Cornu d« Gmstt: O/, cit., p. 6, note
LE GRAND-PHIEI H LOIIS CASrVHI) DE TL LLE-VILLEFUANCHE
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jets mobiliers qui n'avaient pas été vendus en 1793. Le citoyen Couston, administrateur du district s'y rendit le 12 février 1794, et enleva, entre autres choses, une tapisserie en damas satin jaune avec ses baguettes dorées, douze fauteuils et une ottomane fourrés et garnis d'une belle étoffe, cinq tableaux représentant cinq paysages, une autre grande peinture figurai^t la Décollation de Saintfean-Baptiste et le boisage de Tautel. C'étaient les dernières épaves.
En mars 1795, ^^ témoignage de Pierre Véran, « l'Hôtel était jonché de débris et tout rempli de décombres :b et, l'année suivante, s'il faut ajouter foi à une lettre du 19 mars, du curé de Saint- Julien, Jacques Constant, alors en exil à Naples, les révolutionnaires y enfermaient même les femmes afin d'être plus à portée, disaient-ils, de les jeter dans le Rhône, si l'envie leur en prenait (i).
Mais qu'était devenu le Grand-Prieur, à son retour de l'exil ? Il s'était retiré au château de la Nerlhe que son petit-neveu, le marquis de Villefranche avait mis à sa disposition. Il dut y passer les dernières années de sa vie avant de se rendre à Châteauneuf-du-Pape où il mourut le 15 juin 1806 et dans le cimetière duquel il fut enterré (2).
En 1822, l'ancien Grand-Prieuré fut acheté par
I. Bibliothèque municip. d* Arles. Ms. 144 de l'abbé Bonnemant : Consultai ions y décisions , rèfrUs de conduite^ etc, au sujet de la Révolution ecclésiastique arrivée en France en lySç et années suivantes, p, ^yr. L'abbé Jacques Constant, né à Arles, curé de Saint-Julien au moment de la Révolution, refusa le serment k la Constitution civile du clergé, émigra en Italie et ensuite en Angleterre. A l'époque du Concordat, il fut chargé de réorganiser le service religieux dans la ville d'Arles, tout en étant curé de Saint-Trophine. En 1893 il fut nommé chanoine titulaire d'Aix. n mourut dans cette ville en mars 182^, à l'Age de 70 ans.
a. Voir aux Pièces justificatives l'acte de décès et l'épitaphe dn Grand- Prieur de ViUefranche.
Jacques Réattu, peintre d'histoire artésien, avec le produit de son travail. Il y mourut le 7 septembre 1833, à rage de 72 ans. Sa fille, Madame Grange, rhabita ensuite et y réunit une galerie de tableaux parmi lesquels les toiles de son père (i). En 1867 Monsieur et Madame Grange vendirent à la ville d'Arles le « Grand et le Petit Prieuré » (maison de Salliers) avec ce qu'ils contenaient, meubles, tableaux tapisseries, objets d'art pour 6000 francs de rente viagère annuelle payable par semestre et d'avance, sans diminution après le décès de l'un des deux époux, avec la clause néanmoins que, avec les œuvres du père, serait aussi conservée à perpétuité l'ancienne maison des Grands-Prieurs. L'acquisition ne devint définitive qu'après la mort du dernier survivant. Madame Grange, décédée en septembre 1872, à 76 ans. Tout en continuant de loger dans l'Hôtel, les anciens propriétaires devaient laisser visiter, une fois le mois, sous la surveillance d'un agent municipal, les richesses artistiques qu'il contenait. Le Musée Réattu occupe aujourd'hui la maison du commandeur de Salliers. Il paraît à l'étroit dans ces salles reculées et austères. En les parcourant on a trop l'impression d'une demeure d'ancien régime bien faite pour les religieux guerriers qui l'occupaient, et il semble toujours que le vieux commandeur de Salliers va apparaître dans son costume de religieux pour vous faire les honneurs de son hôtel, avec cette
X. En 183^ et années suivantes il fut question de loger dans le Grand- Prieuré, moyennant une rente annuelle de mille francs, un dépôt d'un Régiment d'infanterie. En 184 1 la ville ofifrit aux époux Grange d'acheter leur immeuble, pour le même objet, moyennant une pension viagère de deux mille francs. En 1843 ce projet fut abandonné. Voir les registres des Conseils de Tépoque.
Arles Cliché Marciirtiau
JACQUKS RÉATTt
Dernier possesseur du Grand -Prieuré
bonne grâce des anciens seigneurs d'autrefois !
