‹ L'ordre des primates et le transformisme par m.E. DallyChapitre 3 sur 4 · MAIS · texte numérisé non relu

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On volt par ce tableau que, si les fnroportions des membres par rapport à la colonne vertébrale sont différentes cbea le gorille et ebes l'homme» elles sont bien plus diffé«

rentes encore chez le içorille et chez Torang. Ainsi 1 Knropéen a la Jambe plus longue de 17 et le bras plus court de 10 que la colonne vertébrale représentée par 100, tandis que le gorille a, tout au contraire, le bras plus long de 15 et la jambe plus courte de 4 ; ce qui fait avec THuropéen une différence proportionnelle de 2f pour la jambe et de 25 pour le bras. iMais du gorille au chimpanzé hi ditiérence est aussi Ires-grandt' ; elle est représentée par 19 pour le bras, par 6 pour la jambe ; et de l'orang; à l'indri la différence pour le bras est de 54 au moins^ tandis que la jambe conserve les proportions humaines. Quant au gibbon^ il a les bras plus longs que le gorille d'autant que le gorille les a plus longs que Thomme ; d'un autre côté, ses jambes sont plus longues que celles du gorille d*autant que celles de rhomme sont plus longues que celles du gorille. Ainsi, les rapports du gibbon à Thomine sont quant à la longueur des bras régulièrement décroissants pour le gorille, tandis que lluunme est intermédiaire quant aux jambes.

Le mandrill a les bras et les jambes à peu près égaux, tous deux Ueh-pelits propurUunnellement à l'épine.

En sorte que lacolonne vertébrale étant prise pour unité, on trouve dans plusieurs familles simieuncs les mêmes rapports que dans la famille humaine, d'où il suit qu'en aucun castes singes ne peuvent sur ce point différer plus de l'homme qu'ils ne diffèrent entre eux ; il est très-probable tout au contraire qu'ils diffèrent à cet égard beaucoup plus d'une famille a l'autre, par exemple des gibbons aux cébiens brachyures, que l'un de ces genres ne diffère de la famille humaine, mais cela reste à vérifier.

Il y a maintenant d'autres rapports proportionnels à étudier : la longueur de Thumérus relativement à celle du radius et d celle du l'eniur, et la longueur des mains et des pieds relalivemeot au reste du membre, enfin la longueur totale des membres. Ces rapprochements auraient une grande

importance si nons voulions déterminer dans quel genre simien l'homme doit être placé, si nn tel classement était possibleten égard à d'antres caractères ; mais il n'est point

question do cela. Ils peuvent encore sei vii à déterminer quelle espèce huniaiae se rapproche le plus, analorniquement d^un genre simien déterminé , mais ils seul absolument oiseux dans la grande question d'ordre et de famiUe qui nous occupe, puisque les simiens offrent a cet égard tous les types proportionnels : bras plus courts que les jambes, bras égaux anx jambes on plus courts, avant-bras plus court ni plus long que le bras, fémur plus ou moins Joni^que ie tibia, etc. On a donc tort de trouver çù et là dans les types humains des a proportions simiennes n, puisque ces proportions sont très-variables. Au moins faut-il toujours spécifier de quel genre Ton veut parler.

Crâne, — Ici nous retrouvons le tableau différentiel donné par M. Pruner-Bey entre le singe anthropomorphe etrhomnie. (tChez l'homme, dit notre coUèsiie, développement du crâne cérébral surpassant celui de la, face; chez le singe anthropomorphe, développement de la face surpassant celai du crâne cérébral.» [BuU, de la Soc, d'miUh,^ iS65, p. 525.) Ainsi exprimée, cette différence n'est vraie que pour certains âges, pour certains anthropoïdes et peut- C'Uc même pour certains hommes ; ce qu'elle a de vrai, appliqué à certains anthropomorphes ne l'est plus appliqué anx gibbons, ni aux semnopithèques, ni aux colobes, ni, sauf quelques exceptionsj à l'ensemble des singes du nouveau monde, et notamment aux saîmiris, cébiens qui ont un crâne très-développé et le troa occipital an milieu de la base du crâne placé à peu près comme chez les Australiens. D'ailleurs nn biuip'e coup d'œil jeté sur des crânes de cynocéphales et d'orangs on de chimpaiizes jeunes prouve qu'au point de vue du développement comparé de la face et du crâne^ les cynocéphales s'éloignent beaucoup pins de

ces anthropoïdes et à plus forte raison du lalinîri; que ceuxci ne s'éloigiiMit de rhomme. Doue» ici eneore les diffé* meee des singes entre eoi; et même oeUes de deax genres de la famille des catarrhiniens (orangs et cynocéphales)

sunt plus irrrinJes que celles do Thomme Pt des anthropoïdes, ou toulau moins de l'ii(juiaie et des cébiens (saïmiri); d'ailleurs, les tableaux de Welker représentant par l'angle sphënoldal le degré relatif de dévdoppement de la face et dn crâne montrent nne gradation très-nnancée des hommes et des microcéphales aux anthropoides, et je renvoie sur ce point aux écrits très-connus de MM. Broca, Vogt, et Bertillon.

Si nous poussons plus loin notre examen du crâne, nous rencontrons des preuves toui aussi irréfragables et que personne n'a conieetéee. Huxley a démontré que la capacité absolue de la cttrité crânienne pouvait mier d*an heoime à un autre homme de près de la moitié, le maximum étant de 1867 centimètres cubes, ic miniraunï 1021, la différence 846 ; or le crâne de gorille le [il as volumineux oftrait 55â centimètres cubes, ce qui ne donne, avec le plus pi lit crâne humain adulte et normal, qu'une différence de â6$> qui serait encofe plus petite si l'on avait tenu compte de Im taille. Donc les hommes peuvent» soue ce rapport, diflém entre eux plus qu'Us ne diff&reot des gorilles.

Le même auteur ajoute que les singes offrent entre eux des ditltirences a peu pies égaies à celles qui les séparent des hommes {Place de i homme dans la nature^ p. âOt ). Quant aux formes extérienree de la tête» il anffit de comparer les crêtes énormes du gorille, et ses areadee sonreiliAres aai^ lantes et se mâchoire énorme aux crânes arioodis, hases et a petites mâcboires des jeunes chimpanzés et des saïmirie pour étuljiir l'étendue des variations qu'ofirent les ordres simiens, étendue qui ne le cède en rien à celle qui «éj^ara utt iMMoioe d'uo gibboû ou d'un pepoa.

