‹ L'or et la transmutation des métauxChapitre 2 sur 23 · IX · texte numérisé non relu

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ils les élèves inconscienls des savants de quelque AI lantide disparue, les écouteurs encore à demi sourds d'échos, se propageant depuis les catastrophes antiques de la machine cosmiqul.

La collection des écrits, relatifs aux sciences hermétiques sera, en peu de temps, le vade-mecum de ceux qui, hors de tous préjugés admettent le possible, même avant le vraisemblable.

Jules Lermina.

Mai 1889.

PARACELSE

ET UALCHIMIE

AU XVP SIÈCLE

Par M. FRANCK

MEMBRE DE l’ ACADÉMIE DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES

Lu à la séance publique annuelle des cinq Académies, le 25 octobre 185;.

Si l’alchimie n’avait jamais eu pour objet que ce double rêve de la cupidité et de la faiblesse, le secret de convertir tous les métaux en or et celui de prolonger à volonté la vie humaine dans un corps exempt de douleurs et d’infirmités, je me garderais bien d’évoquer le souvenir d’un art aussi chimérique, et, s’il ne l’était pas, aussi dangereux. Mais elle s’est proposé, à un certain moment, un but plus élevé et plus sérieux. Entraînée par ses illusions mêmes à la recherche, quelquefois à la découverte du vrai, elle a préparé la régénération des sciences naturelles, en les poussant, du côté des faits, dans les voies de l’expérience et de l'analyse, et en les rattachant par leurs principes aux plus hautes spéculations de la métaphysique. A ce titre, elle pourra exciter

l’alchimie au xvi'" siècle

quelque intérêt dans un temps qui est à l’épreuve de ses erreurs et qui se pique de justice envers les siècle passés.

L’origine de l'alchimie, comme celle de la plupart de nos connaissances vraies ou fausses, se perd dans un nuage. Cependant il est difficile de la faire remonter avec quelques adeptes jusqu’à Mezaraïm, fils de Cham et premier roi d’Égypte, ou jusqu’à l’auteur supposé duPæmander, ce prétendu monument de la mystérieuse sagesse des prêtres égyptiens, Taut Hermès Trismégiste. Le titre de philosophie hermétique, sous lequel on désigne l’alchimie, et la ressemblance de ce dernier nom avec celui de Cham, le patriarche de l’Afrique, ne paraîtront à personne une garantie suffisante de cette vénérable antiquité. On reconnaîtra peut-être un premier essai de chimie générale dans quelques-uns des plus anciens systèmes philosophiques de la Grèce : dans les atomes de Leucippe et de Démocrite, ressuscités, avec des attributions plus modestes, par la science contemporaine; dans les quatre éléments d’Empédocle, qui continuent de désigner sinon les principes, au moins les différents états de la matière, tantôt solide comme la terre, tantôt fluide comme l’air, liquide comme l’eau, impalpable, c’est-à-dire impondérable, comme le feu ; et enfin

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dans la théorie plus savante des homéoméries d’Anaxa gore. Mais, il y a loin de là à faire de Démocrite un alchimiste, disciple des prêtres de Memphis, du mage Ostanes et d'une certaine Marie, surnommée la Juive, dans laquelle, franchissant une distance de dix à douze siècles, on a reconnu la sœur de Moïse. Cependant n’avons-nous pas les ouvrages que le philosophe abdéritain a composés sur le grand arl, sur Vart sacré, comme il l'appelle r Oui, sans doute ! Mais ils méritent le même degré de confiance que ceux de Taut lui-même, du mage Ostanes, de la prophétesse Marie, qui sont également entre nos mains, avec beaucoup d’autres, signés des noms d’Aristote, du roi Salomon et de la reine Cléopâtre.

Ce qui est certain; c’est que la foi dans l’alchimie était déjà accréditée au commencement de notre ère ; car nous lisons dans ï Histoire naturelle de Pline (i) que l'empereur Caligula réussit à tirer un peu d’or d’une grande quantité d’orpiment ; mais que, le résultat ayant trompé son avidité, il renonça à ce moyen de grossir son trésor. Un autre fait qu’on peut affirmer avec confiance, c’est que la science alchimique a pris naissance en Égypte, sous l’influence de ce panthéisme moitié métaphysique, moitié religieux, qui s’est formé à Alexandrie, durant les (i) Histoire natur. liv. XXXIII, chap. 4.

