CEUX QUI OBÉISSENT
Si maintenant après avoir étudié ceux qui commandent, nous examinons ceux qui obéissent, nous trouvons qu'ils se rangent en quatre classes.
Les Pères, ou Religieux du chœur.
Les Frères convers, ou Religieux laïques.
Les Frères Donnés ;
Les Novices, qui ne font pas encore partie de la Communauté.
Un mot sur chacune de ces quatre classes d*hommes, les seuls qui habitent les Chartreuses, car il n*y en a pas d'autres. La Règle défend d*une manière très-explicite d*accepter des pensionnaires, même ecclésiastiques, pour y résider d'une manière permanente, y établir un domicile fixe et cela, de peur que Tesprit du siècle ne vienne à s'infiltrer peu à peu dans une Maison qui a mis entre le siècle et elle d'infranchissables barrières, et qui appartient déjà au siècle futur (i).
(I) Sutnimos de eatero ut nuilus omnioo recipiatur in statuai Redditoram dericonimy vel laieoram aot Pnebendariorom, sed omnea persons Ordinis
4ii U CBAftTRIUSB SPIRITUELLE (SUITC),
Les PàRES. Celte première classe de Religieux se conpose de ceux qui ont reçu une éducation plus soignée, une plus grande culture littéraire, et qui ont été oonsaerés par le sacerdoce, bien que toutefois il y ait souvent parmi les Frères des hommes distingués auxquels rhumilité a fait préférer le dernier rang dans la Maison du Seigneur. Ils sont appelés Religieux du chœur parce que leur miision spéciale, leur fonction obligatoire est de chanterrOflice divin, selon le mot reçu dans llnstitut de saml Bruno : L*Office avant tout (i). Les Pères ont rang dans la Maison, non pas suivant la naissance, suivant la fortune et la dot qu'ils ont apportée, non pas suivant la position qu'ils ont occupée dans le monde, non pas suivant la science, suivant les services qu'ils ont rendus e( qu'ils peuvent rendre encore ; ce sont là des considérations secondaires qui ne pèsent aucunement dans la balance chez des Religieux voués à l'humilité ; ils ont rang selon leur ancienneté dans la Maison à partir du jour de la véture.
Les Pères, dans le but de cultiver l'esprit de communauté et de payer tribut à la vie cénobitique, ont plusieurs exercices en commun. Tous les jours, ainsi que nous l'avons vu, ils se réunissent à certaines heures pour rOffice, et cela plus ou moins souvent, selon le degré de la solennité. Les jours de dimanche et de fêtes ils mangent ensemble au réfectoire, en silence toutefois, ainsi que le jour où un des leurs, ayant rendu son àme à Dieu, a été délivré des maux de la vie présente et appelé à uae vie meilleure, et cela pour se consoler. Les jours de fêtes, après None, ils prennent aussi une récréation en commua, pendant laquelle ils peuvent converser et par là opérer une heureuse diversion à leur solitude presque constante, cultiver les liens de la sociabilité, par où l'on voit que le
sintMonachi, Gonversi, Donati aat MonitXts. Nova colleetio Statut, OrdinU Cartuêienêis, UI p. De Doiiatis, c. XXII, d. i, Gorreric, 1687. (I) Nihil enimoperi Dei prcponere licet. ibid., I p., c. XÏV, n. 1.
VIB CÉNOBITlQtE 00 CONVENTUELLE. 415
silence prescrh au Chartreux comme une vertu essen» iielie est moins rigoureux, à raison de la vie cénobitique, qu*il ne Test pour le Trappiste.
Cette récréation, que la Règle permet, consiste unique*ment dans Texercice et dans la conversation ; toute espèce de jeu étant interdit par les Statuts ainsi que la musique, soit vocale, soit instrumentale. La conversation des Chartreux doit être toute céleste, ne respirer que ce qui est juste, saint, honnête, ne porter que sur Dieu et les choses divines, sur Tobservation de la Règle, sur les moyens à employer pour extirper les vices, surmonter les tentations, pratiquer la vertu ; elle doit surtout être assaisonnée de charité. Les Chartreux ne doivent jamais parler politique, ce qui serait de nature à leur concilier la bienveillance de tous les partis puisqu*ils ne sont d*aucun. La Règle est explicite, inexorable sur ce point. Elle dit : « Que les Prieurs interdisent avec force à leurs » Moines et à tous leurs antres subordonnés, de parier * dans les colloques ou ailleurs des maîtres de la terre; » des autres princes, de leur gouvernement ; qu*ils leonr » interdisent à ce sujet toute parole désordonnée, contenu 9 tieuse et de nature à fomenter des partis. Que ceux » qui auraient la présomption de ne pas se conformer à y cette prescription soient exclus des colloques et ensuite » punis selon la gravité de leur faute (i). * Comment d'ailleurs pourraient-ils s'occuper de politique des hommes qui vivent dans un Désert, étrangers aux intrigues et aux agitations des factions ? des hommes qui ne Usent pas les journaux et qui ne pensent à la patrie que pouf attirer sur eHe par leurs ferventes prières les bénédic^ tions d*en Haut? des hommes qui se font un devoir de
(1) Prières mottftchis snis aliisque subjeetis firmiter interdicant oe de Itoniftis terfii atiistiiie prineipibiM faotisqat ipsonim ia eollof^niis veJ aKM terbt inordinala habeant conleodendo at partes faeiendo. Qui contra faeere prcsmnpaerint i coUoqoiis eicladantor et pro modo eolps aliès pvmanior. 5tof ,np., c. XV.
