‹ L'Ordre des forestiers catholiques [microforme]Chapitre 2 sur 4 · MONSEIGNEUR (*), MESDAMES ET MESSIEURS · texte numérisé non relu

MONSEIGNEUR (*), MESDAMES ET MESSIEURS

Depuis quelque temps déjà, les membres de la Cour Taché, m'avaient invité à donner an public, un aperçu sur l'origine et la constitution qui régit l'Ordre des Forestiers Catholiques.

Je dois avouer que c'est avec une certaine hésitation que j'ai accédé ce soir à leurs désirs, non que, la tâche ne me soit agréable, mais plutôt, parce que je ressens profondément combien je suis peu à la hauteur du sujet que je suis appelé à traiter.

Cependant, Mesdames et Messieurs, connaissant d'avance votre bienveillance et, comptant surtout survotre indulgence pour le modeste couférencier, qui ose attaquer devant un auditoire aussi distingué, un sujet autour duquel, si je puis ainsi m'exprimer, pivote aujourd’hui le monde, puisqu'il s’agit de la mutualité, je me hasarde à entrer en scène, avec: l'espoir que ces quelques notes jetées épars sur le Papier, pourront vous intéresser.

Depuis un temps immémorial, les peuples ont eu une tendance à se former en associations pour s’en tr'aider et se protéger, Dans tous les âges et sous tous les climats, on a reconnu ce principe, bien élémentaire pourtant, quoiqu'il ne soit pas toujours mis en pratique, que “l'union fait la force.”

€*) Mgr Langevin, Archevêque de Saint-Boniface.

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Il serait difficile de dire à quelle époque et en quel lieu les sociétés de secours mutuels prirent naissance, Ce que nous pouvons affirmer, c’est que cet axiôme de l'union existe depuis le commencement du monde, puisque Dieu qui avait créé l’homme, voulut, dans Sa Divine bonté, qu’il ne fut pas seul à jouir des délices du paradis terrestre, ct lui donna une comp-gne pour partager un bonheur qui, hélas, ne fut que trop éphémère.

Nous pouvons donc dire, en y mettant un peu -de bonne volonté, que ce fut là que furent posées les bases de la première suciété de secours mutucls.

Si l’a:cord n'a pas été parfait, je ne veux pas faire de récriminations, car j'aurais mauvaise grâce -c soir, Mesdames, d'essayer à fixer les responsa-

bilités. (Ce que nous pouvons affirmer, c'est que -cette union fut plus tard, scellée et sanctitiée par le sang d'un Dieu, dont l’Auguste Mère reçut les prémices aux pieds de la Croix.

Mesdames et Messieurs, quand il s’agit de recher- -cher l'origine de toutes les grandes œuvres, qui ont .édifié et étonné le monde, nous n'avons qu’à tourner nos regards vers la France notre mère patrie, dont nous gurdons toujours un tendre et fidèle souvenir. C'est là, à l'ombre de la Croix, que prirent naissance .ces nombreuses associations, dans un temps où le pouvoir civil donnait l'exemple de l’union, en partageant avec l’Eglise, la noble mission d'éclairer les peuples, en les protégeant contre les clameurs d’une démagogie qui de nos jours, jette la discorde au sein des sociétés modernes.

Sons le prétexte de donner plus de liberté aux peuples, ces théories fansses et anti-chrétiennes les. tiennent enchaînés dans le plus honteux des escla- Vages, puisqu'elles no s'as-" sent qu’à leurs passions. Le sol de l'Europe tremble wujourd'hui, ct tout nous. fait auzurer ct présager des catastrophes.

Ah! plut uu Cicl, que nous revenions à cette- Franco du moyen âge, où les corporations ouvrières. étaient florissantes et Prospères. Tout en étant des. sociétés ouvrières, les liens corporatifs faisaient de: tous les associés les membres d'une même famille. Ils trouvaient dans ces relations la satisfaction d’un besoin de notre cœur, qui reckerche l'affection et l'assistance de ceux qui nous entourent ct partagent notre sort.

Thacune de ces corporations se doublait d’une confrérie religieuse, Gui en était comme l'âme, faisant. circuler dans ses membres la sève de la foi ct de: l'esprit chrétien.