Mais je ne veux pas quitter le crAnc sans parler d'une portion de la face, répinp nasale antf^rieure et inférieure, que M. Alix a très-sérîeusemnnt donnée coturae un caractère de premier ordre qui existerait chez tous les lioimneset qui ferait défaut chez toae les singes. Là il y a chez rbonune une épioe osseuse» à peu près à la base dit nez, il 7 a ehez les singes une dépression; ce qnifait dire à M. Alix qu'il n'admettra ma proposition « que quand on lui aura prouvé qu'une monta«4:ne rcssem})le à une vallée. » (V. Bmii. de iaSoc, d'anthr., 1867, p. 638). A coup sûr je renonce à coiiYainere M. Attx^ car il y met des conditions qui, pour être métaphoriques, n'en sont pas beaucoup plus faciles à remplir. Si, en efltet, rëpine nasale antérieur© est une montagne, c'est une montagne exceptionnelle, oblique, prodigieusement mince et, par rapporté la tète osseuse, très-pelile chez quHli[Utts sujots; notamment chez tous ceux dont le maxillaire inférieur est très élevé du bord alvéolaire à l'échaocrure de l'orifîce inférieur des fosses nasales eette épine est eflkcée, sans toutefois jamais être une dépression. Mais» en yérité, jamais montagne ne se laissa moins deyîner. On peut Toir au cabinet d'anatomie comparée un crâne sans numéro, voisin du papou, enchâssé diiusune idole de Ijois sculpté, sur lequel on ne songerait point à signaler une saillie, n'était le souvenir de l'épine nasale des crânes européens; j'ai même cru observer, en parcourant à ce point de vue la collection du muséum, que, chez quelques races et non-seulement chez quelques individus, l'épine nasale est à peine de 2 ou 3 millimètres. Ily a là une observaiion à contrôler. Dans tous les cas ce n'est pas sur des diilercuces de millimètres qu'il faut faire reposer des distinctions « de premier ordre » ni d'un ordre quelconque, surtout quand on n'a à sa disposition qu'on nombre relativement très^petît de crAnes simiens. Cependant comme tienne m'antorise à dire que quelques

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singes ont une épiim nasale, et qu'en ctlel je n'en ai jamais reneontré» je concéderai volontiers sur l'affirmation de mon confrère qn*ll y a là une différence entre tous les hommes et tons les singes. J'ajouterai que cette différence est insignifiante.

^ Dents. — Onant au système dentaire, on sait que les diliérences que présentent le gorille et! 'homme sont petites, elles portent sur le volume de la canine, sur l'existence d'un intervalle appelé diattème entre la canine et llucîsive latérale en hant^ entre la canine et la première fausse molaire en bas ; en outre les racines des prémolaires sont au nombre de ciiK} et le volume propoitionnf^l des ai ( tsses molaires va croiissant d'avant en an lère chez les antliropumorphes, tandis qu'il va décroissant chez l'homme. Ces caractères différentiels sont importants, mais non au point de modifier le type du système dentaire qui est au fond identique; sans doute le volume des dents canines du gorille est énorme, mais Vogt a souvent constaté que la canine humaine dépasse le niveau des autres dents et se loge dans uu diastème ménagé entre les dents et quelquefois bur la gencive même. (L^OM sur Ffumme, p. 195). M. Pruner-fiey a signalé de fréquentes anomalies humaines quant au volume des molaires ; en sorte que les différences du système dentaire chez l'homme et ches le gorille sont en partie effacées ; fussentelles de beaucoup plus ccmsid érables qu^elles resteraient petites en regard de celles qui dislinguent le système dentaire du gorille de celui du cynocéphale, et à plus forte raison des cébiens des arclopithèques ou des cheiromiens» Huxley n'a, sur ce point, rien laissé à désirer en publiant une planche où sont représentées côte à côte les mâchoires des t3rpeB de ces familles. Tout le monde sait que les singes américains ont généralement trente-six dents et que h: nombre relatif des incisives et des molaires est très-vanabie. Enfin le système dentaire des singes de transition^ les lémuriens.

et les cheiromiens finit par prendre tous les caractères des carnassiers et des rongeurs ; chez le myspîthecus (aye-aye) les canines ont disparu (Huxley, /oc* eit, p. 208). En résumé, il n*y a pas lieu de douter que MM* Praner-Bey ei Alix, revenus à une exacte appréciation des rapports organiques, n'abandonnent, pour ce qui est desdeuts, la défense du gouffre humano-simien.

Sacs laryngiens et larynx. — Je meutionnerai en passant un certain nombres de caractères qui, s'ils établissent une différence générique entre T homme et les anthropomorphes, se retrouvent avec le même effet, de ceux-ci aux autres singes. Les sacs laryngiens des grands singes signalés dans le tableau de M. Pi uner-Bey comme imjiropres à tous égards à iarliculafion sont en effet d'autant plus impropres à l'nrticulation des sous, que c'est dans la bouche à Taide des dents, des lèvres et du palais que s'accomplît cette fonction. Les sacs larjrngiens ;n'ont rien à y voir et si les grands singes n'articulent pas une véritable parole, c'est quMIs n*en sentent pas le besoin. Mais les petits singes sont dans le même cas et n'ont pas de sacs laryngiens. Le larynx et l'os hyoïde subissent d'ailleurs chez les cébiens les transforma^ tions les plus variées. Us diffèrent du gorille sous ce rapport bien pins que les hommes n'en diffèrent.

ExtrémUés des memires, — Il suffirait, pour ce qai est des pieds et des mains, de dire que si les anthropoïdes sont quadrumanes on quadrupèdes, car M. Prôner Bey dit qu'ils sont l'un et l'autre [Bull. y 4865, p. 526), et par là se distinguent des bimanes, les autres singes s'en distinguent tout autant. Mais je saisis cette occasion pour détruire définitivement cette erreur persistante de notre collègae et pour lui rappeler que plusieurs anatomistes ont démontré que les prétendues mains de derrière des singes étaient des pieds au même titre que les nôtres. Déjà M. Broca avait dit que par le squelette et par les muscles on prouve que le