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premiers siècles de l’ère chrétienne, par la rencontre de la philosophie grecque avec les croyances exaltées et les rêves ambitieux de l’Orient. On remarque, en effet, qu’après les personnages fabuleux ou manifestement antérieur? à cet ordre d’idées, les premiers noms invoqués par la philosophie h-ermétique sont des noms alexandrins : Synésius, Héliodore, Olympiodore, Zosime. Ajoutez cette tradition rapportée par Orose (i) au commencement du v‘" siècle, et recueillie par Suidas (2), que Dioclétien, ne pouvant venir à bout des insurrections multipliées des Égyptiens, ordonna la destruction de tous leurs livres de chimie, parce que là était, selon lui, le secret de leurs richesses et de leur opiniâtre résistance. Enfin, c’est à un philosophe d’Alexandrie, à un philosophe chrétien, probablement à la manière de l’évêque de Ptolémaïde, le disciple d’Hypathie, que les Arabes se disent redevables de toutes leurs connaissances alchimiques. Ce personnage, appelé Adfar, florissait pendant la première moitié du viP siècle, dans l’ancienne capitale des Ptolémées, avec la réputation de posséder tous les secrets de la nature, et d’avoir retrouvé les écrits d’Hermès sur le grand art. C’est lui vraisemblablement qui en est

(1) Historiarian adversus paganos, lib. VII c. 16.

(2) Voir son Lexique, au mot Chimie.

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l’auteur.’ Sa réputation s’étendit jusqu’à Rome, d’où elle attira vers lui un autre, enthousiaste, un jeune homme du nom de Moriénus, qui, admis dans la confiance d’Adfar et initié à toute sa science, la communiqua, vers la fin de sa vie, au prince Ommiade Khaled, fils du calife Yezid, devenu le souverain de l’Egypte après la conquête de ce pays sur les empereurs de Constantinople (i). Dès ce moment, l’alchimie devient mulsulmane, sans cesser de respirer l’esprit qui avait soufflé sur son Jaerceau. Le premier écrivain qu’elle produisit chez les Arabes, le fameux Geber, ou plus correctement Djâber, né à Koufa, sur les bords de l’Euphrate, au commencement du xin® siècle, appartenait à la secte des sofis, héritière directe et jusqu’à un certain point, écho fidèle du mysticisme alexandrin. Cette alliance est facile à expliquer. En admettant, dans l’ordre philosophique et religieux, qu’il n’y a qu’une substance unique des êtres, ou qu’il n’y a qu’un seul être sous des formes infiniment variées, comment s’empêcher de croire que la sphère de la nature et de l’industrie humaine, que tous les corps dont ce monde est composé ne sont que des combinaisons et des

(i) Voir le savant ouvrage de MM. Reinaud et Favé, Du feu grégeois, des feux de guerre et des origines de la poudre à canon, in-8<> ; Paris, 1845.

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états différents d’un seul corps ; que tous les métaux, pourvu qu’ils soient soumis à un agent assez puissant peuvent être ramenés à un métal unique qui est leur type commun et leur plus’ haut degré de perfection ? Tel est, en effet, le principe d’où est sortie Talchimie, par lequel elle se lie d’abord au panthéisme mystique des Grecs d’Alexandrie et des sofis de la Perse.

Mais peu à peu à mesure qu’on s’éloigne de l’antiquité et que les croyances nouvelles prennent un caractère plus ferme, ce principe se dérobe aux regards, et l'alchimie, au lieu de tenir sa place dans un système général des connaissances humaines, devient un art tout à fait isolé, un empirisme étroit, auquel il ne reste plus que le champ des illusions et des aventures. Telle nous la rencontrons, au commencement du x® siècle, chez Razi, vulgairement Rhazès, ce médecin fameux, qui, se vantant de faire de l’or, ne put trouver une somme de dix pièces d'argent, promise en dot à sa femme, et dut subir l’humiliation de la prison pour dettes ; qui, possé- ' dant un secret pour soustraire l'homme à toutes les maladies, et même aux infirmités de la vieillesse, ne put empêcher une cataracte de fermer ses yeux à la lumière. Telle nous la trouvons encore, un siècle plus tard, chez un autre auteur fréquemment cité, et probablement aussi

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un médecin arabe, Artephius ou Artèphe, qui a bien pu servir de modèle au comte de Saint-Germain ; car il s’attribue comme lui une existence de mille ans, due à l’élixir de longue vie.

L’alchimie, en passant des musulmans chez les auteurs chrétiens du moyen-âge, ne change pas de caractère et l’on peut douter qu’elle se soit beaucoup enrichie entre leurs mains de ces découvertes imprévues dont lachimie a hérité. Ainsi, par exemple, c’est une erreur d’attribuer à Roger Bacon l'invention de la poudre à canon. La composition désignée en termes énigmatiques par le célèbre franciscain a été décrite avant lui, avec beaucoup d’autres, par Marcus Græcus (i) et les auteurs arabes. On conçoit que la même horreur qui poursuivait les magiciens atteignait aussi les alchimistes, confondus avec eux par l'ignorance populaire, et que la longue captivité infligée à Roger Bacon ne devait pas encourager leurs expériences. Du moins est-il certain que l’alchimie, pour parler le langage du temps, n’est qu’un accident dans la scholastique : elle ne se rattache par aucun lien aux principes, et n'entre par aucune porte dans les cadres de cette étude. Les objets de ses recherches sont, comme auparavant, la pierre philosophale et le fameux élixir, dont I. Liber igniuni ad ccnibitrendos hosles : id 4» ; Paris, 1804.

