‹ L'ordre des primates et le transformisme par m.E. DallyChapitre 2 sur 4 · PHYSIOLOGIE · texte numérisé non relu

PHYSIOLOGIE

Tout d'abord, je ferai remarquer en thèse générale qu'en physiologie, c'est-à-dire dans la réalité vivante, un singe ne diffère en quoi que ce soit d'un homme : toutes les fonctions do singe sont identiques à celles des hommes. Les singes hoivent, mangent, digèrent, respirent, veillent, dorment, raisonnent, croissent et déclinent comme Thorome ; ijuei^ucb-uiiâ d'entre eux peuvent même marcher daub 1 at-

titade vertkale ; la phq»art, dans le groupe des antliropoiDorptaes au nKifais, ont, dans nne cerimne memt^ tons les antres monvements hnmams, y compris celui d'opposition du ponce à l'index. Us se reproduisent de la même façon

et nu iirrissent leurs petits par rintermédiaire do îenr placenta discQÏde, forme qui d'une part les rapproche les uns des antres, et d'autre part ies distingue des carnassiers, dont le placenta est en zone.

Cependant M. Pruner-Bey a écrit : « H est d'abord prouvé par mes recherches, que la loi dn développement, en ce qui concerne les partn^s principales qui constituent le corps, est inverse chez rhonimo et, chez le singe ; et personne que je sache n'a démontré le contraire. » A envisager cette phrase isolément et dans llgnorance où Ton pourrait être des trayanx de notre éniinent collègue, il semblerait que les parties principales dn corps se développent inverse» ment chez l'homme et chez le singe ; et qu'ai-je fait, cela disant, que recopier la phrase de M. Pruner-Bey? Or les parties principales du corps sont, sans nul doute, le cerveau et la moelle, le cœur et les vaisseaux, le système osseux, Tappareil digestif, etc.; et la proposition de M. Pruner-Bey ne peut s'entendre qu'en un sens^ à savqir que si, chez les honmies, le système nerveux central est la première formation erabrj^onnaire et le système dentaire la dernière, ou vice versâ, le contraire di vra s'observer chez les singes. H est impossible que M. Primer-Bey ait voulu dire rien de semblable, et cependant je ne connais pas d*autre moyen d'expliquer une phrase, que certains disci« pies trop zélés répètent dogmatiquement en disant : le développement organique du singe est inverse de celui de l'homme.

Or il n'est rien de par*>il dans ia nature. Le développement des systèmes organiques des singes est presque identique à celui de l'bomme, et ce n'est qu'à un âge très-

avancë de la vie que quelques légères distinctions peuvent être faites. Copondanl , puisque M. Pruner-Bey a parlé do SOS rcchoiches, j'ai voulu savoir à quoi notre collègue avait fait allusion, et je me suis reporté à la discus- Bion qui eut lieu devant la Sooiëté d'anthropologie, en 1865« sur le règne humain ; en effet, dans un important mémoire f^nrl^homme tt Panimal, M. Pruner-Bey a donné, d'après les auteurs les plus justement célèbres, un tableau repicscntant en parallèîn les différences caractéristiques des singes antbropomurphes et des Iiommes. Ce tableau, qui contient un mélange du caractères anatomiques et physiologiques, n'a dans tous les cas qu'une portée trèslimitée ; oependant M « Pruner-Bey avance dès ce moment ff qu'il en résulte nn ordre inverte du terme final du dé<« vcloppement dans les appareils sensitifs et végétatifs dans les systèmes do locomotion ol de reproduction {Buflctins^ 1865, p. 526). Déjà M. Broca, examinant ce talileau, avait été frappé du peu d'importance des caractères différentiels qu'il o&ait et les avait réduits à leur valeur propre (Bulletins, 1866, p. 53). Cependant il n'avait point relevé cette singulière expression que le tableau établit un ordre inverse dans lo dévolopp^^m(ml des principales parties du corps chez les Lomnies ot ciiezle» singes. La juste considération qui s'attache aux paroles do M. Pruner-Bey me fait un devoir d'éciairoir ce malentendu pour éviter à ceux qui se forment leur opinion, de confiance, à l'aide de résumés dogmatiques, l'adoption d'une erreur grave. A supposer même que toutes les observations de M. Pruner-Bey fussent incontestables, ee qui n'est pas, il on ii'sLdtorait que l'évolution des dents permanentes est un peu ditl'érente chez les hommes européens et chez les simiens. Chez ceux-ci les grosses molaires se développeraient avant les petites et la dent canine après la dent de sagesse. Voilà tmtt ce qui a trait an développement t Voilà ce que M. Proner-Bey ap-

