ME TAIRAIS
Je répondrai à cela par des faits connus de tous. Pourquoi Fulton n’est-il pas arrivé de suite à appliquer avantageusement la force motrice de la vapeur à la navigation Pourquoi a-t-il été obligé de demander le con-
cours et l’argent des souverains pour perfectionner son œuvre et l'appliquer en grand? Combien d’années n’at-il pas consacrées à sa découverte ?Que nebornait-il ses premiers efforts à une machine fonctionnant en petit ?
Pourquoi l’ingénieur français Lebon, qui découvrit le gaz de l’éclairage, pourquoi Leblanc, qui découvrit la soude artificielle, n’ont-ils pas tiré parti de leurs immortelles découvertes? Lebon n’est-il pas mort dans la misère ? Et cependant aujourd’hui les compagnies qui exploitent sa découverte font des fortunes colossales. Leblanc s’est-il enrichi par ses travaux?
Lors de la découverte de l’oxygène par Lavoisier, pour obtenir ce gaz, dans le principe, l’opération était fort longue et très dispendieuse; aujourd’hui c’est une des opérations les plus simples de la chimie : au lieu d’un procédé, on en a plusieurs qui fournissent ce gaz à très peu de frais, témoin, entre autres, celui de M. Boussingault, qui, n’est, en réalité, qu’une affaire de combustible, puisque le même corps peut fournir constamment de l’oxygène. Et qui nous dit qu’il n’en sera point ainsi de la transmutation des métaux?
Pour en finir avec cette énumération, que je pourrais prolonger, je citerai la belle découverte de MM. Daguerre et Niepce ; que de temps, que de dépenses et de
l’or
soins ne leur a-t-elle pas coûtés ! Que ne disait-on à ces messieurs de continuer à perfectionner leurs procédés ? Ce n’est pas ce que coûtent quelques plaques d’argent, quelques grammes d’iode, de brome et de mercure ? N’y a-t-il pas là de quoi faire des milliers d’expérience ? N’ontils pas vendu au gouvernement leur découverte, tout imparfaite qu’elle était alors ?
De ce moment elle a servi et sert encore à enrichir ceux qui l’exploitent en continuant à la perfectionner.
De même j’ai la conviction que la découverte de l’or artificiel sera une source d’immenses richesses pour ceux qui pourront l’exploiter, et rendra aux sciences, à l’industrie et aux arts des services réels d'une incalculable portée.
D’autres personnes m’ont dit (et c’est pour cela que j’en parle ici) : « Votre découverte sera comme la production artificielle des pierres précieuses, qui coûtent plus que celles quon rencontre dans la nature. » Cette objection, messieurs, est sans valeur ; car, sans parler ici de la découverte en elle-même ni de ses conséquences, je dis qu’il ne peut y avoir de comparaison possible entre ces deux productions artificielles, attendu que la plupart des pierres précieuses naturelles n'ont que peu de valeur, qu’elles en acquièrent au contraire beaucoup par l’art de
la taille; que, le plus souvent, la main-d’œuvre coûte plus que le prix de la matière brute. Il en est de même des pierres artificielles, et encore ces pierres ne sont employées que comme objet de luxe ; elles n'ont que fort peu d’applications industrielles.
La production artificielle des métaux précieux,, au contraire, est telle, que la valeur de ceux-ci n’augmente que fort peu par le travail, et ils sont d’ailleurs d’un emploi journalier et considérable, comme base de toute industrie, par leurs propriétés spéciales, qui les rendent de plus en plus indispensables à tout travail humain. Et que serait la civilisation, dont nous sommes si fiers ? que seraientles sciences physiques elles-mêmes, sans les métaux précieux .î* Il n’y a donc, comme on le voit, aucune comparaison possible entre la production des métaux précieux et celle des pierres fines, sous le double rapport de leurs conséquences et de leur emploi comme agent de civilisation.