‹ L'Orégon [microforme]Chapitre 9 sur 9 · LH OREGON · texte numérisé non relu

LH OREGON

{iérement résolue et ne laisse subsister aucun motif de discussion ultérieure.

En 1826 les négociations se renouèrent entre la Grande-Bretagne et les États-Unis. De part el d'autre, on essä ya quelques concessions; mais elles ne furent point assez complètes pour offrir de solides bases à une convention définitive. C'est alors que, de guerre lasse, et sur la proposition des commissaires britanniques , un nouvel arrangement fut, le 6 août 1827, signé à Londres, en vertu duquel Particle 3 du traité du 20 octobre 1818 devait continuer à être indéfiniment exécutoire. C'est celte convention encore aujourd'hui en vigueur, et dont M. Polk demande au Congrès d'autoriser la dénonciation.

Nous avons les nouvelles d'Amérique jusqu'au 31 janvier. H règne dans les deux Chambres la plus grande agitation, et le Sénat lui-même parait disposé à se laisser entrainer dans la voie des mesures extrèmes, si familières à la Chambre des représentants. Sans parler de propositions sans nombre pour la possession entière de l'Orégon, pour la concession d’un chemia de fer, depuis New- York à la Mer Pacifique, de l'annexion du Canada, de celle du Mexique et de l'achat de Pile de Cuba, nous devons en citer trois qui ont la plus haute gravité. Deux appartiennent à M. Allen, président du comité des affaires étrangères dans Le Sénat; Faune à pour but d'autoriser le président à dénoncer au cabinet anglais la convention du 20 octobre 1818, afin de faire cesser au bout d'un an l'occupation conjointe el amener un partage ou une rupture ; l'autre tend à approuver la théorie politique de Monroë exposée de nouveau par M. Polk, laquelle repousse, de la part des puissances européennes, tout droit d'intervenir et de s'immiscer dans les affaires des nations indépendautes de l'Amérique. La proposition de M. Hannegan nous parait encore plus digne d'attention; elle à pour but d'interdire au Président toute transaction avec l'Angleterre eu vertu de laquelle le territoire situé au sud du quarante-neuvième degré de latitude serait cédé à cette nation, Remarquons en passant que la baie de Puget, occupée par les Anglais, est au-des-

sous de ce parallèle et offre les seuls ports de tout le territoire.

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Après des débats fort orageux, la discussion et le vote sur ces trois propositions ont été ajournés au 10 !vrier,; leur adoption nous semble devoir conduire à une collision immédiate. Au moment où nous écrivons, peut-être la querre est-elle décidée, et l'on doit concevoir de quel intérêt seront les prochains arrivages des États-Unis qui apporteront la solution de cette question qui peut bouleverser le monde entier.

Toutelois, dans l'hypothèse où les propositions seraient repoussées ou ajournées, les relations des deux pays n'en demeureraient pas moins dans un état transitoire, Les négociations entamées à Londres en octobre 1843 par M. Everett, ministre américain, celles reprises à Washington dès le 23 août de l'année suivante par l'honorable M. Pakenham, plénipotentiaire anglais, n'ont conduit à aucun résultat. Nulle proposition nouvelle de partage n'a été faite d'aucun côté; on a fait renaitre seulement celles mises en avant depuis 1818 à 1829, sans pouvoir arriver à s'entendre, el le seul fait grave qui soit résulté de ces diverses conférences est le refus péremptoire de M. Buchanan, organe du cabiret de Washington, de l'offre faite il y a peu de temps par l'Envoyé britannique de soumettre la question en litige à l'arbitrage d'une puissance tierce. Nous croyons savoir que très-récemment le gouvernement anglais à enjoint à son ministre de renouveler cette proposition, et le dernier paquebot parti de Liverpool le 1° de ce mois pour Neu-Vork, emportait M. Crampton, secrétaire de la légation d'Angleterre aux États-Unis , et chargé de dépèches rédigées dans ce sens et destinées à M. Pakenham. On ne peut que louer le gouvernement anglais de faire un dernier effort pour conserver à la négociation un caractère tout pacifique ; mais il est bon qu'on sache en même temps qu'il n'oublie pas la maxime des anciens : $7 vas pacem, para bellum , et que si, dans le Congrès américain, les secrétaires d'État ont demandé un crédit de soixante millions de francs, dont la moitié applicable à la marine à vapeur, lord Aberdeen et sir Robert Peel ne négligent rien pour être prêts à tout événement

En effet, dans tous les ports, chantiers et arsenaux du Royaume-

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Uni, il s'exécute des constructions sans nombre, des armements formidables et plaise à Dieu que leur seul but soit de montrer aux Américains que la Grande-Bretagne est en mesure d'appuyer par la force ses prétentions qu'elle croit légitimes. Dans la mer Pacifique, aux iles Sandwich, sur les côtes de Californie et de l'Orégon , les escadres des deux puissances sont en présence, bien qu'ilexiste entre elles une disproportion numérique assez marquée, les Américains commandés par le commodore Stockton, n'ayant que huit navires portant cent soixante canons à opposer aux seize bâtiments anglais, forts de quatre cent dix bouches à feu, aux ordres du contre-amiral sir Georges Seymour, qui va bientôt recevoir le renfort du vaisseau de quatre-vingt le Superbe, et la frégate de cinquante Grampus , qui en ce moment terminent en toute hâte leur équipement à Portsmouth.

