‹ L'ordre de Malte dans la ville d'ArlesChapitre 42 sur 129 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

SOMMAIRE : Les trois Grands-Prieurs Richard de Sade- Mazan, Joseph de Félix la Reynarde et Félix de Grimaldy.

— Profession des curés Gleize et Julien. — Peste de 172 1. — Jean Raybaud. secrétaire. — Profession des deux prêtres Moutet et Seaume et de François-Louis de Varadier. — Règlement pour les obsèques des chevaliers. — Mort du prêtre Jouvène. — Incident à l'enterrement du prêtre Grossy. — Jean-François Raybaud nommé « archivaire ».

— Visite canonique de 1739. — Profession du chevalier Claude de Lattier la Touche. — Mort de Jacques de Viguier. — Protestations contre la nomination de Jean Raybaud, — Profession du prêtre Bellon. — Rapport sur rétat des archives. — Mort du bailli Jean-Augustin de Grille — Profession de plusieurs prêtres et du chevalier Trophime de Romieu. — Mort de Joseph de Cays. — Profession du prêtre Caries. — Réclamations au sujet de l'administration des derniers sacrements. — Profession des chevaliers Paul de Baroncelli et Laurent de Marcel. — Réunions de chevaliers.' — Mort du chevalier Charles de Romieu.

ES trois Grands-Prieurs suivants sont morts à Malte sans venir à Arles. Nous les énumérons rapidement :

Richard de Sade-Mazan fut pourvu du Grand-Prieuré le 16 octobre 17 16. Il était fils de Jean- Baptiste de Sade, seigneur de plusieurs terres,

çitoyen d'Avignon, et de Diane de Simiane. Il avait été reçu le lo décembre 1639. Il fut capitaine, puis colonel des troupes du Pape. Il avait obtenu successivement les commanderies de Montfrin, de Puimoisson, de Jalès, enfin le bailliage de TAigle, en Angleterre. Il fut nommé grand-commandeur le- 12 mai 1714. Annibal de Seguiran continua d'être lieutenant du Grand-Prieuré ; à ce titre il prit possession, pour le Grand-Prieur, de l'Hôtel Saint- Jean le 27 novembre 1716, mais n'eut pas l'honneur de présider les réunions des chevaliers qui se tinrent à Arles jusqu'à la mort de Richard de Sade-Mazan, et dont voici Ténumération. L'Assemblée du 9 novembre 17 16 fut présidée par Jacques de Georges- Taraut, commandeur de Saliers, celle du 2 mai 1717 par Félix de Grimaldy, commandeur de Montpellier, comme plus ancien, celle du 8 novembre 1717 par Jacques de Georges-Taraut ; celle du i-' mai 17 18 par Sextius de Seguiran- Auribeau, baron du Bastit, commandeur de Condat, celle du 7 novembre 17 18 par Marc-Antoine de Puget-Barbentane, commandeur de Beaulieu, comme plus ancien.

Au Chapitre de 1718, le 3 mai, Pierre Gleize, nommé curé de Mirabel dont il était originaire par le chevalier Anne de Molettes-Morangiès, commandeur de Poët-Laval, fit profession entre les mains d'Antoine Augarde, prêtre conventuel, dont nous reparlerons plus loin (i).

Richard de Sade-Mazan mourut le 7 mars 171 9, il fut remplacé, le 20 novembre suivant, par Joseph de Félix la Reynarde qui était fils de Philippe, citoyen de Marseille et de Jeanne d'Arène. Il avait

I. Archives des D.-dU-R. -^ Ordre de Malte. •* Ckap, ii Ass. (1701- 1724), Vol. xrvLi

été reçu le 15 novembre 1641 et fut pendant longtemps capitaine d'une galère du roi. Le 16 octobre 1716 il avait été pourvu de la grande commanderie. Sextius de Seguiran-Auribeau, receveur du Grand- Prieuré, nommé son lieutenant, prit possession, pour lui, le 5 mai 1720, de l'Hôtel Saint-Jean. Le 9 mai précédent une cérémonie avait eu lieu dains la chapelle : Jacques Julien, prêtre de Sisteron, nommé curé des Omergues par Pierre Doria (i), commandeur d'Avignon, fit profession à la messe dite par Antoine Augarde.

Il s'était tenu au Grand-Prieuré la réunion du 7 mai 1719 présidée par le lieutenant Sextius de Seguiran ; celle du 6 novembre 1719 par Marc- Antoine de Puget-Barbentane ; celle du 5 mai 1720 par Pierre de Félix la Reynarde, commandeur de Burgaud ; celle du 4 novembre 1720 par Charles d'Aiguières-Frignan, commandeur de la Selve.