terme qnadmmfme e^t erroné et, répondant à M. Prnner, qui avait dit que les extrémités du singe étaient des pattes^ il lai ayait demandé quels étaient les caractères anatomiques de /a paiie, « Je TOis bien, ajoutait-il, que notre eoUègne a touIq de la sorte déshonorer les membres du singe, mais encore faudrait-il que cette expression si injurieuse pour nos voisins zo jiugiques eût une signification quelconque 3 elle n 'en a point, aussi je trouve là une objection toute «en^tïnenra/e qui ne saurait m'empécher de croire que les singes ont à l'extrémité de leurs membres des pieds et des mains. » (Bulletins i866, p. 55.) A cela qu'à répondu H. Prôner? A-t-il démontré que les quatre extrémités des singes étaient quatre mains, ou quatre pieds, ou quatre pattes / Non. Ha dit : « La patte est à mes yeux uue extrémité essentiellement locomotrice et prébensile ; la main, aù contraire, l'apanage exclusif de l'homme et dont la racine MA signifie mesurer, est une extrémité spécialement on- ▼rière qui ne sert qu'éventuellement à la locomotion^ par exemple pour grimper, pour nager. Si les naturalistes ont appelé les singes quadrumanes, on peut au même titre ]*'s fL^^eieT quadrupèdes. Ni Tun ni l'autre Q*est rigoureusement exact. » Après cela il ne hons resterait plus^ les singes ii*ayant ni pieds ni mains^ qu'à créer Tordre des quadrupattes ; mais heureusement chacun de ces mots tnains, pieds et pattes a un sens spécial qui nous dispense de cette dure nécessité.

A en croire M. Fruner-Bey, c'est par la fonction qu'il faut déterminer ce sens, et cette fonction est pour la patte locomotrice et préhensile ; tandis que la maùi n'est qne prébensile et le pied n'est que locomoteur; à ce compte^ les

hommes ont quatre pattes, puisqu'ils peuvent se servir de leurs mains pour marcher et de leurs pieds pour SSÙBÎr et même exécuter occasionnellement tout ce que les mains elles-mêmes peuvent exécuter. M. Georges Poucbet (P/uro-

lité des races humaines, p. .^7), et M. Broca {îoe. cit.) en ont cité de nombreux exemples; le premier, se plaçant au mâme point de rue que M. Pnmer-Bey, au point de vue — que je crois erroné — de la fonction, propose même de ranger l'homme avec les singes dans Tordre des quadrumanes et d'en faire, à l'instar de Ch. Bonaparte, une famille de cet ordre. Aux yeux de M. Pruner-Bey, quadrupèdes ou quadrumanes c'est tout uu^ et pourvu que les singes n'aient ni pieds ni mains, il sera toujours content ; mais il n'en peut pas être ainsi, parce que le pied et la main ne sauraient être confondus : la disposition des os du tarse n*est point la même que celle des os du carpe, le volume proportionnel est ditiërenl, les rapports sont changés, et les insertions musculaires sont spéciales, de même que les mouvements. Les os du carpe sont disposés eu deux rangées sensiblement parallèles de quatre os; les os dn tarse comptent quatre os en avant, le cubolde et les trois cunéiformes, un au centre, le scaphoide, et deux en arrière, l'astragale et le calcanéum. Quiconque a vu un cal- Ccincum sait que rien de pareillement conformé n'existe à la main, et pour qu'un singe ait une main postérieure, il faudrait qu'il n'eût point de calcanéum. En outre M. Huxley, à qui j'emprunte la plupart de ces détails, a démontré que l'existence d'un court fléchisseur et d'un court extenseur des orteils changeait les conditions myologiques du pied et qu'en outre le long péronier, muscle de la lace externe de la jambe dont le tenflon contourne en arrière la malléole externe n'avait aucun analogue à la main. Ainsi trois caractères de premier ordre distinguent le pied de la main : configuration et disposition des os du tarse, présence an pied d'un court fléchisseur et d'un court extenseur et du long péronier.

Parcourez la longue série des familles simiennes, partout vous retrouverez^ avec des caractères diâérentiels autant

et plus marqués même que ceux que je viens de résumer, un pied et une main. Arrivé aux tarsiers, vous reconnaîtrez même que, daus ce genre si voisin des galéopithèqaes et des chauves-souris, l'apparence extérieure du pied semble s'éloigner de celle de la main plus visiblement que dans des familles d'un rang plus élevé. On dirait, qu'avant d'arriver aux carnassiers, du sein des genres les plus inférieurs de l'ordre des primates une dernière protestation s'élève contre M. Pruner-Bey, pour marquer jusqu'au dernier moment la distinction du pied et de la main.

Je reviens à ma tbèse principale, et. je demande à tout homme qui a jeté un coup d'ceil sur uH squelette de gorille si les dissemblances qu'il présente, quant au pied^ avec les pieds des singes môme voisins, tels que l'orang, ne l'emportent pas de beaucoup sur celles qu il olfre avec l'homme. « Le pied de l'orang, dit Huxley, avec ses très-longs orteils et son tarse raccourci, son gros orteil très«>court (il est trèslong et mobile chez le gorille)t son talon court et élevé, la grande obliquité de son articulation avec la jambe et l'ab- . sence do tendon, du long fléchisseur, du ^ros orteil, le distinguent beaucoup plus profondéaierit du pied du gorille que celui-ci ne se distin^nie du pied de l'homme... M;iis le gros orteil des marmousets (ouistitis) a des proportions encore plus insignifiantes que celui de l'orangi tandis que celui des lémuriens est très-grand et aussi complètement semblable au pouce et opposable que chez le gorille ; mais dans cette famille (lémuriens) le second orteil est souvent Irès-moditié, et dans quciqut espèces les deux principaux os du tarse^ l'astragale et le calcanéum» sont énormément allongés, an point de rendre le pied tout à fait différent de celui d'aucun autre genre de mammifères, n (Loe. aï,, p. 223.)

J'ai donc, en ce qui touche les extrémités des membres, amplement prouvé mon dire et je pourrais m'en tenir là«

mais* puisque Foccaslon s'en présente» je veux rappeler ici rëtFoite analogie qu*offre le eol de rbumëras dans tout le groupe anthropoïde, composé de Torang^ du gorille*, du

chimpanzé et des sribbons. L'axe du col de riiaraérus est dirigé, comme chez l'iiouime,de deliois en dedan- et de bant en bas, et cette disposition ne se retrouve dans aucun autre groupe simien. U y a donc là encore beaucoup plus de différences des ^nges entre eux des anthropomorphes à l*honime. M. le professeur Martins a fait observer que la conséquence de cette disposition était que, chez les anthropoïdes, l'axe des mouvements des bras est perpendiculaire au plan de symétrie, tandis qu'à partir des semnopithèques cet axe est parallèle à ce plan^ comme on l'observe chez tous les quadrupèdes. (BuU. de la Sœ. donthr», 1868.)