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personne, à ce moment, pas plus saint Thomas et Albert le Grand que Raymond Lulle et Arnauld de Villeneuve, ne songe à contester l’existence. Ce n’est qu’à l’époque de la renaissance des lettres, dans le cours du xv® et du XVI® siècle, que, choisissant pour son point d’apppi la philosophie, ou du moins un système philosophique, et pour son champ d’opératiojis la nature entière, elle s’efforce non-seulement de prendre rang parmi les sciences, mais de les employer toutes à son usage. Voici comment cette révolution s’accomplit.

Le moyen âge, sauf quelques essais de résistance étouffés à l’instant, avait vécu tout entier dans les espaces surnaturels de la foi ou dans les arides abstractions de la logique, admise comme par grâce à exposer et, pour ainsi dire, à détailler le dogme. La renaissance, justement maudite par les partisans de ce régime, c’est le retour de l’esprit humain à la nature, dans toutes les carrières ouvertes à l’emploi de ses facultés. Il se trompe souvent et passe à côté d’elle ; mais c’est elle toujours qu’il cherche, même dans les plus grossières superstitions. Il admire la peinture des sentiments naturels dans les chefs-d’œuvre littéraires des anciens, et la raison naturelle dans leurs systèmes philosophiques. Il revendique le respect du droit naturel dans les institutions et

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les lois.. Il assure la défense des intérêts naturels en réclamant, pour la société civile, une existence distincte et indépendante de la société religieuse. Enfin, dans les arts, l’enthousiasme naïf, les saintes inspirations qui seules l’avaient captivé, cessent de lui suffire, et il faut qu’à la beauté de l’expression viennent se joindre la forme et la vie, l’imitation fidèle de la nature. Quel autre ordre d’idées devait entrer dans ce mouvement d’une manière plus directe et plus irrésistible, que l’étude de la nature proprement dite ou l’ensemble des sciences physiques? Il est vrai qu’on rencontre au moyenâge, à partir du xii® siècle, quelques connaissances partielles d’astronomie, d’anatomie, de minéralogie, empruntées à l’érudition arabe, qui, elle-même, avait puisé dans l’antiquité grecque ; mais nulle part ces connaissances ne sont reliées en un faisceau ; et ce qui porte alors le nom de physique n’est qu’un texte à allégories, comme dans VHexaméron d’Abélard ; ou une imitation du Timée, d’après la version de Chalcidius, comme dans le traité du monde (le Macrocosme) de. Bernard de Chartres ; ou une argumentation purement logique sur la matière et sur la forme, le temps, le mouvement, l’infini, l’éternité, comme chez les maîtres les plus, célèbres du xiii° et du xiv“ siècle, quand ils commentent

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et développent la physique d’Aristote. Une science ayant pour but d’étudier l’univers comme un seul tout, de saisir les rapports qui unissent toutes ses parties, de surprendre dans leur activité même les principes et les causes des phénomènes, pour les observer ensuite dans leurs plus mystérieuses opérations: en un mot, une philosophie de la nature, .fondée sur l’examen des choses, non sur la discussion des vieux textes, et osant avouer nettement son dessein : une telle idée n’existe pas avant l’ère de la renaissance, et c’est dans les livres d’alchimie qu’il faut aller la chercher.

Le mysticisme oriental venait de reparaître sous toutes ‘es formes : dans la kabbale, restaurée par Reuchlin et Pic de la Mirandole; dans le pythagoricisme alexandrin, remis au jour et développé avec imagination par le cardinal Nicolas de Cusa ; dans le néoplatonisme, importé en Italie par Gémiste Pléthon, puis propagé dans tout l’Occident par les écrits de Marsile Ficin. Surpris par cettelumière, qui avait éclairé le berceau de leur art, et restés fidèles néanmoins aux dogmes de la création et de la liberté humaine, ces deux bases de leur éducation morale, les alchimistes commencèrent à voir la nature d’un point de vue nouveau, également éloigné du panthéisme antique et des allégories ou des abstractions du moyen

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âge. Elle apparut à leurs yeux comme un immense laboratoire où la nature toujours en fusion, et, pour parler leur langage, toujours en fermentation, est modifiée de mille manières, est revêtue de mille formes par des artistes invisibles placés sous la main d’un maître suprême. Ces artistes, ce sont les forces qui font mouvoir le monde et qui animent toutes ses parties, depuis les astres suspendus dans l’espace, jusqu’au moindre grain de poussière ; ce sont les principes immatériels qu’on découvre partout, lorsqu’on ne veut point admettre d'effets sans causes ; dans les êtres organisés, comme la source de la forme et de la vie ; dans la matière brute, comme la cause du mouvement, de la cohésion des éléments et de leurs affinités électives. En effet, tout corps, dans le système qui nous occupe, fut associé à une cause, à laquelle il devait sa composition et son développement intérieur. Chaque organe important dans les animaux eut son archée ou son principe particulier d’’organisation et d'action. Mais tous ces agents n'étaient pas isolés dans les différents corps dévolus à leur puissance ; ils étaient appelés, dans un ordre hiérarchique, à exercer leur énergie, ou, pour me servir d’une expression consacrée, à imprimer leur signature les uns sur les autres, les astres sur les animaux et les plantes, ceux-ci sur les métaux, et en géné-

