‹ L'Orage, comédie en 1 acteChapitre 4 sur 14 · SCÈNE PREMIÈRE ’ DES SORBIERS, seul · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE ’ DES SORBIERS, seul

Il sort de son eabinet de travail en toilette du matin et tient à la main un paquet de lettres et de journaux .

Vous voyez devant vous un magistrat confondu... Ce matin, je me réveille, je sonne mon valet de chambro. . . je pense qu’il va, comme d’habitude, paraître à mon chevet... Personne! Intrigué, je me lève à la hâte, je demande Baptiste à tout les échos de mon appartement. . , rien !.. Le fait n’est pas douteux. . . Baptiste est sorti. . . Et l’animal n’est pas prêt de rentrer, si j’en crois mon couvert qu’il a daigné dresser là. . . dans mon cabinet. . .

comme c’est amusant I Jo vais être obligé do me servir moi-même... un déjeuner pitoyable : je mangerai froid , je boirai chaud. . . Et pas de café ! pas de café ! un jour d au dience, un jour où je dois entendre deux plaidoiries... J entrevois avec le sommeil une lutte terrible! (Il s assied sur le canapé , déplie la Gazette des Tribunaux et la parcourt ) Ahl ah! voilà l’affaire Duparc finie... Mes collègues ont rendu leur jugement. .. Madame Duparc est condamnée à quitter l’aimable peintre dont elle embellissait l’atelier et à réintégrer le domicile conjugal! . . En pleine canicule, c’est dur! . . Pauvre M. Duparc! Son aventure du moins lui servira de leçon... Désormais, il prendra gai do à la peinture ! (Il se lève.) Les maris sont décidément des êtres bizarres. Celui-là tombe sur une femme d uno moralité... défaillante... Survient un peintre qui la lui ravit et s’en accommode... Vous croyez peut-être que notre homme entonne l’hymne de la délivrance et bénit les beauxarts qui l’ont débarrassé de sa compagne? Pas du tout. Il demande à la loi de la lui rendre. . . Et la loi, qui a ses moments d’espièglerie, la lui rend... «Ah ! tu veux ta femme-?. . Tiens, mon ami, reprends-la. . . Et bien du plaisir!» Voilà de ces choses auxquelles je ne me suis jamais exposé, moi ! . . J’ai toujours eu horreur du mariage. Oui, j’y aï toujours vu je ne sais quoi de tranché, de conclu... de définitif qui m’a rendu réfractaire. (Considérant l enveloppe d'une lettre qu'il tient à la main.) De qui est cette lettre?.. L’écriture est jolie... c’est une écriture de femme. (Il la sent.) Pas d’odeur. . . C’est d’une femme honnête. ( Il ouvre la lettre s'assied d ganche du guéridon et lit :) cUne personne désire vous entretenir d’un sujet important. — Elle sera chez vous mercredi, à onze heures. » (Se levant.) Mercredi, c’est aujourd’hui! (Regardant la pendule.) 11 est onzo heures! (On frappe.) On frappe. . . Entrez !

L'ORAGE

Page 1