Quoi qu'il en soit, l'Angleterre se présente soutenue des prétentions les plus légitiraes. Indépendamment de la possession incontestée des territoires de la baie d'Hudson, elle à acquis par la cession du Canada, en 1763, des droits indiscutables sur les régions à l'ouest des Montagnes-Rocheuses. Quant à ceux qu'elle possède sur la côte elle-même, ils lui ont été formellement concédés par le traité de FEscurial du 28 octobre 1790 : en effet, on n'a point à juger si les moyens qu'elle employa pour l'obtenir furent entachés où non de déloyauté, puisqu'il est notoire que VEspagne y adhéra librement et qu'elle ne réclama jamais contre son exécution. Ce qu'il y a de positif, c'est que ce traité accorde nonseulement aux Anglais la possession absolue de Noutka, mais aussi la faculté de trafiquer avec les naturels et de créer des établissements sur la partie de la côte non encore occupée, à condition qu'ils seront situés à dix lieues de ceux fondés déjà par les Espagnols.

Or, la mission et le fort de San-Francisco étaient en 1790 les postes les plus septentrionaux que PEspagne eût établis sur la côte nord-ouest, ayant ,comme nous venons de le dire, cédé à l'Angleterre le port de Noutka et abandonné, même avant cette cession, l'établissement commencé dans celui de Nuñez-Gaona dans le dé-

toit de Fuca.

Ainsi done, sans violer en rien l'esprit du traité, les Anglais, immédiatement après sa conclusion, auraient pu venir s'établir à dix lieues marines du port de San-Francisco et sur toute la côte dont ils sont disposés à se dessaisir aujourd'hui en faveur des Américains.

Quant à la partie du pays située au delà du quarante-deuxième degré, les Américains affirment que leur achat de la Louisiane à la France, le traité des Florides et la convention qu'ils conclurent en 1824 avec la Russie leur donnent sur ces régions les droits les moins contestables. Involontaire ou calculée, c'est une erreur grave. Il est facile de se convaincre, en examinant le traité d'Uirecht, celui de la cession de la Louisiane par la France à l'Espagne en 1762, le traité de rétrocession de cette dernière en 1800, enfin le traité de vente par la France aux États-Unis en 1803, qu'il n'existe aucun article, aucune limite désignée d'où lon puisse induire que la Louisiane s'étendit à l'ouest jusqu'à la mer Pacifique où même au delà des Montagnes-Rocheuses. Ilest, au contraire, dit textuellement dans les lettres-patentes accordées le 17 septembre 1712 par Louis NIV à Croizat « que cette province es! bornée par le nouveau Mexique, » el c'est assez dire qu'elle ne saurait s'étendre jusqu'à la mer à Fouest.

Les Auséricains soutiennent en vain qu'au sud, à partir du quarante-de’ “ième parallèle, FEspagne et le Mexique ont abdiqué à leur profit tous droits de possession et de souveraineté, et qu'au nord, au-dessous du cinquante-quatrième degré, les Russes, pat le traité de 1824, leur ont reconnu les mêmes droits. Gette argumentation est complétement détruite par la convention de 1825 entre l'Angleterre et la Russie, puisque, dans l'un comme dans l'autre traité, le gouvernement russe place les deux nations sur le pied d'une égalité parfaite, et ne reconnait à aucune des avantages particuliers. Pour la limite du sud, le Mexique et lEspagne ont agi de la même manière : ils ont concédé aux États- Unis leurs droits sur les contrées situées au nord du quarantedeuxième parallèle. Mais il est de toute évidence que le traité des

Elorides ne saurait porter atteinte à la validité de la convention

de 1790 ; il ne constitue qu'une simple renonciation, et les Etats- Unis, en y adhérant, s'étant substituës à l'Espagne pour le territoire à l'égard duquel cette puissance résignait ses prétentions, doivent respecter tous les droits qu'un trailé antérieur au leur avait reconnu aux Anglais.

