E^OU£TE
qui s’occupent des affaires et qui peuvent prévoir les variations futures se calcule sur les oscillations présumées de la valeur, si les variations du métal, seul employé, devenaient plus considérables, les bénéfices des changeurs et des banquiers deviendraient plus considérables aussi.
Si j'ai abordé cette objection, c'ost parce que, comme je l’ai dit, elle repose sur de mauvaises préventions, et qu’il arrive parfois que les préventions sont plus écoutées que la raison ellemême.
L’emploi simultané de l’or et de l’argent diminue la prime d’assurance à l’égard de la variation de la valeur intrinsèque de l’inslrumenl légal des échanges, à laquelle doit consentir à se soumettre quiconque contracte pour l’avenir. Toujours celte prime d’assurance jouera un rôle dans les transactions humaines, que ces transactions s’expriment en monnaie bimétallique, ou en monnaie fondée sur un seul métal. 1^ diminution de la prime d’assurance par l’emploi simultané des deux métaux agit sur le marché général, comme elle agit sur les mouvements du change.
M. LE Président. 11 commence à se faire tard et vous pouvez être fatigué. Une séanceestindiquée pour demain, neuf heures du matin. Je regarde celte indication comme une heureuse coïncidence. Si ma proposition est acceptée, le conseil supérieur entendrait demain la suite de la déposition si intéressante que M. Wolowski a bien voulu commencer aujourd’hui. l.es questions qne l’on croirait devoir adresser è l’honorable déposant viendraient naturellement après.
M. Wolowski. Je suis entièrement à la disposition du conseil supérieur.
M. LE Président. Nous vous remercions. Demain nous en tendrons la continuation de votre déposition.
La séance est levée.
SÉANCE ÜU 8 AVHIL 1870.
PRESIDRNCE de 8. ne. a. le aARtCBAL TAILLANT, MINISTRE DE LA MAISON DE l'EMPERBUR.
Est introduit :
M. WOLOWSKI, membre de l'Institut.
H. LE Président. Vous aves bien voulu, Monsieur Wolowski, nous promettre de répondre aujourd’hui aux questions qui vous seront sans doute adressées en grand nombre. Je donnerai la parole à ceux qui la réclameront.
M. Michel Chevalier est-il présenté
M. Wolowski. Il est retenu ailleurs, et il m'a dit qu’il ne pourrait pas venir ce matin.
M. Victor Bonnet, commissaire spécial. Je demande la parole.
M. LE Président. M. Bonnet a la parole.
M. Victor Bonnet. Hier, dans la déposition très-importante que nous a faite M. Wolowski, j'ai voulu l’arrêter au moment où il développait les conséquences qui, selon lui, résulteraient de la démonétisation de l’argent et qui seraient la cherté de l’or. Il me semblait que, dans l'intérêt même de sa déposition, il était utile que l'hypothèse sur laquelle il s’appuyait fût parfaitement établie pour donner plus de force aux déductions qu’il en tirait. Je voudrais, aujourd’hui qu'il a terminé sa déposition, éclaircir ce point avec lui.
M. Wolowski nous a parlé du stock métallique considérable qui existait dans le monde et il l'a évalué à 55 ou 60 milliards. Ce chiiïre m'a paru très-élevé. Dans les études que j’ai faites sur la question, je ne suis jamais arrivé qu’à 44 ou 45 milliards. Un homme très-considérable, que M. Wolowski connaît comme moi, M. Newmarch, établissait qu’avant 1848, il y avait 34 mil-
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KNuufrrt
liards de métaux précieux dans le monde, savoir : 20 milliards en or et 14 milliards en argent.
M. WoLOWSKi. Nous sommes d’accord sur ce point.
M. Victor Bonnet. Il a refait ce même calcul pour une époque postérieure à 1848, et il a trouvé qu'en 1857 la masse métallique s’était augmentée de 4 milliards; par conséquent elle était alors de 38 milliards. En supposant que, depuis, la production des métaux précieux ait été de 1 milliard par an — et c’est un très-gros chiflre, personne ne l’élève au-dessus — en tenant compte du frai, des pertes et d’autres éléments, on peut admettre que le stock métallique s'est enrichi de 7 à 800 millions par an. Pendant douze ans cela ferait encore 7 milliards. 38 et 7 font 45 milliards. C'est le chiffre que j’ai adopté.
Je regrette l’absence de M. Michel Chevalier qui, écrivant luimême sur cette matière en 1865, établissait qu'il y avait à ce moment dans le monde civilisé — et il faut entendre par là les pays avec lesquels on est en rapport de commerce, c’est-à-dire toute l’Europe, l’Amérique et même une partie de l’Asie, notamment l’Inde et la partie de la Chine qui nous est accessible — qu’il y avait, dis-je, de 39 milliards et demi à 40 milliards de métaux précieux. 11 eût été très-étonné d’entendre dire que, depuis 1865, ce stock métallique s'était augmenté de 15 à 20 milliards. Je crois donc ce chiffre exagéré. Je n’y attache cependant pas une importance extrême, parce que, comme le disait hier notre honorable président, peu importe le chiffre en lui-même; ce qu’il y a de sûr, c’est que si l’on voulait démonétiser tout l'argent qui existe dans le monde, il faudrait démonétiser un stock considérable, qu’il soit de 20, 25 ou de 30 milliards.
Mais est-il raisonnable d’admettre que, si la France démonétise son argent, on va en faire autant dans l’Inde, dans la Chine, dans toute l’Asie? Cela n’est évidemment pas à craindre. L’Orient n’est pas dans la même situation que nous, il n’a pas les mêmes besoins; la monnaie d’argent lui conviendra longtemps encore parce que c'est celle des pays qui sont placés dans un étal inférieur de civilisation. Nous pourrions démonétiser notre mon-
SLK LA JiOM^TAlHE.
naie d'argent en France et en Europe sans que l'Orient fit rien pour démonétiser la sienne. 11 recevra même facilement celle que nous aurons de trop.
11 faut donc de la démonétisation possible de l’argent retrancher je ne sais combien de milliards qui sont dans l'fnde, dans la Chine, dans l’.Xmérique du Sud, pays qui conserveront longtemps encore ce métal, quelque mesure que nous adoptions. La question n’est à examiner qu’au point de vue de la France et tout au plus de l'Europe.
Qu’y a-t-il d’argent en France et on Europe ? Peut-être 4 ou 5 milliards. En démonétisant ces 4 ou 5 milliards serons-nous exposés au danger, que nous signalait M. Wolowski, de voir lo renchérissement de l'or prendre des proportions considérables?
Il y a une chose que M. Wolowski sait comme moi, c'est qu'aujourd’hui le danger qui nous menace, et qui est signalé par beaucoup de bons esprits, n’est pas précisément celui qu'il indiquait hier ; ce n’est pas la cherté excessive des métaux précieux, c’est au contraire leur dépréciation. Des hommes considérables en France et en Angleterre déclarent que c'est à cette dépréciation qu’il faut attribuer l’augmentation du prix des choses. Il y en a même qui sont allés jusqu’à la chiffrer et la porter à 10. 15 et 20 pour 100.
Ce n’est pas mon sentiment, j’ai combattu cette opinion et je crois avoir démontré que, jusqu’à ce jour au moins, les métaux précieux n’ont rien perdu de leur valeur, et que la cherté du prix des choses doit être attribuée à d’autres causes. Mais si je garantis le présent, je ne voudrais toutefois pas garantir l'avenir; je ne voudrais pas affirmer que si nous continuons à recevoir en Europe 7 ou 800 millions de métaux précieux par année, nous ne soyons pas menacés, malgré lo développement des affaires, de voir, dans un délai assez court, se produire certaine dépréciation.
Le danger qui nous menace, je le répète, serait donc l’opposé de celui dont parlait hier M. Wolowski. Ce danger nous menace surtout, parce que nous avons deux instruments do cir-
ENUUÈ1E
culation : l’or et l’argent. Si nous supprimions l’un des deux, nous donnerions peut-être plus de fixité au seul métal qui res> terait et qui, de l’aveu de tous, devrait être l’or.
M. Wolowski nous dit : « Prenei garde, l’or ne sera plus suffisant pour les besoins. »
J’avoue que celte assertion m’a paru excessive. 11 ne s’agirait pas, en effet, de démonétiser du jour au lendemain les 4 ou 5 milliards d’argent qui sc trouvent en Europe. On y mettrait le temps ; on emploierait tous les tempéraments possibles. Transitoirement on pourrait employer une grande partie de ce métal comme monnaie d’appoint, et, pendant le temps qu’on metirait à démonétiser le reste , les mines d'or, qui sont loin d’ôtre épuisées, nous fourniraient le contingent nécessaire pour satisfaire à DOS besoins et empêcher celte cherté de l’or dont parlait M. Wolowski,
J'ajoute une autre considération. Il ne faut pas seulement tenir compte de la nécessité de l'augmentation des métaux précieux pour satisfaire à l’augmentation des affaires, il faut aussi apprécier le développement parallèle des moyens de crédit. Plus nous irons, plus nous arriverons à faire beaucoup d’affaires avec moins de numéraire. C’est ainsi qu’en Angleterre, avec tout au plus 2 milliards et demi de métaux précieux, on accomplit un chiffre de transactions beaucoup plus considérable que celui que nous faisons chez nous avec 5 milliards; et sans regarder ce qui existe chez nos voisins comme l’idéal auquel nous pouvons atteindre, il est cependant permis d'espérer que le stock métallique de 5, 5 et demi, peut-être 6 milliards, que nous avons on Franco, suffira pendant très-longtemps et largement à tous les besoins du pays; la tendance de la civilisation sera plutôt de le restreindre que de l'augmenter. Si j’en voulais une preuve, je la trouverais dans ce fait dont tout le monde est frappé, dans ces 1 200 millions d’encaisse qui restent éternellement à la Banque de Franco, malgré l'augmentation sensible des affaires depuis trois ou quatre ans; cela dénote évidemment une pléthore monétaire dans notre pays.
SUR LA OL'ESTION MUNÉTAIRK.
Je ne dis pas que nous soyons arrivés à la dépréciation ; mais il est incontestable qu'il y a en France une plus grande masse de métaux précieux que le pays n'en peut employer. Cela devrait rassurer H. Wolowski.
La preuve encore que le développement parallèle des moyens de crédit neutralise dans une certaine mesure le trop grand besoin qu'on pourrait avoir des métaux précieux, c'est ce qui s'est passé depuis 1848 ; en comparant le stock métallique qui existait alors et celui d'aujourd’hui on voit que celui-ci s’est accru tout au plus d'un tiers, c’est-à-dire qu'il est passé de 4 à 6 milliards, tandis que, dans la mémo période, les affaires ont quadruplé, quintuplé; et, cependant, ce stock métallique, accru d'un tiers seulement, a pu faire face à un mouvement d'affaires quadruple et quintuple.
Ce qui a eu lieu dans le passé aura également lieu dans l’avenir, et, à mesure que les affaires se développeront, on perfectionnera les moyens do crédit. Il y a, en Angleterre, des établissements dits clearing/ioum, qui liquident pour i milliards d'affaires par semaine, c’est à-dire pour plus de 100 milliards par an, sans, pour ainsi dire, employer de numéraire ; ces établissements finiront bien par s’acclimater en France, et alors nous aurons des instruments puissants pour économiser le numéraire.
M. Wolowski. Pas le moins du monde ; c'est le contraire qui se produit; le besoin du numéraire augmente avec le développement des instruments de crédit, je le prouverai par les faits.
M. Victor Bonnet. Vous me répondrez.
Je crois donc qu’en présence de la trop grande abondance de numéraire qui existe aujourd’hui et de la menace de dépréciation qui en est la conséquence, si nous arrivions à éliminer un des deux métaux précieux qui nous servent de monnaie, nous redresserions, si je puis m’exprimer ainsi, la situation, nous donnerions plus de fixité au seul instrument de la circulation qui nous resterait, tandis qu'on conservant les deux nous
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E-MJUÈTE
sommes peut-être menacés de subir une certaine dépréciation.
M. Wolowski nous faisait envisager les conséquences fâcheuses de l’élévation du prix de l’or qu’il évaluait à 15 et 20 pour 100, et il nous montrait le propriétaire troublé dans sa fortune, l’Etat, le débiteur, obligés de payer beaucoup plus qu ils n’avaient pris l’engagement de payer' Mais il faut considérer la situation inverse. Il serait tout aussi désagréable au créancier de recevoir, après dix ou vingt ans, beaucoup moins qu il n’espérait recevoir', qu’au débiteur de payer davantage, et cette situation inverse nous menace plus sérieusement que le danger hypothétique que M. Wolowski nous mettait hier .sous les yeux.
