I. oaF.Il.LE
clans les yeux de l’animal. Le vertige visuel survenant à titre de nouvelle excitation est incontestablement la cause de ces mouvements.
Pour m’en assurer, j’ai fait sur moi-mème l’obsei'vation suivante. Ainsi ciu’il a été dit plus haut, je suis extrômement sensible au vertige de rotation et il m’est impossible de tourner trois ou quatre fois autour de mon axe longitudinal les yeux ouverts, sans être pris de vertige ; je suis forcé de m’arrêter parce que mes jambes deviennent raides. Quand j’ai les yeux fermés, je puis, dans une pièce éclairée, tourner pendant dix à douze secondes. Mais les sensations de vertige n’en sont que plus intenses, lorsque je rouvre les yeux. Dans l’obscurité et les yeux fermés, j’ai pu exécuter des rotations durant jusqu’à cinquante secondes. -J’ai pu continuer la rotation en résistant non sans peine aux sensations de tension dans les jambes et plus tard dans la cage thoracique, sensations que je ne puis désigner autrement, qu’en disant qu’elles cx|)riment une tendance vers des mouvements forcés à exécuter dans une direction opposée à la rotation ; la sensation de bourdonnement dans la tête, sous la voûte crânienne, avait fini par devenir également très pénible. Mais le vertige visuel ne survenait (lue quand je rouvrais les yeux et fixais la fente dans le volet. Toutes ces sensations devenaient d’une violence telle que j'étais obligé de me jeter sur une chaise et de lu’y retenir, pour ne pas tomber. J’ai essayé, afin de vérifier l’affirmation connue de llelmholtz, de n’ouvrir les yeux que cinq à six secondes après avoir cessé la rotation : le vertige visuel était toutaussi violent. L’affirmation contraire de Helmholtz ne reposerait que sur une différence individuelle, car nulle part pareilles divergences individuelles ne sont aussi fréquentes que dans les auto-observations portant sur le vertige. C’est ainsi qu’Helmholtz a également observé qu’après la rotation autour de l’axe longitudinal les objets semblent continuer pendant quelque temps leur mouvement dans la direction dans laquelle on avait tourné ; or, on sait que la rotation aj)parente se fait généralement dans la direction opposée.
11 résulte en tout cas des phénomènes décrits dans ce chapitre, observés chez les pigeons et les lapins et conformés par
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l’aulo-observalion, que le vcrlige visuel ne se produit que lorsque des impressions visuelles influencent la rétine soit pendant la rotation, soit après l’arrêt de celle-ci. Ce fait à lui tout seul suffît pour montrer que la conception dos mouvements compensateurs qui auraient leur origine dans les canaux semi-circulaires, est inadmissible. Il nous oblige également à considérer le vertige visuel comme une conséquence particulière delà rotation, c’est-à-dire comme une conséquence qiii 11’ accompagne pas forcément le vertige cérébral et ne doit pas être considéré comme identique à celui-ci. On sait depuis Purkinje que les plans de la rotation apparente pendant le vertige changent avec les déviations de la tète au cours des rotations. C'est le rapport régulier existant entre ces plans de rotation apparente et certaines attitudes de la tête qui a donné naissance à l’hypothèse séduisante suivant laquelle les déviations do la tête produiraient des illusions de rotation grâce à l’excitation des canaux semi-circulaires disposés dans les plans correspondants. On a abouti ainsi peu à peu à cette induction erronée que tous les phénomènes du vertige rotatoire se ramènent à pareille excitation et que les canaux semi-circulaires doivent être considérés comme l’organe des sensations de rotation et d’accélération (voir dans le chap. iv les expériences de Loeb, E. Lyon, etc.).
I 7. — Mes expériences de rotation sur des enfants, des singes, des tortues, etc.