donner à leurs concitoyens Texemple de la soumission aux lois, de la paix, de la concorde, de toutes les vertus sociales et religieuses ? G^est avec vérité que Gresset a dit des Chartreux :
Qa^on fasse la paix ou la guerre Que tout soit changé sur la terre.
Nos citoyens Tignoreront.
Exempts de soucis inutiles, Dans cet univers ils vivront Comme des passagers tranquilles Qui dans la chambre d'un > aisseau.
Oubliant la terre et l'orage Et le reste de l'équipage»
Tâchent d'adoucir le voyage Sans savoir comment va la flotte Qui vogue avec eux sur les eaux ; Ils laissent la crainte au pilote Et la manœuvre aux matelots (1).
Les Chartreux vont aussi, une fois toutes les semaines, en dehors de la clôture, dans des lieux solitaires, à une promenade appelée spatiament ou spaciemenl (de «poîiarij dévorer de Tespace), pour faire de Fexercice, changer d*air. Cet adoucissement, accordé par la Régie, sert, comme les récréations, à la dilatation des cœurs, aux doux épanchements de la charité, à la culture de fanion fraternelle, au règne dune religieuse cordialité. Hais dans cette promenade, le Chartreux doit toujours se rappeler qu'il est Chartreux, Fhomme de la pénitence* Quelques Maisons ayant obtenu de prélats très-haut placés dans FEglise Fautorisalion de pousser leur tpaUament au-delà des limites assignées, d'y boire, d'y manger, de se disperser cà et là, le chapitre général tenu en Fan 4519 condamna les Religieux coupables de celle infraction à la Règle à manger au réfectoire, à genoux, couchés à terre, autant de fois qulls avaient commis
(I) Gresset, Les Ombrée.
Vl£ CÉIIOBITIQUB OU CONVBNTUBtLE. 415
la faute et à n*avoir en ces jours que du pain et de Teau. Les Prieurs furent même cassés, tant les Chartreux ont toujours eu de zèle à s*opposer aux abus (i).
Les vers suivants nous donnent une idée de ce qu*est la conversation d*un Chartreux soit pendant les récréations, soit pendant les promenades. Nous les citons dans Toriginal, une traduction ne pouvant en rendre le charme.
Sed non semper soli mœrent Monachi, nec semper haerent Inter oratoria.
Sed ob causas convenire mis licet et exire Ad pia colloqaia.
Qaando autem congregantar Non de frivolis nugantur Nec enarrant somnia.
Sed de samma Majestate Kt de Christi hamanitate Prima est materia.
Mox de calpis exUrpandis De silentiis servandis De Dei justitia.
De srumnis inferornm De triumphis supernorum Molta tractant séria.
Post haec de tentatione Et de exercitatione Gravis scrmo oritur.
Mnltam et Dei narrandis Et donis enumerandis Temporis impenditar.
Qaam de gratiis agendis Et de laudibus canendis Hilares definiunt, etc. (2).
(1) Piura similia in Idea xeli Cartusiaoi legentor ex quibus prudens lector jadicabit an zelos primsTi institoti in Ordine servandi onqaam refrigaeriL Annaieê Ordinig Cartu$., 1. 1, c. VI, n. 15 et 16.
(2) Vïiœ êoUiariœ lau$, par Comelios Musius Delphas^ poète da XVI* siècle. Ap. Tromby, t. II, Appendices, p. IX.
416 LA CHARTREOSE SPIRITUELLE (SIJITE).
Les Frères. Us s'occupent des travaux manuels de la Maison, car tout ce qui sert à entretenir une Chartreuse ou à peu près doit, autant que faire se peut, s'y préparer et s*y confectionner ; aussi chacun d'eux a-t-il un emploi déterminé, une Obédience particulière, pour employer le style consacré, tout dans les Chartreuses, oà règne un ordre parfait, étant déterminé par des règlements précis sans que rien soit laissé à la fantaisie d'une volonté particulière.
