CHAPITRE HUITIEME
Nécessité de l’oraison
Arguments d'autorité
Nos lecteurs ont désormais une idée exacte de l'oraison, moyen efficace de sanctification. Mais le démon cherchera à les en détourner, précisément à cause de cette efficacité qui a déjà arraché tant d’âmes à sa pernicieuse influence.
Il importe donc d’enraciner des convictions tellement profondes qu’elles résistent à ces redoutables assauts, comme les grands chênes aux tempêtes. Daigne le divin Maître bénir ces pages particulièrement importantes sur la nécessité de l’oraison.
Qu'il soit bien entendu tout d’abord que nous ne parlons pas ici de la prière en général, absolument nécessaire au salut et qui peut suffire aux simples chrétiens, mais de l’oraison telle que l'entend la théologie mystique, du moins
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de la petite oraison, telle que nous l'avons définie dans les précédents chapitres. Et nous nous adressons aux âmes qui, voulant ajouter la dévotion à la simple religion, ont souci de leur perfection, soit de par leur vocation, soit par attrait spécial de la grâce. A toutes ces ämes, désireuses de s'élever au-dessus du vulgaire, nous disons: l'exercice de l'oraison vous est indispensable pour atteindre votre but. ‘‘Pour aller dans une ile, dit le théologien Cajetan, il faut traverser l’eau qui l’entoure, et pour arriver à la perfection, il faut passer par l'oraison. ””
Pour prouver notre thèse, les preuves abondent : les arguments d'autorité et les arguments de raison théologique. Dans ce chapitre, nous exposerons les premiers.
Le chrétien, conscient de sa faiblesse, sait humblement se mettre à l’école des maîtres qui enseignent le chemin de la sainteté et recevoir docilement l'influence des bons exemples qui entraînent.
Avant tous les autres, regardons le divin Maïitre. Que faisait-il au désert, durant quarante jours et quarante nuits,
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pour se préparer à sa mission? I] s’entretenait avec son Père. Quand il ‘‘renvoie la foule et qu'il se retire seul sur la montagne pour y prier”’(1), de quelle prière s'agit-il? ‘‘De la prière mentale, de l'oraison,’’ répondent tous les Saints Pères, au témoignage de Suarez (2).
C'était du reste d’après Saint Luc, une habitude du Fils de Dieu : “En ce tempslà, il s’en alla prier sur la montagne et il passait les nuits en oraison : Exit in montem orare et erat Pernoctans in oratione Dei” (8). Le jour, il travaillait à sa sublime mission; la nuit, il nourrissait son âme.
Cet exemple saisissant du Sauveur suscita de tout temps des légions d’âmes, avides de contemplation, depuis les solitaires de la Thébaïde jusqu'aux religieux de toutes nuances des Instituts contemporains, en passant par les moines des grands ordres du moyen âge. Jésus en oraison, c’est le solefl qui illumine et embrase tous ces cœurs généreux et les
(1) Matt. XIV. 13.
(2) De orat., pars, 2a. cap. I.
(3) Luc. VI, 12.
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fait parvenir à tous les degrés de la sainteté. Malgré la variété des traits de leur physionomie, ils plongent tous leurs racines dans le :1ème champ de l'oraison.
Voyez Marguerite-Marie passer de longues heures devant le Saint-Sacrement pour ‘‘se consumer d’amour pour Jésus, comme les cierges.’” Elle se plaignait de ne savoir faire oraison, et Notre-Seigneur daignait l’instruire lui-même.
Le fondateur de l'Ordre séraphique, ‘le doux stigmatisé de l’Alverne,”” ‘‘le plus désespéré amateur de la pauvreté qui fut jamais,” saint Francois d’Assise, préférait vaquer à l’oraison qu'aller précher de part et d'autre. Il disait à ses frères: ‘‘Je suis un homme sans apparence, simple, ignorant dans l’art de bien dire ; j'ai plus reçu la grâce de prier que celle de parler. Ensuite, dans l'oraison on gagne et on aceumule les grâces ; dans la prédication au contraire on distribue aux autres les dons receus du ciel. Dans l'oraison les affections de notre âme se purifient, l'union au bien véritable.
unique et suprême s’accomplit avec une
force de plus en plus grande. Dan:
lt prédication les pieds de notre esprit se couvrent de poussière, on se.distrait en beaucuop de choses et la discipline se relâche, Enfin, dans l'oraison, nous nous entretenons avec Dieu, nous entedons sa voix, nous vivons d’une vie ingelique, au milieu des esprits célestes.
Dans la prédication, il faut user d’une grande condescendance pour les hommes, vivre en homme au milieu d’euxi, penser, parler, voir et entendre en homme.”
Il fallait un ordre formel de Dieu pour l'arracher à ses intimes colloques avec son Créateur et Le livrer à l’évangélisation des peuples, et il triomphait de son humilité par l'obéissance.
Sainte-Thérèse se présente maintenant
nous, avec la double autorité de l’expérience et du génie. D'après elle, l’oraison ‘‘est le vrai chemin qui mène au ciel;”” aussi en eut-elle un véritable culte. Il serait à la fois bien agréable ét bien utile de lire, en particulier, sa Vie écrite par elle-même, et quelques chapitres du Chemin de la perfection et
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du Château intérieur. Elle : pe avec un zèle vraiment contaisou son amour pour l'oraison.