Le Grand-Prieur Joseph de Félix la Reynarde mourut le 17 avril 1721. Il eut, pour successeur, Félix de Grimaldy, nommé deux jours plus tard. Il était fils d'André, citoyen de Nice, et de Bénédicte de Malbec. Il avait été reçu le 13 mars 1658. 11 servit longtemps dans les armées du roi de France. Il était commandeur de Montpellier lorsque la grande commanderie lui fut confiée le 8 juin 1720. Il prit possession du Grand-Prieuré par procureur le 19 juin 1721 et nomma pour son lieutenant Pierre de Félix la Reynarde (2).

1. Pierre Doria était fils d'André et de Louise de Sade. Ké vers 164^, reçu le 3 décembre i66x^ il mourut à Tarascon le 18 octobre 1719, à 70 ans. Son frère François- Joseph» né et mort également à Tarascon (x8 mars 164^-9 joillet '73^) ^°^ ^^^^^ chevalier de Malte. Labandb ! Les Doria d* France, pp. 163-4*

9, Raybaud : O/. ciU, 11, pp. 351-354.

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En 1721, année de peste, il n'y eut pas de réunions au Grand-Prieuré, et en 1722 les assemblées se tinrent les 7 mai, 29 octobre et 9 novembre et furent présidées par Charles d'Aiguières-Frignan, commandeur de la Selve. A l'ouverture du chapitre de cette année, Jean Raybaud fut nommé secrétaire en remplacement de son père Antoine qui venait de mourir. En 1723 les réunions eurent lieu les 2 mai et 8 novembre et furent dirigées par le lieutenant du Grand-Prieur, Pierre de Félix, commandeur de Raissac et de Beaulieu, ainsi que celle du 7 mai 1724. Le 25 septembre 1724 fut jour de cérémonie au Grand-Prieuré. Le chevalier novice François-Louis de Varadier, fils de Laurent, marquis de Saint-Andiol et de Marguerite de Castellane- Adhémar de Grignan, fit profession devant Charles d'Aiguières-Frignan, commandeur de la Selve, à la messe dite à 8 heures du matin par Jacques Grossy, prêtre conventuel. Le chevalier de Romieu, les prêtres de TOrdre, Antoine et Jean Augarde, Irères, Louis Jouvène et Etienne Dauthier ainsi que le secrétaire Jean Raybaud furent présents à cette fête. Il avait été baptisé à la paroisse Sainte-Anne d'Arles le 20 octobre 1668 et fut reçu chevalier de Malte le 19 mai 1674. Il avait servi pour le compte du roi de France et avait été capitaine dans le régiment de Grignan-cavalerie. Il s'était retiré dans sa ville natale depuis 1704. Il fut pourvu de la commanderie de Millau et du bailliage de Manosque le 8 juillet 1737, à titre d'ancienneté. Mais ce dernier bénéfice lui fut disputé par le chevalier Louis de Raymond-Modène sous prétexte que François-Louis de Varadier était incapax parce qu'il n'avait pas fait borner les terres de sa commandèrie. Il n'obtint pas gain de cause et le bailliage de Manosque

resta définitivement, le 14 août, au commandeur de Millau (i).

Les assemblées des 6 novembre 1724 et 6 mai 1725 furent présidées par Pierre de Félix la Reynarde; celle du 5 novembre 1725 par Charles d'Aiguières-Frignan ; celle du 5 mai 1726 par Pierre de Félix la Reynarde ; celle du 4 novembre 1726 par Charles d'Aiguières-Frignan, comme plus ancien ; ceUe du 4 mai 1727 par Pierre de Félix la Reynarde ; celle du 10 novembre 1727 par Charles d'Aiguières- Frignan (2).

Au commencement de Tannée suivante on enterra dans la chapelle de THÔtel Saint-Jean un prêtre de rOrdre, Louis Jouvène, décédé le 5 février 1728, sur la paroisse Saint-Martin, aujourd'hui désaffectée. Il était fils de Marc-Jouvène, marchand, et de Marguerite Arène. Il naquit le 9 mars 1668 et fut baptisé le même jour. Un de ses frères Raymond, né le 6 avril 1664, fut également chapelain de Tordre. La place et la rue Jouvène à Arles rappellent le souvenir de cette ancienne famille de marchands qui habitait ce coin de la ville (3).

