LES PRINCIPES ET LES FAITS GÉNÉRAUX
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LA CIRCI'LATION MONÉTAIRE ET FIDUCIAIRE
FXTRAIT DF. U DÉPOSITION DE M. WOLOWSKI, RCMBRR DE l'iNSTITUT
M. WomwsKi La monnaie délormino le prix des choses.
Il y a presque un truiitnf dans la di’dinition que je donne ; cependant ce truisme, Je le commets sciemment, car bien que ce principe soit de toute évidence, c'est pourtant le point qui semble Être le plus souvent mal compris ; c’est le point sur lequel portent les principales attaques et les principales erreurs de nos jours.
La monnaie, ai-je dit, détermine le prix des choses. Il ne faut pas Être économiste pour donner cette définition ; les plus simples notions de droit la suggèrent.
Il suffit, pour s’en rendre compte, d'ouvrir le Code Napoléon, au titre de la Vente.
Qu'est-ce que la vente? Une convention par Iaqit.elle l'un s’oblige à livrer une chose et l’autre à la payer; elle est parfaite dès qu'on est convenu de la chose et du prix, et le/irix consiste en une quotité convenue de numéraire. L’intervention do la monnaie constitue l’essence du contrat do vente, elle le différencie
< Celle Uéposilion farroe un volume in-folio de .'iOÜ pages avec tableaux. Nous croyons utile d'en reproduire ici quelques passages qui se rapportent b la question monétaire.
ENOtJÊTE r»E 18G?5.
du contrat d'échange; celui-ci se sépare seulement du contrat de vente en ce que, dans ce dernier, l’une des parties donne à l’autre une somme d’argent pour avoir l’objet qu’elle désire, tandis que, dans l'échange, chacune des parties donne et reçoit une chose particulière autre que de l’argent.
I.e contrat par lequel on donne une chose pour une autre, c'est le troc primitif. L’échange louche ù l’enfance des sociétés; la plus grande révolution matérielle qui ait eu lieu dans le inonde, révolution plus profonde que celle à laquelle nous font assister les inventions dont notre siècle se gloriCe à juste litre, a été la substitution de la vente au troc. La monnaie a introduit dans le mouvemcnldes intérêts sociaux une modification plus considérable que les chemins de fer, que la machine à vapeur et la télégraphie électrique. L’invention de la monnaie a été la plus féconde, la plus utile, pour rapprocher les hommes, pour former cette grande associalioii générale qui est l’association humaine, et dont il est bien permis de parler à une époque où il est beaucoup question d’associations de toute espèce. Celles-ci obtiennent, sous les diverses formes quelles présentent, d'excellenLs résultats, mais elles demeureront toujours subordonnées à l’ensemble des relations, uscitées et agrandies par l'invention de la monnaie, par la substitution de la vente à l'échange. Aussi estil certain que la constitution de l'instrument appelé la monnaie et le chiOre auquel cet instrument s’élève influent sur toutes les transactions et sur tout le mouvement des rapports humains : c’est en monnaie que s’exprime la valeur de chaque chose ; la monnaie est le terme de comparaison auquel se trouvant ramenés consUmment tous les mouvements de la production, toutes les cassions, toutes les transactions, tous les engagements, tous les échanges do produits'.
i,e point essentiel à établir, c’est qu’en vertu de la venta,
' L'argenl règle le prix de loules les autres choses, tant mobilières qu'immobilières. Le prix est foudi sur la comparaison de l'abondauce et de la rareté relatives de l’argent avec l'abondance et la rareté relatives des objets el des marebandises que l'on achète. (E. Nap., art. 1907, — tliscours préliminaire.)
RNQUÈie DR 18HS.