Je voudrais donc demander à M. Wolowski s’il ne croit pas qu il faudrait restreindre les efTels de la démonétisation de l’argent à l’Europe seulement, et peut-être même à la France, car nous sommes les plus pressés d’agir, attendu qu’ayant le plus gros stock métallique nous pourrions servir de débouché à ceux qui voudraient agir avant nous. Les autres pays. l’Allemagne par exemple, ont besoin d'abord d’avoir de l’or et d'établir leur circulation dans une meilleure situation qu’elle n’est aujourd’hui; ils n’ont par conséquent pas les m6mc.« raisons de se presser. Nous n’avons donc à nous préoccuper que de nousmêmes, et n’est il pas permis de croire que si nous démonétisons en France les 1 200 millions qui peuvent exister encore do numéraire d’argent, cela n’aura dans l’état actuel des choses aucun inconvénient, que nous trouverons facilement le débouché du métal qui ne nous servirait pas et qu’il nous sera facile de le remplacer par de l’or jusqu’à concurrence de ce qui nous sera nécessaire, sans craindre le renchérissement dont nous menaçait M. Wolowski?
M. Wolowski. La manière très-ample dont M. Uonnet a posé ses questions me servira d’excuse auprès du conseil si j’ai besoin, pour la réponse que j’ai à lui faire, de m’étendre un peu ; je désire ne laisser de côté aucun des arguments qu’il a produits et j’espère qu’aucun de ces arguments ne restera debout.
Sllli LA 0| ICSriON MONKI'AIIIK. ifi
M. Bonnet fait comme les personnes dont je parlais hier et qui, tout en voulant un nouveau système, craignent qu’il ne se réalise trop vite. Elles trouvent un singulier moyen do rassurer ceux qui ne partagent pas leurs opinions, en parlant de la lenteur inévitable de l’exécution, lorsqu'elles devraient désirer que la réforme s’acconfpllt promptement, puisque l'on doit tant profiter do ne plus avoir, pour la monnaie légale, qu’un métal au lieu de deux métaux! — M. Bonnet dit ; « Ce n’est pas du jour au lendemain que cela peut se faire ; il ne s’agit de transformer qu’une fraction du stock métallique. »
Je l’avais dit avant lui, et, si la sténographie est exacte, iM. Bonnet retrouvera presque mot pour mot l'argument qu’il croyait formuler contre moi, articulé par moi-môme, .l'ai dit : n Sans aucun doute, il ne .s’agit pas ici d’un coup de baguette qui opérerait dans le monde une transformation de cette nature du jour au lendemain ; sans doute, la mesure n’atteindra qu’une fraction du stock métallique en argent. »
J’évaluais cette fraction au quarts je réduisais donc sous ce rapport la question au lieu de l’étendre, et j'essayais de montrer comment cette démonétisation restreinte au quart, que j’évaluais de 6 à 7 milliards, causerait un préjudice énorme et nous forait courir des dangers qui sont loin d'être atténués à mes yeux depuis les explications que je viens d’entendre de la bouche de M. Bonnet.
M. Bonnet parle d’une fraction qu’il évalue à 5 milliards; moi, j’ai parlé de 6 à 7 milliards. La düTérence est grosse, sans doute, mais elle n’est pas énorme; nous ne sommes pas à une très-grande distance l'un de l'autre, quant au point de départ. Ce sur quoi nous diflérons, c’est en ce qui concerne la masse du stock métallique dans le monde. Si je tiens à établir le chiffre tel qu’il m’apparalt, c’est pour essayer d’arriver aux constatations les plus exactes possibles.
Que ces constatations militent en faveur do mon système ou qu’elles l'ébranlent, peu m'importe I Ce qu'il faut surtout pratiquer dans les études, c’est ce que j’appellerai la probité scienti-
ENyUÉlE
tique; il faut scruter et déterminer les laiLs, non pour les liesoins de la cause qu’on défend, mais pour éclairer le débat. C’est un mauvais procédé que celui des hommes qui, examinant des questions sérieuses, croient qu’en altérant quelque peu, en atténuant les faits, ils peuvent donner de la force à leur raisonnement. J'ai toujours suivi un procédé dîTférent, j’ai préféré courir le risque de grossir les données contraires, et je m'en suis bien trouvé.
Je croyais abonder dans le sens de ceux qui demandent la démonétisation, on établissant le chiffre de 55 ou 60 milliards pour le stock métallique, quotité qui, si elle est exagérée, ne l’est pas de beaucoup. Il est difficile d'arriver à un chiffre mathématiquement exact ; mais j’admets le chiffre le plus élevé, parce qu’il milite en faveur de mes adversaires.
Plus ce chiffre sera considérable, moins la diminution du stock métallique, par le retrait d’une partie, agira sur l'ensemble. Plus, au contraire, vous restreindrez par vos calculs le stock métallique qui existe dans le monde, plus vous fortiflerez mon argument. C’est en ma faveur que vous combattez. Je sais aussi que vous combattez avant tout pour la vérité, et qu'en restreignant le chiffre, vous ne vous inquiétez pas de savoir si c'est en faveur de la doctrine que je soutiens ou en faveur de la vôtre que cola peut faire conclure ; mais le résultat serait celui que je signale.
Maintenant, ai-je mis de l’exagération en signalant 55 milliards comme le chiffre le plus probable? Je vais immédiatement en faire juge le conseil supérieur.
Nous sommes heureusement presque d’accord avec M. Bonnet, quant au point de départ, et c’est la partie de la question qui reste en quelque sorte dans le doute et qui est de beaucoup la plus difficile à préciser; elle concerne le passé lointain, c’està-dire les époques qui vont jusqu'en 1848. Vous avez dit avec Newmarch, avec Stoëberr, avec les hommes les plus éminents qui se sont occupés de cette question, que le stock métallique était au moins de 34 milliards à cette époque.
SUR LA QlKSTION MONÉTAIRE. 47
Par quel miracle le stock de 34 milliards saraiUil passé à 55 milliards? Comment ces 21 milliards auraient-ils été ajoutés? De la manière la plus simple. J’ai là un relevé fait par M. Soëtberr qui indique qu’on a extrait une vingtaine do milliards d’or et d’argent depuis 1849 jusqu’en 1870 : d’aulres évaluations, faites en Angleterre, portent oe chiffre à plus de 27 milliards; il s’agit donc, pour l’évaluation la plus faible, de 54 milliards, et pour une évaluation plus forte, de 61 milliards. Quelque compte que l’on tienne du frai et d^ pertes faites, on ne fera pas qu’en vertu de la plus simple opération d’arithmétique le chiffre de 55 milliards ne soit parfaitement acceptable par tout le monde, d’après les bases mômes que vous avez posées'.
Voilà les faits. Nous avons les relevés de l’accroissement annuel de la production, accroissement qui, en réunissant l’or et l’argent, dépasse de beaucoup 1 milliard.
M. Bonnet dans ses travaux s’est souvent appuyé, et. je crois, avec grande raison, sur la précision avec laquelle un homme distingué de l’autre côté du détroit, M. Bagehot, le directeur de i’Economùl, à l’habitude de traiter ces questions. Eh bien, c’est à VA’conomiil que je me reporte, c’est sur ses évaluations que je m’appuie.
D’après ces évaluations, la période de 1849 à 1851 a donné 3 milliards, et celle de 1852 à 1856 a produit 7 milliards.
Il faut remarquer que quand on évalue l’ensemble de la production des métaux, on ne comprend pas dans le calcul, au moment où l’on écrit, le résultat de l’année môme. On n’y comprend môme qu'une portion du résultat de l’année écoulée.
' Dana notre déposition, faite en novembre 1865 devant le conseil supérieur du commerce, Enquilt sur tes principts et les fistls généraux gui régissent la circulation monétaire et fiduciaire, nous avons admis, comme chiffre des eiiatences métalliques d'or et d'argent, une somme de 50 millions. Depuis celle époque, les évaluations les plus modérées des produits recueillis en cinq ans las portent i 0 millions de francs.
Dans le même document, dont nous Joignons un estrait, nous avions établi que le stock métallique de la France oe dépassait guère alors 3 milliards de francsi il doit être aujourd’hui de plus de 4 milliards, mais le obiffre de 5 h 6 mil* liards,donl parle M. Bonnet, me semble fort exagéré.
i;X(.>if;ri:
Allons plas loin ;
De 1H57 A 1S59, la produclioD aorail été de. . . AôÜOOOOOOOfr. De I8(i0 a Itt65, pendaot quatre an;, la produc-
tion ilépasaait, suivant rEconomist 52ÔOOOOOOO
De I86i à I8U8, elle dépasse OOOOOÜOOUO
En y ajoutant 1 250 millions de francs pour l'année 1869, on arrive à un total de 27 milliards, obtenus de 1849 à 1870.
Je demande au conseil la permission de déposer des tableaux qui constatent année par année le résultat de ces augmentations successives; vous arriverez certainement, malgré toutes les atténuations que vous voudrez y porter, si vous prenez pour point de départ en 1848 l’existence de 84 milliards de francs d’or et d’argent, vous arriverez à un chiffre qui ne différera guère de celui de 55 milliards de francs que j'ai indiqué.
Vous reconnaîtrez que le chiffre de 55 ou 54 milliards est plus acceptable que dos chiffres inférieurs.
M. Victor Bonnet. Cela n’a qu’une importance médiocre dans le débat.
M. WouiwsKi. Je vous demande pardon. C’est vous qui avez soulevé ce débat, il forme le point de départ des questions que vous avez bien voulu m’adressor; l’importance et l'exactitude de ces chiffres , qui doivent servir de base au raisonnement, sont chose très-considérable.
Poursuivons. Je ne veux rien exagérer, je cherche seulement à établir que je ne me suis pas trompé en articulant la quotité de 55 milliards. J'ai dit 55 à 60 milliards, pour faire la part large à mes contradicteurs ; je ne marchande pas ; le chiffre est peut-être au-dessous de 55 milliards, peut-être de 1 ou 2 milliards, je ne le sais pas au juste ; personne ne le sait d’une manière exacte et positive; seulement je déclare qu’à mesure que vous descendrez sur cette échelle , vous fortifierez mon raisonnement. Je suis disposé à prendre le chiffre le plus large, et à établir mon raisonnement sur cette base. Je me rapproche ainsi do M. Bonnet, et je suis charmé, lorsque l’occasion s’en présente, de me trouver d’accord avec lui.
Slll LA yUESTION MONÉTAIRE.
U ne s’agit, a-t-on dit, que d’une fraction de stock métallique d’argent qui serait atteinte par la mesure que l’on propose, c’est-à-dire par la démonétisation de l’argent comme instrument légal de la circulation, ce qui réduirait la masse employée.
Ici vient l’examen d’une question que j’ai à peine touchée hier, Je remercie .M. Bonnet de me mettre à môme de l’étudier en ce moment.
Quel est le danger qui menace l’avenir ? Est-ce celui de manquer d’un stock métallique suffisant pour l’accomplissement des transactions dans le monde? N’est-ue pas plutôt celui d’ôtre submergé par une inondation nouvelle de métaux? Ne faut-il pas rectifier l’expression commune de la valeur, eu créant en partie un vide artiliciel, par la démonétisation successive de l'argent? Tel est l’argument qu’on met en relief. — Elles sont bien anciennes les appréhensions de ceux qui redoutaient le résultat des riches découvertes métalliques faites depuis trente ans; nous connaissons depuis longtemps les craintes formulées à cet égard, heureusement il y a longtemps aussi qu'on les a réfutées.
L'or n'a encore ruiné personne; l’apparition d'un stock métallique plus considérable a été au contraire un bienfait pour l’ensemble de l'économie des États, pour la solidité de la circulation , et pour l’impulsion donnée à la production , aux échanges, à l’industrie et au commerce. Je le répète, l’or n’a encore ruiné personne.
Les appréhensions que vous conservez pour l’avenir, appréhensions qui se faisaient jour d'une manière bien autrement forte, il y aune vingtaine d'années, et que les faits ont complètement démenties jusqu’ici, ces appréhensions ne m’inquiètent pas plus aujourd’hui qu’elles ne m’inquiétaient il y a vingt ans. Puisque les faits m’ont donné raison dans l’intervalle, permettez-moi, jusqu’à ce qu’ils aient prouvé le contraire, de supposer qu’ils me donneront encore raison, car les précédents sont de nature à raffermir mes convictions.
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ENQUÊTE
fl y a un motif presque mathématique pour que cette espérance continue à sqbsistpir; un élément essentiel a été trop souvent mis ici de côté, fe n’ai fait que l’indiquer hier; j’insisterai davantage aujourd'hui, puUqqe )a question se trouve reprise.
La survenance d’une nouvelle récolte do métaux, or ou argent, doit toujours être mise on regard de l’existence du stock métallique qui se trouve acquis au monde ; c'est la proportion dans laquelle Iq nouyellp moisson d'or ou d'argent vient s’ajouter à la mqsse, qu stock déjà recueilli et conservé, qqi détermine l’influence que peut exercer la survenance des nouveaux métaux sur l'ensemble de l’économie des sociétés.