]^\\q avoir proutfé par S€8 recherchas i u que la loi du développement, en ce qni copoerne leg proportioQB des principales parties da corps, est imm$ chez ITiomme et chei le singe, » J'ayone quo ceh n*est point asseE i mes yeux, et lorsque l'on sait que ces caractères dentaires sont, de Taveu do iM. Pi unei". vai iables chea les sinc^es eux-mêmes, en sorte qu'il est des espèces où la canine permanente se développe comme chez l'homme avant la dent de sagesse, que reste-t-ii de Tordre inverse de développement T C'est donc là une idée à laquelle il faut renoncer pour rester dans les p^randes lois organiques, qui marquent, à tous les degiLS de hi vie, une conlormilé saisissante.

Toutefois je n'ignore pas les coosideralions importantes que GraUolet a fait valoir contre cette dernière proposition, en ce qui concerne certains traits du développement; mais je sais aussi que R. Wagner et G, Vogt ont opposé à notre regrettable collègue des arguments qu'il ne lui a malheureusement pas été donné de réfuter. Je n'ignore pas non piu.s d'nilleurs que le même antluupuiogiste a sipnalé une dillércnce sérieuse dans l'ordre du développement des plis cérébraux cbez 1 homme européen et chez les singes. Mais cette. étude qui ne porte d'ailleurs que sur on très-petit nombre de faits (Voir Gratiolet, Plis cérébraux, p. 82), un on deux fœtus de singe, je crois, ne s^est étendue ni à tousJes singes ni a toutes les races, ou, pour parler comme GratioJct, à toutes les espèces humaines^ il se pourrait môme fort bien que rapparition des circonvolutions cérébrales fût soumise à des variations individuelles comparables À celle du système dentaire. Dans tous les cas, cet ordre de recherches n*est point dû à M. Pruner-Bey, qui n'en a pas parlé, et il est insuffisant pour établir une ligne de démarcation entre le^^ hommes ei les siiiges. Les probabilités sont grandes en etlet pour que, par des obser* vations ultérieures, on constate sur ce point des variétés

ethniques considérables; c'est à Gratiolet lui-même, d'ailleurs, qu'est due la découverte de ce fait que Tossification des sutures crâniennes suit chez l'aryen et chez le nègre une marche inverse ; chez celui-ci les sntnres antérieures s'ossifient les premières ; elles s'ossifient les derineres choz]'ar\ en. S'avist t onde porter ce véritable développement inverse à la hauteur d'un ca^act^^e générique?

J'ai donc le droit de dire, jusqu'à la preuve du contraire, qu*au point de vue do développement, les singes se rapprochent plus des hommes que de tous les autres mammifères, et que, dans les premières phases de leur existence, ils oflfrent une évolution identique. C'est là d'aillenrs une vérité que îa conformation identique des placentas dans les deux genres devait faire soupçon u r.

11 est vrai que le tableau parallélique dont j'ai parlé plus haut contient l'énumération des diflférences d'un autre ordre : c'est avec raison que M. Pruner-Bey constate — non le premier toutefois que le cerveau des singles est plus petit que celui des h o m m es, que dans quelques espèces il y a des sacs laryngiens, et enfin que les membres supérieurs sont plus longs que les inférieurs, tandis que le contraire s'observe chez les hommes, etc.^ etc. Je reviendrai un peu plus loin sur celles de ces différences qui sont réelles, sur d'autres non moins réelles que M. Pruner-Bey n'a point mentionnées, et enfin sur celles qu'il a mentionnées à tort, soit qu'elles n'aient aucune valeur, soit qu'elles soient inexactes. Nui n'a jamais contesté qu'il y eût des différences entre les singes et les hommes, mais il y a aussi des différences parmi les ruminants, parmi les carnassiers* Si l'on place dans les mêmes ordres le mouton et le chameau, * l'ours et le chat, l'éléphant et rhi[)popotarae, l'écureuil et le porc-épic, le lamantin et la baleine, il faut être sinerulièremeut prévenu pour ne pas placer dans le niernt^ oi\lre anatomique les singes et les hommes. Il y a des ditl'éreoces

parmi les houimes, il y en a parmi les singes : le tout est donc une question de vaienr proportionaelle, de quantité, d'appréciation.

Ayant dit que la physiologie dans toutes ses parties était, au degré près, la même, reprenons maintenant le poiul de vue anatomique et jetons un coup d'œil sur l'ensemble de lu famille simienne.

PAKAIXftLfi ANATOMIQCB DIS PBfTENOUS BIIIAHB8 BT QUABEUlUKXS.