HS
«ubsliluée {I l'échiiDge, c’cst-à-dire au troc, les relalions humaines ont fenoohtré un terme commun de comparaison ; par conséquent, la qualité de l'instrument qui sert de comparaison k tous les produits, k toutes les marchandises, à toutes les valeurs, acquiert une grande importance ; du moment où c’est un objet d'après lequel le valeur de toutes choses se détermine et se mesure, la stabilité de cet instrument devient la condition essentielle de la régularité des conventions. Sans doute cette fltité ne saurait être absolue, car cet Instrument est chose substantielle et non pas idéale : c’est chose contingente et, par conséquent, variable de sa nature. La rendre aussi peu variable que possible, c’est le but qu’on doit poursuivre, et, pour l’atteindre, le consentement universel du genre humain, guidé par la nature des choses, s’est prononcé dans le mémo sens : les métaux précieux, en vertu d’une destination en quelque sorte providentielle, ont été emplojées k servir d'intermédiaires aux échanges.
Ils réunissent, en eOht, au plus haut degré les qualités que l'on devait rechercher pour révaluatiod de tous tes produits, aflnde mainlettirdans les transactions humaines la plus grande équité, la plus grande justice.
Permettex-moi do lire quelques lignes d'un grand économiste dont la France a droit d’élre Hère, et qui n’élalt pas étranger aux étudea de droit ! je veUx parler de Turgot.
Turgot a ^t sur la question de l'or et de l'argent, comme intermédiaires des échanges, des pages admirables.
Je n’entends pas les citer toi ; je me bornerai k trois lignes qui rendent mieux que je ne le pourrais faim la conviclion dont je suis animé.
Turgot a dit :
« L’or et l'argetit sont constitués, j>ar la nature des tho»e», monnaie et monnaie unimrselle, indépendamment de toute convention et de toute loi. s
Oui, l’or et l'argent sont l'instrument nécessaire, l'instrument imposé, non point par un caprice arbitraire, mais parla nature
KNOT'fcTK DK 186.^.
même des choses, pour servir à régler les Iraosaclions entre les hommes, h les certifier, à les assurer, à les régulariser suivant les lois do l'équité et de la justice.
Je viens de ci ter un économiste ; je ne serai pas plus long dans l’appel que je ferai à l’opinion d'un jurisconsulte éminent.
Portalis dit, dans l’Exposé des motifs du titre de la Vente :
a On appelle prixla portion ou la somme d’argent qui, comparée à une valeur, est réputée lui être équivalente. »
Le prix, c'est la portion d’argent, de monnaie, équivalente à une valeur déterminée.
De ces deux passages de Turgot et de Portalis, il résulte que la monnaie, l’argent, doit être quelque chose d'équivalent au produit que l’on paye.
Une s'agit point ici d’une mesure idéale; il s'agit de quelque chose de substantiel, et c'est parce que c’est quelque chose de substantiel, quelque chose qui se rencontre parmi les biens de ce monde, qu’on peut l’employer comme mesure, car on y trouve un équivalent. — Il faut que ce soit à la fois une chose utile, agréable, et qui renferme une valeur considérable sous un petit volume. — Il faut que ce soit une chose qui puisse à volonté se diviser, pour que les diverses fractions cadrent avec les diverses valeursqui se présentent sur le marché et se prêtent ainsi, avec une extrême flexibilité, à tout ce qu’exige la variété des transactions humaines, considérables ou minimes.
11 faut que ce soit quelque chose qui se transporte aisément, et quelque chose qu'on ne puisse point reproduire à volonté. Il faut que ce soit quelque chose qui ne soit pas extensible ni réductible arbitrairement du jour au lendemain ; autrement il n'y aurait aucune espèce de stabilité dans les prix. Produit régulier du travail, le métal exige, pour être obtenu, des sacriflees et du temps; quand on lui subtitue du papier, on s’expose à compromettre le caractère essentiel de la monnaie, la fixité approximative qui résulte do la nature des choses.
Ün a quelquefois proposé le blé comme une mesure de la valeur, mieux adaptée aux intérêts de la société.
ENOUftTE DE 186;».