On a cité les évaluations de M. Newmarch, qui concluait q l'existence de 34 mdliacds d’or et d’argent, il y a de cela uq quart de siècle. ).qrsque le stock métallique du monde eptier montait seulement, comme à la découverte de l’Amérique, à 1 milliard, composé de 300 millions d’or et de 700 millions d'argent, la survenance d’une quotité moyenne de 80 millions par an déplaçait singulièrement la situation ; 80 millions sur
1 milliard, c’était le douzième. Quand M. Bonnet évalue aujour^ d’hui à 1 milliard la récolte annuelle d'or et d’argent, ici encore je lui forai la partie plus belle, car je pense que l'augmentation annuelle de l’or et de l’argent s'élève aujourd'hui au moins à ) 100 millions. Qu'est ce que } IQQ millions en présence d’un stock de 55 milliards? La proportion est facile à établir ; c’est environ 2 pour 100, c’est-à-dire une proportion jpflninient plus faible que celle qui se manifestait dans le passé.
La proiluclion du métal marche suivant un progression dp
2 pour 100. Or la population du monde augmente tous les jours; les résnllats de la civilisation se communiquent de plus en plus è toutes les régions, une vie nouvelle se manifeste dp tous les côtés. Pensez-vous que l'accroissement de la production en général et que l auginentation des échanges ne suivent pqs une progression plus rapide que celle do 2 pour 100 par enf
Je pense que la progression, de ce côté, est bien plus for(q,
SUK LA gLESTION MONÉTAIRE. j(l
bien autrement rapide, que celle de l’augmentation du stock métallique, qui vous préoccupe exclusivement.
Ainsi que j’ai essayé de l’indiquer, cela me parait être une considération essentielle pour l'étude de la grave matière qui nous occupe aujourd’hui.
Il faut savoir s’il existe, entre les transactions eiTectuées, la masse accrue des produits, les services rendus et l'accrois-sement des instruments appelés à rendre ces services, un mouver ment progressif dans le même sens ; s’il est plus accentué d'un côté que de l’autre, il peut y avoir péril.
Or la marche des échanges et de la production est plus rapide que la marche suivie par l’accumulation des métaux. — Quant à une hausse générale des prix, je suis tout à lait de l'avia de M. Bonnet ; il a parfaitement démontré qu’on avait singulièrement exagéré la prétendue dépréciation des métaux précieux. M. de Lavergne et beaucoup d’autres économistes distingués, qui ont voix au chapitre, partagent cette opinion. La variation survenue dans le prix de choses tient pour une faible part à l’abondance des métaux; cela vient do ce que l'augmentation du stock n’a pas été aussi prépondérante qu’on l’avait supposé, alors qu’on ne tenait pas suffisamment compte de l’accroissement parallèle des besoins de la circulation monétaire.
Cette augmentation relative du stock métallique a été plqs considérable qu’elle ne le sera à l’avenir, car le point de départ sera tout autre; la masse des métaux précieux a plus que doublé dans ce siècle ; comme le stock actuel est double de ce qu’il était au point de départ du dix-neuvième siècle, la proportion dans laquelle se produiront les nouveaux résultats de l’exploitation des métaux vis-à-vis du stock existant devra être de plus en plus faible. Quand l’accroissement abiolu de la production de l’or et de l’argent se maintiendrait à la môme hauteur , ce qui n’est pas le résultat constaté depuis nombre d'années, l’accroissement relatif ne pourrait que diminuer ; en effet, les métaux précieux se conservent sous une formq ou sous une autre, ils ne s'usent que lentement, et leur somme
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acquise augmente sans cesse presque de toute l’importance des nouvelles récoltes.
La masse de la production s'est accrue ; mais elle n’a pas toujours augmenté suivant une proportion progressive. Le point culminant a été atteint en 1853 pour l'or vis-à-vis de l’argent; depuis cette époque la production de l'or a été moindre et celle de l’argent a constamment augmenté sans que la somme totale du produit annuel des deux métaux précieux ait pu égaler le chiiïre de 1853. C’est une seconde considération que je recommande à votre attention.
Si l’on se trouvait en présence d’une production de l'or, augmentant sans cesse dans une proportion rapide, et d’une proportion do l’argent diminuant, je comprendrais mieux que je ne le comprends maintenant qu’on fût appelé ù examiner s’il n’y aurait point un parti à prendre.
Je ne me rendrais peut-être pas, car j'ai des convictions très-fermes, mais je comprendrais qu’on posât la question ; tandis que, je l’avoue, je le comprends peu aujourd'hui.
En effet, l’or a diminué quant à la production totale, et l’argent a augmenté; en même temps, la masse de la productic^n réunie des métaux précieux n'a pas grandi, et c’est le moment que l’on choisit pour démonétiser l’argent, au moins dans le monde civilisé dont on se préoccupe, et pour charger l'or seul de suffire à toute la circulation! Il semble que quand on veut demander à une force un certain travail, et lui faire rendre de certains services, on doit la mesurer et no pas lui imposer une tâche plus lourde lorsque cette forco diminue. La masse des transactions continue à grandir ; y aurait-il prudence à raccourcir le levier destiné à la soulever?
Mais, dit M. Bonnet, vous oubliez l’élément essentiel, vous oubliez que nous avons moins besoin de métaux précieux, à mesure que le crédit se multiplie, et que d'admirables instruments suppléent le métal dans ses fonctions ; plus nous irons, moins nous aurons besoin do numéraire.
M. Victor Bonnet. Proportionnellement, relativement.
M. WOLOWSKI. Rien n’est absolu dans ce monde ; j’essaye de suivre le raisonnement de M. Bonnet et de le résumer. Il dit :
(I Plus nous irons, moins nous aurons besoin de métal, par conséquent une sage prévoyance nous commande de rectifier la situation, de diminuer le stock métallique ; si nous ne le faisons pas, nous sommes menacés d’une révolution dans les prix, révolution qui se prononcera non pas dans le sens indiqué par M. Wolowski, mais dans le sens contraire. »
Je crois avoir Gdèlement reproduit la doctrine de M. Bonnet, je me suis permis de l’interrompre, je lui en demande pardon; je désire toujours qu'on laisse à chacun la faculté de développer sa pensée d’une façon complète.
Le contraire de ce que suppose M. Bonnet me parait être le vrai. Ici encore, quoiqu’on m’ait souvent accusé d’être homme de théorie, je ne consulte que les faits ; je puise ma doctrine dans l’examen attentif des faits exactement établis. Je demanderai, à mon tour, à M. Bonnet, qui connaît si bien ces matières, si, en fait, le stock métallique de l’Angleterre s’est accru ou s'il a diminué depuis trente ans?
M. Victor Bonnet. Il s’est accru d’environ 7 à 800 millions.
M. Wolowski. Je crois le chiffre de l’augmentation plus fort encore, d’après les renseignements que j’ai puisés à la Banque d’Augleterre.
On estimait le stock, il y a trente ans, à 1 milliard et demi ; on l'estime aujourd hui entre 2 milliards et demi et 3 milliards.
M. Victor Bonnet. Je vous demande pardon de vous interrompre ; ceci est un point important. Des statistiques faites avec soin en Angleterre, tout récemment, portent, comme maximum, à 95 millions de livres sterling le stock métallique ; beaucoup l’évaluent à 90 millions et quelques-uns à 80 millions, c’està-dire à 2300 millions, 2200 millions do francs et môme 2 milliards.
Enfin, les plus exagérés le portent à 2 milliards et demi. Voilà qui est très-essentiel.
M. Wolowski. M. Bonnet me permettra de lui dire que je
S4 E^Qt}Ê^E
le remercie de son intemiplion ; elle me permet d’dtablir quVn Angleterre, comme partout, et il ne faut pas s'en étonner, il existe une certaine divergence entre les conclusions auxquelles arrirenl diverses personnes qui s’occupent de la même évaluation Si le chiffre de 2 milliards et demi est exact, et je le regarde comme tel, le stock métallique en Angleterre est presque doublé.
Si le conseil le désire, je joindrai à ma déposition le tableau de la production de l’or et do l’argent, et les évaluations du stock existant actuellement dans le monde; ces renseignements sont contenus dans les tableaux publiés par M. Sociberr, qui ne saurait être suspect dans la question aux yeux des promoteurs de l’étalon unique d’or. Je préféré éviter les contestations, en me servant des chiffres indiqués par un de mes contradicteurs, et peut-être par le plus autorisé.
Mais, a-t-on dit, c'est une question secondaire; lâ question téritable est celle-ci ;
Vous dites qu'en raison de l'extension des moyens de crédit, nous aurons moins besoin d’or et d'argent; moi, je soutiens que plus les moyens de crédit se multiplient, plu.s II nous faudra d’flr et d’argent.
Je m’appuie sur un fait décisif; depuis trente ans, il y à éu un énorme développement des moyens de crédit en Anglcterré, développement tel qu’on no le soupçonnait même pas. L’admirable institution du c/earinghoiise a grandi jusqu’à s’élever à une importance colossale, et le stock métallique, au lieu de diminuer, a augmenté.
M. VicTon Bonnet. C’est une question de proportion.
M. WoLOWSKt. Permettez moi de suivre l’expression do ma pensée.
M. Victor Bo.nnet. Si je vous interromps, c’est pour donner plus de précision aux débats.
M. WoLowsKi. C’était aussi mon intention quand je vous ai interrompu.
■le constate les faits : une circonstance singulière me permet
SUR LA giESflüN ÙONÉTAIHE.
SS
dë dodnet’, â fcet égard, des détails précis. Le hasard a fait qu’étt’anger à l’Angleterre, j’ai contribué à une mesure récente qui peut jetef beaücoup de lumière siir ces débats.
Il s’agit de la publication hebdomadaire du clearing house de Londres, qui à lieu maintenant comme les publications hebdomadaires du mouvement de là Banque d’Angleterre.
.l’avais l’avantage de me trouver en rapport avec un homme éminent, sir John Lubbock, dont le nom est connu partout comme celui d'un des savants distingués de l’Angleterre, Il est banquier et en môme temps membre de l’Académie royale. 11 y a peu d'années, j'étudiais l’organisation du clearing house de Londres : sir John Lubbock était secrétaire du comité des banquiers qui composent cette institution. Je lui exprimais mon regret et mon étonnement do ce qu'iinè donnée aussi essentielle qüe lè relevé des mouvements des clearing houses ne fût pës publiée, tandis que, pour apprécier la marche et le développement des transactions, peii de renseignements pouvaient avoir la mêiiië importance. « Les banques donnent des relevés périodiques, lui disais-je, pourquoi n’en faites-vous pas autant? »
Il fit une réponse topique, que comprendront parfaitement ceux qüi connaissent l'Angleterre : « Nous ne le taisons pas, parce qii’on ne l’a pas fait. »
Je répliquai aussitôt : « Si c’est la seule raison qui vous arrête, faites-le. »
Sir John Lubbock accueillit mon observation avec une grâce parfaite ; il voulut bien ajouter qu'une démarche j)ersonnelle pourrait hâtef la solution. « Adressez-raoi une lettre, me dit-il, je U soumettrai au comité, et je crois qu’il se décidera dans le sens que vous indiquez. »
J’écrivis la lettre convehue, le comité reconnut l’utilité de la mesure, et la publication du mouvement hebdomadaire du clearinghouse se fait depuis lors régulièrement. Elle fournit dos renseignements précieux pour le commerce, l'industrie et les finances.
C’est par le chiffre colossal de lOO à 125 milliards de francs
liJVQlIÊTli
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par an que se chiffre le montant des compensations accomplies au clearing house de Londres, presque sans intervention de monnaie ou de billets, surtout depuis que la banque d'Angleterre fait partie de cette association. C’est à peine si l'on peut tenir compte de ces instruments accessoires, en présence d’un mouvement qui s'est élevé jusqu'à 125 milliards!
L’eslension considérable des moyens de crédit a coïncidé avec l'augmentation du stock métallique de l'Angleterre; il ne saurait y avoir de démonstration plus complète que celle-là. Ainsi, l'augmentation des moyens sérieux de crédit, loin de diminuer la masse nécessaire du stock métallique, en exige une plus considérable.
Pourquoi ?
C’est d'abord parce que la circulation fiduciaire et le mouvement colossal des compensations correspondent à une production rapidement accrue, qui entraîne avec elle un plus large mouvement de transactions secondaires, de salaires, de commerce de détail, ce qui met en action plus de numéraire. Tout se communique de proche en proche et le besoin de tous les moyens de circulation augmente à la fois.
Plus l’édifice s’élève haut et plus larges doivent en être les fondations. Si le métal n’intervient pas matériellement dans les opérations du clearinghouse, il n’en exerce pas moins une influence dominante sur les négociations et sur l'existence de cette institution ; il sert à fournir la mesure commune des transactions, il ramène toutes les fractions de la production et des échanges à un même dénominateur, il garantit les opérations et leur donne la sécurité.
Ainsi que je le disais hier, c'est le métal précieux qui doit toujours servir de terrain solide à la circulation, c'est lui qui constitue la base véritable sur laquelle repose l'économie des nations.
