‹ L'or et la transmutation des métauxChapitre 11 sur 23 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Pour le voyageur éclairé qui parcourt les provinces mexicaines en observant avec une attention intelligente

l’or

l’état minéralogique de ce pays, ses terrains d’alluvion, ses placers et ses gisements de métaux précieux, il ressort de cet examen un fait propre à jeter un grand jour sur la production naturelle de ces métaux. Ce fait, c’est la présence, je pourrais dire l’extrême abondance des nitrates de potasse et de soude quis’effleurissent de toutes parts à la surface du sol, et qui s’accumulent en cris- i

taux réguliers dans le lit des torrents descendant des montagnes ; on en exploite même des masses naturelle- j

ment assez pures pour qu’elles puissent être employées «

à la fabrication de la poudre de mine. i

On y rencontre également des iodures, des bromures et des chlorures en quantités notables ; les pyrites, autre '

agent non moins important, se trouvent en contact perpétuel avec les azotates alcalins ; cet agent apporte sa i

part d’influence certaine sur la production des métaux. j

Ces deux classes de corps composés agissant sous la double influence de la lumière et de la chaleur, donnent '

lieu à des phénomènes. électriques d’où résultent la dé- i

composition des terrains métallifères, et les combinai- J

sons nouvelles d’où proviennent les métaux. ’

Cette manière de voir, cette théorie de la fermentation des métaux, peut être soutenue ou combattue; je dirai seulement qu’eile a pour moi un degré de probabilité qui

est devenu le guide et le point de départ de mes recherches.

L’opinion de la transmutation, de la perfectibilité des métaux, est si généralement admise par les mineurs du Mexique, qu’il ne faut pas s’étonner de leur entendre dire en parlant des morceaux de minerai qu’ils admettent ou rejettent pour l’exploitation ; « Ceci est bon et mur ; ceci est mauvais et n’est pas encore passé à l'état d'or. »

A mon point de vue, les réactions sous l’influence desquelles a lieu la transformation des métaux, constituent un phénomène complexe où le principal rôle appartient aux composés oxygénés de l’azote. L’action de la chaleur, de la lumière, de l'électricité, favorise ou développe, dans de certaines limites, les combinaisons de ces composés avec le radical inconnu qui constitue les métaux. Tout me porte à croire que ce radical est l’hydrogène que nous ne connaissons qu’à l’état gazeux et dont les autres états physiques échappent à nos recherches. L’azote semble agir dans ces combinaisons comme agirait un ferment dans les transformations des matières organiques sous l’influence de ce même agent. La fixation de l’oxygène, sa combinaison plus ou moins durable avec le radical, sous l’action d’un composé azoté : voilà pour moi la clef de la transformation des métaux.

Que ces idées théoriques soient vraies ou fausses, exactes ou erronées, c’est ce que je n’entreprendrai, pas de discuter ici ; je crois devoir me borner à dire que, sans qu’il m’ait été possible d’acquérir la certitude mathématique de leur réalité, leur influence a présidé à mes expériences ; leur probabilité à mes yeux est née des eflets notés pendant plusieurs années d’observations. Si j’en fais mention, c’est pour mieux faire comprendre la marche que j’ai suivie, et jeter peut-être quelque clarté sur la route où marcheront ceux qui suivront après moi le même ordre de recherches.

Quoi qu’il en soit, je tracerai l’exposé succinct du résultat de mes observations ; leur filiation permettra de saisir par quels enchaînements de faits et d’idées j’ai été amené à concevoir la théorie que je viens de résumer.

1° Un premier fait que chacun peut reproduire à volonté a été mon point de départ. Si l’on réduit en limaille de l’argent pur et que l’on fasse agir sur lui de l’acide azotique également pur, certaines parcelles de cette limaille resteront insolubles dans l’acide ; elles ne disparaîtront qu’après que la dissolution aura été, pendant plusieurs jours, abandonnée au repos.

■ 2° Si l’on projette de la limaille d’argent pur dans des tubes de verre de 4 à 5 millimètres de diamètre, sur 12 à

I ^ centimètres de hauteur, remplis au tiers de leur capacité d’acide azotique à 36 degrés, après que cet acide aura été, pendant un certain temps, exposé à l’action des rayons solaires, on verra qu’une certaine portion des parcelles d’argent restera complètement insoluble dans l’acide, malgré l’élévation de température produite par la réaction.

3° Si l’on opère sur un alliage de neuf dixièmes d’argent et un dixième de cuivre, la réaction sera plus vive et l’insolubilité de certaines parties de l’alliage sera la même que dans l’opération précédente.

4“ Le phénomène se reproduira encore, si l’on opère sur le même alliage, hors du contact des rayons solaires.

1;° Dans toutes ces expériences, indépendamment de l’insolubilité des parcelles d’argent pur ou d’alliage, on pourra constater la présence d’un léger dépôt brun insoluble.

6“ En variant ces expériences par l’emploi de l’acide azotique à divers degrés de dilution, après l’avoir toutefois exposé à l’action des rayons solaires pendant un temps plus ou moins prolongé, j’ai pu recueillir des parcelles de métal parfaitement insolubles dans l’acide azotique pur et bouillant, solubles au contraire dansja solu- , tion de chlore.

l’or

70 Des expériences comparatives m’ont permis de reconnaître :

1“ Que l’or, introduit en petite quantité dans l’alliage, facilite la production artificielle de ce métal.

