CHAPITRE SIXIEME
De la demande
Nous allons saisir ici le plus beau fi de la trame de l’oraison, la prière. Si les autres sont d'argent, celui-ci est vrai.
ment d'or.
Je ne m'étendrai pas à prouver à mes lecteurs la nécessité de la prière ; ils en sont d'avance convaincus. Ils savent que, de par la volonté de notre Créateur et par la nature des choses, nous ne pouvons rien dans l’ordre surnaturel du salut sans la grâce, pas même prononcer fructueusement le nom de Jésus, Or le canal des grâces, c’est la prière. Ne pus prier c’est donc se couper les vivres, c’est perdre ses moyens de communication avec les sources de la vie, c’est condamner notre âme à périr d’inanition. Jésus l'a dit: ‘‘ Demandez et il vous sera donné:Petite et dabitur vobis’’(1). Sainte
(1) Matt, VIL. 7.
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Thérèse ajoute: “‘si vous ne demandez ipas, il ne vous sera rien donné.”’
Aussi a-t-on pu dire avec raison que “la prière était la respirauion de l’âme.”" Elle est aussi nécessaire à la vie de l’âme
2 que la respiration à la vie du corps.
au PS Mais si la prière est d’une telle impor- >. SI tance dans l’économie générale du Chris- Vrui-FÆ tianisme, combien plus quand il s’agit
4 de l'oraison. Elle en est l’âme; et sans ù Mes PS elle, tous les autres éléments demeureils en [Ÿ raient sans effet. Nous pourrions nous avent ES agiter beaucoup pour mettre en mouveateur Æ ment toutes les facultés de notre âme, POu- SE tel le meunier les ailes et les meules de L du 4 son moulin, nous ne produirions guère ONCET ES qu'une vaine poussière, Le grain, qu* Or le % fait descendre du ciel la prière, ferait e pas © défaut. Nous serions vraiment le pauvre € est À ‘‘traquet de moulin, ’’ dont parle ailleurs ation Æ sainte Thérèse.
dam Æ La méthode de saint Sulpice traite ésus longuement de ce point de l’oraison.
don- Saint Alphonse de Liguori y insiste ainte Æ# d’une facon particulière: summopere A juvat petitiones in oratione repetere :il importe extrêmement, dit-il, de multi-
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va de
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plier les demandes dans l'oraison''(1)
L'oraison est le temps propice, pou faire jaillir de notre cœur les prière efficaces, les accents vainqueurs, Car |:
prière, affirme saint Thoinas, d'Aquin, est l'interprète de nos désirs : ‘cum pe.
titio sit quodam modo desiderii intvr.
pres""(2). Or tous les actes de l'oraison ont dû amasser dans notre âme une foule de bons désirs, propres à activer l’ardeur de notre prière. Elle se sent si petite, Si faible, si pauvre devant l'idéal entre vu qu'elle pousse irrésistiblement le cri de sa détresse vers Dieu, qui peut seul enrichir sa pauvreté, fortifier sa faiblesse
Et si l’âme a su faire de son oraison un tête-à-tête continuel avec le divin Maitre, d’après le conseil donné, Dieu est là pour l'entendre et pour l’exaucer.
Sans doute, toute prière bien faite va droit au ciel. Mais dans le dialogus sublime de l’oraison, l’âme est déjà à la porte même du cœur de Jésus: elle le voit, elle le regarde, elle lui parle depuis
(1) Praxis confessarii cap., IX. par. I.
(2) St Tho. 2 a 2 œ, 83, 9. I ad. I.
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1''(1) , pour prières Car k:
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longtemps. Il lui est facile de l’attendrir par ‘‘ce grand cri de l’amour’’ dont parle l'Imitation(1), pour en faire juillir, suprème coup de lance, l’onde sacrée des races divines.
D'après tout ce que nous venons de dire, c'est vers la fin de l’craison qu'il convient de donner à la prière une large place, une place d’honneur; et il ne faut pas craindre de se hâter à déblaver le terrain pour en arriver vite à boire, à aspirer à longs traits à la source de via. — Dans une oraison d’une demi-heure, par exemple, il me semble qu'il faudrait consacrer à la prière de cinq à dix minutes.
Cependant ce serait une grave erreur de S'interdire auparavant toute supplication, c’est-à-dire durant les deux premiers tiers de l’oraison. Nous en avons déjà fait la remarque, il est impossible ‘le séparer absolument les uns des autres ls différents actes de cet exercice . Ils doivent s'entrelacer comme les fils de
à :: trame, et la meilleure oraison est celle
es
(1) Liv. III, chap. V. 5
qui réussit le mieux à cette harmonieus compénétration. C'est donc dès le dé but, puis, constamment au milieu de no:
considérations, réflexions et affections, qu'il faut faire circuler le chaud courant de nos accents pieux : qu'il faut redire avec une Sainte liberté : ‘Mon Dieu, que cette vertu est belle donnez-la moil mon Dieu, que ce péché blesse votre Cœur, donnez-moi de l’éviter toujours !l””. Ces cris, jetés en passant, prépareront, ainsi que le reste, à la prière proprement dite, tout en assurant un meilleur succès à tout l’ensemble .
Même spontanéité, même liberté À l'égard de l'objet de nos demandes. Sous le souffle du Saint-Esprit, laissons-nou:
aller aux désirs les plus variés comme les plus ambitieux, et exprimons-les avec une sainte audace au divin ami qui veut bien s’entretenir avec nous. Toutefois nous saurons faire porter plus spéciale.
ment notre prière sur les résolutions que nous voulons prendre, car aous en avons fait l'expérience, sans le secours de grâce, impossible de les mettre en pratique. Demandons le courage de passer
n'etse È œuvres,
le dé.
de nos Fi tions, Fi >Jurant redire E 1, que Bi ! mon Es +soisse qui nous étreint le cœur. Notre Ces 2 miséricorde de Dieu.
Cœur,
ains