‹ L'Ordre des Chartreux et la Chartreuse de BosservilleChapitre 53 sur 57 · PAR M. DE FONTANES · texte numérisé non relu

PAR M. DE FONTANES

Vieux cloitre oq de Bruno les disciples ctchés Renferment tous leurs vœux sur le ciel attachés, Clottre saint t ouvre-moi tes modestes portiques Laisse-moi m'égarer dans ces jardins rustiques Où venait Catinal méditer quelquefois.

Heureux de fuir la cour et d'oublier les rois. J*ai trop connu Paris, mes légères pensées Dans son enceinte immense au hasard dispersées Veulent enfin rejoindre et lier tous les jours Leur fil demi-formé qui se brise toujours. Seul je viens recueillir mes vagues rêveries. Fuyez bruyants remparts, pompeuses Tuileries, Louvre dont le portique à mes yeux éblouis Vante, après cent hivers, la grandeur de Louis, Je préfère ces lieux où TAme moins distraite, Même au sein de Paris peut goûter la retraite. La retraite me plaît, elle eut mes premiers vers. Déjà, de feux moins vifs éclairant l'univers Septembre loin de nous s'enfuit et décolore Cet éclat dont l'année un moment brille encore. Il redouble la paix qui m'attache en ces lieux ; Son jour mélancolique et si doux k mes yeux ! Son vert plus rembruni, son grave caractère Semblant se conformer au deuil du raonastèra. So«s ees bois jaunissants j'aime à m'ensevetir, . CMeké sur oo gazon qui commence à pâlir

Je joais d'an air pur, de l'ombre et do sileoee. Ces chars Uunolloeax oà s'assied l'opuleoee , Tous ces travaui, ce peuple à grands flots agité Ces sons confus qu'élève une vaste cité. Des enfants de Bruno ne troublent point l'asile ; Le bruit les environne et leur âme est tranquille. Tous les jours, reproduit sous des traits inconstants^ Le fantàme du siècle emporté par le temps Passe, et roule autour d'eux ses pompes mensongères. Mais c'est en vain, du siècle ils ont fui les chimères. Hormis l'éternité tout est songe pour eux. Vous déplorez pourtant leur destin malheureux ! Quel préjugé funeste à des lois si rigides Attacha, dites-vous, ces pieux suicides?

Ils meurent longuement, rongés d'un noir chagrin L'autel garde les vœux sur des tables d'airain Et le seul désespoir habite leurs cellules. Hé bien, vous qui plaignez ces victimes crédules Pénétrez avec moi ces murs religieux, N'y respirez-vous pas l'air paisible des cieuxf Vos chagrins ne sont plus, vos passions se taisent Et du cloître muet les ténèbres vous plaisent. Mais quel lugubre son du haut de cette tour Descend et fait frémir les dortoirs d'alentour? C'est l'airain qui, du temps, formidable interprète Dans chaque heure qui fuit, à l'humble anachorète Redit en longs échos : Songe au dernier moment ! Le son sous cette voûte expire lentement; Et'quand il a cessé, l'âme en frémit encore. La méditation qui seule dès l'aurore Dans ces sombres parvis marche en baissant son œil, A ce signal s'arrête, et lit sur un cercueil, L'épitaphe à demi par les ans elTaeée Qu'un gothique écrivain dans la pierre a tracée» 0 tableaux éloquents ! Oh ! combien è mon cœur Plaît ce dôme noirci d'une divine horreur ; Et le lierre embrassant ces débris de murailles Où croasse l'oiseau chantre des funérailles ; Les approches du soir, et ces ifs attristés On glissent du soleil les dernières clartés; Et ce buste pieux que la mousse environne Et la cloche d'airaÎA à l'accent monotone ;

S80 APPBNBIGBS.

Ce tenpld êà «htqne tarort cmenë da unis ctneerl»

Sortir d'an long sikAce ci HMiUr émn lès aim ;

Uo martyr dont l'aalel a oossané les raslea.

Et le guoo qai croU sur ces tanbcaiiz modesiaa

Où l'heuréum eéuobiie m pané $amê rtm^rdê

Du at/attce du eloi(re à eehU de ta mmrt f

Cepaodam s«r ces mars robsenrilé s'abaisse.

Leur deail est redoublé, leur ombre est plus épaisse,

Les beaieors de Mesdon me eacbent le soleil ;

Le joor meort, U noit vient, le coacbaat moins vsrmeil

Voit pâlir de ses (eu la dernière étineelle

ToDt-à-€OOp se rallame uoe aarore nouvelle.

Qoi monte avec lenteur sur les dimes noiteis

De ce palais voisin qn*éleva liédiei»(i);

Elle en blanehii le faite et ma vue enobantée

Reçoit par ces vitraux la lueur argentée.

L'astre touchant des nuits verse du haut des eieox

Sur les tombes du cloître un jour mystérieux

Et semble y réfléchir cette douce lumière

Qui des morts bienheureux doit charmer la paupière.

Ici, je ne vois plus les horreurs du trépas :

Son aspect attendrit et n'épouvante pas

Mo trompè-je ? Ecoutons : sous ces voûtes antiques

Parviennent jusqu'à moi d'invisibles cantiques.

