. Quel que soit le parti qu'adoptera définitivement l'humanité dans ce grand débat ouvert depuis des siècles, il faudra, avant tout, qu'elle réponde à l'interrogation quela volonté, enfin consciente de son esclavage et de son origine, s'adresse à elle-même au cours du chef-d'œuvre morose et pathétique où l'auteur des Parerga et Parait pomena, voulut tout embrasser afin de tout comprendre .

Sommes-nous capables d'aimer autre chose

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que nous, lame humaine eslelle susceptible d'un affranchissement de l'individualisme ? ayant à choisir entre notre bonheur personnel ou le bonlieur d'aulrui, et ce problème s'impose à notre examen dans toute alternative morale, l)Ouvons-nous sacrifier l'intérêt subjectif, le fond d'égoïsme qui constitue en apparence ressencemêmede la volonté?Le conflit pialique entre votre individualité et mon individualité s'affirme à chaque pas dans la a ie et. c'est sur la solution du conflit que l'on peut et que l'on doit fonder l'idée du Bien, idée qui est larmature et la justification de toute morale digne de ce nom. En un mot, le désintéressement est-il possible, oui ou non ? Est-ce l'égoïsme ou l'amour du prochain qui symbolise avec le plus de A^éracité le fond ultime de la volonté? La question de la morale est là tout entière el elle réside uniquement dans la solution que notre doctrine de vie y apporte. Les plus hautaines, les plus abstraites spéculations métaphysiques, celles d'un Kant, d'un Hegel ou d'un Schoiienhauers'y ramènent aussi bien que les angoisses de la plus humble créature humaine, dépourvue d'instruction et de culture, n'ayant jamais entendu parler de l'impératif catégorique, bien certainement, et qui subit pourtant, elle aussi, au cours des épreuves d'ici -bas, la tristesse et les affres de la lutte éternelle entre l'égoïsme et

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\c devoir. Alfred Fouillée se demande avec angoisse dans un des plus beaux chapitres de ce chef-d'œuvre qui s'appelle l'Avenir de la niëlaphijsique : La Volonté, dans ses éléments et dans son tout, est-elle ouverte ou fermée à autrui, aimante ou indifférente? Est-ce la paix finale ou la guerre dont elle porte en son sein le germe invisible?

Dilemme redoutable, énigme cruelle et poignante? Mais le monisme d'Arthur Schopenhauer, s'il c:-[, appelé à la résoudre dès le début de son investigation en matière de morale, le pessimisme cosmique, trouve les éléments de la solution, si ardemment et si douloureusement recherchée, dans les principes fondamentaux dont il se réclame et dont il procède. En effet, l'opposition essentielle entre l'égoïsmeet le désintéressement, entre noire moi et celui du prochain, si elle apparaît à chaque conflit dans la pratique, s'efface et disparaît en théorie, pour celui qui admetlesystèmedeSchopenhauerdans son point de départ et dans ses développements inévitables. Tandis que les ordres de toute autre doctrine de morale, même l'impératif catégorique de Kant ne peuvent être suivis que s'ils obtiennent notre assentiment à un acte de foi, l'éthique de Schopenhauer est la conséquence tellement logique et irréfutable de sa conception du monde, qu'il paraît impossible de

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réfuter l'austère et sublime morale dont le Maître nous commande raccomplissement et le respect si l'on n'est pas parvenu à réfuter d'abord et très victorieusement l'ensemble de sa philosophie.

Quelles que soient la beauté d'éloquence, ou la sag-esse des conseils de sacrifice et d'abnégation que nous donnent les moralistes d'écoles et de tendances diverses qui se partagent et se disputent l'empire des âmes et la direction des esprits, il nous est toujours possible de les réduire à néant pas une simple et dédaigneuse Tiégation. Qu'aurait donc pu répondre l'admi" rable et candide Kant. le plus grand génie philosophique des temps modernes et du temps éternel au sceptique qui ne trouve pas en luimême la notion de cette Loi du Devoir dont la splendeur émouvait jusqu'aux larmes, autant que la beauté même du ciel étoile, l'illustre penseur de la Raison Pure"? Rien, sinon réitérer un ordre dont le caractère catégorique semble perdre de plus en plus sa puissance de persuasion arbitraireVt qui, exigeant un acte de foi de l'àme qu'il sanctifie, ne saurait résister aux attaques du doute le plus vulgaire.