Pierre de Félix la Reynarde ne présida plus, en qualité de lieutenant, que le chapitre ouvert le 2

X. Ratbaud : O/. cit, ii, p. 358. — Arch. des B.-du-Rbône. — Ordre de Malte. — Ckap, et assemblées (1701-1784). Vol. xvn. — Arch. Mirmcfp. d'Arlvs. — II. Miseellanea, t. 11 : Etat de tons les officiers natifs et habitants d'Arles qui sesont retirés. — Barom du Rousb : Op. cit,, p. 896.

3. L'alternance de ces présidences provenait sans donte de ce qne le lientenant Pierre de Félix la Reynarde n'habitait pas l'Hôtel prieural. Il Tenait an chapitre qui se tenait pendant la belle saison^ tandis que la rcnnion d'automne, moins nombreuse, était dirigée par le commandeur le plus ancien, lequel était pour lori Charles d'Aiguières qui demeurait dans sa rilie natale.

3. Biblioth. municip. d'Arlei. — Abbé Bonnemant: c Parroisses, églises et ckmppelUs séculières de la ville et du diocèse d'Arles », pp. i^x et sq. Ms. 151. — Arch. desB.-du-Rh. Ordre de Malte : Dossiers n* «5^9 et ^jo.

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mai 1728; le ^3 juillet suivant il était révoqué et remplacé par Pierre-Joseph de Forbin d'Oppède qui était commandeur de Caignac et receveur du prieuré. Le nouveau lieutenant dirigea rassemblée du 8 novembre 1728. Il était fils d'Henri, premier président au parlement de Provence et de Marie- Thérèse de Pontevès. Il avait été reçu chevalier le 18 juin 1668. Il mourut, commandeur de Caignac, vers 173a (i).

A cette même assemblée d'automne 1738, Antoine Augarde, prêtre conventuel devenu commandeur de Narbonne admit à la profession religieuse, le 8 novembre, dans la chapelle prieurale d'Arles, en présence du lieutenant d'Oppède, Alexandre Moutet, prêtre collégial de Saint-Gilles et Joseph Seaume, prêtre -sacristain de Montfrin (a).

Dans les premiers mois de 1729 THôtel Saint- Jean fut le théâtre d'un incident qu'il faut relater parce qu'il donne une idée des mœurs de l'époque.

Voici d'abord le règlement en usage, dans la ville d'Arles, à la mort d'un religieux de l'ordre de Malte, dressé d'un commun accord avec l'autorité ecclésiastique et les chevaliers, et généralement observé ; l

« Lorsqu'un commandeur ou chevalier de Tordre de Saint-Jean de Jérusalem vient à mourir, le curé de la paroisse est appelé pour faire l'enterrement, et à Theure assignée dans le jour il part de son église, accompagné de son clergé avec les solennités ordinaires, et s'en va à la maison où est

^^i. Ratbaud : op. cit., n, p 155. - Baion du Roueb : Op. cit., pp. 374-

le défunt, où ayant fait la prière réglée, il s'en va en droiture suivi du convoi jusqu'à la porte de Saint-Jean, où étant arrivé il s'arrête avec son clergé, et le corps étant placé au milieu de la rue, on fait Tabsoute, laquelle finie on partage les cierges ou flambeaux, et M. le curé en prend la moitié, - après quoi il se retire et les Messieurs qui desservent la dite église de Saint-Jean y entrent, et achèvent la cérémonie. »

Ce cérémonial ne fut point observé au décès du prêtre Jacques Grossy, arrivé le 19 mars 1729, dans l'Hôtel prieural qu'il occupait en qualité d' « archivaire », sans doute parce que l'Ordre de Malte se prétendait exempt de l'Ordinaire.

L'enterrement se fit le lendemain, en présence du bailli Jean-Charles de Romieu, commandeur de Saint-Félix en Rouergue, de Charles d'Aiguières- Frignan, commandeur de la Selve, de François- Louis de Varadier-Saint-Andiol, commandeur de Millau, du chevalier Jacques de Viguier, des prêtres Marc-Antoine Blanc (i), commandeur de Joucas et Jean AUgarde. Au moment où le convoi funèbre sortait de THôtel pour entrer dans la chapelle qui est attenante survint messire Jean, « prestre secondaire de l'église paroissiale Saint- Julien, se disant promoteur du diocèse. » Il protesta de la part de l'archevêque parce qu'on était sorti processionnellement dans la rue et qu'on avait ainsi empiété sur sa juridiction. Cette intervention produisit un certain émoi parmi les assistants, comme on le pense bien ; elle n'eut pas de suite sinon réchange de papiers timbrés. La conduite suivie