Mes expériences de rotation exposées dans les paragraphes précédents ont définitivement mis fin à la longue lutte au sujet de la véritable signification des sensations de rotation. Les résultats ont tous tourné au désavantage de l’erreur deMach. Dans les paragraphes du cliapitre suivant ayant trait à l’excitation électrique du labyrinthe et aux observations sur des .sourds-muets, je produirai do nouveaux arguments contre l’hypothèse qui place dans les canaux semi-circulaires le siège de toutes les sensations de rotation et du vertige visuel et considère à tort les mouvements de la tête comme susceptibles d’exciter les terminaisons nerveuses du labyrinthe.
L Oaiill.LIÎ
Devant rimpossibililé de trouver clans les écrits de mes adversaires la moindre preuve que le labyrinthe de l’oreille pourrait être mis en excitation par les changements des attitudes de la tête, j’ai cru nécessaire de rechercher de nouvelles méthodes d’expérimentation qui auraient pu fournir au moins quelques indications en faveur de cette déplorable hypothèse de Goltz. Toutes mes expériences de rotation exécutées jusqu’en 1899 avaient montré, au contraire, que les mouvements bulbaires en question dépendent en première ligne d’un acte psychique, notamment d’une certaine tendance des animaux à conserver leur image rétinienne.
Dans l’intention d’éclairer davantage cette question, j’ai entrepris une série d’expériences de rotation sur des singes, si agiles, sur des toi'tues indolentes et une autre série d’observations sur des nourrissons et sur des enfants plus grands pendant leur rotation sur un carrousel.
Le résultat de ces dcimières observations s’est montré négatif. Pas plus que chez les adultes, on n’observe de déviations régulières de la tète chez les enfants qui tournent sur un carr'ouscl ‘ .
Chez les enfants cpii se rendent compte de la rotation qu’ils ont à exécuter et qui s’y exposent avec plaisir, on ne peut naturellement pas s’attendre à des mouvonents de défense. On devrait donc, parmi les nombreux enfants que j’ai observés, en rencontrer qui présentent la déviation caractéristique de la tète, si cette déviation constituait réellement xtn réflexe, ai/ant son point de départ dans les canaux senii-circulaires. Or, je n’ai jamais observé de ces déviations de la tète, pas même chez les nourrissons, qu’on ne fait monter en carrousel qu’à cause de la nourrice, et qui souvent dormaient pendant que le carrousel tournait.
•1. Qu'on ne se laisse pas tromper par l'attitude de la tète que les enfants adoptent au moment, où sur le carrousel ils approchent des anneaux qu'ils cherchent à saisir avec la lance tenue dans la main droite.. Les carrousels tournent le plus souvent dans une direction opposée à celle de l'aiguille d’une montre ; aussi les anneaux, pour être accessibles à la main droite, sont-ils placés en dehors du cercle. C'est ])Ourquoi les enfants sont forcés de fixer à droite, c’est-à-dire adopter une altitude de la tête conforme à la loi que j'ai formulée et selon laquelle les animaux tourneni, pendant la rotation, la tète dans une diiecüon pareille.
LUTTE CONTHE LES ERUEMENTS
Les singes placés sur le disque tournant et soumis à la rotation ne cessent pas de fixer l’observateur. Danscjuelque direction que se fasse la rotation, ils cherchent à ne pas perdre de vue 1 observateur ou le gardien. Aussi les mouvemenis de leur tête et de leurs yeux dépendent-ils entièrement de l’emplacement des personnes qui les entourent. Si la rotation est très rapide, ils appuient leurs pattes sur le disque ou leur corps contre la paroi. Un macaque a adopté dans ces circonstances une attitude tout à fait particulière : sa tête fortement appuyée contre la voûte en treillage de la machine tournante, il s’y cramponnait solidement avec les pattes de devant, me lançant des regards furibonds, toutes les fois que la rotation l’amenait vis-à-vis de moi.
Quant au nystagmiis de la tête et des yeux, je n'en ai observé la moindre trace, chez les trois singes soumis aux expériences [dont deux babouins), ni au commencement ni à la fin de la rotation.