Si on considère les prix à des périodes de temps distantes l'une de l’autre, on peut discuter ; si on considère le cours ordinaire des transactions humaines, la durée de temps dans laquelle res transactions se renferment, on est dans l’erreur la plus complète, car rien n’est plus variable que le prix du blé, suivant le cours des saisons et suivant la quotité des approvisionne ments. Le blé se consomme, les approvisionnements sont toujours limités; la quotité do blé qui sc trouve produite déjoue les calculs humains; personne ne peut, un an, six mois, (rnis mois à l’avance, dire qu’elle sera l’importance de la récolte, et la quotité de l’approvisionnement que celle-ci fournira ; cette quotité varie essentiellement et déroute les prévisions ; par conséquent, elle fait varier d’une manière rapide ce qui doit intervenir dans toutes les transactions comme un équivalent aussi stable que possible.
En est-il ainsi des métaux précieux? On dira peut-être qu’à l'époque oîi nous vivons, le métal précieux participe du danger propre aux récoltes des céréales, qui a fait repousser le blé comme mesure des valeurs.
Les récoltes d’or, il est vrai, ont été singulièrement abondantes depuis quelque temps, et les masses d’or produites ont considérablement accru l’approvisionnement qui existait dans le monde. Cependant cet accroissement, qui exigeait du travail, n’était pas une création arbitraire et capricieuse, il ne dépendait pas de la simple expression de la volonté de l’homme disant un jour : n Je veux que l’or soit 1 » de façon que l’or fut le lendemain ; cet accroissement, qui était le résultat de recherches, de sacrilicfts, de peines, de travaux lointains, a peu influé sur les prix, peu changé la situation des choses dans le monde. Pourquoi cela? Le motif en est simple.
Le blé ne saurait servir de mesure pour la valeur des choses, pendant ce temps qu’embrassent d’ordinaire les transactions humaines, car les approvisionnements de grains varient beaucoup dans leur ensemble. Quelque prodigieuse que soit la récolte d’or obtenue de notre temps, la variation de la masse
ENOVÊTK DE iSÜfu
n'existe pour le métal préeieux ni au même degré tai à un degré môme Irès-éloigué de celle qui se produit dans la quotité des grains
L'or, en eiTet, n'est pas consommé, il dure) les approrisionneinenls du passé s’enrichissent dans une eertaine proporliéii, mais dans une proportion toujours restreinte) des résultats des travaux du Jour et de ceux que nous réserve le lendemain, Il y a là une masse qui s’accroît progressivement ; mais chaque quotité nouvelle n’est qu'une fraction réduite de la masse con servée. Les événements accomplis de nos jours ne font que confirmer la pensée de Turgot : L'or, l'argent, les métaux précieux ont été destinés par la nature même à servir d’intermédiaires à l'échange, à fournir l'équivalent le moins variable possible qui existe pour les échanges. Nous venons do traverser, sous ee rapport, un temps d'épreuve, dont les résultats semblent décisifs.
Les nouvelles découvertes de l’Australie et de la Californie ne contredisent en rien la règle que Turgot a posée, A mesure que le travail de chaque année vient augmenter la masse do métaux précieux recueillie dans les siècles qui se sont succédé, l’exploitation annuelle ne forme jamais, vis-à-vis de la masse existante, qu'une pro|)ortion d'autant plus faible que cette masse s’est davantage accrue par les exploitations qui ont précédé.
Quelques chiiTres serviront à prouver l’exactitude de eello assertion.
On évalue à 1 milliard ou 1 milliard et demi au plus la quantité de métaux précieux qui existaient dans le monde lors delà découverte de l’Amérique ( 1492 ). Cette somme s’est accrue par couches successives) l’exploitation annuelle ne proeuraitqu'nne fraction du la masse déjà réunie ) mais comme celle-ci était relativement faible, l'action sur les prix .se manifesta avec plus d'énergie. Il fallut plus d'un siècle pour porter la réserve métallique du monde ù plusieurs milliards. En 1700) celle-ci était déjà d'une dizaine de milliards ; elle ne montait pas au double de cette somme, il y a un demi-siècle à peine. La plus grande