I. Marc-Antoine était fils de Jean- Baptiste Blanc et de Anne de Boissely. H était né à Marseille en i66^. Dossier giniaîogtqut n^ ^a$.

par les chevaliers de Malte leur avait été tracée, dans cette circonstance, par le lieutenant Pierre- Joseph de Forbin d'Oppède. Il eût voulu que Jacques Grossy, dans sa maladie, eût été administré par un prêtre de Malte et non par le curé de la paroisse. En cas de mort, il avait ordonné de n'appeler aux obsèques aucun ecclésiastique de la ville, se basant sur une transaction de 1225 entre Tarchevêque et les religieux hospitaliers, transaction qui leur permettait d'ensevelir dans leur église les laïques qui y élisaient sépulture et d'aller chercher les corps, la croix levée, sans autre empêchement(i).

Le 13 avril suivant Boniface de Castellane- Esparron (2), commandeur d'Avignon et Marc- Antoine Blanc, prêtre conventuel, commandeur d'Espinas, visitèrent THÔtel prieural. Depuis la mort de Jacques Grossy c'étaient les chevaliers d'Aiguières et de Romieu qui avaient provisoirement la garde des archives (3).

Le Chapitre se tint le !•' mai et fut présidé par Jean-Charles de Romieu, commandeur de Saint- Félix. Le lendemain Jean-François Raybaud, prêtre conventuel, fut chargé des fonctions d' « archivaire ». Il était fils d'Antoine Raybaud et de Marguerite Quenin. Il était né le 9 octobre 1683 sur la paroisse Notre-Dame la Principale ou Sainte-Anne. Son père était le cinquième de la famille qui eût exercé le notariat dans la ville d'Arles (4).

X. Bibl. munie. d'Arles. — Abbé Bomnemamt : c Parroisses, églises et ehappelUs séculières de la ville et du diocèse d'Arles ». Ms 151, pp. i^t et sq.

3. Boniface était fils de Roland et de Marie de Raymond d'Eoulx. U était né le xo août 1680. Dossier généalogique, n« 8x.

3. Arch. des B.-du-R. — Ordre de Malte. -^ Visites. Vol. xlii.

4. Arch. des B.-da-R. — Ordre de Malte. — Ckap, et Ass, {^^^yl^^o), Vol. zviix. — Dossier, n» 586.

Le même jour, a mai» le chevalier Claude de Lattier la Touche fit profession devant le commandeur de Saint-Félix, Jean-Charles de Romieu, à la messe dite par le prêtre Antoine Augarde, commandeur de Saint-Vincent la Beissière ou Narbonne. Le nouveau profès était né le 23 novembre 1664. Il était fils de Pierre de Lattier et d'Isabeau de Blain (i). Les chevaliers Michel d'Albert de Sainte-Croix (2), commandeur de la Vernède, Charles-Jean-Baptiste de Raousset (3) et Jacques de Viguier étaient présents. Peu de jours après, le 22 mai 1729, ce dernier mourait sur la paroisse N.^D. la Principale à Tâge de 47 ans. Il était né à Arles et fut baptisé à la même paroisse le 22 mars 1682. Il était fils de Pierre- Joseph et de Jeanne de Quiqueran de Beaujeu (4).

Jean Raybaud, avocat et notaire, avait été nommé le 30 avril 1729 par le Grand-Prieur, Félix de Grimaldy, secrétaire du Grand-Prieuré ; cette nomination d'un laïque fut loin d'être agréable ; aussi les chevaliers portèrent leurs réclamations à Malte, et dirent leurs préférences pour un Religieux de l'Ordre. A l'assemblée du 7 novembre 1729, le lieute*

1. Arch. des B.-dn-R. — Ordre de Malte. — Chap, tt Ass, (1735-1750). Vol. zvni — Dossier n* 944 .

2, Michel était fils de Balthazar d'Albert de Sainte-Croix et d'Aimare de Ferrier de Sanson. H naquit k Aiz le 36 septembre 1658 et fat reçu dans rOrdre arec son frère Joseph, en 1677. Il posséda aussi la commanderie de Raissac. £n 1738 il fat lieatenantdu Grand- Prieur, Vincent* Sauveur de Gaillard. Id. lèid. Dossier n* s.

^. Charles-Jean-Baptiste était fils de Charles- Antoine de Raousset et de Marguerite de Forbin-Mayuier. Il naqait le iS avril 1696 et fut baptisé le 7 mai suivant dans l'église du courent de Saint- Honorât. Il fut admis chevalier le 37 mars 1698. Il était commandeur de Raissac en 1753. Baaow du Rourb : O/. cit,, p. 773.

