VIE CÉNOBITIOUB OU CONVENTUELLE
compte de ses impressions en ces termes : c J*ai vu son » désert (de saint Bruno), sa fontaine» sa chapelle, la » pierre où il s'agenouillait devant ces montagnes ef- » frayantes, sous le regard de Dieu. J*ai visité toute la » Maison, j*ai vu les Solitaires à la Grand^Messe, j*ai causé » avec un des plus jeunes dans sa cellule, tout m* a fait » un plairir profond et calme. Les agitations humaines 9 ne montent pas là. Ce que je n'oublierai jamais, c*est » le contentement céleste qui est visiblement empreint » sur le visage de ces Religieux. Le monde n'a pas Tidée 9 de cette paix ; c'est une autre terre, une autre nature ;
on la sent, on ne la définit pas cette paix qui vous » gagne. J*ai vu le rire et Tingénuité de Tenfance sur les > lèvres du vieillard, la gravité et le recueillement de » Fème dans les traits de la jeunesse. J'ai eu ma cellule » où j'ai couché deux nuits et c'est avec regret que je me » suis éloigné de cette Maison de paix. Je vous assure, » mon cher ami, que toutes ces idées de fortune, de » succès, de plaisir , tout ce tumulte de la vie, tout ce » tapage qui est dans nos yeux, nos oreilles, notre ima- 9 gination, restent à l'entrée de ce Désert et que notre » Ame nous ramène alors à la nature et à son auteur (1).»
Ducte ne s'est pas contenté de redire en prose son admiration pour les Chartreux, il a eu recours aussi au langage mesuré, pour s'élever mieux à la hauteur de son si:yet. Nous allons citer sa poésie, car bien qu'elle s'applique d'une manière spéciale à la Grande-Chartreuse, elle peut s'appliquer à toutes les Chartreuses particu* Uères, ce qui est dit de la mère pouvant être dit des filles qui marchent sur ses traces et en sont dignes :
Q««l ciinM! Quel Désert! Dans une paix profonde ,
Je n'entends plos mogir les tempêtes dif monde, Lt monde a dispara, le temps s*est arrêté ; Cemmenee»-tn pour moi, terrible éternité?
(1) Docis, Lettre à un ami.
4M LA CRART1IB1I8C SPIRITUELXB (SUITB).
Ah f je sénà qtfe déjà dân) eetté atiguste t^ceÎDte,
tJn Dieo conMlaieàr daiglie aptteèk* ëli crMMë :
Je le sais» c'est lao père, il ekéfft lea Immatiis,
Pourquoi briserait-il TouTrage de ses maios ?
C*esi lé qui ni*â formé dans le seîu de ma mère.
Il fèfit «ion repentir, maÂs il ^eat èfdé jj'ééfh^;
0 toi qui sur ces monls blaadkis par ieif liÎTtts
Vins chercher les frimas, un tombeau, des déserts,
Éi 4^1 voUnt plus haut par (on amour extrêtee
SéÉiMait, Toisin du ciel, habiter le ciel hlètièf
Qm j*aime à voir tes pas empreinte èà ces flnm Umn !
Le berceau de ton Ordre cet caché dans les deux,
C*esl Ni que du Seignedr répétant les louanges
La V6if de tes emfuits s*ùiiit an châén^ hà àtiges ;
Là du %t^ fani plaisirs, par le Siècle égnré.
Le voyageur pensif a souvent soupiré,
Ces ^oche)^, ces sapins, ce torrent sblftâire,
TcMt pnrle, tout m'instruit i mépriser h UiVé,
La tnrre im le bonbeor est un fraft élrd^ar
Que toujours quelque ver en secret vient ronger»
i*artottt de la douleur, j'y trouve tes imagés
L*diii<Air a ses toarménts, ramifié së^ diiti^g^ :
Q«e de désirs trompés! de Iravani s^psrflos...!
Vous qui vivant pour Dieu mourex dans ces retraites.
Heureux qui vient vous voir dans le po/t oiii vous êtes,
JVUtf plue heureux cent fiH$ e&iUi ^i n'eil «ôrf ftùé,
M. de Lamaitine a écrit ckrinè YAtImm de la Grande- Chartreuae plusieurs sfrojihes dont je ite éitenii fiie lés autvaBles :
Dieu que l'Hébron connaît, Dieu que Céder adore.
T'a gloire à ces rochers jadis ^e déV<^]â
Éai le sMmuet dès monts, noos tè cM^IMs éicM.
Seigosur, réponds-nouS| es-tn là?
Paisibles habitants de ces saintes retraites, Cttihille au pied de ceb monts ou priait Tsraei, Dtfnir le oalme d^ nahé, des hàdtsitrs dl îMàs Mt"
N'entendez-vous donc rien dn ciel?
Ne voyez-vous jamais les divines phalanges Snr vos d^mes sacrés descendre et se pe'reheir f N'entendez- vous jamais, des doux conc^ts des angis
RetenUr l'écho du rocher?
