‹ L'Orchite MaltaiseChapitre 5 sur 26 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

L'historique de l’orchite maltaise n’est, certes, pas le chapitre le plus commode de la question qui nous occupe. Il présente des difficultés énormes, pour ne pas dire insurmontables. Et ceci pour des raisons d’ordre général. C’est que nous voulons, nous autres, médecins, différer de tous les autres hommes de science. Tandis que les physiciens, les chimistes, les astronomes avouent leur ignorance en face de nombreux phénomènes incompréhensibles à notre époque, les médecins, eux, ont la prétention de faire toujours un diagnostic. Et nous avons souvent entendu un de nos excellents maîtres de Montpellier nous conseiller de faire toujours un diagnostic, ne serait-ce qu’à titre pro: visoire.

Si nos précurseurs, nos ancêtres professionnels, avaient eu le courage de classer certaines maladies dans le groupe des « non diagnostiquables pour le moment », nous aurions pu aujourd’hui retirer, pour les examiner, toutes les observations, tous les faits signalés, cachés dans ce sombre tiroir de l’ignorance avouée. Mais souvent nous établissons des relations de cause à effet là où il n’y a peutêtre qu’une simple succession d’événements, où bien encore un parallèlisme pur et simple.

D'autre part, nous émettons, au nom de la sainte et inviolable statistique des lois basées sur un nombre plus

ou moins restreint de cas, mais lois que nous proclamons générales. De sorte que nous nous créons des idées préconçues. ( Les idées viennent des sens » dit Locke. Mai: notre vie est tellement artificialisée, que nous avons inter verti l’ordre des choses les plus essentielles : nous sentons par nos idées.

On comprendra que dans ces conditions il est difficile de faire l’historique d’une question aussi peu connue que l’orchite maltaise.

ON l'ce n’est pas l’historique proprement dit qui présente des difficultés ; il est, quant à lui, assez simple. Ce qui est compliqué, c’est de débrouiller la période préhistorique, si on nous permet ce terme ; de glaner quelques faits dans la nuit du passé, alors que la fièvre de Malte était elle. inême confondue avee nombre d’affections classées. Cest dire que la question se confond avee l'historique de la fièvre de Malte en général, historique qui est encore à faire et dont nous ne pouvons nous charger dans ce bien modesta travail, Qu'il nous soit permis seulement de jeter quelques Jalons sur la route entortillée de ce problème.

Une question se pose : quelle est la première observation d'orchite maltaise ? Pour y répondre, il faut aborder deux autres questions : 1° Quelle est la première observation de fièvre de Malte ? 2° Quelle est la première observation d’orchite due ? une infection générale ?

Si la. première observation, la première deseription de la fièvre ondulante peut être attribuée à Marston qui, atteint lui-même de cette affection, la décrivit en 1859. 1 est certain que le premier eas de cette affection fébrile est beaucoup plus ancien. En fouillant dans la littérature. médicale, on trouve un très grand nombre d'observations qui nous permettent de penser à la fièvre de Malte. Peh. dant fort longtemps, la fièvre qui nous occupe ici, fut

confondue avee un nombre considérable d’affections : rhumatisme, fièvre typhoïde, suette miliaire, paludisme, phtisie, etc., ete. (1) Nous voulons surtout attirer l’attention sur l’hésitation, l’ «embrouillement » qui règnent après la description de Marston ; ce n’est que vers 1887-1888 que, grâce aux travaux de Bruce, la fièvre de Malte dévient réellement une entité morbide.

I] y a aussi, écrit Bruce en avril 1893, je crois, de bonues raisons de penser que cette fièvre est la même que celle que divers savants italiens ont décrite comme adéno-typhoïide, typhoïide intermittente, typhoïde atypique, fièvre sudorale et autres noms.