On répondra : «Vous ne parlez pas de papier-monnaie. Voilà encore un admirable instrument de crédit! Voilà un moyen un siipjiléer au métal. Ce sera un supplément qui n'exigera aucune
!>UK LA tiUKSIUl.N UONÉTAIKL. o7
iotervention d’or ou d’argent ; quelques feuilles de papier^ promenées sous la presse, suffiront pour enrichir tout le monde. C’est très-commode; on peut multiplier considérablement le papier-monnaie. »
n Vous no parlez pas non plus d’un autre élément, les billets de banque, ce merveilleux instrument qui s’ajoute au métal. Mais le billet de banque a un tort, il exige du métal pour être échangé, tandis que le papier-monnaie, c’est beaucoup plus beau ; on le frappe, et il n’exige rien en échange. On peut en multiplier la création à l'inûni ; nous possédons ainsi des moyens inépuisables pour nous consoler de la démonétisation de l'argent : nous avons les billets do banque et le papier-monnaie. »
Je ne fais pas à M. Bonnet l’injure de mettre ces paroles dans sa bouche. Il est de ceux qui savent tenir un compte exact du danger qu’entraînent de pareilles chimères, et il serait le premier à les repousser. Mais il est des préjugés qui se maintiennent malgré les enseignements qu’a portés sur cette question la grande enquête faite il y a cinq ans sur la circulation monétaire et fiduciaire.
Ce n'est malheureusement pas chose superflue que de dire quelques mots à l'adresse de ces préjugés persistants, de ces plans chimériques qui renaissent sans cesse, et qui quelquefois égarent la foule ignorante, trop disposée à croire que l'on peut créer la richesse à volonté, sans travail et sans efforts. Il est essentiel de chercher toujours à dissiper celle erreur.
Examinons d’abord ce qui concerne les billets de banque. Nous passerons ensuite au pa|)ier-monnaie.
M. Victor Bonnet. Il me semble qu’il faut circonscrire le débat.
M. WoLowsKi. Moi, je demande à l’étendre, je crois que jusqu’à présent on a eu tort do trop le resserrer dans des limites que je regarde comme étroites.
On a cru qu'il s'agis.sait d’une simple commodité commerciale ; je crois qu'il faut élever le débat.
Si nous éludions la marche suivie par les banques cl le cou-
EN ou ÉTÉ
rànl doS idées sétieuses fjui sô prononcent aujourci’hui à cél égard, nous verrons que l’écart entre le gage métallique conservé en caisse ét les billets en circulation diminue constamment. Ce fait repose sur une meilleure appréciation des principes et sur line rriéilleüre direction donnée au crédit; la vérité succède de plus erl plus à la fiction, elle exerce de plus en plus son empit-e.
On reconnaît aujourd’liui que le billet de banque est ün instrument Comiiiode, utile pour la circulation, mais c’est un infiniment pciit quant aux services qu’on peut lui demander en dolibrs du métal qu’il est appelé h repré.senler ei à mettre en mout'emerif, sou.s une fornie plus agile et plus commode.
Si nous bous reportons au* idées classiques oh matière de banque, qui se répandent aux Etd(s-Unls d’Amérique, cette ariciehhè patrie d'une circulation fiduciaire exagérée, que vovons-noüs ? L’opinion est favorable, non pas à la suppression dü billet de banque, on aurait tort si l’on croyait cela, car lé billet de banque est un instrument fort utile, alors qu'il constitue une sorte de worrmii métallique, et qu’il donne le moyen de faire circuler rapidement le niéial maintenu en caisse; elle est favorable au rapprochement, au iiivellement dés billets de’ banque ét du métal conservé. — !tt. Itonnet, qui suit ce moüveiiient avec attention, doit l’avoir constaté comme moi. — (Jh tend, de plus en plus, ci eJTacer le sup[ilément fictif ajouté à là circulation par le billet do banque, et à rie conserver à celüi-ci que le caracti ré de commodité qui le distinguo pour là' circulation facile et rapide. Cette observation tend à expliquer l'accuinulation du stock métallique de la banque (le France ; lès 1 .300 ou 1 400 millions d’or et d'argent qu’elle possède ne restent pas inactifs : ils circulent sous la forme de pareille .somme de billets dé banque qu’ils couvrent ; l’excédant seul de ces billets est émis sans représenter le métal coiiservé.
Quel est aujourd'hui l’écart en Angleterre entre l’encaisse de la banque et les billets qui circulent? — Jè no parle pas des billets qui existent a la banque, car îfi. feohnet sait à merveille
SUK LA gLKSTIÜN MO.NÉTAIHE.
qü’ll y à une dislifiction essentielle à établir entré les billets qui forment la réserve do la banque et ceux qui circulent ; il no faut s'occuper que de ces derniers.
L’écart n'atteint pas lOO millions.
En France, l’écart est d'environ 20(1 millions. C'est une goütte d’eau dans l’Océan, Si l’on compare ces chiffres à l’immensité du capital des nations.
Ici Se f)lace üne considération essentielle Les affaires grandissent, la production augmente, les transaciions se multiplient, le capital des nations grossit, et de méihe qu'une machine pour être mise en mouvement a besoin de vapeur comme moteur, de môme, il faut pour moteürs de la circulation générale, l'or et l’argcfit devenüs plus abondants.
Le capital des nations s'est accru dans une proportion énorme. On l’évalue aujourd'hui en Angleterre, non pas ce capital que l'on confond avec la richesse métallique, laquelle n’en est qu’une faible fraction, mais le capital véritable qui comprend le sol, les valeurs mobilières, les instruments, le mobilier, les approvisionnements, les denrées, toutes leS richesses qui peuvent satisfaire aux besoins de l'homme en servant à la production, on l’évalue i 200 milliards do francs. Le capital réel s’accroît partout ; en Angleterre il augmente de 2 milliards par an; en France, l’accroissement annuel semble être de 1 milliard ët demi; notre capital Ue saurait Ôtre évalué aujourd'hui â moins de 160 milliards de francs.
Telle est la masse qu'il faut soulever; ce h'èsl pas le moment de raccourcir le levier; cette masse augmentant sans cesse, il faut au contraire fortifier ce levier, et saluer avec reconnaissance l’accroissement relatif du métal, les récoltes nouvelles d’or et d’argent, donnant une augmentation qui se réduit à la minime proportion do 2 pour 100 par an, alors que la multiplication des services que les métaux précieux doivent rendre se traduit par un chiffre beaucoup plus considérable.
Je désire encore dire un mol du papier-monnaie. Ici j'éprouve une vive inquiétude et je rencontre un motif de plus pour per-
KNUUÊll::
sister dans la conviction, que l'on court au-devant d’un danger énorme, qu’on y court à l’aveugle, et qu’il est temps de déchirer le bandeau.
Quelle est la situation, relativement au papier-monnaie, pour le présent et pour l’avenir? La position actuelle est déplorable, beaucoup de grands états souffrent du triste régime auquel ils se trouvent réduits. Pour l’avenir, le môme principe est admis partout, on ne diffère que sur la possibilité d’exécution et sur une application plus ou moins prochaine. Partout, on multiplie les efforts pour sortir du triste état dans lequel le papier-monnaie plonge les intérêts les plus considérables des pays où il circule. Tous désirent arriver h la monnaie métallique ; on sait à présent ce que vaut un régime de fiction, source de spoliation et d’incertitude générale.
Sous ce rapport, de nombreux empires passent par la rude école de l'expérience. Je me bornerai à en signaler quatre des plus importants ; ils ont soif de métal et ils en absorberont des quantités énormes, du moment où une meilleure économie générale leur permettra de modifier l'instrument de la circulation.
Ces quatre États sont : les États-Unis, la Russie, l'Autriche et l’Italie. J'en passe d’une importance moindre.
Les États-Unis ont le greenbock, le cours forcé du papier ; ils sont à la veille de l’abolir ; les efforts constants de la république américaine tendent vers ce but; ce sera son plus grand honneur, à côté de celui qu’elle a eu de supprimer l’esclavage ; elle veut abolir la circulation fictive, pour reprendre la circulation en métaux précieux, et ce quelle veut, elle le peut. C'est le but auquel elle teud, et auquel elle touche.
La masse des billets de la dette se compte par milliards; cependant la prime sur l’or est descendue successivement à 10 pour 100, après s'ôlre élevée jusqu'à 140 pour 100.
Une proposition est faite, en ce moment, au parlement des États-Unis, pour retirer tout le papier, en le rachetant au moyen de fonds consolidés dont la négociation servirait à la reprise des payements en or.
SUK LA QUESTION MÜNÉTAIRK. (H
li y a de ce côté un besoin considérable, qui se manifeste; ro besoin devra être satisfait promptement, car les Américains marchent en tout à la vapeur. Quand ils entreprennent quelque chose, ils l'exécutent rapidement. On ouvrira ainsi un débouché énorme pour l'emploi du métal précieux.
La Russie, je ne dirai pas qu’elle soit dans les mêmes conditions que l'Amérique, quant à la possibilité de réalisation immédiate ; mais le mal dont elle souffre est tellement grand, qu’elle songe au remède. Les ressources y augmentent, les chemins de fer qui la sillonnent accroissent sa puissance au delà de ce qu’on s’imagine en Europe.
La Russie était faible, elle l’est encore, mais elle peut devenir forte dans un avenir rapproché et le premier emploi qu’elle fera de ses forces sera de supprimer le papier-monnaie, parce qu’elle y perd beaucoup.
En ce moment la valeur du rouble est descendue de 4 francs au-dessous de 3 francs ; le change est à 2 fr. 99. Vous juger, de la pression funeste que doit exercer une pareille dépréciation sur l’économie générale de la Ru.ssie ! Calculez l’elTet produit sur toutes les relations et sur les fortunes par l'influence de l’agiotage, résultant des variations soudaines dans les cours qui peuvent descendre de 4 francs à 3 fr. 70, 3 fr. 50, 3 fr. 25, remonter à 3 fr. 50 et tomber au-dessous de 3 francs; je no veux pas iusi.ster.
La Russie doit arriver à supprimer le papier-monnaie, dans un avenir plus ou moins rapproché.
L’Autriche le veut, elle aussi. Il est d’autant plus nécessaire de parler d’elle, qu’on nous présente un traité conclu avec cet Etat, comme le point de départ de la transformation que l'on veut accomplir dans notre système monétaire.
Je connais et je prise les qualités de l'Autriche; je désire de tout cœur que cet empire se raffermisse et sorte enfin des embarras auxquels il est livré, mais je ne puis me dispenser d’une réflexion qui ne saurait avoir rien de désobligeant. Je suis étonné que l’Autriche puisse avoir voix au chapitre, en ce qui
Digilized by Goc^le
(‘l'2 KNguÈTt
concernp la question (ponélairc ; ju suis surpris de rimpôrtance qu'on nllachi' à une détermination relative à l’or et à l’argent, prise par up pays qui n’a ni or ni argent Qu’il commence par restaurer la circulation métallique, et nous discutes rons. Qu'il prenne l'engagenaent de suppiipaer la papier- mons naie, nous nous inquiéterons de savoir quelle sera la monnaie la plus utile pour les rapports ipternstionaus, qu'on pourra d’un commun accord adopter; mais tant que l’Autriche resta rivée au régime du papier-moppaic, je ne saurais débattre sérieusement |cs solutions dpptripales qu’elle propose.
J'espère et je désire une decision qui payerait largemeut l'efTort fait et le sacrifice consenti ; que l’Aulriohe se débarrasse du fardeau humiliant et écrasant de Iq monnaie de papier, qu'elle reprenne les payements en espèces; ce sera un nouveau débouché, un nouvel emploi pour le métal.
Parlons de l’Italie.
La situation de ce pays est difficile : l’un de ses plus grands embarras se rencontre dans la question financière et monétaire. L'Italie soulTre aussi des variations du change qu'amène l'emploi du papier à cours forcé, jusque pour les fractions les plus minimes. Cela a déjà causé des désastres énormes, dus sinistres multipliés; des ipslilulious privées pnt épi^js des signes monétaires sans aucune garantie; elles font subir une banqueroute douloureuse à ceux qui ne sont pas on mesufo de supporter de pareilles pertes, c’est-è-dire aus plus pauvres.
L’Italie se relèvera sous le rapport économique comme elle s’est relevée sous le rapport de l'indépendance nationale; elle aussi demandera beaucoup d'or et beaucoup d'argent.
Les billets de banque sont un moyon de circulation commode, mais il ne faut pas les considérer comme propres à remplacer lo stock métallique. Sous ce rapport, ils n'ont qu’une faible portée; ils sont de plus en plus remplacés par la tnonnuie cornmerciak, ainsi que la nomme le savant économiste de Boston. M. Amasa ^Valke^, qui a publié dans ces derniers temps l’uti des plus beaux livres d'économie politique qui aient paru depuis
srit I,A yUE.STION MONKTAlIll-;. l>y
Adam §mith, Turgot, Say, Rossi ; il demande la suppression de la facnlté d'émeUre un seul billel sqqs qu'i| soit représenté par . une réserve métallique correspondantp. Cette opinion d'un des représentants jes plus éminents de la science de l'économie politique gagne de plus en plus de terrain Quand elle no serait pas complètement acceptée, il est certain que désormais le billet de battue, non cqnvert par l'encaisse métaliiqne, ne saurait porter que sur une qpotité fort restreinte.