Et la Religion, le front voilée, descend :

Elle approche : déjà son calme attendrissant

Jusqu'au fond de votre âme en secret s'insinue ;

Entendez-vous un Dieu dont la voix inconnue

Vous dit tout bas : Mon fUt, viens ici, vieuê à meé,

Marche au fond du dieerty j'y serai près de toi.

Maintenant du milieu de cette paix profonde

Tournez les yeux ; voyez dans les roules do monde

S'agiter les humains que travaille sans fruit

Cet espoir obstiné du bonheur qui les fuit.

Rappelez-vous les mceurs de ces siècles sauvages

Où, sur l'Europe entière apportant les ravages

Des Vandales obscurs, de farouches Lombards,

Des Goths se disputaient h» sceptres des Césars,

La force était sans linein, le faible sans aisile :

Parlez, blâmeret-vons les Benoit, les Basile

(I) Le LoMMboiff .

APPftNDlCBS. 9SI

Qui loin en sièele impie» m oea Mmpt tUborrés»

Ouvrirent au nudhmtr dei a»il€§ êaeriêt

Déserts de rOtieni» sablés, somniels andas,

GatacoMbes, forêts» saotages Thébaîdes,

Oh! que d'infortunés votre noire épaisseur

A dérobés jadis au fer de l'oppressear !

Ost là qu'ils se cachaient et les chrétiens fidèles

Que la religion protégeait de sea ailes

Vivant avec Dien seul dans levrs pieux tombeau

Pouvaient au moins prier sans craindre les boarream.

Le tyran n*osait pins y chercher sts victimes

Et que dis-je t aeeablé de Phorreur de ses crimes

Souvent dans ces lieux saints l'oppresseur désarmé

Venait demander grâce aux pieds de l'opprimé.

D'héroïques vertus habitaient l'ermitage.

Je vois dans les débris de Thèbes, de Garthagè,

Au creux des souterrains, au fond des vieilles totrs

D'illustres pénitents fuir le monde et les cowa.

La voix des passions se lait sons leurs cilices»

If «ta leurs oMêtériiéêiHe êoni point sans ^dltoea.

Celui qu'ils ont cherché ne les oubliera pas»

Dieu ùommande au dé$ert de fleurir «oika leiira pée.

Palmier qui rafraîchis la plaine de Syrie»

Ils venaient reposer sous ton ombre chérie !

Prophétique Jourdain, ils erraient sur tes bords !

Et vous qu'un roi charmait de ses divins accords.

Cèdres du haut Liban, sur votre cime altièra»

Vous portiez jusqu'au ciel -leur ardente prière !

Cet antre protégeait leur pénible sommeil ;

Souvent le cri de l'aigle avança leur réveil ;

Hs chantaient l'Eternel sur le roc solitaire

Au bruit sourd du torrent dont l'eau les désaltère»

Quand tout-à-coup un ange en dévoilant ses traits

Leur porte au nom du ciel on message de paix

Puis, après avoir fait un hors-d'œuvre et s'être exagéré la vie cartusieana, notre poète ajoute :

L'imagination vers tes murs élancée

Chercha leur saint repos, leur long recueillement ;

Mais mon àme i besoin d'un plus doux sentiment.

58t APPBNDICBS.

Ces deToin rigoureox font trembler na faiblesse. Toutefois qoand le temps qai détrompe sans cesse Ponr moi des passions détraira les erreurs Et leors plaisirs trop courts souvent mêlés de pleurs , Quand mon cœur nourrira quelque peine secrète, Dans ces moments plus doux et si chers au poète Où, fatigué du monde, il veut, libre du moins Et jouir de lui-même et rêver sans témoins. Alors, je reviendrai, solitude tranquille ! Oublier dans ton sein les ennuis de la ville Et retrouver encor, sons ces lambris déserts. Les mêmes sentiments retracés dans ces vers.

Ghiteaubriand a dit de ce poème : m Ces beaux vers prouveront aux poètes Il que leurs Muses gagneraient plus à rêver daAs les cloîtres qu'à se faire n l'écho de l*impiélé (1)> n

M. Villeraain dit aussi, parlant de M. de Fontanes : u Ses >ers, d'un n tour noble, harmonieux, concis, se portaient Aaturellemeot sur les pensées n reUgieuses ; ils en recevaient Tinspiration. Majestueuse et rapide dans n répitre où il a célébré Téloquence des Livres saints, cette inspiration est n attendrissante et naïve dans le poème de la Chartreuse; une tristesse n pleine de douceur et de poésie anime cette espèce d'élégie : la mélodie des n paroles s'y confond avec l'émotion de l'àme ; et l'on croit entendre au loin n quelques sons à peine affaiblis de la lyre de Racine (2). n

(•) Génie du Christ., 1. V, cb. II.

(s) Dunmr» de rée^ti^n A tJe^démie frmnfaise.

AmilDIGBS. bSS'

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EPISTOLA SANCTI IGNATH FUNDATORIS SOCIETATIS JESU.

■OMA DATA AD VBNBRABILBM PATREH GERARDOM PRIORIM GARTDSIf GOLOHIBNSIS XII CALBND. 7^* 1554.

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