Il y a le cuisinier, eoguinarius^ qui doit préparer les aliments de telle sorte que ni les Pères ni les Convers n'aient sujet de se plaindre. Il y a le boulanger, ptslor^ dispensé d'aller à Matines le jour où il cuit. Il y a le cordonnier, sutoTy qui doit préparer les euirs, graisser et ramollir les souliers des Religieux et jamais ceux des Convers, qui doivent le faire eux-mêmes. Il y a le serrurier ou forgeron, faber^ qui doit faire dans la Maison tous les ouvrages de son état. Il y a le jardinier, Aortu* lanus^ qui doit avoir soin du jardin et des mouches à miel, ces volatiles symboliques au point de vue de l'ascétisme surtout. Il y a le charpentier, carpentariuM, qui doit faire les réparations nécessaires k la Maison. Il y a l'agriculteur, agricullor^ qui doit s'occuper des travaux rustiques, de la nourriture des bestiaux et agir de telle sorte qu'il fasse au moins ses frais et ne s'aventure point en dépenses dans lesquelles il ne rentrerait pas. Quiconque se propose d'entrer en Chartreuse, à titre de Frère, doit par là même , autant que faire se peut, avoir appris et connaître un métier afin de se rendre utile. Ceux qui n'en connaissent aucun et ne peuvent par suite avoir d'emploi spécial sont appliqués tantôt à une chose, tantôt à une autre, et vont tous les matins demander an P. Procureur quelles seront leurs occupations de la joiiMée. Ces Frères constituent ce que l'on appelle la famlDei feuttuluSf famutatits. Ils sont là pour le service des Pères, in servitium patrum^ se livrant comme MarAe à la vie
VIE CÉNOBITIQUE OU CONVENTUELLE. 4i7
active afin que les Pères puissent, comme Marie, se livrer entièrement à la vie contemplative. Gardons-nous de croire, toutefois, que leur vie soit exclusivement active. Ils sont Religieux puisqu'ils font vœu : aussi la Règle leur a-t-elle ménagé de nombreux moments pour qu'ils puissent se livrer à la vie contemplative. Gomme les Religieux-prêtres ils se lèvent tous les jours pour FOffice de Matines, comme eux ils s'acquittent de rOfflce du jour et de rOffice de la sainte Vierge en récitant un certain nombre d*Oraisons dominicales, de Salutations Angéliques, de Gloria Patrie et cela à Téglise, quand ils ne sont pas retenus par les devoirs de leur charge. Tous les jours ils assistent à la Messe, nonobstant leurs nombreuses occupa* lions; tous les jours encore ils doivent faire oraison mentale. Malgré leurs travaux, qui entrainent une grande dépense de forces physiques, ils doivent faire abstinence les veilles de Noël, de Pâques, de la Pentecôte, du Saint- Sacrement, de toutes les fêtes de la sainte Vierge, de saint Jean-Baptiste, des apôtres saint Pierre et saint Paul, de saint Bruno, de la Toussaint, se contentant de pain, d'eau et de sel. Pendant TAvent et le Garéme, ils doivent s'abstenir d'œufs et de laitage. Mais, d'un autre côté, la Règle, en apparence si sévère, a soin de leur santé. Elle leur recommande « de secouer doucement leur sommeil » sans se lever avec trop de précipitation, car cela nuit » à la nature ; » elle veut que pendant les insomnies « ils ne se bandent pas Tesprit par des applications, mais » qu'au contraire ils tâchent de quitter leurs pensées et de » se rendormir dans la vue véritable qu'ils sont dans le » sein de Dieu, comme un enfant dans celui de sa mère ; > eUe veut qu'après avoir achevé leurs Offices, ils ne diffèrent pas de se cohcher afin de ne rien perdre de leur sommeil qu'il faut ménager comme une chose où il y va de l'intérêt de Dieu, car ce n'est point pour eux qu'ils doivent dormir, mais pour lui, « puisque c'est un moyen » nécessaire pour les disposer k recommencer les exer-
4ld LA CHARTRSUSB SPiRITUfiLLB (SVITB).
» cices de son service et pour les bien faire ; > elle yeul qu'ils ne lisent point pendant le repas, « car cela serait » une application nuisible à la nature. » Elle veut qu*iis mangent de bonne foi tout ce qu*on leur sert et autant qu*ils sentiront en avoir besoin, car si un solitaire qui a ses travaux et ses applications de nuit et de jour, ses mortifications et ses privations réglées par Tobéissance voulait pratiquer des abstinences arbitraires, « il ne ferait » souvent rien qui vaille et se gâterait la santé. » Elle veut enfin qu'ils ne croient point que pour être mortifié il ne faille pas ressentir le plaisir du goût, ce qui est impossible, mais^seulement qu'ils s'étudient à manger par nécessité sans se livrer à des excès qui surpassent le besoin (1). Telle est la sagesse de la Règle, telle est la mesure du législateur qui tenant compte des besoins de la nature, sait k mortifier sans l'accabler, la réduire sans la détruire.