C'était la confrérie q'i prenait soin des malndes,. des orphelins et des veuves, assi-tait les mourants,. enscvelissait les morts, répandait partout l'esprit surnaturel.

Ces grands corps étaient tout imprécnés d'esvrit. chrétien.

La charité s’unissait à la justice ct à la lovauté,. Pour inspirer les inesures qui prote “ient la faiblesse contre les excès du travail, ln puuvieté contre les

tises du ner: c'est ninsi qu'on voit les statuts e le travail du dimanche ct te la nuit, interdire l'ustge ce matii : inféricures dans la confce-

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tion des produits, fixer à un prix modique les articles de nécessité commune ; les gardes du métier confisquaient au profit des pauvres les denrées qui n'avaient pas le poids légal, et brûlaient sans pitié les œuvres mauvaises ou d‘ioy-les.

Dans les grandes fütes religieuses, les corporations, ran sécs autour des cruix de leur paroisse et des bannières de leurs patrons, s'en allaient chantant des psaume:, À la suite du Saint Sacrement et des reliques, le long des rues Lordées de leurs Louiiques, vers ces immenses Cathé:lrales qu'elles avaient Lâties et ornées de leurs sculptures ct de leurs vitraux, image d'une so:iété où le Christ régnait en maître sur les âmes et s1r les œuvres.

Voilà bien, Mesdames et Messieurs, il me sem'le, une itrage bien frappante, ‘: nos sociétés de secours mutuels catho'i ques quant aux principes de foi, qui les animent, Il n'est pas question d'intérêts de métiers dans nos sociétés actuelles, mais nous pouvons avec orgueil, nous réclamer, en dépit de certaiñs

-esprits forts, des croyances fortes eb vivaces de ces

anciennes associations qui comptaient un Saint Louis de France corame protecteur.

Mais comme je n'ai pas à parler ce soir d'associations ouvri:res, mais des sociétés de bienfaisance et de secours mutuels, je retourne à mon sujet.

Nous avons, Mesdames et Messieurs, la bonne fortune d'avoir dans notre ville, plnsieurs sociétés de secours mutuel. Il y a un sentiment qui anime ces différentes associations qui fait, qu’elles travaillent

harmonieusement vers un même but, dans l'accomplissement des devoirs du chrétien envers la faille et la société.

C'est donc de l'union que doit venir le salut des. sociétés molernes tant au point de vue moral et matériel. Da reste, l'homm: ré lait à ses propres forces n'est rien et ne peut rien, Je pourrais en donner mille exemples. Permettez-moi de citer celui de ce voyezeur qui s'était engagé dans un chemin creux dont il était irapossible de remontcr les talus. Arrivé au bout de sa ro - il trouve le chemin fermé par un roc qui s'était détaché, Le soir étant venu, remonter la longue route était hnpossible, Le voyageur désespéré se mit à gémir sur son sort malheureux. Mais, d'instants en instants, d’autres voyageurs survinrent, désespérés #nssi de trouver * chemin clos, quand le premier eut cette idée : nissons nos forces, et peut-être arriverons-nous à déplacer cette pierre,” ce qui eut lieu au grand plaisir de tous.

Or, que repi ‘sente cette route: la vie parsemée d'embûches et de peines: ct ces voyageurs; les hommes qui ne peuvent les surmonter qu’en unissant leur force et leur courage.

Ces pensées ont donné lieu à notre époque à la naissance de nombreuses associations qui toutes ont pour but l'amélioration matérielle et morale de l'homme. Parmi ces associations se trouve l'Ordre des Forestiers Catholiques Cont je veux vous entretenir ce soir.

Loin de moi, l’idée de vouloir jeter de l'ombre sur les sociétés sœurs de cette vile, qui, je dois leur

“en rendre le témoignage, accomplissent une grande somme de bien au milieu de notre population. Mais il me sera bien permis d'exprimer avec quelqu'’enthousiasme, les avantages qu'offre à ses membres l'Ordre des Forcstiers Catholiques que j'ai eu l’honneur d'implanter dans cette province, il ÿ à onze ans passés.