La ville d'Arles a installé divers services accessoires dans le Grand-Prieuré : le Mont-de-Piété a ses réserves dans ce vaste local et la chapelle, digne d'un meilleur sort, sert d'entrepôt de tabacs.
11 y a aussi dans les salles du Grand-Prieuré une école municipale de dessin. Le statuaire arlésien, Guillaume Dieudonné en fut le premier directeur. Il y est mort le lundi 22 février 1897, à 70 ans. Aujourd'hui les cours sont professés par Thonorable Monsieur Férigoule (i) qui a été son successeur immédiat. Les élèves de ce maître font ainsi revivre l'animation d'autrefois dans ce vieux - palais mais sans parvenir à faire oublier les souvenirs qu'il évoque. Car elle ne fut pas sans gloire, cette antique demeure, comme on a pu s'en convaincre, en lisant ces pages. Elle a participé aux joies comme aux malheurs de la cité. Elle a abrité, dans ses murs, à travers les siècles, ces chevaliers, cadets des plus nobles familles de Provence, formés, dans les eaux de la Méditerranée, sur les vaisseaux de rOrdre, au dur métier de marin au moyen des caravanes imposées à tous, comme une sorte de noviciat naval. Beaucoup se sont agenouillés sur les dalles froides de la chapelle et quelque-uns prosternés et dans l'attitude de la prière ont fait, en face de l'autel, leur pieuse consécration au Dieu des armées .par l'émission des vœux de religion.
Au milieu de la rfef, sous le pavé, reposent, dans
I. Né à AvigDOD^ en 1863, Claude-André Férigoule saivit, à x6 «ns, les cours de TEcole des Beaux-Arts de sa ville natale. îl alla ensuite à Paris où il fut admis à TEcole nationale des Beaux-Arts avec le n* i. Il a produit quantité d'œuvres que l'on peut voir et admirer dans les musées de la région. Toutes font honneur & son talent et k son savoir.
un tombeau commun, en attendant la résurrection, quelques-uns de ces guerriers dont nous n'avons pu relever que quelques noms, ceux que l'histoire n'a pas totalement oubliés ! Les personnages importants de la France et d'ailleurs sont venus recevoir dans cet Hôtel la plus grande hospitalité. Mais surtout il a été la résidence des Grands-Prieurs, soldats ou marins renommés pour la plupart, ayant blanchi au service de la religion ou du roi. Leur nomination à la dignité de prieur était le noble couronnement d'une longue carrière. C'était pour eux une sorte de maréchalat. Ils ont fait bonne figure dans la ville d'Arles et ils y ont tenu dignement leur rang de grand seigneur. On n'a, pour s'en convaincre, qu'à voir la place qu'ils occupaient dans les cérémonies officielles et dans les fêtes organisées en leur honneur. La cité leur témoignait ainsi sa reconnaissance pour les servies rendus au bien public. Notre armée française, en effet, a trouvé parmi ces religieux une élite de bons officiers tout préparés, sans dépense d'aucune sorte pour la nation. Ne se sont-ils pas montrés bienfaisants pour les pauvres dans la mesure de leurs immenses ressources, et n'ont-ils pas protégé, hommes d'une haute culture, avec un égal intérêt les lettres, les sciences et les arts ? Leur conduite privée, sauf certaines défaillances regrettables que 'nous n'avons pas cachées, a été en général ce que demandait le grand corps auquel ils appartenaient ; en un mot ils ont fait honneur à la religion et à la cité qui les abritait, L'hôtel Saint-Jean qu'ils occupaient semble bien vide aujourd'hui sans ses anciens maîtres. La rue pourtant dans laquelle, il est situé porte toujours le nom de Grand-Prieuré, et quelques Arlésiens, d'un autre âge, en la traver-
sant et en regardant les petits contreforts de la chapelle et les portes vermoulues de la maison peuvent dire encore qui Ta habitée.
Les générations futures garderont-elles longtemps le souvenir ému et reconnaissant de ce long passé fait de vaillance et de vertus ? Pour tout dire, le Grand-Prieuré est-il destiné à une ruine prochaine ou bien intelligemment restauré verra-t-il luire encore de beaux jours ? C'est le secret de l'avenir. Mais combien seraient heureux les amis du Vieil- Arles — et ils sont nombreux — si ce palais pouvait être classé parmi les monuments historiques. Ils font des vœux pour qu'il en soit ainsi. Puissentils être entendus et exaucés I Non, il ne faut pas que, sous prétexte d'alignement et d'embellissement ou pour tout autre motif, on puisse dire au sujet de cet immeuble : etiam perierunt ruinœ l