Chateaubriand a fait cette réflexion : s II est di|rn^ «fe
VIS GÉAOBITK^UB OU GOAYBMTUELLE. 431
t remarque, sans doute, que de toutes les Règles monastî- » ques, les plus rigides ont toujours été les mieux obser- » vées. Les Chartreux ont donné au monde Yunique exem-
> pie d*une Congrégation qui a existé sept cents ans sans
> avoir besoin de réforme. Ce qui prouve que plus le lé-
> gislateur combat les penchants matériels, plus il assure
> la durée de son ouvrage. Ceux au eonlraire qui pré- » tendent élever dés sociétés, en employait les passions
> comme matériaux de Tédifice, ressemblent à ces archi- 9 tectes qui bâtissent dies pidais aVec eette tforte de pierre » qui se fond à Fimpression de l*air (1). »
Un homme politique qui avait été mêlé è toutes nos révolutions étant allé visiter la Grande-Chartreuse > le Père qui raccompagnait ne put s*empêcher de lui marquer sa surprise de se trouver si près de lui ; el le visiteur de répondre : « Je suis plus sympathique qu*on ne pense 9 à rhabit religieux que vous portez. J'ai beaucoup vu » les palais des rois de oe monde, trois dynasties ont » expiré à mes pieds. Le siècle passe, Diéu seul reste, » c*est pourquoi Ton est bien sous votre toit (2). »
Gresset, Fillustre auteur de Verl-Verij après avoir fait dans La Chartreuse la description de Fappartement qu'i( habitait, continue :
Sitf ètft^Mrait tbômimitle DliffaOsflMiit (fifflik llêa fêHfï Il n'est point d'instant déleetabh (^oe dans les heures de sommeil.
Poàlr ttdi 4Ui d'un poids éijditâblîr AffMéltfé faiMèà fAorttb, Biles- biens et les mau réeU, Qpi sais qu'on bonhenr féritable M dlt^lît Jfantf^ def IKènky Qne le palais la phis pèéipiftt
(1) Génie du ChriêtianUme, I. III, cb. IV. Des Constitutions monas> tiqves.
(8) La Grandê-Chartreuie, par le TÎeomte Eugène de R...» LiUe, ISlSd. Le'fort.
Souvent renferme on misérable, Et qu'un désert peut être aimable Pour quiconque sait être heureux»
De ee Caucase inhabitable Je me fais TOIympe des Dieux* Là dans la liberté suprême Semant de fleurs tous mes instants Dtna l'enpire de l'Hiver mène Je trouve les jours du Printemps.
Calme heureux, loisir solitaire.
Quand on jouit de la douceur Quel antre n'a point de quoi plaire?
Quelle caverne est étrangère Quand on y trouve le bonheur, Lorsqu'on y vit sans spectateur Dans le silence littéraire Loin de tout importun jaseur.
Loin des froids discours du vulgaire Et des hauts tons de la grandeur.
Et j'ai dit au fond de mon cœur Heureux qui dans la paix secrète D'une libre et sâre retraite Vit ignoré, content de peu ' Et ne se trouve point sans cesse Jouet de l'aveugle Déesse Ou dupe de l'aveugle Dieu (I).
D*Aleinbert a écrit ces lignes que Ton peut appliquer à une Chartreuse : « Le séjour de la Trappe parait destiné » à faire sentir aux cœurs, même les plus tièdes, jusqu'à » quel point une foi vive et ardente peut nous rendre B chères les privations les plus rigoureuses ; séjour même > qui peut offrir au simple philosophe une matière inté- » ressante de réflexions profondes sur le néant de Tarn- » bition et de la gloire, les consolations de la retraite et » le bonheur de Tobscurité (2). »
Pétrarque écrivait déjà, après avoir visité la Grande*
(1) La Chartrewe,
' (2) Cité dans Migne, Dictionnaire det apologittes involontaires, An« Trappe.
VIE CÉROBITIQUE OU couventuelle. 435
Chartreuse, ces paroles qui peuvent s^appliquér à toutes les autres Chartreuses : < Je suis venu dans un paradis, » j*ai vu les anges de Dieu sur la terre. Si les instants que » j'ai passés parmi vous nem*ont pas causé une joie pleine » et entière, c'est parce qu'ils ont été trop courts. A peine » ai-je pu contempler vos visages vénérables. Jamais pour » moi jour n*a été aussi peu long, nuit ne s'est écoulée » plus rapidement, etc., etc. (1). >
On peut aussi lire, ici, le beau poème de M. de Fontanes sur la Chartreuse de Parisy poème que nous reproduisons en très-grande partie dans les Appendices.
Quant à nous, s'il nous était permis de prendre la parole après tant d'écrivains illustres, nous dirions : Quel Institut que celui qui fait de tels hommes t Quels hommes que ceux qui savent s'élever et se maintenir à la hauteur d'un tel Institut ! Que de fois lorsque, vers le milieu de la nuit, la cloche qui appelait à Matines les Chartreux de Bosserville venait frapper nos oreilles, que de fois dans les veilles de la science, qui elles aussi sont saintes, nous avons posé notre plume et nous nous sommes dit : Pourquoi ne nous a-t-il pas été donné d'être un des leurs et de suivre comme eux les traces de saint Bruno !
0 otioam tua uncta seqai vestigia possem !
(1) Veni ergo in Paradisniu, vidi aogelos Oei in terra.... Nonquam mihi brefior lux, nanqoam yelocior nox foit. £p. ad Sodaliiatem Magnœ CûTiunœ, Libria de OUo Religiosonun apposita. 0pp. T. I , fo). HÊ^, Basilec.