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ral l'âme sur les organes, l’esprit sur la matière. Djeu, créateur de la nature, habitait au-dessus d'elle, sans cesser de lui verser sa lumière et sa force, ?a sagesse et sa puissance. Tout ce qu'elle renferme était signé de son nom. L’homme, image de Dieu et résumé de la création demeurait libre au milieu de ce travail universel, dont il cherchait à surpendre tous les secrets, et qu’il imitait pour son usage, en même temps qu’il y trouvait, pour des facultés plus élevées, un objet de sublimes contemplations.

Telle fut l'alchimie à son dernier période de développement, bien qu’elle restât toujours, pour la foule obscure des adeptes et dans la pensée de la multitude, l’art de convertir les métaux. Ce n'est pas en un jour qu’elle a atteint cette hauteur. Ce n’est pas une seule main qui l’y a portée. Mais l’homme à qui elle doit le plus, le premier qui ait coordonné ses principes en système, et, non content de les avouer ou de les pratiquer pour son compte, ait tenté de les introduire dans l’enseignement public, à la place des vieilles doctrines, c’est Paracelse. Il est donc juste que nous nous arrêtions devant ce hardi réformateur, qui, après avoir inspiré une admiration fanatique et des haines implacables, devenu l’objet d’un dédain immérité, attend encore une appréciation calme et impartiale.

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Théophraste Paracelse sont les noms sous lesquels il s'est rendu célèbre ; mais ce sont des noms d'emprunt, comme les savants de cette époque en prenaient souvent pour frapper l’imagination de la foule et chatouiller leur propre vanité. Je soupçonne fort, quoique le fait, à la distance où nous sommes, soit difficile à vérifier, qu'il n’avait pas plus de droits au titre et au blason des Hohenheim, une ancienne et très noble maison dont il se prétendait issu. Il s’appelait Philippe Bombast ; et comme son père, pauvre médecin de village, s’était déjà occupé d’alchimie, c’est de lui sans doute qu’il reçut, par allusion au grand œuvre, le surnom d’Auréolus. 1} naquit, en 1495, à Einsiedeln, ou Notre-Dame des Ermites, dans le canton de Schwitz, et non pas, comme on l’a dit pat erreur, à Ga’fss, dans le canton d’Appenzel : car lui-même, dans ses écrits, se nomme quelquefois l’hérésiarque, l’âne sauvage d’Einsiedeln. Après avoir reçu de son père et de deux fameux alchimistes du temps l’abbé Tritheim et Sigismond Fugger, les premières notions du grand art, il se mit à voyager, gagnant sa vie tantôt en chantant des psaumes dans les rues comme Luther avait fait, tantôt en prédisant l’avenir par l’astrologie, la chiromancie et l’évocation des morts ; tantôt en échangeant contre un morceau de pain le secret de faire

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de l’or. Il parcourut ainsi toute l'Europe, du nord au midi et de l’est à l’ouest. Il assure même avoir été à CorlStantinople, et avoir poussé de là ses pérégrinations aventureuses jusqu’en Tartarie et en Égypte, afin de remonter à la source de la science hermétique. Mais l’exercice des arts imaginaires n’était pour lui qu’un moyen d’augmenter ses connaissances réelles. Il visitait en passant les plus célèbres universités de la France, de l’Italie et de l’Allemagne ; il étudiait dans les mines de la Bohême et de la Suède la minéralogie et la métallurgie; et, se préparant dès lors à l’exercice de la médecine, il comparait avec l’enseignement officiel des facultés, l’expérience naïve du peuple, les recettes des vieilles femmes et des barbiers de village. Après avoir mené cette vie errante pendant dix ans, n’ouvrant pas un livre, mais cherchant la vérité dans la nature et dans la parole vivante de ses semblables, il retourna en Allemagne, où sa réputation d’habileté et de savoir le plaça bientôt au premier rang parmi les médecins. Comme il promettait de guérir des maladies jusque-là jugées incurables, on venait de tous côtés le consulter ; car souvent la douleur ne cherche qu’à se tromper elle-même, et sait gré à l’homme de l’art de lui laisser l’espérance. Paracelse eut l’honneur de compter parmi ses clients Erasme et

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CEcoIampade. C’est sur la recommandation de ce dernier qu’il fut appelé, en 1526, à l’université de Bâle, comme professeur de physique et de chirurgie. Rien ne le peint mieux que la manière dont il prit possession de sa chaire. Dès son entrée dans l’amphithéâtre, où se pressait une foule impatiente de l’entendre, il réunit en forme de bûcher les différents livres qui servaient alors de texte à l’enseignement de la médecine, puis, y ayant mis le feu, il les regarda tomber en cendre et s’envoler en fumée. C’était, dans sa pensée, une ère qui venait de finir, une autre qui venait de commencer.