Je sais que M. Alix^ dans un mémoire où il disente les

opinions de M. Vogt [DuU. de la Soc. d^anthr., 1863, p. 205), a contesté qu'il existât des mouvements de circumductions semblables à ceux de Tbomme^ mais les raisons qu'il en donne me paraissent insuffisantes : que la partie postérieure du deltoïde s'insère à la fosse sous-épineuse et s'étende jus* qu'à l'extrémité de Tomoplate au lieu de se terminer sur l'épine de ces os comme chez l'homme ; que le petit pectoral s'insère sur l'humérus au Hou de s'insérer sur Tapopliyse coracoide, etc., je n - vois aucun empêchement au fait bien conuu des mouvements d'élévation et de circumduction du bras chez les orangs et les chimpanzés ; un peu plus de gène, il est vrai^ mais chez les singes inférieurs l'impossibilité, là est la différence. Quant aux modifications des insertions musculaires elles sont considérables chez l'iiomme, mais elles sont bien plus ( oiisid* rabîes, par rapport aux anthropoïdes, chez les singes inférieurs.

Aussi je n'ai jamais compris Timportance exagérée que réminent Gratiolet et son savant élève M. Alix attachaient

aux modifications du long fléchisseur du pouce qui, ^ans aucnn doute, est, chez rhomme, indépendant et beaucoup plus développé qtie chez les dinges, mâts qui néanmolni teiste ches cettt-ci représetité par une division du tendon du fléchisseur eommnn des doigts ou par des filaments fibreux. Sans aucun doute, ce sont là des faits de développRiTKnit par l'exercice, et si I*on voulait priver artilîciellement un pouce humain de tout mouvement de flexion (flexion de la deuxième phalange) il n'y a pas de doute qtie ce muscle, dont l'action isolée est très-faible, ne perdit ses aptitudes. Il est précisément de ceux qui ne sont pas indispensables, qui sert aux usages les plus délicats, tels que «tenir et diriiror la plume, le pinceau, le burin, l'aiguille. » (Ducheunti, Physiologie des mouvements, p. 254.) Aussi je considère comme probable que, dans les races hnmainek inférieut>es, le long fléchisseur du pouce est loin d*âVoil* les pt^portîons qti^ii atteint dans notre civilisation^ an sein de laquelle la paralysie atrophique te frappe trèssouvent. Il y a donc liiui de n'allacher qu'an*; importance secondaire a des faits qni, pour intéressants qu'ils soient, ne sauraient caractériser que des variétés, toutes choses étant supposées égales.

Ctrûeaii, J'aborde maintenant l'oigne caractéristique par excellence du groupe humain. Quoique par maints côtés la chose puisse prêter à la controverse, on peut dire sans trop s'avancer, que ce qui fait qu'un homme est un homme, c'est le cerveau. Eh bien ! les singes, en général, ont le même t} pe de cerveau que l'homme, et ce type distingue profondément l'ordre des primates de tous les autres mammifères. «Il y a, dit Gratiolet, une forme de cerveau propre aux singes et à l'h;>mme et il y a en nïéme temps d.iiis les plis du cerveau, quand ils apparaissent, un ordre général, une disposition dont le type est commun a tous ces êtres. » Mais dans la série qui va de l'homme aux ouistitis

Digilizea by LjOv.;l,^i^

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il y a des lignes de démarcation i où se trouvent-elles ? Entre les bommes et les singes î Nullement. Elles se trouvent pai iiii l(\s sinises et très-probablement parmi les anthropoinorplics eux mêmes. En d'autres termes, les cerveaux des chimpanzés^ des gonlies, des orangs, sont beaucoup plas voisins des cerveaax humains que du cerveau du gibhoUf lequel se confond par les principaux caractères de volume, de poids, de simplicité et de distribution des lobes avec les cerveaux di; oatarrhins inférieurs, guenons, semnopitlieques et inacaquns.

Cela résulte évidemment de l'examen des belles planches qui accompagnent le travail de Gratiolet sttr les plvt cérébraux de t homme et des primates^ planches si remarquables par leur exactitude et leur netteté. Que Von jette un coup d'œil sur le tableau synoptique (pl. XII) qui représente en profil tous les types de l'ordre des primates, y compris Thomme, et 1 on recoanaitra tout de suite que Thomme, le chimpanzé et l'orang forment par Tensemble des carac* tères un groupe qui se sépare de tous les autres.

Dans tous les cas, à supposer que l'on veuille former des groupes très-variés, selon que l'on se place an point de vue dt' la c^randeur relative de tel ou de tel «groupe de circonvolutions, jamais on ne séparera, dans ces groupes, l'homme des anthropomorphes.

J'irai même plus loin, et^ en me fondant toujours sur les recherches de notre illustre et regrettable confrère Gra- Uolet, je dirai que le cerveau de la Vénus hottentote, gravé dans les deux premières planches du même atlas, tient un juste milieu entre celui du blauc niiropéen et celui de l'orang (pl. 111), tandis que de l'orang au gibbon (pl. IV) il n'y a aucun passage d*une valeur comparable. Je dois encore signaler ici le fait singulier découvert par Gratiolet^ que les cébiens du genre atèle, se rapprochent de l'homme, et c'est une exception unique, par la disposition des deux plis su-

périeurs de passage et par Toblitéiation de la scUsnre perpendiealaire du lobe occipital.

n aérait tentant de rappeler ici les aingalières erreurs commises sous Tinfluence évidente d'idées préconçues par

le célèbre professeur Owen, qui enseigna longtemps que le cerveau du genre hommn so distinguait de celui de tous les singes par la présence exclusive d'un lobe postérieur, d'une corne postérieure du ventricule latéral et d'un petit bippocampe , erreurs que Gratiolet, Huxley et Flower eurent tant de peine à faire rayer définitivementt avec les arehmeephaia^ de renseignement anatomique. Mais je dois plutôt resserrer qu'étendre ce travail, et je ne puis que renvoyer à l'historique de cette controverse dont j'ai donné une version ailleurs. [V. De la place de V homme dans la nature, par Huxley, p. 250.)

