‹ L'oraison [microforme]Chapitre 14 sur 37 · NET · texte numérisé non relu

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d’elles-mèmes. ‘L'homme se fuit, parce qu'il se craint,” a dit Pascal(1). Eh bien, non, il ne faut pas se fuir: il faut au contraire, rentrer ch2z soi. Plus il y fait noir, plus il faut y porter |:

lumière, A se cacher hypocritement sex défauts, on ne gagne rien, tandis que Dieu récompense par de grandes victoire.

ceux qui ont le courage de la vérité:

‘‘Beati qui esuriunt et sitiunt justitiam (2) bienheureux ceux qui ont faim et soif de vérité, de justice, de sainteté. Demandons souvent à Notre-Scigneur cette disposition essentielle,

Pour arriver à l’exacte connaissance:

de soi-méme, base de Ja véritable jus:

tice, l’oruison nous est d’un merveilleux secours Elle nous y ramène constamment, quel que soit le sujet choisi.

Est-ce mi Mais comment conteniplier Ssæ immuemsité sans penser À notr pesitesse, sa *oute-puissance sans songer à Boïre nest. Par contraste, son éternie nous rappelle la brièveté de notre

{1} Pascal, Pemsées.

(2) Mattk V. 6.

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Ve; sa sainteté, nos laideur: morales ; sa lustice, nos crimes. La comparaison “impose entre les montagnes et les vallées,

Et puis, en présence de ses œuvres bienfaisantes, Ja Création, la Rédemption, l'Eucharistie, l'Eglise, notre âme se Drouvera comme éblouie de clartés ravonnantes. Elle saisira alors avec ‘vidence son prix inestimable, les granleurs de son baptême: et malheureuscment aussi la malice de ses fautes, sa noirs ingratitude C’est la doctrine de sinte Thérèse: ‘Le meilleur moyen à Mon avis d'acquérir une parfaite connaissance de nous-mêmes est de nous ‘ppliquer à connaître Dieu. Sa grandeur tous fera voir notre bassesse, sa pureté nos souillures et son humilité nous montrera combien nous sommes loin d’être humbles’’(1).

Quant à méditer sur la loi de Dieu, l: sainteté, les défauts et les vertus, c’est se mettre à une excellente école pour ‘pprendre à discerner ses vraies tendan-

(1) Le château intérieur, chap. II.

ces, Ses ressources, ses infirmités, les dangers que l'on peut courir. C'est du vécu, du pur réalisme, er route illusion sur son état devient impossible. ‘‘Jesu lux vera''(1). Jésus est la vrai lumière.

S'il illumine tout homme venant en ce monde, combien plus celui qui est un fervent disciple de l’oraison.

Toutefois, pour bien réussir dans es travail intérieur, il! n'est pas de trop de toutes nos facultés. Il faut surprendre, au plus intime de notre conscience, les pensées habituelles, les jugements secrets, les attaches cachées, les désirs à peine formulés ; une fois découverts tous ces reptiles glissants, il faut les saisir Sans pitié et les écraser : ‘‘Allidet parvulos ad petram'’(2).

Puis tournez le flambeau d’un autre côté, vers vos facultés extérieures. Exuminez avec soin vos lectures, vos conversations, vos relations intimes, toutes vos actions. Ne craignez pas d’éclaircir les mystères, de soulever les voiles, de

(1) Litanies du saint Nom de Jésus.

(2) Psalm., CXXXVI, 9,

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déplorer les négligences ou les fautes réelles. Scrutez bien tous les détours de ce labyrinthe ‘‘Scrutabor Jerusalem, in lucernis' (1), je scruterai Jérusalem symbole de mon âme, à la lumière de l'oraison ; par là je préviendrai la rigueur des jugements de Dieu.

Et cet examen, fait avec esprit de foi, suscitera des élans de ferveur, des cris sincères et touchants. C’est notre intérêt qui est en jeu, nous l’aurons constaté ; comment y demeurerious-nous indifférents? Si notre conscience peut témoigner d'efforts sérieux, de progrès commencés, nous n'hésiterons pas à nous rendre Justice, pour nous encourager au bien : c’est de l’humilité bien comprise, faite avant tout de vérité. Nous adresserons du reste nos actions de grâces à Dieu pour ces victoires, en le suppliant de nous continu?r son secours. Aussi bien cette même sincérité nous fera surtout découvrir tant de misères personnelles qu’il nous sera facile de garder l'humilité qui abaisse, qui demande pi-

(1) Soph., I, 12,

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tié et pardon, ‘‘ô mon Dieu, s’écriait la bienheureuse Marguerite-Maris, hélas ! 0:

faites-moi mourir ou cachez-moi ce tableau (de mes misères), je ne peux vivre en le voyant’’(1). Quels accents! combien plus de raisons avons-nous de les faire nôtres !

