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L'or et la transmutation des métaux

Tout, dans la nature extérieure, se réduit à un changement de forme dans l’agrégation des éléments chimiques éternellement invariables (Helmholtz).

En publiant le premier volume de celle collection d'écrits — anciens et modernes — relatifs aux sciences hermétiques, nous n'obéissons pas au vulgaire désir de faire œuvre de bibliophiles, d'éditer ou de rééditer des livres, étranges par le fond, bigarres dans Informe, souvent difficiles à comprendre, où se mêlent parfois des fantaisies presque ridicules aux conceptions les plus hardies ,d& l'intuition.

Nous visons plus haut et plus loin.

Aujourd’hui l'esprit humain est asse\ nettement délivré de tous préjugés pour ne reculer devant aucune hypothèse : ne se laissant arrêter par aucune superstition ni aucune crainte, il va jusqu'aux extrêmes limites de la logique, estimant qu’à toute constatation acquise, une étude nouvelle peut ajouter un au-delà. Il s’est dégagé surtout de la peur des mots et ne condamne aucune manifestation de l’effort cérébral, sous quelque étiquette qu’elle se présente

PRÉFACE

Alchimie, Hermétisme, Occullisme, ne sont pour lui <fue des rubriques dont les allures mystérieuses ne l’effraient pas. Isis sous son voile peut apparaître comme un être fantastique, comme un spectre troublant. Le savant va droit à elle et prétend voir son visage.

Autrefois, à ce met d’alchimie, on frissonnait ou on souriait. Superstition ou scepticisme qui ne sont qu’une seule et même forme de l’ignorance et de la paresse.

On a compris maintenant que l’homme napas le droit de nier ni d’affirmer à priori. Dire que l’alchimie nest qu’un tissu d’erreurs grotesques est aussi absurde que de croire, par un élan de foi, à des miracles indémontrés. Qu’est-ce d’ailleurs qu’un philosophe Hermétique ) Quand, hier encore, William-Thomson, pour établir sa théorie des atomes-tourbillons, fait Jaillir d’un coup de baguette, frappé sur un drap tendu, les anneaux de fumée du chlorhydrate d’ammoniaque, quand Helmholt:{ analyse les mouvements tourbillonnants dans un liquide parfait, c’est-à-fÊre n’existant qu’à l'état d’hypothèse mathématique, comme le point en géométrie, quand M. Dupré compte, dans un cube d’eau ayantpour côté un millième de millième, invisible au microscope, un nombre énorme de 22^ millions de molécules, ces savants font oeuvre d’alchimistes, et l’ignorant qui les verrait agir, sans comprendre la portée de leurs travaux, en apparence insignifiants, les taxerait de folie.

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Fous! le mot est bien vile prononcé ! Fou, Démocrle, le grand rieur qui osa dire que : les variétés de to,utes choses dépendent des variétés de leurs atomes, en nombre, dimension et agrégation; Fou, Empédocle qui affirmait l'adaptation; fou, Epicure qui niait la mort, fou, Lucrèce qui professait l'indestructibilité des atomes, impérissables matériaux de l'univers !

M. Frémy ne faisail-il pas œuvre d'alchimiste, quand, en faisant réagir au rouge du fluorure de calcium sur de l’alumine contenant des traces de bichromate de potasse, il produisait les cristaux polyédriques du rubis.

Seules, les conditions du travail ont changé. Les souffleurs du moyen-âge, toujours en crainte de persécutions, pâlis par la peur du bûcher, se cachaient comme des malfaiteurs, rêvant la puissance énorme et rapidement acquise qui triompherait de leurs bourreaux. Sur le monde, la catholicité pesait, avec sa négation sinistre de la science, avec son mépris du bien-être corporel, avec sa lourde théorie du sacrifice, avec sa méconnaissance atroce des besoins et des droits de l'humanité.

Le savant se terrait dans sa science, et, si, obéissant à cette passion innée au cœur de l'homme qui le pousse à faire partager ses joies de trouveur à ses semblables, il se décidait à pdrler, encore un ultime vestige de prudence lui conseillait d'employer une langue mystérieuse, arcanienne et cependant, le plus souvent, pour qui sait la déchiffrer.

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simple en son essence, comme tout ce qui est logique e vrai.

Aujourd'hui, comme l'a dit Tyndall, la science na plus le droit de s’isoler, mais elle combine librement tous les efforts qui tendent vers l'amélioratipn du sort de l’homme.

La grande faute des Hermétistes — faute qui ne peut leur être imputée à crime, car ils étaient écrasés sous le joug de fer de l’ignorance et de la tyrannie intransigeante, c’est d’avoir reculé devant la généralisation des principes. Ils s'arrêtaient, inquiets, au seuil de la vérité, sans oser le franchir, s'attardant à des recherches parfois enfantines comme des jeux. C’est qu’ aussi la Bible les enserrait, les pères de l'Église les étouffaient, et beaucoup, victimes respectables, mouraient de ne pouvoir travailler librement.

Ce qu'il faut considérer en ces philosophes,ce sont moins les applications qu’ils font de leurs théories que l’idée première qui les leur dictait. En les écrits de chacun d'eux, il y a, sous la forme, le fond, la base, le substratum. Lorsque Bacon appelait le son un mouvement spirituel, peut-être proclamait-il un/ des axiomes de l'avenir)

Ne retrouvons-nous pas tous les éléments de la science alchimique dans les expériences de Norman Lockyer, prouvant par ses études spectroscopiques, que dans lés étoiles les plus chaudes, on ne trouve que de l'hydrogène pur, tandis que dans celles moins chaudes, les métaux.