Ajoutez à tout cela que la Règle s'occupe d'une manière spéciale de la vie intérieure des Frères, bien qu'ils se livrent par état aux gros travaux. On leur fait des ins* tructions spéciales. Les jours de dimancbe et de Fêtes ite doivent rester dans leurs cellules afin d'y garder la re^ traite et le silence, attendu qu'ils sont Membres d'un Ordre qui fait profession d'une vie solitaire et retirée. Us n'oni point en ces jours, oomme les Religieux, de récréation en commun, parce que loin d'avoir, oomme eux, besoin
(1) Somiiam deiiidv éxeottêns, iifsn tâmen lAdderttd ne sMitaU noeétC niHiit t^doài e leetulo prnd^ttUo, «unitir, ié «t absqm nifiwi «blMli» aaC fliiimi eoB(cnUone> ïme aot fimilia aninio yoIycs. -^ Si evigitere nociu tibi coBtingit au( difficile somnam capere posae, noii ad quidqaam anîmoin attenxios adjicete, cara quatatum in te est aomùfiiii întnnniptanr fUiÉulWé, 9'*b too tèrittli* MMo et fiio îniaiM te ioipa» Dei «sa jamtt mm iln» \m aiiui Éfatrfa smb. — Gobi «oliu ia cellt rëfectionem sumea > comedendo ne leyaSf corporis enim valetudini nocere posaet applicatio aniini. — Qàé ùhi apponontur si gû^taî sapfint, cdinédto nJMlcmklos «{tfaMiiM pMtiU'éà^ tiM niMètiiHÉi^cft bniédic el |Ih Mfdt nnlrt eiko H Mu'i nfksh ëpmÊÊfi DireeU>rn0i noviUommf e. I, IV et XI.
de se feHfehef âe Ift viie ^édëhuiif è et ÉiaifHbièlif^e, fli bhu au ôotytHiire, besoin Aé < se rééoHigêi', i» «pKë ÉtitiÀt Varttué toate te semaine MX eho^es exVét-ietireB i|tn diMiliètit Tesprtt. ils ne font point nen plus là prbtbenëdé liéMôfliadaire appelée ftpacitfment, êftteAdQ ^ùë ce se^é^i^s, ^ixi est nécessaire aint Religieux poiir léM* rétidi^e là soHf ùdë plus fabile^ ri*egt pas nééesMiire afttt Fi'èreâ, ^di sont presque toujotrrd occupés M <dôtldrs et rafemèWt èéRtaires (4). Il est facile de s«f conVàtnète par là qftie les Chartreux sont loiïi de traiter leurs Éër^êatÈ cc^iâé les industriels modernes, qui fie vôyàM <tans roUWiër qa*un instrument de travail, une tihaehine vtvanTté, ne lui accordent pas même la liberté du dimanche, le ti^it'ent comme un esclave qui li'a tfi flme Ai dei$tinée ilhAHOi^lelië, l'exploitent jusque dlatis sa con^Ctehiée.
En lisant le IHrectoirè des Prêf*ei iM^^éë^ nous àtohs remarqué dans TAvertissement ces patdlësr ^ul t'espii'ent la phiÈ haute philosophie: « G'eëtM Yàisôn qMftitrhbfaithe, » et celui qtii «fit stfns raison a|rlt ptatdt etk 6é^ qu^en
• homme. C^est pourquoi celui cyui vèiR hohol^è^ IHéU
• comme* un hbomie raisonnai) >é est oMtgé de lé fefi^e, V ayant rhomieur d*énrë créé li âbn iMHgë et i^élslèéttt- 1^ Uan^e, doit faire précéder éxi accolupa^néiP seé à<^!ofis » par ((Ueictue acte de liaison qiii ae hippof te ou é)^^é&a aéraem, où au moins fnterprétaiivemêtlt à cèliii qui est «. fMk Souverain Bien, ^n principié M éb AU. G'c^t pôui^- 1* quoi on appelle à bon droit rintëACIc/ih, ^M est cet acte B de raison, rame de toutéd nos acKions, tét; sàn^ élïe, « éitani: faites d*une iMnrére cbmtUë finJéfrtè, elles soht » comme im eorpsf Mis fthte (i). ^
(i) Vvlnmstainr ippMliiTfebB lie CttlehW èMêHii éétfà^Mn lit '(Hiéîh dfbkis teinporiboB pi^n on^nl apûrilului. IM ^^gufûdielws td MltiilStt» sorgéré dâent... Orationes ilominicas pro psalmis bib«nt et de êis omoes bons et totam nbicomqae sant impleat Offieion, Stai,, ITI p , c. 1. et Di-
TcViOnWM, aul SQpn.
siite de la troisième partie des Statuts, p. 100.
^0 LA CHARTRKUSB SPIIUTUBUB (8U1TE).
Les Frâms donnés. Us sont ainsi appelés parce que^ sans se lier par des vœux, ils se donnent néanmoins à la Communauté. Après un séjour* d*au moins une année» ils sont admis à faire partie 4e la Maison, s*ils s^enga^ent par promesse à y rester, sous condition toutefois qu*ii& se conformeront aux Règles de Tlnstitut, qu'ils se eon* duiront chrétiennement, sinon TOrdre peut annuler leur Donation sans leur être redevable d*aucun salaire pour les services qu'ils auront rendus. Us disent TOfâce tout entier en récitant le Paler et Y Ave dix fois pour Matines et trois fois pour chacune des autres Heures. Us ne sont pas tenus aux jeûnes de TOrdre, mais seulement aux jeûnes d'Eglise. Us peuvent manger gras hors de Tenceinte du monastère. Us portent^ les jours ordinaires, un habit de couleur brune qui est remplacé, le dimanche et les jours de Fête, par un habit de couleur blanche. Ce n'est qu'après sept années d'épreuve que le Frère Donné peut prononcer les vœux simples et devenir ainsi Frère Convers, c'est-à-dire, lais ou laïque, puisque les convers ne prennent pas les ordres.
