L'orangisme et le catholicisme [microforme]
Les paroles tombées de la bouche de Son Excellence le Glouverreur Général, à l'ouverture de la session, m’avaient décidé à ne prendre aucune part à la discussion sur le dis: cours du trêne, si ce n’est pour protester contre la conduite du gouvernement qui persiste, d'année ên année, depuis huit ans, a priver la minorité française du Dominion de son droit constitutionnel d’avoir, dans chacune des deux chambres, un ministre parlant sa langue. Maïs la discussion qui a eu lieu depuis ne me permet plus de rester muet. (C’est mon devoir de parler et de discuter la position actuelle. Je vais le faire.
L'an dernier, les résolutions en réponse au discours du trône furent proposées aux Communes, aussi bien qu'au Sénat, par des messieurs parlant l'anglais, et ce, en conträvention avec les arrangements faits lors de la Confédération et en contravention avec l’esprit de la constitution qui reconnait deux langues officielles, (la française et l'anglaise). Cette annéé, année critique pour l'administration, elle a voulu se conformér aux exigences de la loi ; elle a cherché des proposeurs et des secondeurs parlañt le français : ellé a pü en trouver,au Sénat, un qui consentit à endosser la politique ministérielle, mais je suis heureux de le constater, aux Communes pas un de nos compatriotes n’a voulu prendre la terrible response bilité de la défendre.
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Evidemment, il devait être difficile de trouver un catholique français ou irlandais, ou même un protestant anglais ou écossais, bon patriote, dévoué à son pays et possédant ce fair-play caractéristique de ces deux races, qui consentit à partager la responsabilité des actes du gouvernement actuel et à endossér la livrée du Premter Ministre, Sir John A MacDonald, devenu traître à ses anciens amis les conserva teurs de la province de Québec, dont il a jeté le drapeau aux quatre vents du ciel.
Messieurs, vous me trouverez peut-être un peu sévère, vous trouverez peut-être bien dur mon langage à l'adresse du chef du parti improprement appelé conservateur. Je vous dirai pour justifier ce langage, que j'ai emprunté ces expressions dont je viens de me servir à un discours de l'honorable premier ministre lui-même. Plusieurs de ses amis de la province d'Ontario venaient de lui tourner le dos. Ii y a de cela treize ou quatorze ans. Trop affaibli pour continuer à administrer les affaires du pays, il dut remettre sa résignation entre les mains du réprésentant de la Couronne. Avant de le faire, il se servit de ce langage contre ceux qui l'avaient abandonné. Il n'avait aucune raison valable d’en agir ainsi, contre des hommes qui croyaient honnêtement ue pas devoir le suivre plus longtemps. Mais moi, au nom de mes compatriotes, j'ai toutes raisons de le traiter ainsi, lorsque me rappellant qu'il ne s’est maintenu au pouvoir avant la Confédération qu'en s'appuyant sur le Bas-Canada, je le vois depuis la Confédération, c’est-à-dire depuis qu'il se croit assez fort pour sé passer de nous, cherchant à détruire toute notre influénce et à exécuter les plans de destruction suggérés par Lord Durham. Grâce au patriotisme d'un Baldwin, et de ses suivants, Lafontaine put toutefois détourner le danger qui nous menagçait. J'en viens maintenant à mon sujet et je vais montrer la conduite indigne que Sir John a tenue à l'égard. des catholiques, et à l’égard des Canadiens-français, depuis vingt ans.
Avant la Confédération, Sir John A. MacDonald n'ayant qu’une minorité dans le Haut-Canada pour le soutenir, dut s'appuyer sur le Bas-Canada pour se muintenir. Il le fit. Nous lui avons été fidèles. Nous l’avons soutenu avec désintéressement. Le fait est que c’est nous qui l’avons fait ce qu'ilest. Tomment nous a-t-il inanifesté sa reconnaissance ? Examinons cette importante question àla lamière que nous fournissent les documents publics,
À peine le projet de la confédération des ‘provinces du Canada, de la Nouvelle-Ecosse et du Nouveau-Brunswick eut-il été mis à l'étude, et eut-il été constaté que la popula-. tion protestante et parlant l'anglais y serait beaucoup plus forte, que la haine orangiste que Sir John avait montrée, contre nous, catholiques et Français en 1849 et qu'il avait dû laisser dormir depuis, se réveille. Ses plans sont arrêtés. Il dresse ses batteries, tout en préparant ce nouvel acte constitutionnel.
