‹ L'or et la transmutation des métauxChapitre 7 sur 23 · DEUXIÈME MÉMOIRE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME MÉMOIRE

Lu à l'Académie des Sciences dans la Séance du 17 octobre 1855.

Par T. Tiffereau.

Les métaux sont des corps composés.

Afin de faire disparaître les doutes qui peuvent rester dans les esprits au sujet de la découverte que j’ai faite, de l’or artificiel, je vais entrer dans quelques détails de mes expériences, et prouver que, dans les circonstances où j’ai opéré, je n’ai pu prendre des illusions pour des réalités.

Messieurs, le métal que j’ai choisi pour base de mes expériences est l’argent, métal parfaitement distinct des autres par ses propriétés chimiques, qui sont tout à fait caractéristiques, comme on sait, et qui, par conséquent, ne permettent pas de le confondre avec aucun autre ; par cette raison même, il est facile de l'obtenir chimiquement pur ; de sorte qu’agissant sur ce métal, je pouvais me rendre parfaitement compte des changements partiels pu

entiers que pouvaient opérer les agents chimiques que j’employais.

Dans mes premiers essais, je pus me convaincre qu’une très minime quantité d’argent passait à l’état d’or, mais en si petite quantité que je doutai d’abord de la réussite du fait, quoique cependant je fusse bien convaincu que l’argent que j'employais ne contenait pas la moindre quantité d’or.

Si je n’avais que ce résultatà montrer, on pourrait douter et dire que l’argent employé n’était pas chimiquement pur: que d’ailleurs l’argent renferme toujours de l’or, et qu’il n’y a donc rien d’étonnant à ce que j’en aie trouvé. J’admettrais encore que l’argent pouvait contenir des traces d’or ; mais ce que je ne puis admettre, c’est qu’ puisse y avoir illusion de ma part, lorsque, dans plusieurs autres expériences capitales que j’ai faites, j’ai vu tout l’argent employé changer d’aspect et de propriétés ; le métal qui, avant l’expérience, était en entier soluble dans l’acide azotique, est devenu complètement insoluble dans ce réactif ; il est devenu au contraire soluble en entier dans l’eau régale et les sulfures alcalins ; en un mot il a acquis toutes les propriétés chimiques et physiques de l’or l’argent tout entier s’est changé en or.

J’ajouterai que j’ai opéré sur d’assez grandes quantités,

l’or

comme jé l’ai dit dans mon précédent mémoire, pour qu’il ne puisse me rester aucun doute sur le fait accompli ; j’ai suivi avec attention toutes les phases de ceS expériences qui ont été, fort longues, et si je ne puis pas toujours les répéter avec le même succès, le fait capital de la transformation de l’argent en or n’en existe pas moins.

J’ai l’honneur de mettre sous les yeux de l’Académie une faible partie de'çe premier or tel que je l’ai obtenu ; il est facile de se convaincre que ce produit a son cachet particulier qui le distingue de l’or de mine, de celui de placer et de celui des sables aurifères ; lorsqu’il est fondu, il est impossible de le distinguer de l’or naturel, parfaitement identique avec lui.

J’ai l’honneur de mettre sous les yeux de l’Académie un petit lingot de cet or fondu.

Pour parer à tout événement et conjurer toute éventualité relative à la découverte que j’ai faite, outre le paquet cacheté que j’ai déposé à l’Académie, j’ai remis en main tierce des échantillons de mon or artificiel et la description détaillée des procédés que j’ai employés pour l’obtenir.

Dans le cours des opérations dont je viens de parler, et que j’ai variées sous toutes les formes, j’ai remarqué des

analogies frappantes dans le phénomène de la transformation dès métaux divers surlesqnels j’ai opéré ; et, sans entrer ici dans des détails inutiles, je crois pouvoir conclure de mes expériences que la transformation du cuivre en argent m’est démontrée et sera bientôt un fait acquis à la science ; que d’autres métaux, le fer, par exemple, peuvent être transformés en cuivre, en argent, en or.

Maintenant, il me faut obtenir en grand de l’or artificiel : c’est ce procédé que je cherche, pour lequel les moyens me font défaut.

Cet aveu d’impuissance n’étonnera pas l’Académie : il est conforme à tous les précédents des inventeurs qui m’ont devancé ; aucun d’eux, que je sache, n’a perfectionné son invention avec ses propres moyens, et trop souvent ils en ont perdu le fruit, épuisés qu’ils étaient par les dépenses qu’ils avaient faites, ou découragés par l’incrédulité et l’insouciance publiques.

Quant aux conséquences de la transformation de l’argent en or, la production de l’or artificiel, je laisse à la sagesse de l’Académie à prévoir tout ce qu’elles pourront apporter de perturbations et d’avantages dans les relations commerciales des peuples, dans notre système financier, dans les valeurs .respectives des produits du sol et de l’industrie.

En publiant ici le fait de ma découverte, j’ai moins pour but d’en tirer honneur ou profit, que d’enrichir la science et d’en faire profiter mon pays.

Instr-ument de la Providence qui a guidé mes essais, j’obéis à l’impulsion qui me pousse, et viens demander conseil et appui au premier corps du monde.

Je me borne ici, messieurs, à ces réflexions, en priant l’Académie d’honorer de son attention la communication que je viens de lui faire, et de m’accorder cet encouragement moral dont tout inventeur a besoin pour perfectionner son œuvre.

Je vais répondre maintenant à quelques objections qu’on m’a faites au sujet de mon premier mémoire.

Les uns me disent'ironiquement : « Puisque vous ave\ produit de l'or, que n'en produise\-vous d'abord quelques kilogrammes, puis des quintaux, puis enfin des tonnes, et vous deviendrez le premier potentat du monde, vous pourrez détrôner l'empereur de Russie; votre découverte vaut plus que l'épée du grand Frédéric; a votre place, je

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