Aïnsi done, à l’oraison il est souverain...

ment salutaire de descendre aux der.

nières profondeurs de l'humilité. Mais tenons-nous sur nos gardes, L’ennemi de tout bien pourrait intervenir ici pour faire tourner ce bien en mal, avec son habileté infernale, et nous jeter dans le lâche découragement, dans la paralysie de nos énergies spirituelles, dans Je Scrupule en un mot. Retenons ces axiomes populaires : ‘‘Le mieux est ennemi du bien’’—‘*L’ex: 8 en tout est un défaut.” Ici, ce serait un grave défaut, un défaut très funeste À notre âme.

Sainte-Thérèse, notre guide si sage, si mesuré, va nous signaler le péril : ‘Sans doute, écrivait-elle, en s'adressant aux commençants, on ne doit jamais aban-

(1) Vie et Œuvres, t. 11, p. 331.

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donner cette considération de la connaissance de soi; sans doute, il n’est point d'âme, fut-elle de la taille d’un géant dans la vie spirituelle, qui ne doive souvent revenir à l’enfance et à la mamelle..

Oui..., cette considération de ses péchés et la connaissance de soi-même sont le pain avec lequel se doivent manger tous les autres aliments. Sans ce pain, on ne pourrait vivre. Mais, enfin, on doit le prendre avec mesure. Quand ure âme déjà souple sous la main de Dicu voit son indigence et son néant; quand, pénétrée de honte en présence d’un si grand Roi, elle sent de quel faible retour elle paye de si grands bienfaits, quel besoin a-t-elle de consumer là son temps? Ne doit-elle pas plutôt s'élever à d’autres considérations auxquelles le Seigneur la convie””?(1).

Ailleurs, la grande Sainte montre avec l1 mème prudence les tentations que cette erreur engendre. ‘‘Lorsque nous demeurons enfoncés dans la considération de notre misère, écrit-elle, au lieu

ras

(1) Vie, chap. XIII.

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de couler pur et limpide, ce fleuve de nos œuvres entraîne dans son cours |4 fange des craintes, de la pusillanimité, de la lâcheté et mille pensées qui troublent, telles que celles-ci : n'a-t-on pas les yeux sur moi? En marchant par ce chemin, ne vais-je point m'’égarer?.

Etant si misérable, me sied-il de m'oc.

cuper d’une chose si relevée que l’oraison? N'’aura-t-on pas de moi une Opinion trop favorable? Ne faut-il pas éviter ce qui est extrême même dans la vert” Pécheresse comme je le suis, n'est 2 pas m’exposer à tomber de plus haut? Enfin, étant ce que Je suis, me convient-il de prétendre à rien de par-ticulier””(1).

Pour conjurer ce danger, rappelonsnous le conseil donné dès le début: de ne jamais perdre Dieu de vue depuis le

premier jusqu’au dernier instant de l’o-

raison. Sachons aller et venir incessamment de Dieu à notre âme et de notre âme à Dieu; et cela sans même quitter son doux et suave regard.

(1) Le château intérieur, chap. II.

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H Entendons un dernier conseil de la ÆRéformatrice du Carmel: ‘‘Je le répète, Aauue jusque dans la demeure de la connaissance de soi-même, l’âme garde sa liberté, car l'humilité travaille toujours comme l'abeille, qui fait son miel dans Al: ruche... Or, considérez l'abeille : elle Mauitte la ruche et va de fleur en fleur chercher son butin. Que cette âme, si elle Areut m'en croire, fasse de même; que Ad: temps en temps elle quitte ce fond Ade sa propre misère et prenne son vol, Apour considérer la grandeur et la ma- PA jesté de son Dieu. Là, bien mieux qu’en Æ «]le-même, elle découvrira sa bassesse et et trouvera plus de force pour s'affranchir des reptiles... A mon avis, nous croitrons bien plus en vertu en contemplant les perfections divines qu’en tenant les veux de l’âme fortement attachés sur ® ©: vil limon d'où nous tirons notre origine’”’(1).

En gardant ces précieux enseignements, nous nous tiendrons toujours dans un juste milieu, et le retour sincère et “ourageux sur nous-mêmes à l’oraison nous obtiendra de précieux résultats.

(1) Ibid.

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