L'HOTEL
des Grands-Prieurs de Saint-Gilles
Avilie d'Arles est pleine de vieux souvenirs. Il est peu d'endroits, dans le Midi de la France, qui renferment autant de monuments antiques. C'est bien la cité romaine avec son forum, ses temples païens, ses arènes et son théâtre en plein air. C'est aussi la ville chrétienne du moyen-âge avec son archevêché, sa basilique, ses églises et ses nombreux couvents aujourd'hui déserts. Il n'est presque pas de rues qui ne laissent voir quelques vestiges de ce passé glorieux. En la traversant, on rencontre sur les bords du Rhône, baigné par les eaux, près du palais Constantin, un vieil hôtel qui malgré son état de vétusté mérite encore d'attirer le regard. Il est dénommé le Grand-Prieuré. Il rappelle à notre mémoire les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, plus connus sous l'appellation de che-
valiersde Malte, si fameux dans Thistoire. Pendant longtemps des dignitaires de cet Ordre, les commandeurs de Trinquetaille en firent leur résidence, et, après eux, les Grands-Prieurs les remplacèrent lorsque, au xvn® siècle, les guerres de religion si meurtrières dans notre région, les eurent laissés sans abri, en brûlant et en dévastant, dans Saint-Gilles, le siège de leur demeure. Cet Hôtel, édifié peu à peu donnait, au nord, sur le Rhône, au couchant sur la porte de la ville appelée Saint- Jean du nom de ces religieux, au midi, sur la voie publique. Il comprenait plusieurs corps de bâtiment formant un tout assez homogène, avec une petite cour intérieure de forme carrée. La chapelle voûtée, simple dans son architecture mais riche dans son ornementation comme il convenait à d'opulents seigneurs, communiquaitavec le Grand- Prieuré par deux portes, Tune latérale débouchant sur un ciel ouvert, Tautre méridionale prenant accès dans le vestibule d'entrée de THôtel. Elle était dédiée à Saint-Jean-Baptiste, le patron des Hospitaliers, et renfermait un caveau central où l'on enterrait les religieux de l'Ordre qui décédaient dans la ville ou les environs. Raconter les origines et la formation de cet Hôtel, parler des événements dont il a été le théâtre, indiquer les nombreuses réunions des chevaliers qui s'y assemblèrent périodiquement pendant deux siècles, saluer, en passant, les religieux qui y dorment leur dernier sommeil, tel est l'objet de cette première étude.