4. Bibl. munie. d'Arles. — Abbé BowxBifAHT: Nobiliaire de la ville f Arles : Ms. 500.-^ Arch. des B.-du-R. — Ordre de Malte. -* Dossier n* 486.

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nant d'Oppède qui présidait, fit connaître la décision du Grand-Prieur, il maintenait Jean Raybaud dans sa charge, attendu les services rendus par sa famille dont les membres ont occupé cette place, sans interruption, pendant plus d'un siècle. Jean Raybaud était le frère du nouvel « archivaire >, Jean-François Raybaud. Le Chapitre du 7 mai 1730 fut présidé par Jean-Charles de Romieu.

A l'assemblée du 6 novembre 1730, Antoine Augarde admit à la profession François Bellon, prêtre collégial de Saint-Gilles, qui, depuis un an, faisait son noviciat dans cette ville. Pendant cette même réunion, Jacques de Villages-la-Chassagne, commandeur de Cavales et François-Louis de Varadier- Saint-Andiol, commandeur de Millau, commissaires nommés pour la vérification des titres qui se trouvaient dans les vieilles archives du Grand- Prieuré, lurent le rapport suivant :

« Monsieur (André de Grille, commandeur de Golfech, président) et Messieurs,

Le vénérable Chapitre du mois de may dernier nous ayant comis pour faire conjointement avec le sieur Raybaud, secrétaire de TOrdre, la vérification des titres qui sont aux vieilles archive^ et en faire ensuite des inventaires nous raportons que le s' Raybaud a en nostre presance leu touts lesdits titres et il en a ensuite faict la séparation, ils consistent en premier lieu aux titres venus de la terre sainte et en plusieurs papiers qui regardent le corps de la religion tels que sont les comptes des receveurs généraux de rOrdre et autres ;

En second lieu en plusieurs titres d[ui concernent les langues étrangères ;

En troisième lieu en des papiers de plusieurs commanderies dont les titres sont dans les' archives de Toulouse et principalement de Sainte-Eulalie, Pésenas, Saint-Félix et autres ;

En dernier lieu en plusieurs bulles des Papes, privilèges des Rois et titres des commanderies de ce prieuré dont les papiers sont dans les archives de la maison de Saint-Jean •

Et il ne reste plus présantement qu'à faire les inventaires de touts ces titres tant de ceux qui doivent estre envoyés à Malte et à Toulouse que de ceux qui doivent être remis aux archives de ce prieuré (i) ».

Le lendemain, 7 novembre, Marc-Antoine Blanc, commandeur d'Espinas, admit aux vœux trois novices. Le premier, François Eyssautier, prêtre collégial de Saint-Gilles, avait fait sa probation d'un an dans l'église Saint-Jean de Malte d'Aix. Il fut assisté du commandeur-prêtre Antoine Augarde et de Antoine Laugier, « prêtre habitué du collège (2) ; le second, Pierre Tauriac, curé de Saint- Félix de Sorgues, chef de commanderie, avait fait son noviciat dans son église, ainsi que le troisième Jean-François Maurel, curé de Sainte-Mari e-Magdeleine de Prugnes, membre dépendant de la commanderie de Saint-Félix.

Au commencement de Tannée suivante, le 10 janvier 1731, mourut à Arles Jean-Augustin de Grille et fut, sans doute, enterré dans la chapelle prieurale. Il était fils de Jacques de Grille et de Marguerite de Badet. Il fut baptisé à la paroisse

X. Arch. des B.-do-R. — Ordre de Malte. — Chap. et Ass, (1735-1750). Vol. xviii.

3. Antoine Laugier, fils de Brice Laugier, tourneur, mourut à Trinquetiille, le samedi 33 août 1761» dans la maison Bonrdelon où il occupait nne chambre depuis dix ans. Les Trinitaires d'Arles auxquels il laissa ses ornements sacerdotaux fournirent une chasuble et une aube pour son suaire, et an lien de l'enterrer dans la nef de leur église dans la sépulture de sa famille, ils l'enseyelirent dans leur propre tombeau nouvellement constroit. Ils s'obligèrent de plus à chanter un service pour le repos de son âme le 33 de chaque mois. Aech. dbs B.-du-R. — Fonds des Trinitaires. — Ms. du Père Poichibe iZa chronologie de tous les ministres de la maison des Trinitaires tC Arles,

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Saint-Martin le 28 août 1643. Reçu chevalier le 30 mars 1660, il fut dans la suite commandeur d'Homps de 1713 à 1717 ; de la Tronquière en 1720 ; d'Aix en 1721 ; grand-commandeur le 5 mai de la même année et bailli de Manosque le 10 juin suivant (1).