Quant au papier-monnaie non remboursable en espèces, ses jours sont comptés. Aux E'ats-Unis, il no tardera pas i être supprimé ; il doit l'être successivement dans les divers pays qui l'emploient. C’est un abus grave, uq danger auquel ils técharont de porter remède.
On verra probablement la circulation métallique se rétablir, demain aux États Upis, plus tard en Russie, en Autriche plus vite peut être qu'en Russie, et en Italie plus v|le enpore, je l'espère, qu'en Autriche et en Russie : il s'ouvrira ainsi des débou^ ebés pour des milliards de numéraire.
Cela me fortifie donc dans une conviction (opt è fait opposée è l’illusion que l’on caresse aujourd'hui, Je crains que la production métallique ne snir>se pas dans son expansion actuelle, même avec les deux éléments do l’or et de l’argent, pour faire face aux nouveaux besoins et au< nouvelles néeessilés *.
' H. William Newmareb, dont nous aimons à invoquer raulorité, a esprimé une opinioq qnalqgup (t’qqudle t^r lit circulaltaa, I III, p û3Q) ;
s Nous con.<laluiH cet imporlaiit résullal que, depuis 18.', 6. les quaêlités d’or annuellement produites par les sources nouvelles ont diminué d’environ lô pour lOU, et que les quantités d'argent produites ont augmenté d'envirun l‘2 pour 100. Uon opliilon est qur, depuis 1863 jusqu'ici (novcmtirc I8li6), la production totale de l'or des nouvelles et ancieoues sources a décru chaque année II ett parrallement certain qup. chaque année, les demandes d'or et d'argent s’élèvent par suite du développement du cummerce dans le mande, des progrès des arts et des inventions, de raugmeiilatiou de |a |iroduclion agricole et manufacturière, de l'accroissegienl des salaires e| des revenus, enlin de l'abolition des entraves qui arrêtaient aHirefois i'iqduslrie et les échanges iulernatiouaux.
« tig outre, il pe faut pas oublier que |>'d uu lard de graudea quantitéa d'or et d'argent seront employées à remplacer le papier non convertible, encore en
(»4 KNOrfciT
On se méprend sin^pilièrement si l'on croit que le crédit consiste dans la multiplication des signes monétaires : il consiste dans le rapprochement facile des capitaux, et il en augmente la masse, en activant le travail et en fécondant les résultats obtenus.
La richesse des nations grandit, la masse à soulever est plus forte ; au lieu de raccourcir le levier solide de la circulation, il faut le fortifier. Sans cela on court gratuitement au-devant d'un péril, plus considérable qu’on no se l'imagine.
Loin qu'il y ait pléthore dans le monde pour le métal précieux, nous .sommes peut-être à la veille de voir la production des métaux précieux ne pas suffire aux besoins de la circulation. Le moment n'est pas opportun pour nous priver d’une partie du stock métallique, en démonétisant l’argent.
Quand cette démonétisation ne porterait que sur 5 milliards, comme le disait M. Bonnet, elle s’appliquerait au rebours de ce que commandent las intérêts commerciaux du monde. Si vous amenez une diminution du stock métallique, alors que le capital de production s'accroît partout et que le besoin de la circulation réelle et solide augmente partout, vous produirez un mal énorme que l’on pourrait presque calculer et préciser à l’avance : CO mal se traduira par l'élévation nécessaire du prix de l'or, élévation probable qui n'est niée par personne ; on ne diffère que sur la proportion dans laquelle la hausse de l’or devra s’accomplir.
Les hommes les plus considérables qui s’occupent de cette question, ceux dont l'autorité légitime ost reconnue par tous,
usage dans certains pays En Europe, ce sont b Russie, rAoIriche, l'Italie et In Turquie. Il est proliable qu'il y a au moins dans ces paya 400 millions sterling (10 milliards de francs) de papier-monnaie, dont une grande partie devra flre rempbcée par des espèces, lorsque ces pays deviendront plus riches et auront introduit la stabilité dans leurs gouvernements.
<r Aux Etals-L'nis, la quantité de papier non convertible est probablement de près de 2ô0 millions sterling (plus de C milliards de francs). Au Brésil et dans les Ebts du Sud-Amérique, il peut y en avoir pour 100 millions (2 milliards et demi), a
SUR LA QLESllU.N MONETAIHI::. 65
même par ceux qui, comme moi, ne partagent pas leur opinion, ne nient nullement le renchérissement de l'or, ils l’affrontent ; l'utilité de la mesure proposée est à leurs yeux si grande, qu’ils consentent à subir le renchérissement de l’or.
Pour moi, je pèse les deux intérêts, et je trouve l’un bien plus léger que l’autre ; je pèse les avantages que peut amener la réforme monétaire, telle qu'on prétend l'inaugurer; je pèse les dangers ; les dangers sont énormes et les avantages exigus.
Voici une dernière considération que je désire faire valoir sur ce point devant le conseil. On évoque un épouvantail. Je n'aime pas les fantômes; alors qu'on en voit un qui se dresse, il faut aller droit à lui, il ne tardera point à disparaître.
On dit ; « Prenez garde, la France est le plus intéressée à la question ; son marché est menacé d’être inondé par l’argent qui sera démonétisé ailleurs. »
Cette appréhension est .singulière. Loin d’être le plus intéressée à la question, la France proGte de la situation actuelle et c'e.st de sa part un acte chevaleresque, comme elle a l’habitude d'en faire, que de renoncer à l'avantage quelle possède.
On s'occupe des voyageurs, et l'on dit : « Il serait commode d’avoir une monnaie qui les délivrât des embarras du change. » Les voyageurs, on les fait figurer pour une part considérable daus la question.
Je voyage beaucoup, je devrais priser cet argument : l’expérience m'apprend qu'il est extrêmement faible. J'ajouterai même que, dans la situation présente, il est sans valeur aucune. Je visite chaque année diverses contrées de 1 Europe, et je trouve extrêmement commode de voir le napoléon faire prime partout, ce qui permet au voyageur français de réaliser une économie. Cet avantage disparaîtra du moment où la mesure proposée sera mise à exécution.
L'iutérêt delà France est ailleurs; qu’on ne nous parle pas non plus des prétendus dangers que pourrait nous faire courir l’Allemagne.
On prétend qu'elle va nous déverser le trop-plein de son
ti6 ENQtlÈlï
ar^Dt et qüe cela diminuera la valeur de ce mélaU en nous appauvrissant d'autant.
Je ne voudrais faire naître dans l’esprit de personne, même le soupçon d'une intention blessante de ma part. D'avance, je le déclare, ce serait l'expression qui me servirait mal. Je discute Une question scientifique, je ne vise à aucun autre but; mais je suis forcé de le dire, il se joue entre la France et l’Allemagne un jeu singulier, et qui pourrait devenir périlleux.
L'Allemagne ne songeait point à la réforme telle qu’elle est aujourd'hui proposée. Jusqu'ft ces derniers temps, elle n'y pen* sait pas. Il y avait eu des réunions d'économistes, des assemblées de chambres de commerce tenues jusqu'en 1865. Dans ces réunions, les uns s’étaient prononcés d'une façon exclusive pour l'argent ; les autres avaient recommandé d’employer l’or à côté de l’argent.
Vient, en 1867, la conférence de Paris à l’occa.sion de l'Exposition universelle, conférence qui réunit des hommes con.sidérables, des diplomates distingués. J’ai l’honneur de les connaître pour la plupart et d'entretenir avec eux de bonnes relations -, mais, sauf quatre ou cinq exceptions, ces ministres plénipotentiaires s'étaient peu occupés de la question monétaire. Ils se sont réunis sans avoir é délibérer sur les termes d’une convention ; on avait assigné à leurs efforts un but lointain, vague, théorique. La majorité s’est prononcée d'une manière générale pour l’emploi unique l’or, sans même formuler un avant-projet, sans débattre aucun des graves problèmes que soulèvent la sécurité et la fixité des transactions; les intérêts économiques, en présence d'une expansion croissante des affaires, s’accommoderaient mal d'une réduction arbitraire de la substance monétaire, destinée à favoriser les instruments d'une circulation sans cesse progressive. La conférence a simplement provoqué les divers Etats à l'étude d’une question qu'elle traitait sommairement suivant un système préconçu; elle assignait un terme pour des propositions à venir qui devaient être discutées A nouveau.
SUK LA UUB^riON MONÉTAIRE. 97
Les propositions ne sont pas vennes ; sauf la conyention projetée entre la France et l’Aulriche, qui n’a pas de circulation métallique, les choses ne sont guère plus arancées qu'au moment où la grande solennité de l'Esposition unirerselle entraînait les esprits vers l’adoption des moyens propres à multiplier les rapports, rendus plus faciles entre les peuples.
Mais les délibérations préliminaires de la conférence, dépourvues de toute sanction, n’en n’ont pas moins fait naître une équivoque à laquelle il importe de mettre fin.
On a dit en Allemagne: la France s’est décidée, nous n’avons plus à délibérer sur la question ; nous sommes forcés de démonétiser l'argent, sinon nous sommes menacés d’un danger énorme, celui de devenir le réservoir où va se précipiter la masse d’argent démonétisé en France ; il faut donc aller au-devant du péril et prendre l'étalon d’or.
Nous entendons en même temps dire en France; un grave danger nous menace, l’Allemagne va passer de l'étalon d’argent à l'étalon d’or; elle compte nous envoyer des milliards d'espèceé d’argent qui cesseront d’y avoir cours légal. Hâtonsnous de prévenir la perte qui nous menace, prenons l'étalou d’or.
Ces frayeurs réciproques rappellent une scène de comédie célèbre et fort divertissante ; en France, on. argumente dos prétendues décisions de l’Allemagne, et en Allemagne on argumente des prétendues décisions* de la France.
Le motif que l’on prétend tirer de la double appréhension qui a saisi les deux pays, par suite des mesures que chacun d’eux attribue à l’autre, s'évanouit dès que l’on connaît les faits véritables. Ün pourrait même en induire l’espérance facile d’une entente pour l’emploi simultané des deux métaux ; la France, loin d'avoir un danger à courir, si elle ne prend pas le parti qu’on lui propose aujourd’hui, décidera l’Allemagne à se rapprocher de nous.
Je suis pour les facilités données à la création d’une monnaie internationale qui puisse circuler partout, dont la valeur puisse
lINQUftTE
être aisément appréciée à l'aide de fractions qui correspondent enlro elles ; mais en dehors du système présenté par M. Michel Chevalier, qui. sous ce rapport, est le seul rationnel; en dehors du système qui fait consister la monnaie dans la simple fixation du multiple d’un poids donné de métal précieux, il n’y a pas d unification de monnaie possible. Ou peut amener des rapprochements pour la commodité de la circulation, tandis que la suppression de l'argent, comme monuaie légale, loin de faciliter un pareil résultat, l’entrave. La mesure exclusive qu’on vous invite h prendre produirait un résultat de ce genre.
Si la France persiste dans le système pratiqué depuis la loi de germinal sans aucun inconvénient sérieux, l'Allemagne y viendra ; elle augmentera le nombre des peuples déjà reliés par l’union monétaire de 1865; elle fournira ainsi l'occa-sion de modifier certaines mesures secondaires, dont l’expérience a été tristement faite. Déjà on voit se prononcer dans le sens de la monnaie bimétallique beaucoup d’hommes qui inspirent respect à l'opinion dans la confédération du Nord.
Sont-co des économistes qui réclament à cor et à cris la mesure projetée ? Non, ils la blâment. Un statisticien éminent, M. Soëlberr, a pris en main la défense de cette mesure; mais la plupart des économistes de l'Allemagne protestent ; la Société des économistes de Berlin se prononce dans un autre sens, et je pourrais produire devant le conseil des lettres fort remarquables, très décisives, de M. Prince-Smi'th, président de cette Société, qui combat énergiquement le prétendu étalon d’or, dans les uombreux écrits qu’il a publiés pour la causo que nous défendons ensemble. 11 voudrait rapprocher la France cl l’Allemagne sur la base de l’emploi des deux métaux, en rendant facilement comparables les fractions mouétaires employées, soit en or, soit en argent, tant en France qu’en Allemagne.
Loin de faciliter le rapprochement que vous dàsirez, en adoptant une décision exclusive, vous le rendez plus difficile parce que vous ne sauriez condamner des pays dans lesquels l’argent existe et forme la base générale de la circulation, à transformer
SUR LA QUKSnOK HONBTAIRE,
d’un coup de baguette cette masse d’argent en masse d’or. 11 y a trop d’intérêts économiques engagés dans la question, pour qu’on puisse ainsi les fouler aux pieds.
En France, l’entreprise semble téméraire à un point de vue que je mets au-dessus môme des intérêU, au point do vue du droit et du respect des engagements pris.