Après un tel début, il ne lui restait rien à ménager. Aussi ne met-il point de bornes à son enthousiasme de réformateur et à son orgueil de savant ; l’un et l’autre lui troublent la tête comme les fumées de l’ivresse. « Ce n’est pas à moi, écrivait-il dans la préface d’un de ses ouvrages (i), et probablement il tenait le même langage devant ses auditeurs, ce n’est pas à moi de marcher derrière vous, c’est à vous de marcher derrière moi. Suivez-moi donc, suivez-moi, Galien, Rhasès, Montagnana Mesueh, etc., suivez-moi ! Et vous aussi, messieurs de Paris, de Montpellier; vous de la Souabe, vous de la

!• Préface du livre Paragranuin, dans le tome II, p. 10, de l’édition allemande de Huser; 10 vol. in-4'>; Bâle 1589-91.

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Misnie, vous de Cologne, vous de Vienne, et tout ce qui habite les plaines du Danube, les bords du Rhin, les îles de la mer; toi Italien, toi Dalmate, toi Athénien, toi Grec, Arabe ou Israélite, suivez- moi ! Je suis votre roi, la monarchie m'appartient; c'est moi qui gouverne et qui dois vous ceindre les reins. » Un peu plus loin il écrit ; « Oui, je vous le dis, le poil follet de ma nuque en sait plus que vous et tous vos auteurs ; et les cordons de mes souliers sont plus instruits que votre Galien et votre Avicenne, et ma barbe à plus d’expérience que toutes vos universités (i). »

On a prétendu que Paracelse, en le prenant de si haut avec la science de son temps, méprisait ce qu’il ne connaissait pas, et l’usage qu’il adopta de faire ses leçons et d’écrire ses ouvrages en allemand a fait croire que le latin même lui était étranger. Ces suppositions sont dénuées de fondement. Lorsqu’on a eu le courage de vivre quelque temps avec lui, on voit que Paracelse n’ignore absolument rien de ce qu’on enseignait communément dans les universités du xvi® siècle ; qu’il parle avec beaucoup de sens de Pline, de Quintilien, d’Aristote, de Platon et des anciens en général; et que les livres latins, les phrases latines de sa façon qui sont incorporées dans I. Ubi supra, p. i8.

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ses œuvres allemandes peuvent passer généralement pour innocentes devant la grammaire. Mais sa prétention, est de ne rien devoir à ce passé avec lequel il veut en finir, et d’être un génie complètement original qui, formé par la nature, s’adresse aussi à ceux qu’une fausse éducation n’a pas gâtés, aux esprits simples et droits, aux gens du peuple. De là le mépris qu’il affecte pour les livres, le soin qu'il met à n’en avoir presque pas dans sa maison, et l’ignorance dont il se vante souvent avec non moins d’orgueil et aussi peu de fondement que de sa science. De là, cette prédilection pour lalangue vulgaire, dont nous trouvons aussi un exemple chez Descartes : car le recueil de ses prétendues œuvres latines n’est qu’une imitation décolorée où l’on ne saurait le reconnaître! Encore, comment le parle-t-il, comment l’écrit-il, cet idiôme informe de l’Allemagne du xvi° siècle ? Avec une rudesse d’accent, avec une grossièreté d’images que l’on ne trouve plus que rarement chez les paysans des cantons de Schwitz et de Bâle-Campagne, et aussi avec un luxe de néologismes pédantesques dont la tradition s’est beaucoup moins perdue de l’autre côté du Rhin.

Paracelse ne resta qu’un an à l’université de Bâle, où sa parole, après avoir excité l’étonnement et attiré une affluence extraordinaire, ne s’adressa plus qu’à un petit

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nombre de croyants, résolus à le suivre jusqu’au bout. Ce rapide déclin s’explique aisément par la nouveauté des idées de Paracelse et la barbarie de son langage, peu propres à former des docteurs selon les règles établies. La passion dégradante dont il fut pris subitement pour le vin, après vingt-cinq ans d’une sobriété toute musulmane, dut aussi y contribuer ; car, s’il faut en croire un témoignage très respectable, celui d’Oporin,le célèbre imprimeur qui fut pendant deux ans son secrétaire, il était souvent à moitié ivre quand il montait dans sa chaire ou qu’il se rendait au lit des malades, et même quand il dictait ses nombreux ouvrages. Enfin, s’étant brouillé avec les magistrats, qui dans un procès contre un de ses clients avaient prononcé contre lui quand il avait évidemment le droit de son côté, il se décida brusquement à quitter la ville. Mais ce qui a surtout provoqué cette décision, c’est le goût de Paracelse pour les voyages, etla conviction, souvent exprimée dans ses écrits, qu’il n’y a pas de meilleure école pour apprendre la vérité. « Celui-là, dit-il (i), qui veut amasser de vraies connaissances, doit fouler à ses pieds tous les livres et se mettre à voyager : car chaque contrée qu’il parcourra