Las Novices. On reçoit les Novices à vingt-un ans et quelquefois même à dix-huit. Si le Novice veut devenir Religieux du chœur, c'est-à-dire Père et prêtre, il faut qu'il ait de la voix et qu'il sache chanter, car l'Office solennel est le grand œuvre des Chartreux. U faut aussi qu'il ait fait ses humanités et, ainsi que disent les Statuts, qu'il ait une certaine littérature (i). Comme il s'agit pour le Novice d'embrasser une Religion austère entre toutes, il est soumis à une initiation sévère, qui rappelle celle dea disciples de Pythagore, et toute remplie d'épreuves difficiles et pénibles qui ont pour but de mater la nature, de briser le moi en tant qu'il voudrait s'inspirer des passions égotstiques et non du dévouement à Dieu et à l'humanité
(1) Examinallor si lantiim habeat litteratare quanlam tuffieiat i et rtligioM ad lacaidotium promovendo at ai caman polesu Stol^, U p., c. rvil, De NoYitio.
VIE CÉIfOBITIQUE OV GONVBNTUflLLI. 4M
par le dévouement è la Règle. On lui représente combien l*Offlee est long, soit pendant le jour, soit pendant la iiuit ; combien la nourriture est médiocre, ch'étive ; combien la vie est pauvre, la cellule étroite, le silence continuel, le sommeil interrompu, Tobéissance stricte, la stabilité nécessaire (t). Et ce n*est qu^autant qu*il se montre décidé à tout et prêt à parcourir la pénible mais héroïque ^sarrière qui s'ouvre devant lui, qu*on le reçoit enfin. Saint firuno, déjà convaincu que le noviciat est Tavenir, avail voulu que Ton prit un soin particulier des Novices, disant ^ue la perpétuité de TOrdre dépendait du soin que Ton donnerait aux jeunes plantes (S). Lorsque le novice qui aspire à être Père se présente à la Maison, il commence par faire une retraite de quelques jours, puis il entre en cellule comme postulant ; c*est alors que le P. Maître des Novices lui lave et baise les pieds pour indiquer qu*il doit secouer la poussière du monde, et le chausse à la manière -de rOrdre pour lui rappeler à la fois que la demeure où Dieu Ta conduit est un lieu saint et qu'il doit marcher d*un pas ferme et rapide dans la carrière qui s*ouvre devant lui et au terme de laquelle se trouve la Terre promise. A partir de ce moment il garde toutes les observances. Il commence par porter, un mois durant, un manteau noir pardessus ses habits séculiers. Si pendant -ce laps de temps il montre un véritable zèle pour le nouveau genre de vie qu'il veut embrasser, on le propose à -la Communauté pour la prise d'habit ; s*il obtient la majorité des suffrages, il est reçu comme Novice. Dès lors, il abandonne son nom patronymique pour prendre celui de quelque Saint favori , car il appartient désormais è une nouvelle famille toute spirituelle . Son noviciat dure une
(1) PropoDontor ei dara et upera, etc. SiaL, p. Il, e. XVII, De Novicio.
(2) Cort noYÎtionni et jii?eniuD habealur eim oasi diligenlia nt bonis inlinasuir aoribot, qoia ex religiosa novaniiD plaatalÎMHUi edaeatione penëal Ordins perpolna stabUilaa. Orâimaiioneê quœ tmlg^ iub ntmine S. Bmnawiê, etc., n..III.
^ 14 <:MiltlUW69 9PIII11TUEUB (8I)1TS).
timèà^f 9WAmV iMPOUe. il se scrabe et il eei scruié. Si le p. Iftiiure 4ed Nayi^es le reconnaît digne, après son noviotM, (l'eMrdr 4m9 rOiidre» il rinlroduii devant tous les Religieux ràunia e& chapitre pour qu*il demande la grâce 4*ôtre reçu à la pnofession. 8*il est accepté et quUl réitère sa demande, U esi admis, après une retraite, à prononcer ses ywxty sans que L'on puisse exiger de lui aucune doc U est faeîle de yrâ* par là que le Chartreux ne s'engage point par suite d*un mouvement passager de ferveur et aam avoir eu le temps de faire les plus mûres réflexions. U Q*arri^ que peu à peu, par degré ; il ne fait le pas décisif qn'après avoir préalablement essayé et expéri* loenté ^es^ forces, qu'après avoir longuement étudié la lenevr de la Règle, i l'observation de laquelle il s'engage.