Quelle est la pensée dominante do la loi de germinal an XI ? De ses dispositions on peut donner deux interprétations. Elle laisse la faculté de faire alternativement les payements en or ou en argent : M. Michel Chevalier soutient qu'elle repose sur la base fixe d’un seul métal, l’argent; suivant une autre opinion, elle crée un franc d’or à côté du franc d’argent. — Je n’entends point discuter ici cette question ; le travail que j’ai publié sur les origines de la loi de 1 an XI, et qui forme partie de ce que je puis appeler ma déposition écrite, fournit à cet égard d’amples indications ; je ne veux point abuser de vos iustants en les reproduisant ici. Qu'il suffise d'ajouter que l’interprétation de M. Michel Chevalier milite plus que la mienne contre l’innovation proposée; si nous ne sommes pas en présence d’une loi qui permet l’emploi alternatif de l'or et de l'argent, si elle prescrit d’une manière permanente et ab.solue ce que l’on appelle Péta- Ion d’argent, comment pourrait-on l’enfreindre sans soulever les protestations les plus légitimes? Si l’or, devenu seul instrument légal de la circulation, venait à hausser, que répondraiton aux plaintes dus débiteurs que l’on aurait écrasés?
M Bonnet dit : M. Wolowski parle de la situation des débiteurs, mais il faut s’occuper aussi des créanciers ; s'il est désagréable à un débiteur de payer plus que l’engagement qu’il a contracté, il est désagréable à un créancier de recevoir moins que ce qu’on lui a promis.
Sans doute, il y a désagrément des deux côtés ; mais il y a une souffrance plus grande pour le débiteur, qui, d’ailleurs, invoque la sainte autorité de la loi Notre Code civil, dans son heureu.se prévoyance, quand il y a une interprétation à donner, fait pencher la balance du côté de l'obligé. C’e.st la règle géné-
70 ENQDÉTC
raie du droit, c’est une règle sage, c’est la règle constante de notre Code.
Réagir contre l’obligé ce serait aller contre l’esprit do la loi.
. Quant aux inconvénients que l’on prétend résulter pour les créanciers des conséquences du système actuel, je ne les aperçois pas, et les créanciers ne s’en sont guère aperçus jusqu’ici. Malgré la grande révolution métallique qui s’est produite dans le monde depuis le commencement de ce siècle, les droits des créanciers n’ont pas été lésés, personne d’entre eux n’a eu l’idée de se plaindre. Ici, comme dans d'autres circonstances, on peut dire que les avocats font plus de bruit que les clients ; ceux-ci restent parfaitement tranquilles; c’est en leur nom que l’on réclame et qu’on élève la voix très-haut, lorsqu'ils n'ont aucun sujet de plainte sérieuse à faire valoir.
On parle des intérêts du commerce, et l’on concentre la question sur ce point. Cependant, je ne sache pas que les réclamations du commerce soient bien vives, bien instantes pour demander que l'on renonce à se servir de l’argent. Le commerce a parfaitement raison. Si la question peut intéresser las voyageurs, pour les rapports privés, accidentels, fugitifs, qui demandent instantanément l’échange d’une pièce do monnaie contre une autre, il n’en est pas de même du commerce. Le commerce international veut faciliter les comptes, gagner du temps (<(me ts money\\ pour l’accomplissement de certaines opérations arithmétiques, il lui suffit que les monnaies des divers Etats soient exactement comparables entre elles, d'après une échelle commune.
Quant à la réalité des monnaies et à leur valeur, le change est là avec la puissance souveraine qui s'oppose à toute espèce de fiction et qui ramène toutes les transactions à un dénominateur commun, exprimé par la quantité légale do métal contenue dans les divers disques ; le change est là qui défie toute espèce de subterfuge, toute espèce de caprice absolu. Montesquieu, dont le regard perçant apercevait tout, car il voyait tout de haut, l'a dit depuis longtemps, alors qu’il s’agissait des excès du sys-
SDK LA OlLli'IiOK MONÉTAIHE.
lème de Law, et de l'eiercico delà puissance souveraine qu’on crojFuil pouvoir appliquer à la monnaie d’une manière absolue, comme on le faisait pour le pouvoir qui dominait la France. Montesquieu a été le premier à montrer que la force était impuissante à cet égard, et que toutes los fictions, toutes les injonctions violentes étaient détruites par le change. Je ne lirai qu’une ligne, la dernière, de l'admirable passage de VEfprit det lois, consacré à celte question : « Le change, dit-il empêche les grands coups d'autorité, ou du moins le succès des grands coups d’autorité, a
Le change ramène tout à la vérité ; il rétablit l’équilibre dans les rapports internationaux, il crée et continue les relations entre les peuples, d’une manière exacte et précise; il opère, pour l’ensemble des rapports dans le monde entier, ce que la Banque de Hambourg et les banques de dépét avaient réalisé dans le moyen âge, alors qu’une diversité extrême existait pour les monnaies. Le marc banco ramenait toutes ces monnaies à leur valeur réelle; c'est le plus grand service que la Banque de Hambourg, avec ses dépôts représentés par une monnaie idéale, ait rendu au monde.
Le change a soulevé certaines préventions. On a cru que les banquiers et les changeurs tenaient à l’état de choses actuel, parce qu'ils en tiraient profit.
C’est le contraire. Je me rappelle la déclaration faite par l’un des marchands de métaux les plus considérables de Paris, M. Sourdis, devant la commission monétaire dont j’avais l’honneur de faire partie l’année dernière. Il disait aux partisans de l'emploi exclusif de l’or comme monnaie : a Si je ne consultais que mon intérêt, je serais bien vite d’accord avec vous : l’intérêt des changeurs et des banquiers serait satisfait par la réforme que l'on propose. Le change ne disparaîtra pas ; il existe entre des places qui se servent de la même monnaie, car il traduit les frais et les difficultés du transport des espèces; nous ne pouvons ni altérer son expression, ni écarter, par suite de l'abondance des métaux, la concurrence; celle-ci détermine le prix du service rendu. Ce qui augmente les bénéfices des changeurs, ce sont les
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variations considérables du taux de la marchandise métallique; les hommes versés dans ces matières peuvent mieux prévoir ce qui arrivera, et opérer en conséquence ; on peut calculer ici les variations comme on calcule les bénéfices de tout commerçant, car le change est un commerce ; des variations plus considérables amènent un écart plus grand et les bénéGces augmentent. Si au lieu de rencontrer ensemble l'or et l’argent, alors que le concours de ces deux métaux amène un certain équilibre dans la circulation, la hausseou la baisse ne se trouve plus modérée par le choix alternatif du métal de payement, celte situation procurera aux banquiers et aux changeurs une belle moisson de bénéfices. »
Les chances de variation considérable dans le prix du métal de payement diminuent-elles ou augmentent-elles avec la monnaie bimétallique? C'est le point auquel il faut toujours en revenir.
L’expérience, d'accord avec ce qu’indique le raisonnement, montre qu’alors qu’on peut choisir entre deux métaux pour accomplir le même engagement, du moment où une offre plus considérable fait baisser l'un, toute la demande se porte de ce célé, et l’équilibre se rétablit. Nous avons assisté à ce spectacle produit sur la plus grande échelle, lorsque la demande accrue de l’or lui a servi de parachute, en permettant aux milliards de l’Australie et de la Californie de prendre place dans la circulation. sans provoquer de forte oscillation.
Il existe sur la question monétaire beaucoup de préjugés, beaucoup de préventions qu’un examen plus attentif devrait faire écarter.
L’un do ces préjugés, le plus grand de tous — il a eu de nombreux et considérables échos — consiste dans l’appréhensiou d’une énorme exubérance de métal qui viendrait se répandre sur le monde.
J'ai essayé de reprendre les objections de M. Bonnet; je regrette qu’il ne soit plus ici. j’ai tâché de les réfuter. Si j'ai omis quoique point, je prie MM. les membres du conseil de vouloir
SDR LA QDESTIOn MODÊTAIRE. 73
bien l’indiquer; j'y répondrai, ainsi qu'aux questions qui pourront m'étre faites.
M. Bordet, commistaire spécial. Vous venez de nous dire, monsieur Wolowski, que vous étiez grand partisan de ta monnaie internationale.
M. Wolowski. Oui, je crois qu’elle peut être utile, pourvu qu’on procède au moyen de rapports simples à établir entre les fractions diverses des monnaies d’or et d'argent.
M. Bordet. Alors, comment pouvez-vous concilier la monnaie internationale avec le système du double étalon; car presque tout le monde reconnaît que l’unification monétaire n'est possible qu’avec l'unité d’étalon.
M. Wolowski. Cette assertion n’est exacte ni en fait ni en principe ; pour parler avec plus de précision, on devrait dire double monnaie légale, car le terme double étalon est condamné par tout le monde.
M. Bukdet. Soit, la double monnaie légale.
M. Wolowski. Je viens de le dire, j’ai la conviction que si la France prenait un parti définitif à cet égard, si elle renonçait è tenter une expérience périlleuse, rien ne serait plus facile que de faire accepter par la confédération du Nord de l’Allemagne le système de l’union de 1865.
M. Bordet. Et l’Angleterre T
M. Wolowski. Je vais en parler; je désire compléter d’abord ce qui concerne l’Allemagne.
La confédération du Nord entraîne dans son orbite les pays Scandinaves; elle influera également sur les déterminations de l’Autriche. Un homme considérable, qui m'honorait de son amitié, et avec lequel j’ai continué d’entretenir d’excellents rapports, car la diversité d'opinions sur la question monétaire ne les a jamais troublés, M. de Hock, s'était épris de l'idée de l’étalon d’or et l'avait fait partager au monde officiel de Vienne. Avec sa mort, la situation s’est modifiée ; d'après des informations qui m'ont été transmises de Vienne, la direction des esprits change depuis que M. de Hock n’exerce plus son influence personnelle.
il serait faeüe, si la confédération du Nord se décidait, et elle peut se décider cette année, d'amener avec elle l'Autriche dans l'union qui comprend aotuellement la France, l'Italie, la Belgique, la Suisse. L’Espagne fabrique des monnaies dans la même direction. Je crois que voilà déjà un champ asseï vaste pour satisfaire l'ambition des partisans de la monnaie internationale.
On disait tout à l’heure : n Ne vous olTrayeie pas, la démonétisation de l'argent n’aura lieu que successivement. »
Je dirai de mon côté : L'union monétaire marchera successivement; elle peut bientôt embrasser le continent européen, et c’est déjà beaucoup.
Quant à l’Angleterre, si la proposition faite par M. Robert Lowe à la Chambre des communes aboutissait, le souverain aurait une valeur de 25 francs, un quart on sus de la pièce de 20 francs, ce qui serait un pas de plus pour établir le système de la monnaie internationale, telle que peut la recommander la pratique journalière, sans tomber dans les graves complications que ferait naître la suppression de la monnaie légale d'argent.
J’ai combattu la système de M. Michel Chevalier qui, seul, je le reconnais, conduirait à une véritable unité monétaire dans le monde; je l'ai combattu, parce que je crois qu’une révolution destinée à changer radicalement la dénomination des monnaies entraînerait plus d'inconvénients que d'avantages.
Je voudrais rapprocher les peuples, faciliter leurs relations, mais je n’exagère pas ce côté de la question : on obtiendrait ainsi un avantage limité, qu’il faut savoir peser sans trop l’exalter. Le change établit déjà ces relations sur le pied de la vérité. Les monnaies, mises en rapport direct les unes avec les autres, contribueraient à rendre la circulation plus facile, plus commode. Je crois travailler à ce résultat d'une manière plus pratique que ceux qui professent l'idée contraire. Loin de faciliter le rapprochement entre les diverses fractions du continent européen, on le rend plus difficile en prétendant faire admettre en France, contre l’équité, contre nos intérêts, ce qu’on appelle
SUK LA QL'UmOH MONÉTAIRK. 7S
i’élaloii (for unique. On retarde le moment où une circulation commune pourra s’établir entre les divers pays.
C’est en Allemagne que se rencontre le nœud de la question. On lui fera adopter la monnaie légale d'or à côté de la monnaie légale d'argent, pourvu qu’elle sache que nous n’entendons point supprimer celle-ci. Lorsque l’Europe sera constituée tout entière de manière à pouvoir échanger facilement les monnaies, en les frappant non d’une manière uniforme mais suivant des types proportionnels exacts, l’Angleterre se décidera peut-être à la réforme qu'a proposée M. Robert Lowe. Ainsi se réalisera la monnaie internationale, et ceux qui croient la trouver ailleurs risquent fort de se tromper.
M. Bukdet. Monsieur Wolowski sait comme moi que les Anglais ont toujours déclaré qu’ils ne traiteraient jamais sur la base du double étalon dans les conditions où il existe en France aujourd’hui.
M. Wolowski. Nous n’avons pas besoin de traiter avec eux ; il s’agit seulement que leurs pièces de monnaie cadrent avec les nôtres, et c’est une autre question : c’est celle du rapport qui peut exister entre les monnaies des divers pays
Croit-on que nous traiterions avec l’Angleterre sur le pic-d d’une monnaie légale qui serait forcément reçue dans la circulation anglaise, alors qu'elle aurait été frappée ailleurs? C’est lè un autre ordre d’idées.
M. Boroet. 11 n’y a pas de monnaie internationale, si elle n’a pas cours légal dans les pays confédérés.
M. Wolowski. La question du cours légal est une question à part. L’application do la convention de 1865 montre suffisamment les périls à éviter de ce côté.