I. Quatrième défense en faneur de la nounclle médecine, tome i, p. 155, édition citée.

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est une page de la nature. Le médecin, particulièrement, recueillera un grand fruit des voyages. Quiconque veut connaître un grand nombre de maladies doit voir beaucoup de pays : Plus loin il ira, plus il gagnera en ex-

périence et en science. «

En effet, à peine est-il sorti de Bâle, que nous le retrouvons reprenant sa vie errante, en 1528 à Colmar, en 15 29 à Nuremberg, à Saint-Gall en 1531, à Augsbourg en 1 5 36. Il habite tour à tour, pendant les dix années Suivantes, les villes principales de la Moravie, de la Hongrie, la capitale de l’Autriche, la petite ville de Villach, en Carinthie, ancienne résidence de son père, et finalement Salzbourg. C’est là, dans l’hôpital de Saint- Étienne, qu’en 1341, après avoir légué ses biens aux pauvres, il termina à quarante-huit ans, sa carrière laborieuse et agitée. Il laissait, comme je l’ai dit, des disciples fanatiques et des adversaires, ou plutôt des ennemis acharnés. Il laissait une réforme qui continue encore, si l’on veut bien y regarder, et que ses ennemis même ont été obligés de subir dans ce qu’elle a d’essentiel. Il laissait des œuvres dont les titres seuls rempliraient plusieurs pages, et qui recueillies d’une manière fort incomplète, ne forment cependant pas moins de dix volumes in-4°, dans l’édition allemande de Huser. Évidemment,

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celui dont l'intelligence, dans un intervalle aussi court et dans les circonstances qui viennent d’être racontées, a pu produire de tels effets, n’était pas un homme ordinaire.

Malgré cela, quand on s’arrête à la première impression que font naître la vie et les écrits de Paracelse, on ne peut s’empêcher de voir en lui un aventurier et un charlatan. Mais lorsqu’après avoir jeté un coup d'œil sur ses contemporains on revient à lui avec un esprit libre de prévention, on se laisse gagner à une opinion toute différente. Le charlatanisme, la jactance, la plus grossière superstition mêlée à l'audace et à l’incrédulité même, le goût des aventures dans l’ordre des idées comme dans celui des événements : ce sont les traits qui composent en quelque sorte la physionomie générale des philosophes et des savants de la renaissance ; on les trouve également dans Cornélius Agrippa, dans François Patrizzi, Jérôme Cardan, Jordano Bruno, Vanini, Campanella, et à plus forte raison chez les alchimistes de profession, les Van Helmont et les Robert Fludd. Comme des écoliers fraîchement émancipés, les esprits de cette époque, à peine affranchis de la rude discipline de la scholastique, usent avec emportement de leur jeune indépendance, et l’agitation de leur pensée se manifeste jusque dans leur vie intérieure. Pour être

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équitable envers Paracelse, il ne faut donc point trop insister sur les vices et les erreurs qui lui sont communs avec son temps ; il faut l’étudier dans les qualités et dans les pensées qui lui appartiennent en propre.

La première idée dont on est frappé en lisant les livres de Paracelse, c’est la liberté absolue qu’il réclame pour la science dans la sphère qui lui appartient, et la carrière infinie qu'il ouvre devant elle. Sur ce point, il n’a pas été dépassé par les réformateurs modernes. La science, pour lui, c’est la nature elle-même s’ouvrant aux regards de l’homme, se réfléchissant dans son esprit, tandis que Dieu se réfléchit en elle. Il lui arrive aussi de la définir une révélation de Dieu à la lumière de la nature ; de sorte que toute autorité qui intervient entre nous et les choses lui paraît une usurpation, un empiétement sur l’autorité divine. Mais il distingue, comme notre cartésianisme a fait plus tard, entre l’ordre de la science et celui de la fol, entre la philosophie naturelle et la religion révélée : l’une remonte de la terre vers le ciel, sur les ailes de la raison ; l’autre descend du ciel sur la terre sur les ailes de la grâce. Identiques dans leur essence, elles doivent se réunir dans l’homme sans pourtant se confondre (i).

(i) Astronomia magna ou Philosophie du macrocosme et du microcosme, t. X, édit. cit.

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La science, étant infinie comme la nature, réclame, selon Paracelse, le concours du genre humain, et n’est jamais le partage ni d’un seul homme ni d’un seul peu pie. C’est une vérité qu’il appuie sur le témoignage de l’expérience comme sur celui de la raison ; car il a observé que les hommes n’apportent en naissant ni les mômes aptitudes ni les mêmes inclinations pour les travaux de l’intelligence ; mais les uns réussissent dans une branche des connaissances ou des arts, les autres dans une autre; et cela est vrai des nations comme des individus. Aussi Paracelse revient-il à cette occasion sur son thème favori : le seul moyen de s’instruire est de courir le monde ( i ).