Rien de pareil à craindre pour le disciple de Schopenhauer. Tout prosélyte de cette haute, austère et impérissable doctrine, estamené à en adopter les conclusions et les tendances mo-

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raies, non pas à la suite d'une conversion intérieure, de caractère purement mystique et qui peut ne pas se pioduire, malgré tout le zèle et loule la bonne volonté dn néophyte — écueil habituel de tous les systèmes' de morale, — mais comme conséquence inévitable et logique, comme assimilation scienlillque. raisonnée et complète, de la philosophie de la Volonté. En effet, si le même vouloir vivre, le même principe d'ardeur, de vitalité et d'effort indomptable palpite dans tous les êtres, car tous ne sont que les formes changeantes, les objectivations médiates de l'éternelle Volonté, la différence tellement essentielle entre notice moi et les autres créatures vivantes, s'évanouit, s'efface et disparaît. Le voile se lève, les ombres décevantes de Tégoïsme se dissipent, pareilles aux fantômes de la nuit à l'approche du jour. Le mensonge etl'égoïsme, l'effroyable stupidité de la liaineetde la lutte nous apparaissent dans loule l'horreur qu'ils méritent- C'est nousmêmes qui souffrons, f[ui aimons, qui désespérons, qui aspirons à un Idéal impossible de bonheur et de perfection, c'est nous qui existons dans ces êtres innombrables, qui nous semblent hostiles, redoutables, et destinés à devenir nos ennemis, s'ils ne le sont pas encore et dont la destinée se confond pourtant avec la notre au regard du philosophe, de même qu'une unité

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profonde d'oii,iJ!iiic,crorienlalion etdc substance nous relie dans les abîmes de l'Absolu à ceux-là mêmes qui nous combattenlou qui nouspersccutcnl. Le méclianl, est avant tout un insensé, puisque c'est lui-même que frappe sa colère, et ses propres armes se retournent contre lui, tandis que le sage, épris d'un idéal de sainteté inaccessible au vulgajre, défend au contraire notre propre bonheur et notre propre cause, mais agrandie, ennoblie, purifiée et comprise. Ainsi, l'Art, pour quelques brefs instants d'enthousiasme et d'extase, nous délivre des chaînes de la nécessité et de régo'ïsme universel. Son sortilège bienfaisant et propice nous libère momentanément de la servitude de l'individualisme, source de toutes les peines et de toutes les épreuves d'ici-bas, puisque la volonté de l'individu est condamnée d'avance à la douleur, ù la défaite et à toutes les trahisons du sort, à toutes les perfidies du destin ennemi. Alais le sentiment, mystérieux et sacré entre tous du Bien, de la Pitié, source immémoriale et intarissable de la Morale éternelle apparaît plus efficace, plus essentiellement libérateur encore. En identifiant notre moi avec celui de tout ce qui existe, donc de tout ce qui souffre, sous le regard indifférent des étoiles lointaines, en faisant battre notre cœur à l'unisson avec celui de la nature entière, la philosophie de la

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Volonté agrandit sinj^ulièremcnt l'iiorizon mesquin et borne de nos destinées misérables, elle entrouvre à nos reg-ards débiles, demain évanouis dans la nuit sans réveil, des perspectives infinies. Ce n'est pas tout, elle fait jaillir du sol aride de la réalité des sources inconnues où nos âmes altérées de bonheur, de vérité, de consolation et de paix, peuvent apaiser la soif ardente qui les dévore, où elles puisent une force de renouveau et une puissance d'oubli l)lus durable que celles dont l'Art lui-même est le dispensateur. Sur la route de l'initiation mystique et de la délivrance suprême, l'émotion esthétique est la première étape, la seconde ouvre ses portes hospitalières à la créature affranchie qui accepte et choisit pour invariable étoile au ciel de ses destins, la loi austère du Devoir, conséquence loj>ique et symbole limpide de l'Unité fondamentale do tous les êtres dans la volonté transcendante.