Qu^ptà f ^Privant qui se propose d'être Gonvers, il est» lui aussi, soumis à des épreuves spéciales en rapport avec les Qcwp^tioos auxquelles il devra se livrer. Le Prieur l'exerce aux travaux les plus humbles et les plus pénibles dies divergea Obédiences, et c'est après être demeuré pendant cinq ans» à T état de Donné, ou, par dispense, aii moi[BS pendant un an, qu'il est proposé à la Communauté et admis à la profession s'il est trouvé humble, obéissant, chaMe, Mè)e, pieux et diligent à Touvrage. Nul Profès I^eligieux ou Gonvers n'a le droit d'exiger du Novice quoi que ee soit, ce serait là une exaction en*trainaat la pein^ d'excommunication. A partir du jour dfi sa profession, le Gonvers ne peut rien posséder, pas même le |)àton sur tequel ï\ s'appuie quand il raar<Âi6» vu qq'il o^'est plus maître de lui-même (i).
L'I^biUement oriUo^re des Pères Chartreux consiste d'abor4 en une longue robe de drap qui rappelle bi toge des anciens Romains, gentemque logatam^ drap qui est
(i) prior.isjiAfiin ioiitrq«bit esm îb Tilioiâbiis «t, dononbiu kbonbiis ^qîbi^cttinque et oiie4^(MS«<» Ab hoc tempore aoveril se nibil omiua^ at Imu^i^i qiii4ais qi|o per VtW gr^ieos UiBiiittii;, sine Priorii kalrns quippe cuD oec ipeemet lans sic. Stat, HI p., c. XVH, il 8.
yiE CÉNOBITiQOB 00 COflVEIfTDBLtB. kSK
de couleur blanche, pour signifier llnnoeenee, la pureié et la sainteté de la vie. A cette robe, retenue à la tAitle par une ceinture, est jointe une euculle ou scapulaite, à laquelle est appendu un capuce aèssd de drap blanc. A cette robe sont jointes également des bandes latérdes fui lui donnent la forme de la croix. Le Chartreux, porte sur la chair nue, indépendamment du ciliée, un tomèarj c'est* à-dire une ceinture de corde, et en guise de Knge, des tunicelles de laine. Quant au costume de voyage, il s'enveloppe d'une cape ou chape noire et d*un eapuoe de même couleur. Les Frères ont au fond le même habillement que les Pères; comme eux ils se rasent les cheveux, mais non la barbe qu'ils laissent croître en signe de pénitence (i). Quand ils sortent, ils portent un* chape et un chapeau de couleur marron. Us ne font pas phis usage de linge que les Pères, qui n*en usent pas.
Si quelque esprit mal fait trouvait un tel costume burlesque et ridicule, était tenté de l'appeler un vêtement de carnaval, nous lui dirions : Ce vêtement si vil aux yeux des mondains, nVt-il pas souvent couvert des hommes bien supérieurs à leurs contempteurs, mais qui, loin de faire parade de leur mérite, Font caché sous Phumble vêtement de leur noviciat T De tout temps n'a-t-on pas vu des milliers de seigneurs, de comtes, de ducs, de souverains s'enrôler sous le froc et venir cacher leur grandeur dans le cloitre? De tout temps n'est-ce point de la solitude, du cloitre qu'on a vu sortir les hommes qui ont exercé la plus grande influence sur la société, àe* puis les prophètes jusqu'à saint Jean-Baptiste, depuis saint Jean-Baptiste jusqu'à saint Jérôme, depuis saint Jérôme jusqu'à saint Bernard, depuis saint Bernard jusqu'à nos jours ? Elle n'était-il pas Sis de la solitude T Ce fterre qui jeta l'Europe sur l'Asie n'était-il pas un er-
(t) hiferior birba fnc ni paniteniiam s«inper eis ftiit relieia. Stai. UI p., cXV, n. i.
4tt LA CHARTR&USE SPIRITUELLE (SLITB).
mile ? Combien de philosophes qui dédaignent les Chartreux pourraient dire, s*ils venaient se mettre à leur école» ce que se disait saint Arsène après s*étre mis à récole des moines d'Egypte, qui ne cultivaient pas les sciences humaines : « Je sais les sciences des Grecs et » des Romains, mais je n*ai pas encore appris Falphabet » de ces vieillards que Ton trouve si méprisables (t) 1 » Si vos vœux en faveur de la liberté universelle sont sincères, ne devez-vous point admettre la liberté des vêtements? Tadmettre pour les moines comme vous Vadmetlez pour les séculiers, comme vous Tadmettez pour vous ? Puis, de nos jours, les séculiers n*ont-ils pas imité Tbabit des moines , tant ils le trouvaient commode ? Enfin, vous méprisez le Chartreux à cause de la forme de son habit ; or, c*est précisément pour être méprisé quHI porte un habit de cette forme, un sac qui respire la pauvreté, rhumilité, Tabjection, qui rend vil aux yeux du monde (2). Ne voyez vous pas dès lors que vos réflexions sont loin de décontenancer les Chartreux, puisqu'elles sont de nature à leur montrer que leur but est atteint ?