11 est aisé de comprendre, pourquoi les singes n’exécutent pas au début de la rotation la déviation de la tète qui ne manque jamais chez d’autres animaux : comme l’homme, ils se l’ondent compte de ce qui arrive et au lieu de chercher en vain à se maintenir en fixant l’image visuelle, ils adoptent des attitudes qui leur permettent d’échapper aux suites de la rotation involontaire. Si le treillage en fil de fer n’était pas là pour protéger l’observateur, les mouvements de défense des singes consisteraient certainement en une attaque contre lui. Aussi concentrent-ils leur fureur dans l’expression de leurs regards.
Mais il est beaucoup plus difficile d’expliquer pourquoi on n’observe chez eux ni nystagmus des yeux ni mouvements forcés, même dans les rotations les plus rapides. La supposition qu’ils évitent le nystagmus des yeux grâce à la fixation tendue des globes oculaires, se soutient à peine, llest beaucoup plus vraisemblable que les singes, très mobiles et habitués à toutes les attitudes possibles, résistent au vertige plus que les autres animaux.
Les expériences de rotation sur les tortues, beaucoup moins mobiles, ont donné des résultats encore plus instructifs. Dès le
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début de la rotation lente, la tête de l’animal placée en dehors présentait la déviation habituelle, à gauche, si la rotation se faisait dans le sens de l’aiguille d'une montre, à droite dans le cas contraire. Si au contraire la rolalion commençait à un moment où la tête de la tortue était retirée dans la carapace, la tête conservait son attitude, sans présenter la moindre déviation à droite ou à gauche. Dans ce dernier cas, il n’y avait pas déplacement des images rétiniennes et l’animal ne tournait pas la tête. Les tortues se trouvaient à peu près dans les mêmes conditions cpie tes grenouilles, qui, dans les expériences de rotation, étaient fixées sur le dos.
En dehors de la tendance à maintenir l’image rétinienne et de l’inertie de la tête, il intervient dans ses déviations de ia tête encore un deuxième facteur : la défense instinctive de l’animal exposé, contre son attente et contre sa volonté, à un mouvement inaccoutumé. Une déviation de la tête très faible se produit chez la tortue même quand on la fait tourner dans l’obscurité; elle est suivie d’une série d’autres mouvements de défense, lorsque la rotation devient un peu plus rapide. Lorsque l’animal pris de vertige no peut plus diriger ses mouvements, on voit apparaître des mouvements forcés.
Cotte interprétation est justifiée par une autre observation qui a été faite également au cours d’expériences de rotation sur des tortues. Un lapin est placé pour la première fois sur le disque tournant où se trouvait déjù une tortue. Aussitôt le' lapin courut-il vers l’animal inconnu, lui posa ses pattes de devant sur le dos et le flaira de tous côtés. A ce moment on commença à tourner lentement le disque ; aussitôt la déviation de la tête apparut chez la tortue, mais pas chez le lapin, chez lequel elle ne manque pourtant jamais, fi’attcntion du lapin était complètement accaparée par l’animal d’un aspect bizarre ; aussi ne s’est-il pas aperçu du mouvement inaccoutumé et n’a pas exécuté le mouvement de défense habituel. Si ce dernier était un acte purement réfle.xe, il aurait dû se produire nécessairement. Vouloir se tirer d’affaire en disant que l’acte réflexe s’est trouvé annihilé dans ce cas par ce fait, que le sensorium était occupé ailleurs, revient au fond ù affirmer la môme chose.
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D’une façon générale, ces nouvelles expériences de rolalion n’onl donc fait que confirmer l’interprétation que j’ai donnée plus haut concernant les déviations de la tête et les mouvements nystagmiques des 3^eux pendant la rotation des animaux sur le disque tournant. Pas plus que les précédentes, ces nouvelles expériences n’ont fourni le moindre indice d’une excitation du labyrinthe de l’oreille par les déplacements de la tète.
L’inutilité d’un sens spécial pour les sensations de rotation ou pour la production du vertige est si évidente par elle-même, qu’on a de la peine à comprendre comment ce sens — pour ne pas dire ce contresens — a pu trouver tant d’adeptes.
Du Cïo.N. — OtTille.
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