L'idée qui a présidé à ln fondation de note Ordre a été féconde en bons résultats. Les sociétés secrètes aux Etats-Unis et particulièrement duns l'Etat de l'Illinois étaient une menace pour l'Eglise, en même temps qu'un danger pour les catholiques de ce pays. Je dois dire ct j'affirme que ces sociétés ont des tendances funestes ct contraires en tous points aux ensrignements de l'Eglise,

On ne peut contester qu'il est dangereux pour des catholiques d'être, au point de vue social eë moral, en contact direct avec des gens étrangers à no3 croyances ct qui, bien souvent. n’ont que du mépris <et de la haine pour notre foi.

Depuis de nombreuses années, les catholiques de la grande Métropole Américaine, Chicago, sentaient le besoin d’une association, essentiellement catholique et, offrant autant que possible, les mêmes avantages pécuniaires que ceux offerts par les sociétés secrètes. Ce projet fut mis à exécution le 24ième jour de mai 1883, date de la fondation de l'Ordre des Forestiers ‘Catholiques.

Cette association devait étre strictement catholique, ne devant accepter comme meinbres, que des catholiques pratiquants, faisant à tous sous peine de

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l'expulsion, une obligation ce remplir leurs devoirs. religieux.

Le petit groupe d'hommes qui, il Y a vingt ans,. fondèrent notre société étaient loin de penser qu’ils venaient de poser les Eases d’une société de bienfaisance, destinée à devenir une des plus prospères et des plus puissantes en Amérique ; une société dont les Succursales, comme les anncaux d’une chaîne immense relie dans les liens de la fraternité et de la charité des Sroupes de populations, des rives de l'Atlantique au Pacifique. Les raisons de ce succès sont manifestes, La jeunesse catholique était prête à accepter une société de ce genre, car celle était éminemment adaptée aux besoins du temps. C'était la solution d'un problême que tous désiraient voir résoudre et, elle fut acceptée avec enthousiasme.

Comme dans toute fondation de ce genre, les débuts furent difficiles.

L'état de prospérité auque! nous sommes arrivés, n'a pas été atteint sans rencentrer beaucoup d’oppo sition.

Notre société, à l'exemple de l'Eglise Catholique, au sein de laquelle, elle a été fondée, a été en butte aux critiques ma'veillantes et aux préjugés, engendrés par la malice et l'ignorance. Mais, comme toute œuvre, appuyée sur cette foi qui transporte les montagnes, l'Ordre des Forestiers Catholiques a passé victorieusenient à travers toutes ces épreuves,

Ayant reçu l'approbation de l'Eglise en même temps que l'appui chaleureux ct dévoné du clergé, notre société, doit une g

ccès, aux

paroles d'encouragement des évêques et au zèle infatigable des membres de leur clergé.

L'Ordre des Forestiers Catholiques compte aujourd'hui au-delà de cent mille membres, ayant des cours, ou branches, dans toutes les villes, villages eb bourgs, où l’on voit poindre le clocher de l'église surmonté de la croix.

Comme vous le voyez, Mesdames et Messieurs, notre Ordre à été établi sur des bases solides, et avec l'aide de Dieu, il continuera à grandir poux la gloire de l'Eglise Catholique en Amérique.

Les catholiques n'ont plus d’exceuses à donner aujourd’hui, pour entrer dans des sociétés qui, si elles ne sont pas absolument secrètes et défendues par l'Eglise, n'en sont pas moins composées d'éléments peu sympathiques à notre foi, puisque nous pouvons leur offrir daus l'Ordre des Forestiers Catholiques une société qui s'inspire des enseisnements de l'Eglise et qui est en même temps, une des meilleures sociétés fraternelles qui existe au point de vue des avantages pécuniaires.

La première question que l’on doit se poser avant d'entrer dans une société est celle-ci: Quel ast son Lut ? |

Le but pour lequel notre société n été fondée est défini comme suit dans notre constitution :

“Le but de l'Ordre sera d'encourager l'amitié, l'union et la véritable charité chrétienne parmi ses membres; l'amitié en s'aidant ics uns les autres par tous les moyens honorables : l'union, en se secourant mutuellement dans le cas de maladie et d'adversité et en

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‘pour le bien mutuel

s Pourvoyant aux besoins des veuves, des orphelins, et Personnes dépendant des membres défunts; la véritable charité chrétienne en faisant aux autres, ce que nous voudrions qu'il nous fût fait à nous-mêmes.”

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