C'était en 1865, nos chefs politiques ayant décidé, d’unir les provinces sus-mentionnées, se réunirent et adoptèrent les bases de la Confédération proposées en forme de résolutions. En les soumettant à l'examen de la Législature de notre province d'alors (le Bas’et le Haut-Canada), Sir John et ses collègues dans le Cabinet déclarèrent que ces résolutions ne pourraient pas être amendées et qu'elles ‘evraient être adoptées ou rejettées ir toto. Quelques-unes de ces résolutions attirèrent tout particulièrement l'attention des Catholiques et des Canadiens-français, et ne furent votées qu'après les promesses les plus solennelles, faites sur l'honneur, par les ministres. (Voir le rapport oficiel des débats sur la confédération, 1865.)
L'acte Impérial passé, nos délégués revinrent au pays et procédèrent à l’organisation du nouveau système gouvernemental.
I1 fut convenu que pour se conformer à l’esprit de la constitution et à notre état de société, l'Exécutif se composerait de 13 ministres, dont 5 pour Ontario, 4 pour Québec et 4 pour les Provinces maritimes. Trois des ministres de Québec, seraient d’origine française. : Un des deux orateurs parlerait l’anglais, l’autre le français. En 1871, à propos des écoles communes du Nouveau-Brunswick, loi inique pour les catholiques, Sir John, en sa qualité de ministre de la justice, fit un rapport au gouverneur, recommandant que le désaveu de cette loi, demandé par les catholiques, ne fût pas proroncé, parceque, disait-il, la loi était constitutionnelle, attendu que le Nouveau Brunswick n'avait pas, lors de l’union, de loi qui reconnut des écoles séparées. Sir John ajouta à ce propos qu'il était contre l'intervention dans la légisiation. des Provinces, à moins de préjudice causé aux intérêts généraux du Dominion. Nos concitoyens catholiques du Nouveau-Brunswick poavaient difficilement recevoir un plus rude soufflet.
Le 20 mai 1872 M. Costigan demanda en chambre le rappel de cette loi. Je me levai alors et je dis entre autres choses:
'e. Ques
“Rendu en Angleterre, Sir John À. Macdonald s’est moqué des catholiques, et a foulé sous ses pieds et ses promesses et ses engagements d'honneur. ...1l a"osé changer la 48e résolution qui décrétait que les Législatures des deux Canadas n'auraient pas le droit d'enlever aux minorités, les droits ou privilèges qu'elles posséderaient au moment de l'Union. Sa Grâce Monseigneur Connolly, Archevêque d'Halifax, s'étant rendu en Angleterre, a exigé avec raison, que les avantages conférés aux minorités du Haut et du Bas Canada, par la 48e résolution, fussent étendus aux minorités des autres prowinces. Sachant que la Nouvelle-Ecosse et le Nouveau- Brunswick n'avaient pas de lois qui reconnussent des écoles séparées, et que dans ces provinces il n’y avait que des usages ou des coutumes, Sir John, en accordant la demande de l’Archevêque, eut le soin d'ajouter les mots : “ garantis ou imposés par la loi” après les mots “droits et priviléges” qui se trouvaiént seuls dans la résolation 43e, rendant ainsi illusoire la faveur qu'il avait feint d'accorder à ce Prince de l'Eglise ” Et c’est après avoir agi ainsi, que le Premier ministre (Sir John) vint recommander au gouverneur de ne pas désavouer l'acte des écoles du Nouveau-Brunswick, parce que, dit-il, il n’y avait pas dans cette province lors de l'Union, de loi sur les écoles séparées.
Quelque temps après, le Gouvernement désavouait une loi passée par la Législature d'Ontario le Streams Act ; loi tout à fait constitutionnelle, et qui n’était en rien dommageable aux intérêts généraux du Dominion, mais qui avait le tort de préjudicier aux intérêts privés de certains amis politiques de Sir John dans le Haut Canada. (Voir /e Journal des Communes.) Dans cette dernière circonstance, Sir John a donc fait pour servir les intérêts matériels et personnels de quelques amis, ce qu'il avait refusé précédemment de faire pour rendre justice à 50,000 Catholiques du Nouveau-Brunswick à la demande de plus d’un million et demi de leurs co-religionnaires.
Lors des débats sur la Confédération en 1865, les membres catholiques de la Législature de la province du Canada, man'festèrent souvent leurs craintes et leurs appréhensions sur le sort qu'aurait, sous la nouvelle constitution, la question
si importante à leurs yeux, du “ mariage.” Sir John et ses
collègues firent les plus solennelles promesses, engageant
leur honneur. Ils durent même coucher par écrit l’engagement qu'ils prenaient de laisser aux Législatures Locales