L.\ MORALE PKSSIMISTl
victorieux et superbe, il est aimé, il est heureux, il participe à la richesse, à l'amour, à la liberté, à la jeunesse épanouie de ses semblables et même de ses ennemis. Car, si la même essence palpite dans tout ce qui souffre et aspire au bonheur impossible, c'est-à-dire dans tout ce qui existe, qu'importe le rôle brillant ou très humble, éclatant ou lamentable que le destin nousassigne dans la puérileet éternelle comédie du monde ! 11 faut que la Vie puisse produire un peu de beauté, de vérité et de joie; si elle y parvient l'existence est absoute, de même que le plus humble interprète d'un chefd'œuvre bénéficie d'un rayon de gloire ; qu'importe, si c'est notre Moi éphémère ou celui de notre frère en faiblesse et en misère humaine qui profile de la conquête du Bonheur? L'essentiel est que la joie existe, qu'elle fleurisse parmi tant de décombres et de ruines, que notre àme parvienne, à en créer l'illusion bienfaisante. Il suffit qu'une créature vivante en respire un instant le parfum mystique. Sa volupté sera la nôtre, nous entendrons les cris d'allégresse de l'esclave afl'ranchi, parmi les pires épreuves de la défaite personnelle, nous comprendrons sa joie, nous subirons l'extase de sa délivrance et de son orgueil.
112 LOl'ÏIMlSMi: l)H .SCIIOPENUAUER
Le second cycle de riiiilialion mystique est franchi par le disciple de Schoi)enhauer. 11 s'est assimilé la morale profonde et si douce, si pitoyable sous son apparente rigidité dont nous venons d'esquisser les aspirations essentielles. Toutefois, car il y a dans le déterminisme supérieur de la dialectique une force mystérieuse qui dépasse vraiment les prévisions humaines, même quand il s'agit d'un homme de génie — le disciple du Maître, sil est de bonne foi et s'il n'admet pas l'obéissance passive en matière de croyance philosophique, une fois parvenu à ce sommetdp l'existence morale d'où l'on embrasse déjà l'ensemble de l'Être et de la totalité du Monde, pénétrera sans doute au delà des limites que Schopenhauer lui même voulait nous assigner. Pour la seconde fois, parmi les ténèbres et l'épouvante de la imitlcirestre,il sera contraint de reconnaître un |)rincipe de liberté, de renouveau et de victoire obtenue sur l'éternelle et universelle souifrance. La Volonté de vivre n'était déjà plus radicalement meurtrière et infâme, puisqu'elle nous octroie le bienfait, à iml autre pareil, de la contemplation esthétique; elle con lient dans ses profondeurs insondables, un principe positif, de caractère bienfaisant plus indéniable encore, puisque la pos-