Ceux qui ont visité la Banque d’Angleterre ont pu admirer la machine à peser li*s pièces d’or, inventée par M. Cotlon, ancien gouverneur de cet établissement, laquelle rejette immédiatement en dehors de la circulation toute pièce légère, et l’envoie è la refonte. Croit-on que toutes les pièces des nations qui entreront dans une union monétaire légale seront pesées et rejé-
E^QCÊTE
tées de même, quand elles n’auront pas le poids voulu? Comment établira-t-on la police universelle en matière de monnayage? Je ne veux pas entrer dans ces considérations, qui m’entraîneraient trop loin.
M. Bonnet, au lieu de m’adresser une simple question, a développé tout un système, il a touché beaucoup de points. J’aurais cru déserter mon devoir si je ne l’avais pas suivi sur co .terrain; je l'ai fait autant que ma mémoire me l’a permis. M. Bonnet devra partager la responsabilité des développements dans lesquels j’ai été obligé d'entrer.
M. Le Président. M. Wolowski vient de loucher à une question que M. Magne et moi agitions l’autre jour. A la Banque d’Angleterre, a dit l’honorable déposant, aussitôt que les pièces ne remplissent pas certaines conditions, on les détruit, on les envoie à la refonte. Dans le ras où l'on arriverait à runiflcation dos monnaies, toutes les pièces qui ne rempliraient pas les conditions mathématiques d'exactitude devraient aussi être rejetées. Il y aurait donc une monnaie contrôlée dans sa fabrication. Où se fabriquerait cette monnaie? Une puis.sance serait-elle chargée de faire cette monnaie unique pour tout le monde ? S il y avait plusieurs ateliers de fabrication, qu’est-ce qui empêcherait certaines puissances, poussées par le besoin ou ayant des idées d'honnêteté moins strictes que d’autres, de faire exécuter des monnaies composées de dilTérentes façons? Où sera, si je puis ainsi dire, le commissaire de police, le juge de paix, chargé de faire rentrer chacun dans le devoir? Voilà le point qui effrayait M. Magne et moi.
M. Wolowski. Cela m’effraye aussi; je serais fort embarrassé pour répondre d’une manière arrêtée à celte question. Je suis de ceux qui pensent qu'il y aurait un embarras très-grand à établir une sorte de police universelle, dont on trouverait difficilement les agents, les instruments. Il y a dans des faits récents un avertissement qui, à cet égard, doit profiter pour l'avenir; il ne faut pas engager le monde dans celle voie, quand les véritables intérêts du commerce ne le réclament point. rap-
SLR LA QUESTION MONÉlAlUi:. 77
procbement commercial consiste à se servir partout do monnaies facilement comparables les unes aux autres.
Quant à certains pays dans lesquels un contrôle mutuel pourrait s'exercer, pays qui gravitent en quelque sorte dans l’orbite d’autres Etats et qui pourraient peut-être renoncer à la faculté de battre monnaie, que ces pays entrent dans une union monétaire légale, c’est possible; mais que le monde entier y entre, cela me parait d’autant plus difRcile qu’on prétendrait n'employer qu'un seul métal. Le rapprochement entre les diverses nations, le rapprochement désirable pour les eiTets commerciaux qu’il est naturel de lui attribuer, se trouve facilité par l’emploi simultané de l’or et de l’argent.
On répète toujours : Mais l’Angleterre? L'Angleterre constitue une exception isolée. Je ne sais si cette exception continuera à subsister longtemps, si l’effet des tentatives faites dans l’Inde pour y amener la circulation de l'or sur le pied du change légal avec l’argent ne refluera pas sur la métropole, et si la métropole ne reprendra pas l’emploi de l’argent à côté de l’emploi de l’or. Des hommes tràvpratiques, versés dans ces matières, donnent ce conseil; l’Angleterre ne répugnerait pas d’une manière absolue à l'emploi de l’argent, s’il y avait un change légal établi dans le monde entier entre ce métal et l’or. Ce qui a jeté le trouble dans la que.stion, ce sont les diversités nombreuses du change légal appliqué à l’or et à l'argent dans les dilTérents pays. Qu’on arrive à un taux uniforme, qu’on emploie sur le môme pied les deux métaux dans les divers Etats, et la question de la monnaie internationale sera ré.soluo de la manière la plus simple et la plus eflicace.
M, DE Lavenay, président de section au conseil dEtat. L’honorable M. 'Wolowski a traité brillamment la question en embrassant dans ses considérations le monde entier, et il a terminé en s'occupant presque exclusivement de la monnaie au point de vue international.
Je me préoccupe, quant à moi, d’une question plus restreinte, celle du marché français.
ENQOtTE
M. VVolowski a reconnu que dans ce moment, la production de l'argent s’accélérait plus rapidement que celle de l’or. Si le lait actuel se continue pendant quelque temps, il est évident que ce sera l'or qui fera prime sur l'argent, comme il y a trente ans; mais quand l’or fera prime, il arrivera qu'avec de l’argent monélisé au rapport de 15 et demi on nous achètera de l’or pour l’exporter ou le démonétiser, et que, de môme qu’il y a vingt ans, la circulation de l’or a été substituée à celle de l’argent, la circulation do l’argent se substituera h celle de l’or. C’est un résultat inévitable.
Je demanderai d’abord à M Wolowski s'il ne voit pas un inconvénient pratique pour la France à cette substitution. La circulation de l’or, telle que nous la possédons, suffit à nos besoins : l’argent, devenu inerte dans les caves de la Banque de France, ne sert plus guère qu’aux appoints; et non-seulement la circulation de l’or suffit à nos besoins, mais elle répond à nos commodités, à nos habitudes, à nos instincts. C’est après bien des efforts que noms .sommes parvenus à avoir la circulation de l’or la plus perfectionnée et la plus abondante qui existe chez aucune nation du monde. C’est donc une bonne situation.
En laissant de côté ce que feront les Allemands ou toute autre nation ayant besoin de remplacer le papier par un métal — l’argent alors serait déjà un progrès — je me demande si ce que nous aurions de mieux à faire pour notre compte, en attendant le desideratum de l unité monétaire, ne serait pas d’imiter l’Angleterre en posant, nous aussi, une barrière pour qu’on ne nous prenne pas notre circulation d'or.
M. Wolowski, qui a signalé un mouvement dans la production de l’argent, ne croit-il pas : 1“ que nous sommes menacés de perdre une grande partie de notre circulation de l’or et de voir reparaître le métal incommode, primitif, lacédémonieu, l’argent, en un mot, dans les payements ; î* que si cette menaue se réalisait, il en résulterait un inconvénient grave pour notfe circulation intérieure? En fait ; sommes-nous menacés, et, si nous le sommes, en peut-il résulter des inoanvénients ?
SIR LA OlKSriON MONÉTAIRE. 79
M. WoLOWSKi. Je n’ai tiulloment parlé d’une êvontualUé qui ferait substituer chez nous la circulation de l’arp^ent à la circulation de l’or. Ces deux instruments n'ont jamais cessé de coexister et, dans ma pensée, ils doivent coexister toujours; les proportioûs seules varient. Nous ne sommes pas menacés au degré que parait suppo.ser l’honorable M. de l.avenay, et si nous l’étions l’inconvénient qu’il signale ne m’effrayerait pas beaucoup.
Je m'explique sur les deux points.
Nous avons fait singulièrement de chemin dans cette question. Si je ne me trompe, le débat avait été soulevé au sujet de la monnaie internationale ; en demandant une monnaie unique en or, on n'a pas suffisamment prété attention aux injustices et aux embarras que causerait la démonétisation de l’argent.
M. DE Lavenay. C’est un autre point de vue.
M. WoLowsKi. Soit, laissons pour le moment de côté la monnaie internationale, étudions simplement la question nu point de vue de la France ; examinons s’il y a pour elle un be- .soin Véel à satisfaire ou une menace de crise qu’il faille chercher à conjurer.
L’accroissement du stock d'argent relativement au stock d’or marche dans le sens que l'honorable M. de Lavenay vient d’indiquer avec l’anlorité légitime de sa parole. Mais l’effet que M. de Lavenaÿ entrevoit se trouve maîtrisé par l’emploi simultané des deux métaux, qui fait toujours osciller le rapport autour d’un point fixe déterminé par le change légal. La solidarité naturelle entre l’or et l’argent, fortifiée par le change légal, exercera toujours son empire.
M. de Lavenay craint qu’on ne nous enlève notre or, et que, pour une portion considérable de la circulation, celte monnaie, agréable, commode, ne soit remplacée par ce qu’il à appelé une monnaie lacêdémonknne...
M. DE Lavenat. Lacédémonienne, en égard à celle plus perfectionnée de l’or.
M. WoLorvsKi. Il n’eu est pas tout à fait ainsi. La monnna d’argent peut être une monnaie moins facile à manier qté lit
MO
KNVIÈIK
monnaie d'or; cependant, sans remonter jusqu'à une haute antiquité, la Hollande, nous le savons, s’accommode si bien do la circulation de l’argent, qu'elle l'a adoptée à l’exclusion de l'or ; ce n'est pas un Etat |>au.vre, c'est, au contraire, un Etal où l'opulence domine. Le conseil supérieur a entendu à cet égard l'opinion do M. Mecs, directeur de la Banque d’Amsterdam, qui fait autorité dans son pays et qui a déclaré qu’on s’y trouvait très-bien do l'emploi de l'argent. On n’éprouverait donc pas chez nous un grand embarras si l'on était réduit à une pareille extrémité.
Mais la prévoyance de M. de Lavenay s'étend trop loin, noas ne saurions Être menacés d’une transformation pareille; ce qui en préserve, ce sont les mouvements alternatifs qui accompagnent l'emploi des deux métaux.
On s’élève contre l’emploi de l’argent dans la circulation ; on dit : Nous avons maintenant uno excellente circulation en France, empêchons qu’on no l’altère.
Quelle est la circulation de la France aujourd'hui? Elle embrasse l’or et l'argent. D'après les évaluations les plus faibles, la circulaiion de l’argent en France dépasse un milliard.
M. DE Latenay. Je ne le conteste pas.
M. WoLowsKi. Je crois que c’est davantage.
Mais le phénomène nouveau sur lequel doit se porter l'attention du conseil supérieur, c’est que nous aurons bientôt 1 milliard et demi de billets de banque ; de plus en plus le billet de banque entre chez nous dans la circulation journalière, comme cela a lieu en Angleterre. Dans ces conditions, les pièces d'or ne sont plus que des pièces d'appoint aussi bien que les pièces d’argent; les billets de 50, do 100 francs, et d’un chiffre plus élevé, occupent les couches supérieures ; enfin les virements accomplissent le mouvement le plus considérable.
Si le billet de banque circulait à découvert, je protesterais; mais je vois avec plaisir qu'il s’acclimate et qu’il se répand, justement à cause de la solidité inébranlable du gage sur lequel il repose.
sni I.A OI'KSTIOS MONfilAtllK. SI
M. DE Lavenay. Nous sommes d’accord.
M. WoLowsKr. Je crois que la circulation de plus en plus développée du hillet de banque, garanti par le dépôt métallique qui en assure la solidité, rend de moins en moins grave la dilTiculté dont parlait M. de Lavenay.
Quant à la portabilité comparative de l’argent et de l’or, grand argument invoqué en faveur de la circulation de ce dernier métal, qu’on ne l'oublie point : lorsqu’il s’agit de sommes un peu considérables, la circulation ne s’accomplit ni en or ni en argent, mais, nous le voyons tous les jours, en billets de banque, OU par voie de compensation. La circulation de l’or et de l’argent satisfait chez nous aujourd’hui à d'autres conditions que par le passé; les habitudes anglaises prévaudront de plus en plus, grâce à la forte et inébranlable constitution do la Rauque de France, grilce aussi à la direction éclairée et sage qui lui est imprimée.
Lorsque la France n’employait que quelques centaines de millions de billets de banque, l’argument pouvait avoir quelque force ; mais il n’en est pas ainsi alors qu'il existe près de 1 milliard et demi de billets en circulation. Je crois, pour employer l’expression dont s’est servi le savant professeur d’économie politique de Boston (Etats-Unis), .\masa Walker, que nous sommes destinés à voir de plus en plus la circulation se réaliser sous la forme de monnaie commerciale, c'est-à-dire d’un papier pleinement couvert par le métal existant en caisse ; cette monnaie commerciale concilierait la plus grande sécurité avec In plus grande facilité d’une circulation à la fois agile, commode el fortement gagée.
Ricardo, cette grande autorité en matière financière, a posé le principe : « La monnaie la plus parfaite sera celle de papier quand elle reposera sur un gage métallique de pareille valeur. » Ces paroles s’appliquent au billet de banque circulant rapidement, et représenté en caisse par l’or el l’argent immobiles.
La question de la portabilité du métal s’elTace devant celte facilité de circulation ; il importe peu que le marrant métallique
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KNODÊIE
ait pour base l’or plus léger, oU l’argent plus lourd, du moment oü il s'agit de payements plus considérables, accomplis par la transmission des billets mélalliquei.