Tel est le Chartreux considéré soit comme ermite, soit comme cénobite. Qui pourrait dire le calme dont il jouit dans son Désert, où ne peuvent atteindre jusqu'à lui les bruits tumultueux du monde ? Qui pourrait comprendre combien est doux le bonheur qu'il goûte lorsqu'il s'épanche, pour prévenir les dégoûts de son état, dans le cœur de ses compagnons qui sont pour lui des amis fidèles et dévoués ? Les Chartreux sont unis par les liens de la charité aussi étroitement qu'on peut l'être par les liens du sang, plus étroitement peut-être. L*àme de chacun d'eux est dans l'àme de tous, l'àme de tous est dans l'àme de chacun. Il n'est pas un seul d'entre eux qui ne s'écrie dans Peffusion de son àme ; Je n'ai laissé que
<i) Giié dias Fleory. Disc, mr l'hiêt, eeclénoêUq. Dise. Vm, s. 4. (S) Slai. U p., e. XII, o. 5.
VIE CÊKOBITIOVB OU CONVBKTUeLLE. . 4)1^
quelques frères dans le monde et combien n*en ai-je pas trouvé dans ma solitude ! On Ta dit avec raison : Il y aurait un livre charmant et doux à faire sur Tamitié dans le cloître. Que de traits attendrissants ! Que de charmantes paroles à recueillir !— Dans une Chartreuse se trouvent des hommes de tous pays, différant entre eux par Téducation, les habitudes, le caractère, le talent ; or, néanmoins, ils forment tous une famille de frères, qui comme les premiers chrétiens n*ont qu^un cœur et qu*une àme. Si les supérieurs s'appellent Pères , ce n*cst point là en eux un vain nom, car ils ont toute la sollicitude et toute la tendresse paternelle vis-à-vis de leurs inférieurs qui les paient de retour en se montrant à leur égard animés des sentiments de la déférence la plus profonde, de la piété filiale la plus dévouée. Si les inférieurs se donnent les uns aux autres le doux nom de frères, ils savent se donner aussi à Tenvi les témoignages de Tamitié fraternelle. De chez eux sont bannis Forgueil, la colère, la Jalousie, la division, toutes passions qui naissent de ce que les intérêts particuliers ont d*opposé. Parmi eux régnent au contraire la charité , la concorde, la paix , qui font d'une Maison Cartusienne un paradis sur la terre. Tous peuvent s'écrier : Qu*il est bon, qu'il est doux d'habiter en commun avec des frères (1) !
Mais ce qui caractérise surtout le Chartreux, ce qui en fait comme le cachet particulier, le trait dominant, c'est la simplicité chrétienne, cette vertu tant recommandée par l'Evangile, tant célébrée par le pieux évéque de Genève, et que le disciple de saint Bruno met son bonheur à cultiver. Témoin ces paroles qu'on lit dans le Cérémonial des Frères : « L'ancienne coutume de l'Ordre est qu'on > met les deux mains au gobelet en buvant ; l'une tient » le gobelet et l'autre le soutient par dessous avec le » bout des doigts, ce qu'on observe toujours pour rêvé-
(I) Beoe qttaoi bMon tt qatm jttcanduu habilue fratres in wiam. P$mim. XXI, D. S.
» ver la première simplieité de nos anciens Pêres^ quoique » Tusage da monde d*à présent y soit un peu opposé; mus • nous serons trop heureux si nous mettons bien en pralifi que ces paroles de la Sainte-Ecriture : Mourons dans > notre simplicité (4). » Témoin encore ee fait rapporté par saint François de Sales, bon juge en cette matière comme chacun sait. I^échant le Carême à Grenoble , révéque de Genève ne manqua pas d'aller passer quelques jours h la Grande-Chartreuse où il serait resté volontiers sMl eût été libre de suivre ses attraits et sll n*eùt pas été dans sa destinée de ne trouver de repos que dans le ciel. Arrivé à la porte du monastère, il est reçu par le Général, Dom Bruno d'Âffrinques , personnage de profonde doctrine et d*éminente piété, qui le conduit dans Tappartement destiné aux grands personnages. Après s'être entretenu quelque temps de propos tout célestes, dit révéque de Belley, auquel nous laissons la parole, il se trouva que c'était le lendemain une fête de l'Ordre, ce qui obHgea ce bon homme de prendre eongé de notre François. Il s'excusa en disant qu'il lui eût bien volontiers tenu compagnie jusqu'à l'heure de son repas, et même de son repos, mais qu'il pensait que sa piété ne trouverait point mauvais que la civilité fût saoriflée à l'obéissance, qui l'appelait à prendre son sommeil afin quMl pût aller la nuit chanter Matines. Comme il se rendait à sa cellule , il est rencontré par le P. Procureur qui lui demande où il va et où il a laissé Monseigneur de Genève. « Je l'ai, dit-il, laissé dans sa chambre et ai pris eongé de » lui pour me rendre en notre cellule et aller cette nuit i » Matines. » — « Vraiment, reprend le Preeureur, vous » vous entendez fort, .Père Révérend, aux cérémonies du » monde. Hé quoi ! avons-nous toujours en ces Désens » des prélats de cette taille T Ne savez-vous pas que Dieu