Nous voudrions aussi attirer l’attention sur les travaus de Duffey, oublié un peu par les auteurs et qui, au milieu de l’indécision générale, étudie «les fièvres dites de Malte » et les divise en deux formes principales . La première, éphémère ou fébricule, due au climat et ne durant que trois jours habituellement (ce serait là, d’après Duffey, ce que Lebert à décrit sous le nom de typhus abortif). La seconde, à type continu comme la précédente, | qui a été désignée par les différents observateurs sous les roms de fièvre rémittente gastrique, fièvre bilieuse, fièvre gastrique, ne serait, à son avis, autre que la fièvre typhoïde ordinaire. Malgré cette confusion, Duffey, qui avait passé quatre ans dans l’île de Malte, est l’auteur d’un mémoire très instructif et, chose particulièrement intéressante pour nous, publie 18 cas d’orchite observés

(1) Un cas observé par les docteur Arnal (de Tréviers) et Manquet (de Ganges) et qui dura 2 ans, fut successivement diagnostiqué par différents médecins et chirurgiens éminents : cancer,

tuberculose, sciatique, congestion médullaire. !

Ep DEA

à Malte, en 1867-68, pendant la convalescence de la seconde forme.

Mais revenons à la fièvre de Malte en général. Comme des travaux récents, et surtout la revue générale de notie excellent ami, le docteur Henri Roger, de Montpellier, ont déjà étudié cette question, nous hous contenterons d’eu donner un simple tableau, mais que, malgré sa forme schématique, nous croyons, plus complet que les historiques déjà publiés

1816. — Premiers documents concernant cette fièvre, dus à des Anglais. Précurseurs hésitants : Æghorn, Hernen, Irwin, Bruns, Baxter, Davy, Clark, Bennet et d’autres. |

1809, — Marston, atteint lui-même de la fièvre de Malte, en donne la première description. à

Vers 1860, l'Annual medical Blue Book’s of Navy publie plusieurs observations sous différentes dénominations : Pottinger la confond avec la fièvre typhoïde ; Mackey en lait une sorte de cachexie climatérique. k

1865-66. — Boileau considère plusieurs de ces cas comme des fièvres typhoïdes.

1866. — Etude de Chartres. < 1871. — Premier travail italien : Febri endemiche di

Malta par le docteur Giulia, originaire de l’île de Malte, avec plusieurs observations.

Pléthore de travaux et d'observations par les médecin: de l'Italie méridionale, mais la confusion persiste tou: Jours avec la fièvre typhoïde, la suette miliaire, ete. ; cependant, vu la physionomie particulière de cette affection, certains auteurs la baptisent du nom plus vague de fièvre tYpho-palustre.

1872, — Dublin Journ. of medical science publie le mé-

Rs

moire de Duffey, dont nous avons déjà parlé et sur lequel nous nous réservons de revenir.

1881. — Ellis suit les traces de Duffey, en observant 4 cas d’orchite pendant & la fièvre dite de Malte ». Néanmoins, la confusion continue jusqu’en 1884. Turner, de Gibraltar, confond-encore cette affection fébrile avec la dothiénentérie.

1887 est la date qui fait époque : découverte du micocoscus melitensis pa: Bruce (1887-1893).

1889. — Maffet démontre que Turner, en 1884, s'était trompé, confondant la fièvre méditerranéenne avec la fià. vre typhoïde.

1893-1897. — Gipps et Hughes confirment les recherches de Bruce.

1897. — Seconde date : Wrienr découvre le séro-diagnostic de la fièvre de Malte.

Au XX° siècle, un nombre considérable de rapports de la Méditerraneanfever Commission ;

Zammit étudie son origine caprine ; des travaux nombreux dans tous les pays faisant partie du bassin de la Méditerranée. |

C’est en France que l’on tâtonne le plus longtemps.

On a pris l’habitude de dire et d'écrire que ce sont Danlos, Wurtz et Tanon qui ont les premiers observé 13 fièvre de Malte en France. Les choses présentées de cette façon sont loin d’être vraies. Ce qui est vrai, c’est qu’ils sont les premiers à avoir publié en France des cas,

Nous nous croyons autorisé à prétendre qu’il n’y a là aucun mérite ; bien au contraire... C’est que la communication de M. Danlos se rapporte à des malades qui ne sont pas les siens et dont le diagnostic donna beaucoup de tracas, mais à un tout autre que lui. Voici, en effet, ce que nous écrit le docteur Lapeyre (de Fontainebleau), auquel

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