CHEVALIERS ARLÉSIENS
N rencontre encore aujourd'hui, mais dans quelques rares familles, appendus aux murs du vieux manoir des ancêtres des portraits où se dessine la figure de personnages, soit en habit religieux, soit en costume militaire, avec une manque distinctive : la croix octogonale et un grand cordon historié ; la physionomie, en général, est rude et expressive, noble et martiale tout à la fois. On a reconnu, à ces traits, les chevaliers de Malte. Ils sont un peu oubliés aujourd'hui par suite du recul du temps ; ils ont eu pourtant un passé glorieux, et bien des endroits, dans le territoire d'Arles, rappellent leur passage et même leur séjour dans ce pays.
A Torigine ces religieux, appelés les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, étaient chargés seulement de la desserte d'un hospice destiné vers Tan 1000 à donner asile aux pèlerins qui visitaient la
Palestine. Plus tard, -la nécessité de défendre les Saints- Lieux contre les Musulmans les fit guerriers. Ils ont rempli admirablement ce double rôle de leur institution et ont concouru pendant sept siècles à la défense de la société européenne menacée par le mahométisme. Ils reçurent une forte organisation, des statuts excellents leur furent donnés, aussi malgré la diversité de leur origine, les chevaliers de Malte, grâce à une forte discipline et aussi à leur esprit religieux, ont montré toujours beaucoup de vaillance.
On était exigeant pour leur admission dans TOrdre et ils devaient faire preuve de noblesse (i). A la guerre ils portaient la cuirasse et, en temps de paix, la robe noire des religieux. Une décoration les distinguait, la croix pattée dont les extrémités présentaient une échancrure triangulaire et donnaient la forme d'une croix à huit pointes appelée, depuis le xiv« siècle, la croix de Malte. Elle était en or, émaillée de blanc, et était suspendue à un ruban noir moiré. Les Français ajoutaient une fleur de lis d'or, à chaque angle. Les chevaliers seuls ayant fait leurs preuves de noblesse, avaient le droit de la porter. Les profès avaient en outre une croix de toile blanche à huit pointes au côté gauche de leur habit : c'était le véritable signe de l'Ordre ; la croix émaillée n'était qu'un ornement.
Après avoir parlé de THôtel Saint- Jean, qui fut le centre de leurs réunions dans la ville d'Arles, il n est peut-être pas sans intérêt de relever les noms des chevaliers originaires de la cité qui leur fut si hospitalière, et de laisser à la postérité le souvenir de quelques-unes de leurs belles actions, la pénurie .
I. Voir p. 3a pour plus de détails sur les preuves de noblesse.
des documents ne permettant pas de donner une biographie complète de chacun d'eux. Ce n*est pas qu'il n'y ait quelques ombres dans ce tableau — et l'histoire a le droit de les connaître — mais ces taches font mieux ressortir la beauté de l'ensemble. La liste de ces preux est assez longue car la ville d'Arles a cédé plus d'une centaine de ses enfants aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, pris dans plus de vingt familles. C'est un honneur dont elle est justement fière, aucun autre endroit, dans le Midi, n'ayant produit autant de chevaliers de Malte ; c'est que la noblesse, génératrice de beaux exploits, y est très ancienne, et que la religion catholique, source intarissable de dévouement et de sacrifice, y a toujours brillé d'un vif éclat, depuis saint Trophime, son premier apôtre (i).