Gratiolet dit : « On pourra aisément remarquer, en examinant la série comparative des cerveaux d'homme et de singes (pl. XII), l'analogie singulière que présentent dans tous ces êtres les formes cérébrales. Le cerveau plissé de l'homme et le cerveau lisse de l'ouistiti se ressemblent par le quadruple caractère d'un lobe olfactif rudimentau e, d'un lobe postérieur recouvrant complètement le cervelet, d'une scissure de Sylvius parfaitement dessinée et enfin d'une corne postérieure du ventricule latéral. » (P. %)

En résumé, il n'y a entre le cerveau humain et ceux des singes que des ditlérences de degrés : a Si nous comparons entre eux les cerveaux des différentes espèces de singe, dit Gratiolet, les plis se développent à nos yeux dans tous les cerveaux avec des ressemblances si évidentes, qu'il est au premier abord impossible de n'en être point frappé. Si maintenant nous essayons la comparaison entre le cerveau de l'homme et celui des singes, nous retrouvons les mômes ressemblances, les mêmes parties essentielles, la même disposition générale ; seulement il y a plus de simplicité

dans les singes et plas de complication dans l'homme, i» {Lœ, cit., p. 10.) A tons les caractères il convient d'ajouter

le fait de î'f^panonissemoiit direct des nerfs optiques dans le^ hémisphères cérébraux, tandis que ces nerfs n'atteignent le cerveau, chez tous les autres vertébrés, que par l'intermédiaire des tobercules quadrijameaux; cette constatation est due encore àGratiolet. (V. BuUeHns, 1865, p. IS.)

Citons encore Ton des auteurs qui se sont le plos récemment occupés de cette question :

a Les dilicrerices r«3elles qui existent entre l'enc(;phale de l'homme et celui des singes supérieurs, ditVulpian, sont bien minimes. Une faut pas se faire d'illusions à cet égard : L'homme est bien plus près des singes anthropomorphes par les caractères anatomiques de son cervean que ceux-ci ne le sont non-seulement des autres mammifères, mais mêmes de certains quadruuianes , des guenons et des macaques, par exemple; car non-feeultTiienL les circonvolutions sont dissemblables, mais il y a eutre les singes anthropomorphes et ces derniers singes un caractère dlstinctif important. G*est que chez ceux-ci les tubercules mamillaires sont réunis en un renflement unique^ tandis qu'ils sont au nombre de deux chez les premiers comme chez l'homme. » {Leç, sur la pàys. génér, et comp. du syst, nerveux, imi, p. 890.)

Je croirais faire iiqore an bon sens de mes confrères si j'insistais sur la parenté morphologique des cerveaux des deux prétendus ordres de primates. A cet égard ce sont des caractères génériques et non des caractères d'ordre qui iiitii qucnt les distances. 11 n'y a ni abîme, ni *,^oiillre, ni brèchCj ni hiatus, ni distance énorme enlre les ouistitis et les hommes de notre Occident. 11 y a tout au contraire une gradation régulière des arctopithèques à Thomme, gradation plus nnancée^ selon la remarque d'Huxley, que dans aucun ordre des mammifères.

Cessons donc de substituer aux faits des théories et des

préjugés plus ridicules encore qu'orgueilleux ; que, si les simiens sont anatomiquemenl du même type que 1 iioiiime et si, à la façon des c^uafisiers» des rongeurs ou de» édentés, iis forment nvec les hommes un groupe homœo* morpbe, on le reconnaisse sans subtilité et sans restciotioQs mentales; et que» si parmi les primates les familles simiennes sont plus distinctes l'une de l'autre que la famille humaine ne Test des anthropomorphes, on ne soit plus retenu, pour l'avouer, par la crainte d'une iiUatioa que rien n'a encore prouvé» mciis dont le degré de possibilité est exactement le môme qne pour tons les geofes d'nn ordre quelconque de mammifères,

UiDUGTlONS £T COMGLUSIONS. — LE TlkANSfO&MLSME.

Uu grand philosophe moderue a découvert et prouvé que les idées passaient, avant d'arriver 4 l'état positif» par l'état théologiqne et par l'état métaphysique. Cette loi s'est vérifiée pour ce qui a trait à la place de l'homme au sein

des êtres vivants : Tétai théologique lui a attribué un caractère surnaturel ou miraculeux; l'état mt^taphysique Ta séparé du ranlQ de la nature en le doivent de qualités uniques, sans analogues, et j'ajouterai sans réalité ; l'état po* sitif lui enseigne enfin sa vraie place, celle de famille de Tordre des primates, ordre et famille qui, dans le temps et dans respace> offre ses genres et ses espèces aussi caractérisés que toutes les catégories équivalentes du règne auiaiui. Le progrès daiib k l;Lxonnmie s'est produit à mesure que se complétaient les uoUoas acquises sur les formes terresti'us. Les anciens, et les modernes jusqu'au siècle dernier,, ne pouvaient se faire une juste idée de la gradation organique; ils ne connaissaient ni les anthropoides » ni les cébiens, ni les races humaines inférieures, ni les fos&Ues, al kissaient

1^1 vaste hiatus entre Thomme et les i»iUiécidQ0> qu'ils connaissaient à peine, ou les cbaiiioptèreB» auxquels ils n'assigoaient pas un rang conforme à leur organisation; Pline les prenait pour des oiseaux, et, tout en reconnaissant

Tétruite losscmblaiice des singes et des hommes (qu'eût-il dit s'il eùl connu le gorille 1] il appelait les premiers, par une Cffeur à linverse de celle de M. Pruner-Bey, ^uû^n*-' pède$ i somme toute^ ces quadrupèdes devenant quadrumanes ont peot^ire gagn^ au change > mais la Térifcé, non. Il pensait que Tbomme seul ayait une clavicule et des ' épaules, seul un cubitus^ et qu'il était seul bipède {Ht. XI, 98, 102y. Lcà pi'clcadiies pattes des singes suaL le dernier débris de la mauvaise réputatiou quiis avaient et que Vantiquité nous a léguée.

Je devrais m'arrôter ici, car je crois avoir accompli la tAcbe que MM. Alix et Pruner-Bey m'ont indiquée. Mais aller plus loin est tentant; montrer les liens delà question anatomique et de la question généalogique, ou, comme dit M. Giraldès, étiologique, est-ce m'écarter beaucoup de mon sujet? Je ue le pense pas. Sans doute, alors même que Ton aurait amené tous les naturalistes à la conviction que pas un des ordres de mammifères ne présente, d'une famille et d'un genre à l'autre, d'aussi nombreuses gradations que celui des primates de Unné, on n'aurail pas résolu la question d'orijinr et de transform;Llion; cette question, fùt-elle même lébulue pour une classe particulière, elle m le serait pas, du même coup, pour . tes primates, li faut reconnaître que, jusqu'à ce jour, pas un seul fait, si ce n'est peut-être «eux qui se rapportent à l'atavisme des microcéphsXeSy ne vient prouver l'hypothèse du transormisme humain ; mais de nombreux faits très* voisins dfane demoastratioiL pû:^ilive, tiui Loui uijs<'rves sur les animi'ux, viennent la rendre probable. Aussi je me

suis réjoui ^uaud j'ai éwlendii Al. Pruner-fiey dédacer qa'il

tiiUait avant tout des faits ; Von a cependant fait remarquer avec jnstesBe, que la distinction entre le fait et Thypothèse n'était pas des plas aisées ; très-probablement ce qui est un fait pour M. Pruner-Bey n'est pas toujours on fait poar