Les singes sont, dans Ja classification courante, des ver^ tëbrés delà classe des mammifères^ de la sous- classe des mouodelphiens> du groupe des primates et de l'ordre des quadrumanes; à ce point les hommes s'en sépareraient pour former Tordre des bimanes.

L'ordre des quadrumanes est dÎTisé en un certain nombre de familles, et ces familles en genres subdivisés en espèces et en variétés.

Or j'ai dit qii euiie deux singes donnés il pouvait y avoir plus de did'érence qu'entre un singe et un homme donné ; en d'autres termes que la somme des variations» d*un singe inférieur au singe le plus élevé est plus étendue que la somme des variations de celui-ci aux hommes inférieurs. Gela revient ù dire qu'il y a dans la classification ac* tueîle plus de différence entre deux genres qu'entre deux ordres et que, pur suite, cette distribution est fautive et doit être rejetée. J'ajouterai que pour établir cette thèse, je n*aurai nul besoin de choisir constamment les singes les ]^U8 inférieurs, non plus que, par rapport aux supérieurs» les hommes les moins développés ; cependant, dans certains cas, je me réserve un libre choix.

Les caractères analomiqaes qui servent à classer les genres et les espèces se rapportent à la taiUe, an carac-

tère et aux proportions des înf:ml>i(3s, au crâne, aux dents, ail cerveau, aux orgau<3s dt;s sens, aux viscère» Ihoi aciqiies et abdominaux. Comparons sommairement les notions ç[ue nous possédons snr ces divers points.

TaiUe. Les variations de la taille parmi les espèces du genre homme sont tr6s-donsidërables. Si l'on en croyait M. Boudin, la limite supérieure serait ^'"^OSS, mais comme les plus grands des Patagons n'ont donné à M. d'Orbigny que 1",920 et que M. Boudin ne cite pas son homme de 9 pieds , nous supposerons qu'il s'est trompé de

1 mètre. L'homme le plus élevé a donc un peu moms de

2 mètres» et cette taille, sans être commune» n*est pas extrêmement rare (i). Quelle est maintenant la plus petite taille d'une espèce humaine ? La chose n'est point facile à déterminer, car peisunne n'a fait pour la taille le beau travail qu'a réalisé M. Pruner-Bey pour la chevelureXe colonel Titler, cité par M. Alix, aifirme que le plus grand des Blinooples n'a pas plus de 4 pieds 7 pouces, soit l",38 {Bulletins 4866, p. H). Hais nous avons tout lieu d'admettre que les Lapons dépassent rarement o pieds, et qu'une hauteur de 4 pieds (132 centimètres) est tres-commnne parmi eux. Or le gorille mesure fréquemment

3 pieds anglais (152 centimètres) et Torang A pieds (1S8 centimètres), tandis què les smges américains ont ra* rement plus de 2 pieds et très-fréquemment ne mesurent qu'un pied et demi (48 centimètres). Parmi les cébiens, l'un des plus grands, le Brachyurus satanas atteint 90 centimètres, le saki 80, l'aiouate 86, i'ériode 53, le hurleur noir âSt, et dans les arctopithéciens le ouistiti vul-

1 Le célèbre squelette de Charles Bjrne qui est au musée des clii-> rurgîens à LoDcIres mesure exaciemeni 2 mèires. Peodaiii sa vie Byrne a atteint Smjo. Par contre le Ffjuelette do Caroline Crachanuiu, âgée de dix ans, qui se trouve au iw^me musée, mesure 50 centimètre; je cioîs que ce soat là les termes extrêmes de U taille bumaiue.

gaire (lacehm mUgarii) mesure 90 centimètres ; M« Primer- Bey n'exigera pas, j'espère^ des singes de 10 centimètres ponr reconnaître nne différence considérable dnphisgraitd

an plus petit des singes. En résumé, pour ce qui est de lu taille, tandis que les antluopomoriihes sont sni' pied d'égalité avec certains hommes» ils peavent être sept fois plus grands que les singes du nouveau monde classés dans le môme ordre; donc, à cet égard, les singes diffèrent entre eux sept fois plus qu'ils ne diffèrent des hommes.

Proportions des membres. — Ces proportions peuvent être prises soit par rapport ù la taille, soit par rapport à la co~ loone vertébrale, soit par rapport aux divisions mêmes des extrémités. A ces différents points de vue, nul doute n'est possible^ et l'étendue des variations qu'offirent les singes est beaucoup plus considérable que celle que peuvent ofiHr les hommes et les anthropomorphes. Ainsi Huxley ayant voulu vérifier la longueur des extrémités par rapport à la colonne verlébrale, a trouvé les chiffres suivants i

La colonne vertébrale étant représentée par 100» les membres ont en longueur :

SRAS.

iAHBB.

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