‘Oh! que je regrette, éert elle «ie 1 pouvoir dire toutes les infidi liés ler me suis rendue coupable enveis Li durant tant d’années, pour ne ‘x ‘re point appuyée à la forte colonne ue : 0 raison'’(1). ‘‘Je passai plus d'un am sans oser entrer dans ce commerce intime avec Dieu, pensant montrer ainsi plus d’humilité. Ce fut, comme je le dirai, la plus dangereuse tentation de ma vie ; elle m'aurait infailliblement entraînée à ma perte. Avec l'oraison, je n'étais pas exempte de fautes, il est vrai, mais du moins, si un jour il m’en échappait, je vivais les jours suivants plus profondément recueillie et je m'éloignais avec plus de soin du danger’’(2).
‘Tous ces heureux indices de la crainte du Seigneur étaient autant de fruits d° l'oraison’’(3). ‘‘Si Dieu me supporta si longtemps malgré tant de misères, ct
(1) Vie, chap., VII.
(2) Ibid.
(3) Ibid. chap. IV.
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si, comme il est visible, il me fit trouver dans l'oraison le remède à tous mes maux, quel est celui, si méchant qu'il soit, qui devra craindre de s’adonner à ce saint exercice ?..…. Si l'oraison est un des plus grands bienfaits, une nécessité mêm pour ceux qui loin de servir Dieu, l’of.
fensent; si par elle-m-ême elle n'offre aucun danger, tandis qu'il y en a de grands à vivre sans elle, pourquoi ceux qui servent le Seigneur et veulent lui être fidèles abandonneraient-ils ce saint exercice”” ? Quant à ceux qui sont encore étrangers à ce. saint exercice de l'oraison, je les conjure de ne pas se priver d’un bien 8i précieux. JA, rien à craindre et tout à désirer. Les progrès seront lent: :
SO On ne fera pas de mâles efforts pour atteindre la perfection, ni pour se rendre digne des faveurs et des délices que Dieu accorde aux parfaits: soit encore, Mais, du moins on apprendra peu à peu à connaître le chemin du ciel.
Et si l’on y marche avec persévérance, J'attends tout de la miséricorde de Dieu”’(1).
(1) Ibid. chap. VIII.
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Mais il faut se borner dans ces citations, que nous reprendrons du reste à propos des obstacles de l’oraison.
Voici maintenant le témoignage d'un des plus grands docteurs de l'Eglise, saint Alphonse de Liguori. Toute sa vie, il s'est fait l’apôtre de l'oraison, composant des livres spéciaux pour en faciliter la pratique.
Dans son célèbre ouvrage, Praxis confessarii, il s'exprime ainsi: ‘Une seule âme parfaite est plus agréable à Dieu que mille imparfaites. C'est pour quoi le confesseur qui voit un pénitent exempt de fautes graves doit mettre toux ss soins à le faire entrer dans la voie de la perfection et du divin amour....
Et dès qu'il trouve une âme ainsi conservée et désireuse de progresser dans ce divin amour, le confesseur prudent doit.
avant toutes choses, la disposer à fairt l'oraison mentale, c’est-à-dire à méditer les vérités éternelles et les perfections de Dieu: ante omnia debet illam dispowere ad faciendam orationem mentu-
lem’'’(1).
(1) Praxis, cap. IX, p. E.
Et le saint Docteur en donne immédiatement la raison : ‘‘la méditation n’est sans doute point comme la prière, nécessaire au salut éternel, mais néanmoins elle semble très nécessaire aux âmes pour persévérer dans la grâce ae 11eu. Avec l1 pratique des autres exercices de piété on peut trouver le péché, mais avec l'oraison, jamais; non possunt cohabitare oratio et peccatum. L'âme quittera ou l'oraison cu le péché : anima aut relinquet orationem aut peccatum''(1).
Un peu plus loin, dans les sages avis qu'il donne aûx directeurs, notre Saint veut qu'ils montrent une grande sollicitude: ‘Il faut, dit-il, que le confesseur +xige que ces âmes lui rendent compte de leur oraison : qu'il s’enquière de quelle manière elles la font et si elles la font :
et qu'il leur impose de s’accuser avant toutes choses, au tribunal de la pénitence, de l’avoir laissée. quand cela leur arrive””(2).
Que d'âmes, en effet, se laissent assez (1) Ibid.
(2) Ibid. chap. VIII.
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facilement déterminer à tenter l'essai d.
cet exercice ; mais bientôt elles se décou.
| ragent devant les difficultés dont nous parlerons, si le confesseur n’est pas là pour les éclairer, les fortifier, et même secouer leur paresse par de sages répri.
mandes. A elles de s'ouvrir avec confiance à leur guide spirituel pour provoquer les conseils utiles et les correction:
sul"taires .
Concluons avec le même fondateur d Rédemptoristes ‘‘que tous les saints sont devenus saints par l’oraison mentale.
L'histoire de l’Eglise est là pour le prourver à chacune de ses pages. C'est I:
plus persuasive des lecons: voir agir l'Eglise est toujours le meilleur moyen de connaître la vérité. Il a done été de tradition constante et unanime dans l'Eglise de proclamer l'indispensable nécessité de l'oraison, pour arriver à limitation de Jésus-Christ, modèle ile sainteté, Et les saints Pères, puis les Docteurs et les auteurs spirituels, s’ac cordent à faire l'éloge de ce puissant moyen de perfection, sans aucune r:.
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En vérité on ne pourrait soutenir une thèse qu'appuient de meilleures autorités. Il nous reste à montrer ie pourquoi de ces exemples et de ces témoisnages, Îles raisons de ce role essentiel de l’oraison mentale. Mais dès maintenant, nos lecteurs doivent souscrire sans peine à ce jugement de sainte Chantal :
“le principal moyen de l'avancement des aimes, c’est l’oraison : c’est pourquoi il faut beaucoup les y encourager’’(1).
(1) Œuv. III. Conseils de direction: P. 336.
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