M. Broca^ et réciproquement. Aux yeux de l'école orthodoxe, la légende mosaïque rapporte une série de faits, et aux yeux de M. de Quatrefages Tunité de l'espèce humaine est fait positif, à l'occasion duquel nous avons en sonvent la bonne fortune d'entendre M. Pruner-Bey; mais, pour Gratiolet et pour MM. Broea et Poucbet, la pluralité des espèces humaines est également un fait. D'un antre côté, l'école à laquelle appartient M. Alix « cherche avant tout les idées; » il paraît ditfîcile de concilier MM. Alix et Pruner-Bey, qui, cependant, sur tant de poi ts, pensent et luttent en commun. MaisFlourensnousa, à cet égard, laissé tine tradition : quand il a publié son livre sur la vie et l'intelligence, il annonçait ambitieusement qu'il apportait aux physiologistes, des idées, aux philosophes, des faits; MM. Alix et Primer n'arriveront à cet heureux résultat que parla combinaison de leurs eflbits.En eliet, si M. Alix suit une voie évidemment mauvaise en cherchant avant tout des idées, M. Prunei^Bey se trompe, lorsqu'il croit que la science est toute dans les faits : rbypothèse est un procédé de la méthode tout aussi légitime qu'un fait quelconque ; c'est à l'hypothèse que nous devons la connaissance de la phiparl des faits astronuiijiijues, chirui jues et . biologiques, et quuud ou souge aux quahtés requises pour qu'un fait soit incontestable^ on se prend à se demander s'il n*y a pas à cette heure même plus de prétendus faits tenus de très*bonne foi pour vérifiés, partons les procédés d'investigation, et cependant d'une fausseté complète, que d'ii^pothèses ahsurdes.

L'hypothèse n'est soumise qu'à une condition : celle de n'être pas contradictoire ; or l'hypothèse du transformisme

non-seulement ne contredit ancune des grandes vérités,

mais elle reçoit un appui évident de Tensemblc des faits connexes, et premièrement de l'existence incontestable d'une série d'êtres plus ou moins parfaits qui semblent graviter autour d'un type fondamental; ainsi de l'homme européen par rapport à Tensemble de ses espèees et des famillee de l'ordre des primates ; à leur tour ces types des ordres et ceux des classcfs ont entre eux certains rapports beaucoup plus éloiyaés qui n'échappent point à l'anatomiste, et que l'on poursuit jusqu'au moment où les tissus élémentaires, le sang et ses globules restent le seul fonds commun.

Ainsi il ne faut pas s'attendre à trouver une échelle de progression simple : le gibbon supérieur au cynopithèque,

le chimpanzé au gibbon, l'orang au chimpanzé, et chacun de ces êtres engendrant son voisin plus par[;ut. Là est la tbéoi ie [)cLr trop régulière et simpliste que l'on prête souvent aux transformistes ; il faut supposer ces types émergeant d'une môme branche et représentant les rameaux d'inégale longueur inégalement distants les uns des autres. Entre les rameaux on ne peut établir de gradation individuelle qn'en se plaçant à certains points de vue; et alors la distribution varie avec les points de vue. La masse, ou, si l'on veut, l'ensemble des qualités primitives, se répartit inégalement dans chacun des rameaux. C'est pourquoi le fait des ressemblances partielles^ mais non totales des hommes aux singes, ressemblances plus ou moins accusées selon les races, loin d'être opposé à l'hypothèse du transformisme, lui est des plus favorable : le progëniteur a inégalement distribué ses qualités. Rien ne peut mieux venir à l'appui de Thypollièse d'une descendance commune. Ainsi nous voyons souvent dans une famille an enfant ressembler à ses parents par telle ou telle qualité morale, et s'en éloigner par l'absence d'une disposition qui se retnravera très-

marquée chez on antre ea&nt^ de foçoa à n'offrir qa'ime hérédité très-partielle et cependant saisissante. Gratiolet,

M. Alix, M. Fiuuci-Bcy ont autrement, mais à tort, je pense, interprété ce fait; il leur semblait que la parenté du singe et de riiomme devait se marquer par une gradation régulière allant des eingee inférieurs aux hommes supé^ rieurs; ee que nous comiaissons de llnégalité des transmissions héréditaires nous permet d'affirmer qu'il n'en serait ainsi que si hommes et singes n'avaient anoune parenté commune. Aussi un transformiste, M. Weisbach, confirmant des observations anatomiques de Gratiolet, les revendique en faveur de son opinion : « La ressemblance simienne , dit-il » ne se concentre nnllemeni et d'une manière exclusive sur telle race, mais elle se répartit quant aux différentes parties entre les différentes races, et cela si bien, qu'à chacun reste une part plus on moins grande de cet héritage de parenté, n

b il est établi que l'Ëuropéeu, pour avoir les bras plus longs, proportionnellement^ que leBoschiman, n'en est pas pour cela plus voisin du singe, il est établi du même coup que la petitesse relative des jambes du gorille on celle du gros orteil de Torang-oulang, par rapport aux jambes et aux orteils humaine , u'eiîace point par elle-même les traits qui rapprochent spécialement ces anthropoïdes de la lamilie humaine.

Les différences anatomiques qui espacent les primates sur un point particulier de leur organisation perdent par là la valeur spéciale que nos savants contradicteurs tentent de leur donner. En sorte qu'A bon droit nous soutenons que l'hypotlièse transformiste, loin d'être ébranlée par les ressemblances partielles, mais non totales de la famille humaine aux simiennes^ se fonde tout d'abord sur l'oscillation et sur la répartition, parmi toutes les familles simiennes, des caractères d'un type aujourd'hui tout

idéal, le type des primates. Si donc on veut bien admettre que l'homme n'a point toujours existé (et cela est certain). Tienne s'oppose i ce qn'onlni reconnaisse ponr ancêtre nn être ineonnn qui, par nne série de lentes modifications

poursuivies pendant des siècles, nccumniées par la sélection, est arrivé à diverger de la souche commune non moins que des branches qui en émergeaient en même temps que lui- Tout a Tarié depais lors, ici et là plus ou moios hearensement; ici nons avons nn mincopîe ou un orang, là nn gorille, là nn nègre, ailleurs un Abyssin, un Galla ou nn Perber, ou un cynocéphale, ailleurs encore un Lapon on un Arien. Il n*est donc pas juste, dans l'idée vraie du transformisme, d*avancer qne nous venons d'un singe ; nous ne venons pas plus d'un singe que d'une chauve-souris. Autour du type de la classe des mammifères les formes organiques se sont dîwsement modifiées, aboutissant à des ordres, à des ftanUles et à des genres qui servent eux-mêmes de centres secondaires d'évolution.