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puis les métalloïdes apparaissent, et que sur la terre, enfin, hydrogène, métaux et métalloïdes ne se trouvent jamais à l'état parfaitement pur, mais en des combinaisons plus ou moins complexes. Qu est-ce donc que cet hydrogène, sinon l’Absolu des alchimistes, et quelle preuve presque concluante de la réduction possible de la matière en son principe un et primordial )

Aujourd’hui on peut professer hautement le dogme de l’unité de la matière : en expérimentant avec de l’alcool ou de l’huile, on acquiert la démonstration irrécusable de la création du système solaire, par fragmentation d’une masse unique.

Mais l’hydrogène est-il l’extrême point de départ de ce que nous appelons improprement les corps simples )

Les spectres phosphorescents ont montré en l’atome un système chimique complexe dont les éléments constituants peuvent être dissociés. Huggins, Lecoq de Boisbaudran ont vulgarisé celte vérité que seule aujourd’hui la mauvaise foi pourrait révoquer en doute.

Mais l’atome étant corps composé, qu’y a-t-il au delàï que seraient ses éléments constituants ï Seraient-ils multiples ou se rapporteraient-ils à un élément unique ï A cette question William Crookes répond hardiment: — Je me hasarde à conclure que les éléments des soidisants corps simples que nous connaissons, sont en réalité des molécules composées. Je vous demande pour que vous

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ayie^ une concepiion de leur genèse, de reparler notre esprit à travers les âges, vers le temps où l'univers était vide et sans forme, et de suivre le développement de la matière dans les étals à nous connus d'après quelque chose d'antécédent. Je propose d'appeler protyle ce qui existait avant nos éléments, avant la matière telle que nous la connaissons à présent.

Cette idée de matière première, de protyle, préexiste dans tous les esprits raisonnants. C'est ainsi que Descartes parle d'un fluide universel pareil à une liqueur la plus subtile et la plus pénétrante qui soit au monde.

M. Berthelot, il y a quinze ans déjà, ne reculait pas devant l'hypothèse de la décomposition des corps simples ; si les moyens dont nous disposons aujourd'hui, disait-il, restent encore impuissants, rien n'empêche de supposer qu'une découverte nouvelle, semblable à celle du courant voltaïque, permette aux chimistes de l'avenir de franchir les limites qui nous sont imposés: tout en se refusant à admettre la nécessité logique de l'Unité de la matière, l'éminent chimiste reconnaissait la vraisemblance de la transmutation des éléments actuels les uns dans les autres.

Les recherches sur la thermochimie, en introduisant dans la science l'idée de dissociation, ont porté un coup décisif aux préjugés surannés, notarnment à l'hypothèse de l'affinité.

De la dissociation à la synthèse, la marche est logique,

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el l’idée de la Iransmutaiion des mélaux ou plutôt de leur constitution par le perfectionnement de V élément protylique s'impose d'elle-mcme.

M. E. Varenne ne disait-il pas, il y a trois ans :

— Comprime^ de l'hydrogène jusqu’à edux cent mille atmosphères et vous aure\ un lingot d’or pur.

De cette analyse de la matière à l'analyse de la Vie, le pas sera bientôt franchi.

A quelle hauteur ne s’ élève pas la science moderne quand, regardant face à face les grands problèmes organiques, elle dit avec Claude Bernard :

— Les phénomènes dans les corps bruts et dans les corps vivants ont pour conditions les mêmes éléments et les mêmes propriétés élémentaires. C'est la complexité de l'ar^ rangement qui fait la différence.

Descaries avait d'ailleurs affirmé déjà avec une audace géniale que la vie n'est qu'un résultat plus compliqué des lois de la physique et de la mécanique.

Peut-être, et c'est ici qu'interviennent l'Hermétisme et l’Occultisme, existe-t-il dessubslancesprotyliennes, en quelque sorte tellement diluées que de matérielles elles passent à un autre état que, sans notion exacte, nous appellerions dès à présent spirituelles, transformation dont la formation des ga\ ou la naissance de l'électr'icilé nous fournissent des similarités probables. L'esprit n'est-il pas un état essentiel, spécial de la matière, un hyper-protyle, doué de facultés

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actives dont nous ressentons les effets, sans qu'il nous soit encore possible d'en déterminer la nature )

De tout temps, ces problèmes ont préoccupé les hommes d'élite et il serait injuste de nier que peu à peu leurs recherches et leurs découvertes ont changé l'axe de la science.

Quelqu'un oserait-il aujourd'hui taxer de folie, de charlatanisme ou de mensonge Crookes ou Gibier ) Qui oserait affirmer que Katie-King n'est point apparue ï

Il nous paraît plus qu'intéressant, il nous semble utile de placer à nouveau sous les yeux des hommes de bonne foi ces œuvres, presque toutes introuvables qui constituent les pièces du grand dossier hermétique, de ce procès, jugé par l'ignorance, mais toujours sujet à révision. Nous avons la conviction que, dans des opuscules mal connus et mal étudiés, tels que le Miroir d' Alchimie de Roger Bacon ou l’Elixir des philosophes attribué au pape Jean XXII, le vrai chercheur saura dégager le diamant de sa gangue.

Et combien d'autres œuvres dédaignées !

En vérité, quand on comprendra les œuvres de Swedenborg, d'Hœné ~Wronski, de Louis Lucas, de Fabre d'Olivet, des horizons nouveaux, immenses, s'ouvriront devant les esprits.

Et qu'on n'oublie pas que nos savants, fussent-ils de l'Institut, sont les fils, trop souvent ingrats, des Hermétisies. Peut-être, comme le veulent les sage du Thibel, sont-

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