La réunion du 5 novembre 1731 fut présidée par le lieutenant d'Oppède ainsi que le Chapitre du 4 mai 1732, remarquable par la profession d'un chevalier, et, contrairement aux habitudes, cette cérémonie n'eut pas lieu au Grand-Prieuré mais dans la chapelle des religieuses de N.-D. de Miséricorde, située sur l'emplacement du Théâtre antique. Le récipiendaire se nommait Trophime-Elzéar de Romieu. Il était fils de Paul-Antoine, lieutenant au siège d'Arles, et de Renée de Guillen de Monj ustin, et était né à Arles, le 19 mai 1669, sur la paroisse Sainte-Anne où il fut baptisé le lendemain. Il fut reçu à rémission des vœux par son frère Jean- Charles, commandeur de Saint-Félix, plus jeune que lui de quelques années, étant né le 27 juillet 1672. La messe, dite par Antoine Augarde, commença à huit heures, pendant laquelle Jacques de Villages-la-Chassagne, commandeur de Cavales, lui mit les éperons d'or aux pieds. De nombreuses personnes assistèrent à cette fête parmi lesquels les baillis d'Oppède et de Grille, les chevaliers d'Aiguières-Frignan, commandeur de Bordères, d'Albert Sainte -Croix, de Saint- Andiol, de la Touche, de Beauregard, de Vento des Pennes.

Le procès -verbal fut rédigé par le secrétaire Jaubert. Trois ans après le nouveau profès

I. Ratbaud : Op. cti,, n, pp. 154-156. — Baioii du Rourb : Op, cit., p. 385.

était pourvu de la commanderie d*Homps (i).

Le 13 juiUetsuivant, le Grand-Prieuré était attristé par la mort, à 78 ans, sur la paroisse N.-D. la Principale, de Joseph de Cays, commandeur de Condat. Son père Joseph de Cays était académicien de la ville d'Arles et il avait reçu en 1660, dans son Hôtel (2), le duc d'Anjou. En 1685 le chevalier de Cays se trouvait dans les eaux de la Grèce, sur une galère de Malte, pour racheter des esclaves. Au lieu de Coron son équipage embarqua un jeune Grec de 12 à 13 ans. M. de Cays étant revenu à Arles, l'année suivante, emmena avec lui le jeune prisonnier. Il le tint sur les fonts baptismaux de Saint-Trophime, le 6 novembre 1686, avec sa mère Françoise de Castillon. Il l'appela de son nom et de celui de son pays, Joseph Coron ; en même temps il lui fit un don magnifique et lui fit apprendre un métier (3).

En 1706 et 1707 il était recteur de la Charité d'Arles, honneur qu'ont partagé avec lui quelques chevaliers de Malte. Les hospices de sa ville natale ont connu ses libéralités. Le 21 février 1728, il écrivait de Bordeaux aux Administrateurs de la Charité d'Arles qui l'avaient remercié d'un don de huit cents livres :

€ Messieurs, la reconnaissance que vous me témoignez marque mieux votre zèle pour la maison que vous gouvernez que l'importance de la charité

I. Afch. des B.-da-R. — Ordre de Malte. ^ Chapitres, collations éi professions (1668-1774). Vol. xxt. — Dossier n« 384.

a. An haut de la me de la Calade, en face de l'ancien théâtre romain. Cette maison est aujourd'hui habitée par M. le £omte de Bouchaud de Bnssy et sa famUle.

}. Le Musée j revue arlésienne, 1874, p. 96.

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que je viens de faire ; si mes souhaits sont jamais exaucés, j'aurai encore quelque occasion de déposer dans d'aussi bonnes mains que les vôtres les biens dont le Seigneur me fait part. Jusqu'à cet heureux moment ne perdez pas la mémoire, je vous en supplie que j'ai l'honneur d'être avec un sincère et très respectueux attachement, Messieurs, « Votre très humble et très obéissant serviteur, « Le chevalier de Cays, commandeur de Condat»(i).

Ses obsèques furent encore l'occasion d'un autre différend entre Tarchevêque d'Arles, les curés de la ville et le procureur général de l'Ordre de Malte sur la question de savoir si les sacrements devaient être administrés par les curés aux religieux de Saint-Jean qui demeuraient sur leur paroisse et s'ils avaient seuls le droit de faire l'enterrement en cas de décès. Le litige fut soumis au Parlement de Provence, finalement le Roi de France se réserva la connaissance de cette affaire en dernier ressort, et le 7 octobre 1737, étant à Fontainebleau, il nomma une commission de cinq membres pour l'examiner, entre autres, Machault d'ArnonvilJe, maître des requêtes (2).