C'est en vain que nos contradicteurs nous arrêtent et nous demandent pourquoi, par quel prodige les êtres varient et. somme tonte, pour quelques-uns varient progessivement. A une telle question, qui semblerait insensée dans les sciences pbysiquesyil n'y a pas de réponse, puisque la cause première est hors de notre portée. Pourquoi la terre gravite dausTcspace ; pourquoi le poids de l'atmosphère fait équilibre à une colonne de mercure de 65 centimètres ; pourquoi la graine se développe en plante ; pourquoi le nerf re» çoit et transmet les impressions et les mouvements, nous l'ignorons. De même nons ignorons pourquoi les êtres vivants varient, mais nons savons qu'ils varient, c*est là nn fait primitif que démontrent les successions paléontologiques.

Sans doute tous ne varient pas, mais, nous le constatons chaque jour, ceux qui ne varient pas s'éteienent ; la varia-

bUîtô esl une condition de la perpétuité. X^e progrès n'e^t donc pas nécessaire pour tous. Il y a plus, si nous cher* chons à entraîner dans le mouvement des races qui sont séparées de nous par une distance notable, nos ^orts ne

font qu'accélérer leur chute.

Celte variation est le second argument en faveur du transformisme. Les travaux des Lamark, des Geoffroy, des Owen, des Darwin l'ont mise hors de conteste. Sans doute ce n'est, quant à lliomme, qu'une preuTe analogique, et il se poumit que, vraie pour certaines dasses, ou même pour certains ordres, la formation des espèces par les variétés cessât d'être vraie pour d'auUes classes ou d'autres ordres. C'est ce que l'un des plus vigoureux adversaires du transformisfoc, M. J. Uunt, président de la Société anthropologique de Londres, a exprimé en disant : « Le darwinisme pent être Trai appliqué à la zoologie ou à la botanique, mais il n'a pas pour loi un seul fait en anthropologie. » Toutefois l'identité des lois biologiques ne permet pas de limiter d'une façon en quel- (jue sorte arbitraire le domaine des varialious; de même que les espèces chimiques, les espèces vivantes sont plus ou moins stables, et les conditions de leur viabilité sont plus ou moins réalisables, tantôt à cause de notre ignorance, tantôt à cause de quelques diflE&cultés spéciales ; mais il y a peu de doute que la variabilité, si elle est réelle, ne soit une aptitude commune à tout le monde organique.

Quant à cette réalité, les preuves ne lui manquent point, que les variations soient spontanées ou qu'elles soient le résultat des efforts suivis de la sélection méthodique. U suffit de jeter les yeux sur les planches publiées dans le deniiei écrit de M. Darwin {Ih la variatùm des animaux et des plantes suui, Vinjlufiice de la domestication, inid. Moulinié, 1868^ et représentant diverses races depitreons doiut sUqui'Sjpour se convaincre que le grosse-gorge, le messager anglais, le pi-

geoD barbe, le pigeon paon, le p^on biboa et le culbutant différent entre enx par lenrs caractères extérienrs tt tout

autant que peuvent le faire les genres naturels les phis distincts. » (Darwin.) Et tous ces genres dérivent d'unu seule e^pèce^le biset ou Co/uméa iiviai or, quoique M. Darwin ait inneté sur ee tenne : cttractère$ exiérieurêf et tout en constatant que c'est par les caraetères eztâiiears ^e la plupart des genres ont été établis, il ne fondrait pas le prendre trop à la lettre, car les crAnes, les mftcboires, les omoplates, la forme des eûtes, le poids relatif dans le iiombre et la longneur des vertébrés, la taille d(»s diverses parties, les mœurs, les aptitudes, etc., diffèrent non moins que la peau, le bec, les rémiges, la coloration, les pattes, ete.

L'exemple des pigeons, si profondément étudiés par M. Darwin, est un peu ancien : mais dans son récent onvrage le grand naturaliste anglais a exposé l'histoire des races de chiens et de chats, de chevaux et d'aaes,de porcs, de moutons et de chèvres, de lapins et de gallinacés, de &çûn à rendre applicables à tous les animaux que nous pouTons observer de très*pràs les lois de la sélection spon* tanée on artificielle, celles que M. Herber Spencer a heureusement résumées en disant la survivance du pbts apte,

La formation des espèces pai voie de variétés, c'est-àdire Il l'accroissement des dilTérences lég^ères caractérisant les variétés jusqu'à arriver à atteindre en importance les différences plus grandes qni caractérisent les espèces et les genres, » (Darwin) se présente doncà nous comme fondé e sur nue série de faits qui enlèvent en grande partie au transformisme son caractère hypothétique.

Darwin va même, sur ce points plus lum (jifaucLiii autre, et comme on accuse souvent ses disciples d'ôtre plus darwioistes que leur initiateur, il est opportun de citer ici un passage de son récent ouvrage : « En examinant jusqu'à quel point on peut étendre la théorie de la sélection natu*

reUe, c*e8t4-dire en chmhémt à déterminer le nombre des formes primitives dont ont pn descendre les habitants de la

terre, nous pouvons conclure que tous les membres d'une même classe au moins sont la descendance d'un seul ancêtre. On réunit dans nne même classe un ensemble d'êtres organisés^ parce qu'ils présentent, indépendamment de leurs habitudes, le même type fondamental de conformation et qu'ils ofi^nt entre eux nne certaine gradation ; de plus les membres d'nne même elasse se montrent trèssemLlablcs entre eux dans les commencement*! de leur état embryonnaire. Ces faits s'expliquent par ieur dt'>ct;ndanco d'une forme commune. On peut donc admettre que tous les membres d'une même classe proyiennent d'un ancêtre unique. Mais comme les membres de classes distinctes ont encore quelque chose de commun dans leur structnre et beaucoup dans leur eonstitation, l'analogie nous conduit k faire un pas de plus et a regarder comme probable la descendance de tous les êtres vivants d'un prototype unique. » {Var. des animaux et des plantes, trad. Moulinié, I, p. 14.) J*uvone qu'ici il m'est impossible de suivre la conception de If. Darwin. Bien loin de me représenter l*origitte des êtres vivants par nn prototype unique, il me parait qne l'une des conditions de la variabilité est la perpétuité de l'existence et la multiplicité indéfinie dans le temps des formes de la vie. Les plus aptes à la survivance ont constitné les types des classes et des ordres, des genres, des espèces^ qui» créant à leur tour des variétés, ont recommencé, dans la sphère de leurs variations, la constitution de nouveaux types. C'est ainsi qne Ton peut se rendre compte de la succession, dans le temps, de formes totalement différentes. L'idée d'un prototype imiquo pour tous les êtres vivants est une hypotbèse qui peut être bonne dans le système de création, et aussi dans le système de formation spontanée de ces êtres. Mais rien ne nous autorise à supposer qne la