L'or et l’argent tiendront toujours Ibur place dans les couchas inférieures des échanges, en donnant pleine satisfaction i des besoins divers, il y a des mains plus aptes h manier ies lourdes pièces d'argent que les délicates pièces d'or. Dans certaines situations, la pièce de 5 francs d’argent se maintient; elle doit être conservée comme monnaie véritable, non altérée, sans mixtion adultère Cette pièce joue et jouera un grand rOledans la circulation des campagnes, dans le payement des salaires et pour le commerce de détail ; elle sert d’appoint à l’or, comme l’or sert d'appoint au billet de banque, et comme le billet de banque sert d’appoint eut virements.
D’ailleurs, M. Dumas l’a admirablement prouvé, la pièce de 5 francs en or est à la fois incommode pour beaucoup de ceux qui s’en servent, et onéreuse à l’État, par les frais de fhbHcatioti et d’usure qu’ello entraîne. Elle occasionne une perte qui ne permet point d'en multiplier l’emploi.
Je le répète, le billet de banque, reposant sur l'or et l’argent, servira A l'accomplissement des transactions les plus considérables. et la valeur du billet de banque, qui représente un dépftl métallique, sera d'autant plus stable qu’une compensation natUrelle^el nécessaire continuera à maintenir un rapport plus constant entre les prix de l’or et de l’argent.
On a beaucoup parlé de l’épuisement do l'argent en France par suite de la légère dilTérence survenue dans le rapport entre lus deux métaux sou.« l’empire d’une énorme production d’or.
L’argent, alors que son prix s’est élevé, s’est écoulé en partie sur les marchés étrangers. Qu’on ne s'en plaigne pas, c’est l’effet naturel du commerce libre ; l’argent est revenu comme il était parti.
Ce que nous devons vouloir, c’est un instrument qui puisse remplir roffice de la circulation sûrement, exactement et avec le moins de charges possible. U où certaines personnes oht
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SLB LA OL'ESTtON MONÉTAIRE. 88
VU une perle, il y avait proflt. Lorsqu’on nous a enlevé notre argent, on l’a payé cher ; la France a bénéficié d’une prime. Si on vient nous prendre une partie de notre or, on acquittera aussi une prime, légère peut-être, mais il n’y aura pas détriment. Nulle part il n’y a de perte; au contraire, il y a partout bénéfice : bénéfice modéré pour le pays, bénéfice considérable pour la stabilité de la memre des râleurs, pour la fixité de l’instrument d’une circulation garantie par l’emploi simultané ou alternatif de l’or et de l’argent.
En résumé, le danger dont a parlé l’honorable M. de Lavenay n’est ni menaçant ni prochain ; je le crois restreint dans des limites très-étroites, par suite du balancement naturel entre les deux éléments métalliques de la circulation.
Le danger n’est pas celui que M. de Lavenay a laissé entrevoir, alors qu’il a parlé d’une condamnation h l’emploi de la monnaie lacédémonienne. Le rêle de l’argent se concilie avec le.s facilités que présente la circulation du papier, auquel il sert de gage immobile. D’un autre cêlé, l’argent et l’or, comme appoints, sont utiles pour une grande masse de relations; l'argent, comme l'or, doit demeurer une des bases solides de la circulation.
Je n’ai abordé que quelques cêtés de la grande question qui vous est soumise ; le temps ne permettait pas d'entrer dans des explications, qui auraient d’ailleurs fait double emploi avec le volume sur la Question monétaire que j’ai mis entre les mains du conseil comme une sorte de déposition écrite.
(Ju’il me soit permis de résumer brièvement les considérations sur lesquelles j’ai cru nécessaire d’insister.
Le prix des choses représente leur valeur commune, exprimée au moyen d’une marchandise tierce appelée à mesurer tous les produits et tous les services; celte marchandise tierce, ce sont les métaux précieux, destinés par la nature des choses à cet office, et, pour parler comme Turgol, nés monnaie tous les deux, et r?ionRoie universelle.
' Ce volume esl coroplétemenl épui.té ; noire ouvrage l'Ur H i Argent le repmilail #t le complHe. !.. \V.
ENQUÊTE
Le prix esl donc le résultat du rapport entre la masse des échanges et des travaux accomplis d'un côté et la masse des métaux précieux d'autre part. Ce résultat se trouve natureliument soumis à une double influence, car tout se déplace, importance des services demandés à la monnaie et masse métallique.
Qu’on se figure une balance dont l'un des plateaux réunit les produits, les services, le capital réel accumulé, les instruments de travail, etc., et l'autre, la somme d'or et d'argont qui doit servir aux évolutions du marché, en ramenant au môme dénominateur les fractions destinées à s'échanger entre elles.
A mesure que les transactions portent sur des produits et sur des services plus multipliés, il faut les accomplir avec une quantité plus considérable d’instruments métalliques, ou bien recourir à des combinaisons ingénieuses qui économisent sur cet emploi, et qui multiplient le .service rendu en accélérant la circulation.
Jusqu’ici, il a fallu le concours cumulé de ces divers éléments pour que l’œuvre de la production et des échanges s'accomplisse sans embarras. Nous avons vu le crédit, sainement appliqué, donner pour ainsi dire des ailes au numéraire ; nous l’avons vu économiser sur l’intervention matérielle des espèces au moyen des riremenis ; mais nous avons vu aussi l’accumulation successive du métal précieux, or et argent, élargir sans cesse le terrain sur lequel reposent l’édifice du crédit et la facilité des échanges ; c’est à peine si, d’une manière normale, l’équilibre a pu se maintenir entre les deux plateaux de la balance universelle. Cette marche constante, troublée un moment à la suite de la découverte de l'Amérique, qui avait multiplié les instruments du trafic, alors que la masse des produits n’avait pu grandir avec la môme rapidité, a repris depuis un cours régulier.
Depuis un siècle surtout, le développement de la liberté, les progrès de rintelligcnce et l’application des sciences à l'industrie ont changé la face du monde en augmentant, dans une
SUR LA OLKST10^ MOi>ÉTAIR£.
proportion énorme, la masse échangeable des produits et des services. Par une action simultanée, la somme des instruments métalliques s’est constamment et rapidement accrue ; mais celte alluvion providentielle d’or et d’argent n’aurait pas suffi pour tenir tête aux besoins nouveaux, si le crédit n’avait encore singulièrement accru leur puissance.
L’or et l’argent ont rempli d’une manière féconde leur rôle régulateur et intermédiaire; on a vu leur masse s’accroître et la mutation des parcelles qui la composent s’accélérer, au grand profit de tous. Le milliard de métaux précieux du quinzième siècle a pris la proportion colossale de 50 ou 60 milliards, qui suffisent à peine pour accomplir un office merveilleusement élargi.
Jusqu’ici la progression a été, sinon égale, du moins correspondante des deux côtés ; l’extension des atTairos s’est appuyée sur l'augmentation des moyens de circulation. Les deux plateau.x ont pu se maintenir presque en équilibre.
Qu’adviendrait-il si, au lieu d'accroître sans cesse la somme métallique, on venait à la réduire, et à la réduire brusquement, dans une forte proportion? On ferait chavirer la balance; le plateau qui porte maintenant environ il milliards d’argent et 28 milliards d’or se verrait enlever, dès le début, plusieurs milliards d'argent, alors que la production et les échanges continuent à suivre dans le monde une marche ascendante. Quel bouleversement dans les relations ! quelle altération fatale des prix et de la portée des transactions ! quelle atteinte portée au principe, adopté d’instinct par les peuples, avant qu’il ne fût promulgué par la loi, principe en vertu duquel for et l'argent ont été employés partout comme régulateurs du marché, en vertu du caractère de stabilité qu'ils présentent seuls, et qui se base sur ce que leur somme totale ne varie que peu, ne s’accroît que lentement et no diminue jamais ! Une partie notable du stock métallique se trouvant mise hors de service, en ce qui concerne la fonction monétaire, le principal avantage du numéraire serait mis en échec.
ENQDÉT*
Tout se trouverait compromis à la fois, au détriment des intérêts les plus sérieux et les plus dignes de respect. Et pourquoi? Quel est l’avantage k recueillir? Aucun ; il est facile de s’en convaincre quand on examine les choses de prés, quand on sait à quoi s’en tenir sur le prétendu inconvénient du double étalon, inconvénient qui ne saurait exister, puisque, c’est un fait acquis à la science, il ne peut y avoir aucun étalon de la valeur ; quand on comprend l’influence régulatrice produite par l’emploi des deux métaux précieux, également destinés à l’office monétaire ; quand on saisit le véritable caractère et les conditions faciles à remplir de la monnaie internationale ; enfin , quand on écarte l’erreur commise au sujet d’une prétendue perte imposée aux peuples qui se servent de la monnaie double, alors que celle-ci leur procure, en réalité, un double bénéfice. Les prûveutions dirigées contre le commerce de banque et de change pèchent également par la base, car ce commerce, comme tous les autres, tend à égaliser les rapports en les facilitan’ loin de voir les bénéfices diminuer, par suite de l’adoption arbitraire d’une monnaie légale, forgée d’un seul métal, il y gagnerait.
La mesure proposée, au lieu de continuer la marche parallèle suivie jusqu’ici par l’augmentation des affaires et par l’augmentation du stock métallique, tend à restreindre violemment celui-ci : la suppression de milliards d'argent élèverait dans une proportion rapide le prix de l’or ; elle aggraverait la charge de tous les débiteurs, et en premier lieu celle de l’Ëtat, obligé d’acquitter en or renchéri la dette publique, traduite eu somme certaine, pour le capital et pour l’intérét.
On attaque, de nos jours, d'une manière violente, la propriété. Je crains peu les révoltes ouvertes contre les lois de la société humaine, nées avec l'homme, émanant de la nature môme de l’homme; mais je n’ai pas la même sécurité quand il s’agit d’attaques, d’autant plus périlleuses que souvent ceux qui les commettent ne s’en rendent même pas compte ; telle serait la mesure relative à l’exclusion do l’argent. La hausse inévitable
SCR LA OCER1IOK MONÉIAIHE. 87
d« l’«r «Rlralnerait la* baiase de l’évaluation de la propriété et, d’autre part, elle amènerait l’augmontation virtuelle des dettes qui grèvent celle-ci et qu’il faudrait acquitter en or, devenu plus cher. La propriété, prise comme dans un étau, ne sortirai! que meurtrie de cette rude épreuve.
Sous une apparence inolTensive et avec l’étiquette d’un intérêt commercial mal entendu, la monnaie unique d’or consacrerai! une grave injustice ; elle ouvrirait la porte à un péril que nous avons la ferme conviction de no point exagérer : ce serait la dépréciation de la propriété et du travail ; ce serait un cadeau fait aux créanciers, au détriment de la terre et de l’État ; ce serait le trouble apporté dans l’exécution équitable des contrats et le resserrement d'un élément essentiel de la production, la diminution du stock métallique destiné à forger les instruments delà circulation; ce serait la rupture violente de l’équilibre que la marche progressive des affaires à liquider et de la masse métallique, marche suivie toujours dans le même sens, a eu de la peine à maintenir ; on le briserait violemment par l’exclusion soccessifB, considérable dès le début, de la fraction de l’appro visionnement, qui consiste en argent, employé jusqu’ici à servir de substance à la monnaie.
On s’imagine à tort que le législateur puisse se déterminer suivant des préférences arbitraires; il ne suffit pas de dire : l’or est plus agréable et plus commode, ne nous servons plus de l’argent; il faut mesurer la portée d'une pareille décision, dont l’effet se communique è l’ensemble des transactions passées et des relations présentes. On ne doit jamais oublier que la monnaie étant une sorte d’instrument de précision destiné à tout évaluer, et une espèce de machine employée à tout faire circuler, on ne saurait user d’arbitraire à l’égard de la masse métallique, utilisée par le consentement universel comme matière première de cet instrument et de cette machine; en effet, du rapport entre cette masse comparée à l’ensemble des riebesscs. des produits et d«> services, résulte la détermination des prix.
Le droit et l’économie politique sont d’accord pour établir
E.XOL'ÊTE
celte vérité fondamentale ; il est facile d’en déduire les conséquences, qui militent contre l'élimination de l'argent, comme monmtie légale.
M. LE PitÉsiDENT. Quelqu’un a-t-il encore des questions à poser?
Nous remercions M. Wolowski do riuléressanle et complète déposition qu'il a bien voulu faire devant nous.
Nous joignons ici le tableau de la production de l'or tel qu’il a été drossé par le docteur Soelberr, de Hambourg, le défenseur le plus accrédité de l’opinion contraire à la nôtre.
l’KOIUJCTlOX TOTALE DES MÉTAUX l’RÉCIEUX d’aI'HÉS UNE ESTIMATIÜX ArPROXIMATTYK BASÉE SUR DES RECHERCHES SPÉCIALE.S.
AN.NÉES
Prodycliou d'sprèi le peidi.
PrtdneliH d’iprii II iiltir.