Les dernières assemblées présidées par le bailli d'Oppède furent celles des 10 novembre 1732, 3 mai et 10 novembre 1733. A cette dernière une nouvelle profession fut émise mais avec cette particularité qu'elle fut la récompense de l'honneur outragé. Antoine Caries, prêtre, prieur du Blanc,

t . Ârch. hospit. d'Arles. ^ Fonds de la Charitâ. -^ Délibéfations, Vol. E. 4 .

d. Biblioth. d'Arles. -^BoMNBMANt : ComtnundAiis iitulières et riguîiè^ tes de la ville et du diocèse d'Arles, Us 1^94

de la commanderie de Saint-Félix, avait été condamné à rester dix-huit mois dans un Séminaire parce qu'on Tavait faussement accusé de faute contre les bonnes mœurs. Quand, après un procès, son innocence eût été victorieusement constatée, Antoine Augarde, prêtre, commandeur de Saint- Vincent de Narbonne, reçut ses vœux de religion, pendant la tenue de rassemblée d'automne, le lo novembre 1733.

A cette même réunion le bailli d'Oppède, commandeur de Caignac, près de Mirepoix, revint sur la question des derniers sacrements. « On ne peut, dit-il en substance, nous refuser le droit, en cette ville d'Arles, de nous faire administrer par un religieux de notre ordre. Cet usage est très ancien, il ne faut pas le laisser perdre. En attendant que le Grand-Prieur ait attaché un prêtre à la chapelle Saint-Jean, il serait bon provisoirement de déléguer un ou plusieurs religieux pour cet office ». Cette motion fut approuvée, et le procureur du Grand-Prieur, qui était son propre neveu, le commandeur Ignace-Louis-Félix de Grimaldy, offrit tout ce qui serait nécessaire mais surtout la rétribution du prêtre occupé à ce ministère. Et sur le champ Antoine Augarde, commandeur de Narbonne, Jean-François Raybaud, « archivaire » et Jean Augarde, prêtre conventuel, présentèrent leurs services qui furent agréés (i).

Le bailli d'Oppède fut révoqué le 30 décembre de sa charge de lieutenant par le Grand-Prieur et remplacé par le bailli André de Grille qui com-

î. Arch. desB.*da-R. — Ordre de Malte. — Ckap. et ass, (1735-1750), Vol. xvm.

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mença d'en faire les fonctions, à la seconde séance du chapitre du 2 mai 1734. Le 17 avril précédent devant ce dernier qui était aussi commandeur de Golfech, eut lieu la profession du chevalier Joseph- Paul de Baroncelli, né le 30 juillet 1704, de Georges- Joseph et de Louise de Boffin-la-Saône. Cette cérémonie se fit à la messe célébrée par Antoine Augarde. En 1736 le nouveau profès tut nommé intendant de la marine de son ordre. Il fut commandeur d'Argence, près d'Arles, de 175 1 à 1758. Quand il mourut, en 1779, il était bailli de Manosque depuis trois ans.

Pendant la réunion du chapitre, le 3 mai, les mêmes personnes admirent aux vœux le chevalier Laurent de Marcel-Blain du Poët. Le procès-verbal dressé par Jean Raybaud, avocat et secrétaire mentionne comme assistants à cette cérémonie les chevaliers de Saint-Andiol, d'Ampus, d'Albert de Sainte-Croix, de Tressemanes-Brunet, de Vento des Pennes et le commandeur de Villages-la-Chassagne (i).

André de Grille présida aussi l'assemblée du 8 novembre. Elle était terminée à peine depuis quelques jours quand on apprit la mort du Grand- Prieur, Félix de Grimaldy, arrivée .à Malte le 4 décembre suivant, âgé de 94 ans. L'épitaphe qui se lit sur son tombeau et que nous reproduisons en Pièces justificatives parle longuement de ses mérites (2).

î. Arch. des B.-da-R. — Ordre de Malte. — Chap. collations et pro» fessions (i()^'i'j'j^). Vol. xxv. — [Isnard]: Les commandeurs et les baillis de Manosque, — Musée Calvet, à Avigaon. — Ms. 3839 : Recueil sur Avignon: Mélanges ecclésiastiques, fol. 109.

a. Ratbauo: Op, cit., 11, p. 3^7.

