‹ L'or et la transmutation des métauxChapitre 10 sur 23 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Messieurs,

Dans mes précédentes communications, j’ai eu l’honneur d’annoncer à l’Académie ma découverte^ des moyens d’obtenir l’or artificiellement, d’opérer la transformation de l’argent en or; j’ai soumis à l’Académie, comparativement avec l’or des placers et l’or en lingots, l’or artificiel que j’avais obtenu.

Beaucoup de savants considèrent encore de nos jours comme chimérique, la transmutation des métaux annoncée par une foule de gens, les uns de mauvaise foi, les autres dupes de leurs propres illusions ; j’ai donc dû subir le sort commun, et l’annonce de ma découverte a rencontré beaucoup d’incrédules.

D’ailleurs, de quel poids pouvait être en faveur de mes affirmations, mon nom totalement inconnu dans la science, quand j’attestais la possibilité d’opérer la transmutation? La froideur avec laquelle mes efforts ont été accueillis n’avait pas lieu de me surprendre.

Loin de me plaindre de l'espèce de répulsion et de commisération qu’ont éprouvée ceux qui ont eu connaissance de ma découverte, je crois devoir bien plutôt m’en

l’or

féliciter : l’engouement en sa faveur aurait pu lui être funeste ; car, bien qu’elle soit parfaitement réelle, elle n’est basée que sur des opérations, sur une échelle très réduite, ayant produit seulementquelques grammes d’or. On n’aurait pas manqué de me sommer d’en produire des quintaux. Si, comme je l’espère, je parviens à convaincre l’Académie- de la réalité de mes succès, j’aurai conquis le double avantage de triompher de préjugés que, du reste, je comprends parfaitement, et de prouver une fois de plus que la Providence, dans ses vues impénétrables, daigne quelquefois se "servir du plus humble pour opérer de grandes choses.

Jusqu’à ce jour, messieurs, j’avais cru pouvoir espérer que, soutenu par l’opinion publique, je trouverais, pour donner suite à mes travaux, le concoursde quelques hommes éclairés, jaloux d’assurer avec moi à la France l’honneur et les avantages d’une découverte de cette nature. Mes espérances, je dois le reconnaître aujourd’hui, étaient vaines et illusoires ; sans attendre davantage, le moment est venu d’établir mon droit de priorité en livrant à la publicité mes procédés pour la production de l’or artificiel.

Des milliers d’expériences, répétées et variées à l’infini, ont fait naître en moi, depuis plusieurs années, la

conviction que ces procédés ne pouvaient que gagner à être exposés au grand jour. Après tout, il ne m’appartient peut-être pas de tenir caché plus longtemps un secret dont la divulgation doit appeler sur la production des métaux les investigations des savants, les travaux des chimistes éminents dont s’honore la France.

Tels sont les motifs qui m’ont valu l’honneur de paraître devant vous, messieurs, prêt à fournir toutes les preuves de sincérité qu’il peut plaire à l’Académie de réclamer de moi, prêt à opérer sous ses yeux avec les matières premières qu’elle-même aura mises à ma disposition.

Enfin, avant d’entrer en matière, je dois rendre compte à l’Académie des raisons d’opportunité qui me déterminent à lui faire en ce moment cette communication. Après cinq années entières de séjour et de voyages dans toutes les parties du Mexique, sans autre ressource pour subvenir aux frais de mes expériences que le produit de mes travaux en photographie, je revins en France avec un modeste capital, fruit de mes économies, pour compléter ma découverte au moyen de quelques instruments de précision que je ne pouvais me procurer au Mexique, et , de nouvelles recherches confirmèrent pleinement les résultats obtenus par moi sur cette terre des métaux pré-

cieux.

l’or

Bientôt je vis mes ressources diminuer, sans savoir si elles suffiraient pour me donner le temps d’atteindre le but de mes travaux ; je prévoyais l’instant où tout allait me manquer à la fois. Je n’hésitai point à sacrifier une partie de ce qui me restait pour me créer des moyens d’existence ; j’en trouvai dans l’exploitation de quelques instruments relatifs aux arts physiques. Malheureusement ces ressources sont trop limitées pour me permettre de conduire ma découverte à la perfection qu’elle doit atteindre. Je prends donc la résolution de la livrer, telle qu’elle est, à la publicité, dans l’intérêt de la science et pour l’honneur qui doit rejaillir sur mon pays ; je mets en demeure ceux qui ont les moyens de travailler sur mes données et mes procédés, d’en enrichir les arts et le commerce. Ce n’est pas sans éprouver un sentiment pénible que j’adopte cette résolution; il m’eût été doux de marcher seul jusqu’au but, de l’atteindre/ et de faire hommage à mon siècle d’un succès conquis par mes seuls efforts^ N’importe, je n’en seconderai pas moins cordialement de tout mon pouvoir toute tentative faite pour aller en avant dans la carrière que j’ouvre aujourd’hui. Car la réalité du grand fait que j’avance ne laisse subsister aucun doute dans mon esprit; seulement j’aurais voulu u’offrid au public mes procédés qu’avec un degré

de plus de précision et de sécurité: là se bornait toute mon ambition.

Mais, à part les ressources premières, tout me manque, la stabilité, l’absence de préoccupations personnelles, la faculté de suivre sans distraction et avec maturité les phénomènes complexes de la transmutation des métaux. De longues expériences sur l’influence de la lumière solaire ont compromis chez moi les organes de la vue, les fatigues ont miné ma santé ; des travaux d’un autre ordre que m’impose la nécessité de soutenir ma famille, me forcent à m’avouer mon impuissance, quand j’ai la conviction, la certitude morale de la possibilité d’un succès prochain, en opérant en grand, s’il m’était donné de vaincre les causes toutes matérielles de cette impuissance.

En présence de ces circonstances que je viens d’exposer à l’Académie dans toute leur vérité, j’exécute ma résolution de rendre publics mes procédés pour obtenir l’or artificiel. Que l’Académie me pardonne d’avoir osé l’en entretenir ; le sentiment d’amour de la science qui seul me dicte ma démarche porte avec lui son excuse.

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