(1) GéréiMMal eu Fnns, cb. XIX, Ih, ii#/«f<aMr«. AvanM MfIS» p. 234, i la saite de la Troiêième partie du nouveau Htcueii dmSin0iÊi9,
vie CÉNOBIVIQDA (HJ GOJfVBMTUBLLB. 4Sf
» fe idiiil aux hoatiefi ée riioapitaliié et de la bénéfioenoe t 1^ Vous aurez toujours assez de loisir de ehanler les ^ loiiangdf d^ Dieu, Matines ne manqueront pas d'autres » Ms. St qai peut mieux entretenir un tel prélat que %V)9W? Qofilte vei^ogne pour la Maison, que vous le » ]9i$9iez aâasi seul 1 > -*- 1 Non enfant, répondit le Père G)inéroL avee une simpiieité qui cliarme et qui eaplive, j^ orois certes que vous avez raison et que j*ai mal fait. » Se m^ paa il retourne vers Monseigneur de Genève, et en te f «oeoatraiii dans sa chambre, il lui dit tout bellement : % Mwaeigneuff, j'ai rencontré en m*en allant un des offt- » etera 9tti in^a dit que j'avais fait une impertinence de 4 vous kisfcr seul et que je ne manquerais pas de recou-
> vrer Matines une autre fois, mais que nous n'avons pas »^ toua lea jours Monseigneur de Genève. Je l'ai cru, et '^ jo m'en suis touf droit venu vous demander pardon
> el nous ppiw d*excuser ma sottise, car je vous avoue 9 que ignorang feei et que je ne mens point. » — Le Umlieiifeox François, ^oute l'écrivain, « fut ébloui de eetle notable rondeur, candeur, ingénuité, et me dit qu'il en fut plus ravi que s*il lui eût vu faire un miracle (i). t
Awai des écrivains de tous les camps ont-ils rendu hommage è la vertu des Chartreux. Citons-en quelquesuns choisie entre mille.
Voltaire, qpii sans doute n'est pas suspect, et que l'on peut eroive lorsquMI rend justice à des Religieux, a dit : « Le^ » CSiartreux consacrent entièrement leur temps au jèâne, » au silence , à la solitude et à la prière. Parfaitement » tranquilles au milieu d'un monde tumultueux dont » le bruit parvient rarement jusqu'à leurs oreilles, ils
> ne connaissent leurs Souverains respectifs qu^ par les
fl) Btprii de êoint FrançoU de SaUs, par Jean-Piem Gamas , éyéquê 4e Belley. Maraollier, Vie de taini François de Saieê, Uy. VI. Collot, Veefrit de eaini Françoiê de Saiee, III* partie, cb. X¥U.
4Sd U CHARTREUSE SPIRITUELLE (sUITB).
» prières dans lesquelles leurs noms sont insérés (I). » ' Il est vrai que Voltaire, eeîle eheniUe qvi a mmllé knU ee qu'elh a louché^ selon Texpression énergique de Joseph de Maistre, fait ses réserves en disant que TOrdre des Chartreux est « trop riche pour des hommes séparés » du monde ; » il est vrai qu'il ajoute : « Heureux si des » vertus si pures et si persévérantes pouvaient être utiles
> au monde (S). » Mais Bergier lui répond fort bien : « Jusqu'à présent on n*a pas accusé les Chartreux de » faire un mauvais usage de leurs richesses, ni de refu- » ser du secours aux malheureux. Nous ne croircms ja- 9 mais que Texemple des vertus pures et persévérances » soit inutile au monde, il n'est nulle part plus néces-
> saire que dans la capitale du royaume (3). »
Les paroles de Rousseau, cette autre idole, cet autre Dieu du dix-huitième siècle, ne sont pas moins significatives. C'était autrefois l'usage à la Grande-Chartreuse, nous l'avons dit, de présenter aux visiteurs un Album sur lequel ils inscrivaient tantôt en vers, tantôt en prose» les impressions produites sur eux par la vue du Désert* Or Rousseau, que son goût pour la botanique avait conduit aux montagnes de Chartreuse, écrivit sur cet Album ces courtes mais décisives paroles : « J'ai trouvé dans ce » Désert des plantes rares et de plus rares vertui (4). »
Ducis, le célèbre poète dramatique qui refusa les honneurs à lui offerts par Napoléon en disant qu* « il aimait n mieux porter des haillons que des chaînes (5), » Ducts» ayant fait un voyage à la Grande - Chartreuse , rendit
(1) Eêêcû $ur les mceurs et l*e$prit des dations, ch. XXXIX, Des Ordrfts religieux.
(2) ibid.
(5) Diction, de théologie, Kri, Chartreux.
(4) Goérin, Voyage à la Grande-Chartrouêe et à la Trappe d'Ai^ ffuebelles et Botanique de /.-/. Rousseau, augmentée 4e notes historicités» par Deville, médecia. 2« édit. Paris, 1823.
(5) Feller, Biog, univ. Art. Ducis.