Uannée ne se termina pas sans deuil. Le chevalier non profès Charles-Joseph de Romieu, fils de Paul-Antoine et de Renée de Guillen de Monjustin et frère des chevaliers Trophime-Elzéar et Jean- Charles de Romieu, dont nous avons déjà parlé, mourut le 29 décembre, à Tâge de 68 ans, et fut enterré dans l'église des Cordeliers, dans le tombeau de sa famille. C'était un archéologue, un orateur et un poète. Il était membre de l'Académie de Marseille et avait fait les plus grands efforts pour ressusciter celle d'Arles. Outre plusieurs opuscules, il a encore écrit Le Portefeuille du chevalier de Romieu, en deux cahiers. Le premier, imprimé à Arles par Gaspard Mesnier, en 1726, est un abrégé en 64 pages, de ce qu'il y a de plus remarquable dans cette ville. On y trouve plusieurs notes sur le Grand-Prieuré et les chevaliers de Malte. Voici les plus importantes :

« Les archives de cette maison (grand prieuré)sont entretenues et rangées avec un ordre qui fait honneur à Tarchivaire (Grossy, prêtre conventuel)...

L'on fait chaque année dans la maison d'Arles l'ouverture du chapitre de l'Ordre^ au premier dimanche de may. Ce chapitre dure trois jours. Il y a encore à la Toussaint une seconde assemblée, où Ton traite des affaires de l'Ordre ; on y donne des commissaires aux jeunes gentilshommes qui doivent s'y présenter en personne. Ce commissaire travaille à leurs preuves de noblesse qui sont ensuite envoyées à Malte pour y être reçues ou rejetées.

Quand M. le Grand Prieur est absent, son lieutenant préside à ces asssemblées, et si un Grand Croix de l'Ordre s'y rencontroit, ce Grand Croix y présideroit. Il y a dans le terroir d'Arles quatre Commanderies dont les administrateurs, en latin preceptores^ et suivant le terme usité Commandeurs sont : pour Saini*Thomas de Trinquetaille, M. de

Belmont : pour Sainte-Lucie, M. de la Bâtie; pourSalîers, M. de Beaumette d'Autric ; pour la Favaillane, M. d'Ampus.

11 y a aujourd'hui deux Grands Croix natifs de cette ville : M. de Grille (Jean-Augustin), commandeur d*Aix et bailli conventuel de Manosque ; le bailli de Romieu, commandeur de Saint-Félix, en Languedoc.

M. le chevalier de Grille, neveu du bailli et aussi natif de cette ville est aujourd'hui commandant des vaisseaux de la Religion.

Il y a eu autrefois jusqu'à 32 familles dans cette ville qui ont fourni des chevaliers à cet ordre : aujourd'hui plusieurs de ces anciennes ont manqué ou faute de postérité ou par mésalliance, et il en est survenu quelques nouvelles : ainsi l'un a' dételé le matin, l'autre l'après-dînée, mais tous nos premiers parents ont mené la charrue : réflexion que doit faire l'homme enflé de la noblesse de ses ayeuls, et peu soigneux d'ennoblir sa personne par la. vertu >.

Le second cahier est plutôt relatif à la littérature : il n'a jamais été imprimé. L'original fait partie des manuscrits de la bibliothèque d'Arles. C'est l'abbé Bonnemant qui l'a sauvé d'une destruction certaine, après l'avoir trouvé en 1789, dans la poussière du cabinet d'un petit-neveu du chevalier de Romieu. « Il forme un petit in-4^ de 60 pages, tout prêt pour l'impression, ainsi que l'indique l'auteur dans la préface (i).

Le chevalier de Romieu s'est dépeint lui-même d'une manière assez originale dans une lettre adressée, le 18 juillet 1730, à Chalamond de la Visclède, directeur de l'Académie de Marseille :

1. L'abbé Rance, à la fin de son trofllèmé volame sur l'Académie d'Arles, p. 311, a consacré plusieurs pages très intéressantes au chovalier de Romiea, et en appendice, à la p. lix, il donne la liste très détaiUée de ses œuvres^ elle comprend a^ numéros.

« Mon caractère est d'être grand barbouilleur de papier, incommodé et incommode, séparé de tout ce qui s'appelle ^rand et beau monde ; moineau solitaire, sous mon toit, n'écrivant que faute d'occupation, avec trop de facilité et trop peu de connaissance des règles, d'ailleurs sincère et fidèle ami » (i).

I. L'abbé IUhcb : VAeaiémit d'Arles au XVII* siècle, t. m, p. 315*

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