De même qu’ils sont divisés dans l’espace, les dons de l’intelligence et de la science sont divisés dans le temps. Ils ne se transmettent pas simplement comme une tradition; ils se développent et se perfectionnent d’une génération à l'autre, 4,e telle sorte que non seulement les mêmes arts, les mêmes sciences paraissent plus accomplis à mesure qu’on s'éloigne de leur origine, mais qu'il s’en forme tous les jours de nouveaux dont nos devanciers n’avaient pas connaissance. La doctrine du progrès,

{i) Liber paragraniim; quatrième défense, tome U, p. IJ5, édition citée.

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si nouvelle à nos yeux, est enseignée par Paracelse dans les termes les plus clairs et avec une ardeur de foi â peine égalée par les philosophes du xviiP siècle. On cite très souvent cette pensée de Pascal qui, transportant dans l’antiquité l’enfance de l'esprit humain et sa vieillesse dans les temps modernes, nous montre toute la suite des hommes comme un même homme qui subsiste toujours et qui apprend continuellement. A part la beauté inimitable du langage, où Pascal n’a pas de devanciers ni de successeurs, quelle différence y a-t-il entre cette idée et celle que Paracelse exprime dans un passage que je vais traduire : « Il faut que tu considères que nous tous tant que nous sommes, plus nous vivons longtemps, plus nous devenons instruits, et plus Dieu met de siècles à nous instruire, plus il donne d’étendue à nos connaissances ; plus nous approchons du jugement dernier, plus nous croissons en science, en sages, se, en pénétration, en intelligence : car tous les germes déposés dans notre esprit atteindront à leur maturité ; en sorte que les derniers venus seront les plus avancés en toutes choses, et que les premiers le seront le moins. Alors seulement on comprendra ces paroles de l’Évangile ; les premiers seront les derniers (i) ».

(i) Liber de inventione arliunt, t. IX, p. 174, édit. cit.

l’alchimie au XVl” SIÈCLE

Faisant l’application de ce principe à la profession qu’il a choisie, Paracelse ouvre aux douleurs et aux infirmités humaines un vaste champ d’espérance. « Ne dis pas, s’écrie-t-il (i), qu’une maladie est incurable; dis que tu ne peux pas et que tu ne sais pas la guérir. Alors tu éviteras la malédiction qui s’attache aux faux prophètes; alors on cherchera, jusqu’à ce qu’on le trouve, un nouveau secret de l’art. Le Christ a dit ; Interrogez l’Écriture. Pourquoi donc n’interrogerait-on pas la nature aussi bien que les livres saints >

Le but immédiat que se propose Paracelse est la réforme de la médecine, alors partagée, comme il nous l’apprend (2), entre l’empirisme, la superstition et la routine de l’école. Le premier n’employait que des spécifiques, dont il ne'connaissait ni les principes ni la manière d’agir, ni les rapports avec l’organisme. La seconde n’avait recours qu’aux talismans et aux évocations. Enfin la dernière, servilement attachée à Galien et aux Arabes, ne sortait pas du cercle étroit des qualités purement physiques, le chaud, le froid, le sec et l’humide, surles-

(1) Première défense en faveur de la nouvelle médecine, tome II p. 125, édit. cit.

(2) Paramirum de quinque entibus omnium morborum, tome I, page 5, édit, citée.

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quelles se fonde le fameux axiome, bien contesté aujourd’hui : Les contraires doivent être combattus par les contraires, Contraria conirariis. Paracelse, au moyen de l’analyse chimique et du raisonnement tout ensemble, entreprend de mettre à nu les vrais principes, les éléments irréductibles de notre organisation et des substances capables de la modifier, soit en bien, soit en mal. Lui, qu’on représente ordinairement comme le type de l'empirisme, il flétrit le médecin empirique des épithètes de bourreau et d’assassin (i). Il ne veut pas non plus qu’on s’en tienne à la théorie pure. « Une théorie, dit-il (2), qui n’est pas démontrée par l’expérience, ressemble à un saint qui ne fait pas de miracles. » Mais dans quelle mesure la théorie doit-elle être associée à l’expérience ? A quelle hauteur de la spéculation faut-il chercher les principes pour en comprendre les effets et nous en approprier l’usage? C’est ici que Paracelse, méconnaissant toute mesure, se perd dans l’immensité, tout en la sillonnajit de brillantes lueurs.

On réussirait bien mal, selon lui, à éclairer les mystères de l’organisation humaine si on l’isolait des corps qui agissent sur elle et dont l'ensemble compose notre mon-

(1) Le livre paragaranum, t. Il, p. 56, édit. cit.

(2) Ubi supra.