vie organiqae ait en an commeacemeat ; toot nous porte à eroire, au contraire, que les phénomènes groupés sons

le nom de vitaitx ont toujours fait partie de ceux qui s'accomplissaient soit sur le sol, soit dans les mers, soit dans l'atmosphère. Or, dans ce système, le grand nomhre des fonnea vivantes s'adapte mienx à rexplication des singulières métamorphoses qne nous révèle l'examen des débits des espèces» et même des genres maintenant éteints.

C'est pourquoi la conception d'nn type idéal de primate de Cdiiiassicr, de ron^^cur, de proboscidien ne conduiL en aucune façon à admettre son existence réelle dans le passé. Ce type n'est qu'une sorte de sphère morphologique au sein de laquelle ont toujours évolué les réalités vivantes. Le transformisme ne comporte donc pas d'un &çon nécessaire la notion toute darwinienne d'nn petit nombre de formes primitives ou d'une seule de ces formes ; notion qui est en contradiction avec ce fait que les espèces vivantes étaient j^dis beaucoup plus nombreuses qu'aujourd'hui. Il semble mémOi à mesure qne l'empire de l'homme s'étend sur la terre, qne lee formes tendent à se réduire à un petit nombre d'espèces domestiques et i un nombre pins petit encore de races humaines*

Il importe donc de séparer Id cause du Li aLisiui iuisme de celle du darwinisme. Sans luccoanaUrc les services considérables rendus à la science par l'illustre auteur de VOrigwedMespèm, on peut dire que ses vnes ne sont que l'une des explications que peuvent supporter les faits mdéniables de variation. Mats Owen, par exemple, opposant l'hypothèse de la Dérivation à celle de la SêleeHon naturelle, crutt que les cires ont une tendance naturelle à dévier du type de leurs parenls, en vertu d'une propriété primitive et intrinsèque» indépendante des circonstances au sein desquelles se passe la vie ; c'est ainsi qu'il s'explique la création, qui serait un fait ininterrompu^ et la formation perma-

nente des espèces. (Owen, Anatomy of vetlebmies^ ch. xl.)

Loin de moi Tambition de vouloir indiquer ici toutes les raisons qui militent en faveur de la thèse à laquelle se rattachent mes convictions longtemps hésitantes. Je ne par^ lerai donc pas des faits paléontologi^es qui comblent tant de lacunes organiques dans la sneeession des êtres, ni de l'accroissement fonctionnel et de la spécialisation croissante des habitudes, faits si bien en concordance avec la transforin;Ltion proc^ressive. Mais je ne puis m'empôcher de signaler une considération qui plaide puissamment en sa faveur : le transformisme offre à la biologie une doctrine admirablement propre à servir de stimulant, de direction et de but aux travaux épars des naturalistes; elle propose au philosophe une solution vraie on fausse, mais yérifiable, des problèmes qui préoccupent perpétuellement l'humaiiilé et qui, jusqu'à ce jour, étaient voués aux disputes désordonnées des écoles subjectivistes ou des écoles surnaturalistes; elle donne un sens au yague instinct qui, sous le nom de pragrèt^ servait de raison aux efforts civilisateurs; elle console, au nom de la nécessité, de l'épouvantable spectacle des guerres qui s'élèvent au sein de la famille humaine, de môme qu'au sein des i ami lies des animaux les plus féroces ; elle parait assigner à ces catastrophes un terme qu'aucune autre doctrine naturelle ne permet d'entrevoir; elle nous arrache au scepticisme déses^ péré en nous permettant d'éviter Técueil de la superstition sur lequel s'est brisée la raison d'un Pascal ; elle limite nos espérances et supprime, au profit de nos semblables, les imaginations chimériques sur lesquelles se fondent le fanatisme et la tyrannie de l'esprit.

n est temps de conclure ; la physique nous a appris que rien ne vient de rien et que les forces se transforment Inoessaoment sans déperdition dans la mesure de leurs eUets ; la chimie nous a montré que la formation d'un

corps résultait de nouveUes combinaisons des mêmes éléments ; la biologie noas révèle la foimation an sein du bastème, avec le même matériel, de tissus dont les propriétés sont distinctes; rembryologie comparée signale

les métamorphoses poursuivies durant une lont^ue période pendant plusieurs générations; la botanique nous prouve que l'adaptation au milieu produit des changements considérables dans les parties constituantes de la plante.

Darwin» enfin, est yenu démontrer la variation initiale spontanée des êtres organisés, variation que favorise^ confirme et augmente la lutte pour rexistenee et la reproduction sélective. Ainsi naît lliomme, comme l'a dît le poëte, les pieds dans la boue, la té le dans les deux.

Nous nous présentons donc avec une doctrine complète, dont toutes les parties s'enchaînent, sur l'homme, sur ses rapports avec le monde inanimé et avec le monde vivant. I^ous avons des vues sur son origine, et ces vues ont une base analogique des plus solides ; nous avons aussi pour l'avenir l'espoir raisonné d'une destinée meilleure. Pour la première fois la philosophie générale de l'homme s'appuie sur la biologie, qui elle-même repose sur les sciences inorganiques.

Ainsi s'enchaînent toutes les formes de la vie ; ainsi tout le savoir se tient.

Que ceux que cet enchaînement n'a pas frappés^ et qui tout en déclarant leur affiranchissement du surnaturalisme repoussent non-seulement nos conduslons mais notre méthode, veuillent bien nous dire à leur tour comment ils pourraient sortir d'un dilemme qui peut s'exprimer en deux mots : l'impuissance, qui est une abdication, i'mditiérence qui est l'impossible.

(Extrait du BHitolm d$ ta Société d'Anthropologie.)

^•rit. — T|po|^<!p1iie flBmiiiiim n tiLSt dn BooIa? Ar4, t.

1^ Digitizeci by Gov.*^.

T* nnew flw charge, bKk mnl be broiighf li Ihe

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