2“ Que l’argent pur est beaucoup plus difficile à faire passer à l'état d’or que lorsqu’il est allié à d'autres métaux.

3® Que, comme je l'ai énoncé dans mon premier mémoire, la force catalytique est pour quelque chose dans a transmutation des métaux.

4'^ Que le chlore, le brôme, l’iode et le soufre, en présence des composés oxygénés de l'azote, favorisent la production des métaux précieux.

5° Que l’air ozonisé paraît activer cette production.

6® Que la température de 25 degrés et au-dessus est favorable à l’accomplissement de ce phénomène.

7° Que les résultats heureux dépendent en grande partie de la durée des opérations.

Sur ces premiers faits observés, qui ne s’étaient pas offerts avec le même degré de certitude, non plus qu’avec des caractères parfaitement identiques, je basai de nouvelles recherches ayant pour principe l’influence de la lumière solaire, si intense et si favorable sous le beau climat du Mexique. Mon premier succès fut obtenu à Guadalajara. 'Voici dans quelles circonstances :

Après avoir exposé, pendant deux jours, à l’action des rayons solaires de l’acide azotique pur, j’y projetai de la limaille d’argent pur allié à du cuivre pur dans la proportion de l’alliage de la monnaie. Une vive réaction se manifesta accompagnée d’un dégagement très-abondant de gaz nitreux; puis la liqueur, abandonnée au repos, me laissa voir un dépôt abondant de limaille intacte agglomérée en masse.

Le dégagement du gaz nitreux continuant sans interruption, j’abandonnai le liquide à lui-même pendant douze jours, je remarquai que le dépôt agrégé augmentait sensiblement de volume. J’ajoutai alors un peu d’eau à la dissolution sans qu’il se produisît aucun précipité, j’abandonnai encore la liqueur au repos pendant cinq jours. Durant ce temps, de nouvelles vapeurs ne cessèrent de se dégager.

Ces cinq jours écoulés, je portai la liqueur jusqu’à l’ébullition, je l’y maintins jusqu’à cessation du dégagement des vapeurs nitreuses, après quoi je fis évaporer à siccité.

La matière obtenue par la dissication était sèche, terne, d’un vert noirâtre ; elle n’offrait aucune apparence de cristallisation ; aucune partie saline ne s'était déposée.

Traitant alors cette matière par l’acide azotique pur

et bouillant pendant dix heures, je vis la matière devenir d’un vert clair sans cesser d'être agrégée en petites masses; j’y ajoutai une nouvelle quantité d’acide pur et concentré ; je fis bouillir de nouveau ; c’est alors que je vis enfin la matière désagrégée prendre le brillant de l’or naturel.

Je recueillis ce produit et j’en sacrifiai une grande partie pour le soumettre à une suite d’essais comparatifs avec de l’or naturel pur ; il ne me fut pas possible de constater la plus légère différence entre l’or naturel et l’or artificiel que je venais d’obtenir.

Ma seconde expérience, du même genre que la précédente, eut lieu à Colima ; les phénomènes se produisirent comme à Guadalajara, sous l’influence de la lumière solaire, qui ne cessa d’agir pendant tout le traitement de l’alliage par l’acide azotique : seulement, je réduisis à huit jours la durée du premier traitement, et l’acide que j’employai fut assez étendu d’eau pour que l’action solaire seule ne pût produire le dégagement des vapeurs nitreuses. Or, comme celles-ci ne cessèrent point de se dégager, j’attribuai ce fait à un courant électrique dû à l’espèce de fermentation dont l’azote me paraît être le principe. Le gaz nitreux continua à se dégager constamment, tant que la liqueur ne fut pas portée à l’ébullition.

Je terminai cette opération comme la précédente; néanmoins, dans cette seconde expérience, j’employai, vers la fin de l’opération, plus d’acide concentré, pour amener la désagrégation de la matière et l’amener à prendre la couleur brillante de l’or.

Je fis une troisième expérience à mon re'our à Guadalajara, elle réussit complètement comme les deux précédentes sans présenter aucun phénomène extraordinaire digne d’être noté ; la quantité d’alliage que j’avais mise en expérience se transforma tout entière en or pur, ainsi que je l’ai dit dans mon second mémoire.

"Voilà, messieurs, dans toute sa sincérité, le fait obtenu, le résultat constant que j’ai pu reproduire plusieurs fois au Mexique ; ce fait, je ne réussis pas à le reproduire en France, et en agissant sur des quantités plus considérables. J’apprécie mal, sans doute, les causes qui agissent dans les réactions en vertu desquelles des métaux, solubles dans l’acide azotique, deviennent insolubles en se constituant en un état moléculaire particulier, d’où résultent des propriétés entièrement différentes de celles que ces mômes métaux possédaient avant d’avoir subi ces réactions.

Ces changements, auxquels l’action de la lumière solaire paraît contribuer si puissamment, doivent-ils être

l’or

attribués à un état électrique ou magnétique spécial, ou bien au rôle de l’azote sous cette influence ?

Enfin y a-t-il production d’un oxyde particulier de 1 argent et du cuivre, tel que ceux que nous prés.ente le fer ? C’est ce que, jusqu’à présent, je n’ai pu vérifier.

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