CHAPITRE DIXIEME
Du temps de l’oraison
Nombreuses sont les difficultés à vain.
ere dans l'oraison. Et je suis sûr que plus d’un lecteur, familiarisé déjà avec cet exercice, y Songeait souvent avec quelque découragement, tandis que nous essayions de l’exalter.
Assurément, les grands arbres at les montagnes attirent la foudre: les âmes viriles ont ds luttes tragiques à soutenir; les exercices de piété les plus impor.
tants à la sanctification de l’homme ::
à l'honneur de Dieu sont les plus attaqués par le démon. L'oraison est une placz stratégique de premier ordre ; aussi l'enfer met-il en ligne contre elle toute une armée d'obstacles, de prétextes, de tentations de tout genre. Nous avons déjà démasqué ces ennemis indirecte.
ment, en démontrant la nécessité morale de se plier à cette pratique. Maisilya
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plus à faire. I] faut attaquer en faces chacun d’eux et les renverser victorieusement.
Nous abordons l’une des parties les plus vives de notre étude. Que Dieu nous aide à convaincre nos lecteurs.
Le premier obstacle à l’oraison, c'est le temps. Trois points à ce sujet: 1° il faut trouver le temps de faire oraison; 2‘ il faut la faire à une heure et pendant un temps déterminé; 3° quel est le moment de la journée le plus favorable pour cet exercice ?
Il y a des circonstances exceptionnel’, comme une grave maladie, un voyage imprévu, un service à rendre au prochuin ete...., où Dieu ne nous demande aus ce qu'on peut lui donner raisonnubl:
ment, Mais dans le train ordinaire de l'existence, l’oraison doit avoir sa place, “ussi bien que les repas et le travail: et une âme vraiment pieuse doit se sentir ma] à l'aise toute la journée si elle n'a pas fait sérieusement son oraison, comme Si elle n’avait pas déjeûné. Elle sera lanvuissante, comme si elle était privée de lumière et de chaleur: dès lors elle est
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exposée à faire des faux pas et à tomber dans les précipices.
Si done vous tenez à vivre, faites l'o.
raison tous l2s jours, et n'allez pas invoquer le prétexte usé du manque de temps.
Tout doit plier devant la nécessité, et l'on vous a suffisamment prouvé l:
nécessité de l'oraison.
Du temps? muis on en trouve pour tout, quand on le veut bien : pour la lecture des journaux, de futiles romans ou fsuilletons, pour des soins exagérés de toilette, des conversations frivoles ou méchantes, des visites où des promenades de fantaisie. Et l’on ne trouverait pas un moment pour songer à son âme et à son Dieu.
Sans doute, j'y ai fait déjà allusion.
vos devoirs d'état priment tout autre devoir et la dévotion qui vous les ferait négliger serait fausse et mauvaise. Si vous êtes mère de famille, veillez d’abord à ce qui regarde votre mari, l’éducation de vos enfants, l’ordre de votre maison, la surveillance de vos serviteurs.
Si vous étes domestiqu*, gardez-vous bien de négliger le service de vos maitres,
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sous prétexte de bien servir Dieu. Si vous faites de nécessité vertu, et aimez tous ces devoirs essentiels de la plus pure intention surnaturelle, Dieu ne pourra manquer de vous bénir.
Mais, franchement, vous qui lisez ces lines, est-il bien vrai, qu'avec de l'énergie et de la bonne volonté, vous ne pouvez réussir à tout combiner dans une certaine mesure ? Les exemples abondent d'une. vie très occupée et où l'oraison a cependant sa bonne part. Imitez-les, en vous rappelant que le secret de trouver du temps pour tout, c’est de n’en point perdre; que du reste l’oraison, en vivifant l'union de votre âme à Dieu, centuplera vos forces pour les multiples oceupations de la journée. Le prétexte du manque de temps, Saint Alphonse de Liguori recommandait aux directeurs de conscient: de ne point en tenir compte, «t d'imposer malgré tout l'oraison à leurs pénitents.
Mais: nefaut oùs ivrer cet.exercice au hasard des chicemnstances, sous 9eine de le,.eorapromettre. Il faut qu'il ait
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sa place fixe et sa durée déterminée, dans la journée,
‘‘Oraison renvoyée, oraison manquée, nous disaient nos vénérés maîtres du grand Séminaire. A plus forte raison:
oraison non firée, oraison manquée.
Oh! oui, la règle absolue, inexorable, quelle garantis, quelle protection pour une âme contre la paresse et les caprices du moment! Comme il faut plaindre les personnes du monde qui disposent librement d'elles-mêmes et qui font leur volonté du matin jusqu’au soir! Comme les personres de communauté, continuellement endiguées par le mouvement général, doivent remercier Dieu d’un tel bienfait! Vous donc, qui n'avez pas cet avantage, assurz-votre faiblesse par des résolutions viriles, et soyez décidés à v tenir, coûte que coûte. Dites-vous: je ferai mon oraison chaque jour, à telle heure exacte, à moins d’impossibilité manifeste ; je le veux à tout prix. Je m'y cramponneru comme à ma planch. de saiüt. Pas d’arbitrazre, nas. d’aléatoire.
Ni du divisé non plus, à moins qu'on v soit obligé, par raison de, santé ou de
MERE Fier tidanthntisid iutiinnélentiesrlie tait
condition. À couper son oraison en deux, on risque d'avoir deux exercices médiocres qui n’en valent pas un bon où l’on a le temps de s’entrainer et de s’y mettre tout . ntier. I’homme qui interrorapt l: cours de son oraison, dit saint Jean de la Croix, est semblable à celui qui tenant en main un oiseau, le laisse s'envoler et ne le reprend ensuite qu’à grand peine”’(1). Cela nous conduit à parler de la longueur du temps qui doit être consacré à l'oraison.
Aux personnes du monde qui commencent, à celles qui travaillent, nous demandons un bon quart d’heure d’oraison, Saint Liguori conseille même la demi-heurc. ‘‘Au début, dit-il, le confesseur n'assignera pas plus d’une demi-heure d'oraison à ses pénitents et il augmentera plus ou moins cette mesure, selon l'accroissement de leur dévotion”’(2).
Que ce conseil atteigne du moins Îles ïmes pieuses qui en ont le temps, et à plus forte raison les âmes consacrées à
(1) Maximes spirituelles.
(2) Praxis Conf., IX.
Dieu. Nous leur demandons même dé ne pas être avare avec leur bon Maitre.
et de se mettre rapidement à trois quart:
d'heure, à une heure de conversation avec Lui. C’est la prescription de saint François de Sales à sa Philothée : “Don.
nez à cet exercice une heure chaque jour '"”"(1).
Et maintenant à quel moment placer cette heure ou cette demi-heure d’entre.
tien avec Dieu ?
Sans vouloir donner une règle trop absolue, tous les auteurs spirituels s’ac.
cordent à dire que le meilleur moment est le matin, le commencement de Ja journée. C'est une nouvelle page de notre vie que nous écrivons, consacrons- I à notre Créateur: il aime les prémices.
Aussi bien l'expérience en est faite. 1 ce moment l'âme est plus reposée, plus fraiche, plus vive, plus clairvoyante : elle n'est pas encore ehvahie par les occupitions du jour. Même autour d'elle, tout est plus calme. ‘‘En ce temps de ia nuit, écrit saint Augustin, il arrive sou-
(1) Introd. à la vie dévote, 20 P., chap. I.
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