AVANT-PROPOS
Le volume que nous publions contient dans la première partie une édition nouvelle de notre livre la Question monétaire.
La deuxième partie, plus étendue que la première, renferme une étude sur les origines et le principe véritable de la loi de l’an XI, les débats officiels des commissions depuis cette époque et notre déposition dans l’enquête monétaire de 1870, suivie d’un extrait de notre déposition dans l’enquête de 186o.
Nous n’avons rien à changer à ce que nous disions l’année dernière :
« Il est des aperçus, en économie politique comme dans les autres branches des connaissances humaines, qui se trouvent acceptés de confiance, sans qu’on les ait soumis à une analyse pénétrante et à une étude véritablement scientifique ; le principe qui fait repousser l’emploi des deux métaux précieux en lui appliquant la dénomination de double étalon nous semble être du nombre. L’importance qui lui a été attribuée jusqu’ici est d’autant plus singulière, que nos maîtres en économie politique ont parfaitement prouvé depuis longtemps qu’il n’existait aucun étalon de la valeur et que la recherche d’une pareille mesure, qui devrait être invariable, est aussi chimérique que la recherche de la quadrature du cercle.
« Cette méprise fondamentale a singulièrement nui à l’appréciation dos services rendus par la double monnaie légale. Les hommes de pratique avaient beau s’appuyer sur l’étude exacte des faits pour montrer combien l’em-
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ploi simultané de l’or et de l’argent, eu qualité d’instruments réglés des échanges, était nécessaire ; ceux qui prétendent se concentrer dans la théorie abstraite, et qui prennent l’exagération du principe pour une déduction rigoureuse, ont repoussé ce système comme ne méritant môme pas l’examen. S’il était permis de mêler le plaisant au sévère, quand il s’agit de questions aussi graves, nous .serions presque tenté de nous rappeler, en voyant cette attitude , le fameux tarte d la crème, de Molière, qui tenait lieu do tout raisonnement.
a Vous voulez le double étalon, nous a-t-on constamment répondu ; nous avons vainement protesté contre une interprétation aussi inexacte de notre doctrine ; vous voulez le double étalon a été la phrase cabalistique à l’aide de laquelle on a prétendu repousser l’emploi simultané de l’or et do l’argent, cl la compensation à l’aide de laquelle l’emploi des doux métaux précieux rend moins instable l’expression , toujours variable , de la valeur des choses.
« Mais nous vivons h une époque de libre examen, l’esprit humain est peu disposé aujourd’hui à se contenter d’une vainc fantasmagorie. 11 interroge tous les principes, il scrute à nouveau tous les problèmes. La fameuse doctrine do Yélalon unique no saurait échapper à la loi commune, d’autant plus qu’on no la rencontre même pas chez les écrivains dont on a cru pouvoir invoquer la légitime autorité. Nous savons respecter ceux qui nous ont glorieusement précédé dans la carrière à laquelle sont voués nos humbles et consciencieux efforts, mais nous sommes peu enclin à jurer 2» verba magistri; nous essayons de poursuivre des recherches indépendantes, afin que la raison confirme ce que les précédents semblent enseigner. Sans aucun doute, nous sommes exposé à nous tromper cl nous n’hésiterons jamais à reconnaître une erreur, quand clic paraîtra démontrée. Mais aucune étude ne ferait de