Désormais, à partir de l'instant solennel où une vie niorale commence pour nous, c'est àdire la possibilité et le désir du sacrifice nécessaire, l'identification de notre moi avec celui de nos compag^nons d'infortune et d'exil terrestre, la fatalité perd de plus en plus son pouvoir d'oppression, ce joug inepte et inexorable auquel nous étions assujettis sans réserves, aux jours d'égoïsme absolu pèse sur nos âmes d'un

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poids moins écrasaiil. Peu ù peu. ù mesure que notre bonté, notre charité, notre douceur, notre besoin de fraternité et de bienveillance, notre faculté d'abnégation, de pardon des injures et d'oubli de soi-même grandissent en nons, se développent et s'affirment en une série d'actes aliruistcs, nos facultés de souffrir, elles semblent diminuer et s'éteindre. Nous découvrons des ressources infinies de consolation, d'apaisement et de résurrection, d'espérance et de Joie, trésors plus précieux que toutes les richesses matérielles et dont le pessimisme théorique niait naguère, en sa désespérance, jusqu'à la possibilité. Nous en savourons avec délices la conquête inattendue, encore bien partielle, bien fragile, bien âprement disputée par les puissances innombrables de la souffrance et du mal, mais indéniable et certaine. Chaque douleur que nous avons apaisée diminue notre lot de tristesse terrestre et ce tribut tragique que nous payons tous au malheur, chaque infortune que nous avons eu le bonheur de soulager se change pour nous en gage d'espérance ; chaque blessure, que nos soins fraternels ont guérie, nous procure autant qu'à la victime qui en subissait la souHrance. la volupté de l'apaisement et la joie de la convalescence. Toutes les larmes que nous éparcrnons à nos semblables, sachez-le bien, nous

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les aurions versées nous mêmes un jour, et comment ce miracle éternel de l'Amour plus Tort que la Douleur pcul il nous étonner, puisque celui qui soulTre, qui agonise ou qui pleure et que nous secourons, celui qui nous semblait jadis un ennemi et un étranger est un autre uous-mémes. puisqu'en nous sacrifiant pour lui, c'est à nolie déliesse que nous venons en aide, c'est de notre propre et immense misère que nous avons pitié?

C'est on vain que la perfidie, la violence, et la haine exercent contre nous leur fureur fratricide. Si nos ennemis, nos bourreaux ou nos persécuteurs sont heureux, triomphants, et prospères, leur félicité nous dédommage au centuple du mal qu'ils espèrent nous infliger, c'est en vain que les êtres les jilus chers, les plus tendrement aimés, nous abandonnent, nous méconnaissent ou nous trahissent — je choisis tout exprès, comme exemple, la plus cruelle des épreuves. — Nous souffrirons le martyre, sous la première impression de l'outrage et de la félonie, nous verserons des larmes de sang, nous atteindrons le fond de la douleur et de 1 humiliation humaine ; notre raison fléchira au souffle de lin fort une et de l'irréparable. Mais si nous apprenons que la créature adorée, parjure à ses serments, qui nous dédaigne, nous méprise et nous brave,

ni) L oi'TiMisMi: i)i: sciioim;miauku

est heureuse, du fragile et éphémère bonheur d'ici-bas, quelle est l'âme généreuse, vraiment aimante, vraiment soumise à l'illusion décevante et sublime de l'amour, quelle est l'âme capable de regretter un seul instant la rançon dont elle paie la félicité de l'être aimé que la vie éloigna de nous à jamais ? Et c'est en vain aussi que la souffrance physique, la pauvreté, l'esclavage social, la maladie, l'abandon, l'ingratitude, l'épreuve dégradante de la misère, l'injustice et le mépris du monde, c'est en vain que tous les maux innombrables qui accablent la triste humanité, c'est en vain que les pires désastres nous écrasent, nous désespèrent. S'il y a de la joie en ce monde, de l'amour, de la richesse, de la volupté, de la santé, de la force victorieuse, de la lumière et de la beauté, qu'importe que nous ne possédions pas même une parcelle de ces trésors éphémères, désirables quand même, puisqu'un reflet de la Joie absolue y palpite ! Le sage, et tout homme de bien, toute créature vivant d'une vie altruiste et aimante, est parvenu à la sagesse véritable, le sage participe au bonheur d'autrui, surtout s'il a la certitude d'y contribuer par sa propre souffrance. Pareil au philosophe stoïcien^ pratiquant parmi les ténèbres du monde antique les préceptes du grand Epictète, du sublime Sénèque ou du noble Marc-Aurèle, il est riche, il est jeune,

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