Si nous avions ‘ne atenant à émettre une opinion sur celte question importante us ne pourrions, malgré toutes nos sympathies pour les États-Unis et notre aversion contre le système d'envahissement de l'Angleterre, nous empêcher de reconnaitre que la raison et le droit sont cette fois de son côté. Il est même permis de s'étonner que, répudiant sa ténacité habituelle, elle ait fait aux Américains, dans le cours des négociations antérieures, de si larges sacrifices.

L'issue de ce débat est d'ailleurs impossible à prévoir. Nous avons parcouru Île territoire en litige à l'époque où sir George Simpson, gouverneur de la Compagnie d'Hudson, et l'escadre américaine l'exploraient simultanément. Tous les officiers de cette expédition scientifique ont assuré hautement devant nous qu'après l'examen qu'ils venaient de faire, les États-Unis ne pourraient accepler pour frontière que le quarante-neuvième degré, depuis les Montagnes Rocheuses jusqu'à la mer. Quant à sir George, il nous a plusieurs fois répété que l'Angleterre se confierait à la chance des armes plutôt que d'obtempérer à cette limite et de sacrifier la baie de Puget. De telles paroles dans la bouche de tels hommes nous ont paru d'un grand poids, et faisaient dès lors présager les sérieuses complications qui se sont produites depuis lors.

Maintenant quelle sera l'issue de cette collision d'intérêts? La guerre où un partage? Mais on n'ignore pas que la baie de Puget, dans le détroit ae Fuca, seul point qui ait une valeur militaire et maritime, n'es{ pas divisible. La Grande-Bretagne cédera-t-elle ainsi que pour les frontières du Maine ? L'Union aura-t-elle encore la gloire d'humilier sa rivale, or les États-Unis, plus elairvoyants, se souviendront-ils qu'au-dessous du quarante-deuxième degré de latitude il existe une région plus fertile, plus rapprochée de leurs

possessions, offrant un port qui forme, à vrai dire, la clef du nord

= ne PIRE CU

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de la mer Pacilique, une province qui attend un maitre, où leurs citoyens sont nombreux et puissants, — la Californie, — en un mot, dont ils feront, à un signal donné, un autre Texas? En échange de l'abandon de leurs prétentions sur la contrée du Rio-Colombia n'obtiendraient-ils pas que l'Angleterre fermât les yeux sur cette nouvelle annexatit a ?

Au reste, et de quelque facon que se terminent ces grandes difficultés, la France ne saurait y rester indifférente. Ne l'oublions pas, en effet, c'est sur l'interprétation de traités français que les Américains et les Anglais basent particulièrement leurs prétentions à la possession de ce territoire; la région qui pourra être dévolue à l'Angleterre fait partie du Canada , qui nous à anciennement appartenu. La pluralité des habitants de l'Orègon et de ceux qui s’y établissent tous les jours sont des Canadiens de race française. N'est-il pas présumable, en outre, que, dans le cas d'une guerre générale, l'Angleterre perdra un jour le Cane‘a et ses possessions continentales en Amérique comme elle a perdu les États- Unis et comme l'Espagne a vu ses vice-royautés se séparer d'elle ? Ce n'est que grâce, en effet, à un formidable déploiement de forces que l'Angleterre se maintient dans notre ancienne colonie. Malgré de longues années de possession, les deux races ne sont pas mêlées. On nous enleva l'Acadie en 1713, ce qui n'empêcha pas qu'en 1745, après vingt-huit ans de domination, trois mille Francais, fuyant la tyrannie anglaise, allèrent se réfugier dans l'ile Saint-Jean, qui nous appartenait alors. Or, les Canadiens aujourd'hui sont aussi français qu'aux temps des Duquesnes et des Beauharnais.

Dans le règlement des frontières de l'Orégon, il ne s’agit donc pas seulement de l'Angleterre et des États-Unis : un troisième peuple est en jeu. On pose en ce moment les limites de la nation franco-canadienne ; »! que nos descendants, le jour où ils secoueront le joug de l'Angleterre, n'oublient pas qu'en vertu des droits de découverte et de possession par leurs ancètres, leur territoire devra s'étendre du fleuve Saint-Laurent à l'Océan Pacifique. L'hy-

pothèse très-réalisable de son indépendance une fois admise, on

peut affirmer que le Carada n'entrerait point dans Punion fédérale, } et que, sans se ranger sous notre drapeau, il formerait du moins un état souverain, fidèle à ses sympathies et à son origine. On conçoit aisément de quelle importance il serait pour la France, pour ses domaines de l'Amérique et son expansion future dans l'Océanie, d'avoir à proximité de ses établissements une nation à | laquelle Ta rattacheraient les liens du sang, de la religion, du langage, et combien nous devons désirer de voir le Canada, devenu

libre, reconstituer enfin une Nouvelle-France américaine.

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