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de sublunaire. Ce monde, avec tout ce qu’il renferme, hommes, animaux, minéraux, plantes, est subordonné au reste de l’univers, et principalement aux sphères les plus proches, au soleil et aux planètes. Qui oserait nier l’action du soleil sur nous-mêmes et sur tout ce qui nous entoure? Eh bien! l’on ne peut pas dirq que des astres encore plus voisins de nous, et les corps célestes en général, n’exercent pas sur notre terre une influence aussi réelle, quoique moins sensible. Enfin, tous ces corps ne subsistent, ne se meuvent et n’agissent les uns sur les autres que par certaines forces intérieures, certains principes actifs et invisibles qui, eux-mêmes, ne sont que les ministres de la puissance et de la raison divines, toujours présentes dans les choses. La médecine ne peut donc pas se détacher de la science universelle de la nature, que Paracelse, pour le but particulier qu’il se propose, divise en trois parties et, pour ainsi dire, en trois zones : la philosophie, l’astronomie et l’alchimie. Si l’on y ajoute la pratique de la morale ou la vertu, indispensable, selon lui, à qui veut exercer l’art de guérir, on aura ce qu’il appelle les quatre colonnes de la médecine.

On a dit que la philosophie de Paracelse était toute panthéiste : rien de plus inexact. Le panthéisme confond Dieu et la nature. Paracelse les distingue, et confesse

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hautement le dogme de la création. Le panthéisme fait de l’âme une idée du corps, soumise comme lui aux lois invariables de la nature, ou un mode fugitif d’une pensée universelle qui n’appartient à aucun être pensant. Paracelse voit dans l’âme humaine un être libre qui domine la nature, tout en l’imitant, bien plus grand, dit-il, que les astres, et que Dieu, après l’avoir créé, conduit et éclaire, non en se substituant à lui, mais en lui laissant la tâche de féconder par le travail des germes divins confiés à son intelligence. Mais il est vrai que, dans la nature distinguée de son auteur, Paracelse maintient l’unité de substance, empruntée à la kabbale et aux écoles d’Alexandrie. Il admet, sous le nom de grand arcane ou de grand mystère [mysierium magnum), une matière première, invisible, active, d’où sont sortis avec ordre, à la voix de Dieu, tous les corps simples et composés, les éléments", les astres, les minéraux, les plantes, les animaux, et enfin le corps humain, la plus savante composition de l’être suprême, le résumé et l’image de l’univers ; car il est formé avec tous les éléments et avec toutes les forces de la création (i). Il est vrai aussi qu’audessous de l’âme humaine, à une distance infranchissa-

(i) Astronomia magna ou philosophie du macrocosme et du microcosme, t. X de l’éd. cit.

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ble, il reconnaît, sous le nom d’esprit, un principe actif d’organisation, de conservation et de vie pour chaque corps, et même pour chaque organe du corps humain : esprit animal, vital, séminal, archée, dans les animaux ; esprit végétal dans les plantes; esprit du sel, du soufre et du mercure dans les minéraux, ou principe de la concrétion, de la combustion et de la fusibilité dans la matière brute, dans ces éléments mêmes qui -passaient, depuis Empédocle, pour des corps indécomposables. Tous ces esprits, ou arcanes particuliers, comme Paracelse les appelle quelquefois, ne sont que les divers états ou transformations de plus en plus obscures du grand arcane (i).

Ce que Paracelse appelle l’alchimie n’est que le développement et l’application nécessaire de sa philosophie. L’alchimie, pour lui, n’est plus l’art de faire de l’or, mais d’approprier à notre usage, par une suite d’opérations imitées de la nature, tout ce qui peut nous être utile : car, « la nature, dit-il (2), est le premier et le plus grand de tous les alchimistes : la transformation des corps n’est

(i) Ubi supra.; Philosophia ai Atlilniinses, tome VIII, p. i et suiv., édition citée.

(2) Le livre Paragranum, chap. III, dans le tome II de la même édit.

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pas autre chose que la vie (i). « Tout homme devient un alchimiste, qui prend la nature pour modèle, qui, ' s’emparant des principes qu’elle met en œuvre et les employant de la même manière, les fait servir à nos fins.

On aperçoit sur-le-champ les rapports qui existent entre ce système et la réforme médicale de Paracelse. Les principes les plus actifs des corps, dégagés par l’analyse et substitués aux corps eux-mêmes dans le traitement des maladies ; les combinaisons chimiques mises à la place des mélanges repoussants employés jusqu’alors ; la force organique et vitale de la nature invoquée de préférence à la force mécanique des instruments, ou à l’intervention redoutée du fer et du feu ; enfin l’observation, l’examen des principes, au lieu d’une routine aveugle ; tels sont les principaux traits de cette réforme qui a, en quelque façon, spiritualisé l’art de guérir, et qui, ramenée de ses excès, inévitables conséquences d’une révolution, poursuit son chemin encore aujourd’hui.

Que Paracelse ait été moins heureux en appelant l’astronomie au secours de la médecine, on le conçoit sans (i) Philosophia ad Athénicnses, quatrième texte, tome VIII, édition citée.

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