‹ L'oreilleChapitre 34 sur 107 · I. OHKILLK · texte numérisé non relu

I. OHKILLK

de reconnaître au cours de mes travaux Xous

sommes renseignés en môme temps sur la voie, dans laquelle doit s’engager l’art expérimental, afin d’obtenir des données plus précises sur la nature de l’excitant des nerfs de l’espace. Dans mon premier travail sur le fonctionnement des canaux semi-circulaires, celui de 1873, où j’ai pour la première fois attiré l’attention sur le rôle que joue le labyrinthe dans la formationde nos représentations spatiales, « chaque canal semicirculaire présentant un rapport défini avec une des trois dimen.sions de l’espace» ; je me suis donc prononcé en faveur de la nature acoustique de l’excitant des canaux semi-circulaires. En 1878, j’ai réuni un grand nombre de faits, m’autorisant à conclure, que les ondes sonores sont capables d’exciter les nerfs des directions ou de l’espace. Mais la dilliculté d’obtenir les preuves expérimentales directes de cette possibilité, et plus encore la nécessité d’étudier de plus près le rôle des courai)ts de l’endolymphe qui produiraient les rotations delà tête comme le feraient les mouvements des otolillies, tout cela a pendant des années orienté mes recherches sur d’autres voies. Dès la reprise de mes études expérimentales sur le labyrinthe ■ de l’oreille, c’est-ù-dire dès l’année 181H), je suis revenu à ma conception, d’après laquelle c’est dans les ondes sonores qu’il fallait chercher l’excitant normal des nerfs de l’espace. La difficulté consistait ù trouver des preuves expérimentales à l’ap|)ul de cette conception (voir chap. iv, 10).

Les exj)ériences communiquées dans ce paragraphe ne sont pas d’ailleurs les seules preuves de ce genre. Nous citerons, dans les paragraphes suivants, d’autres expériences qui témoignent dans le même sens.

§ 9. — Erreurs dans la perception des directions des sons.

Après les observations communiquées dans les paragraphes précédents et relatives à l’influence ciu’exercent sur l’intensité des erreurs de direction les excitations préalables du labyrinthe de l’oreille par des ondes sonores, il était tout indiqué de rechercher la façon dont se comporteront nos perceptions des directions des sons pendant les rotations de la tète autour

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de ses axes. Il élait à prévoir, que ces rotations donneraient lieu à des erreurs dansla détermination dos directions des sons. îMais ces erreurs présenteront-elles le même sens que celles qui se commettent dans l’espace obscur pendant les attitudes correspondantes de la tête? En cas d’affirmative, on pourra rattacher les unes et les autres aux mêmes causes. On obtiendra ainsi de nouvelles preuves éclatantes, et cela, grâce encore à des expériences sur l’homme, qui attestent que nos perceptions de direction sont engendrées par des excitations du lab^u’inthe de l’oreille.

Gomme pour les autres expériences, j’ai adopté pour cellesci un dispositif aussi simple que possible, destiné à en faciliter la répétition. Un diapason de Konig, dont les vibrations sont engendrées par l’électricité, a été fixé à la hauteur de la tête du sujet, dans la position verticale, les branches dirigées en bas. Le sujet se mettait en face du diapason en vibration, à une distance de 2 mètres. Dans l’attitude droite de la tête, que les yeu.x soient ouverts ou fermés, on entend les vibrations du diapason exactement dans la direction de la source sonore; on a seulement l’impression que celte source se trouve plus éloignée, mais dans la même direction.

Quand on tourne alors la tête à gauche autour de son axe sagittal, la source sonore semble se déplacer à droite, après avoir décrit un arc de cercle dans une direction opposée au sens de rotation de la tête. Dans la rotation à droite, la source sonore semble décrire un arc de cercle vers la gauche. Lorsque la rotation s’accomplit lentement, la sensation du mouvement de la source sonore est tellement vive, qu’on croit presque voir ce mouvement.

On ne reconnaît pas moins exactement le mouvement de la source sonore, lorsqu’on tourne la tête les yeux fermés. En • tenant pendant quelque temps la tête penchée sur l’épaule, on croit entendre la source sonore dans une direction toute opposée à celle de l’inclinaison, mais à la même hauteur ‘. Chez les quatre personnes que j’ai soumises à ces expériences, l’erreur

1. .le fais i(à abstraction des variations d'intensité que présentent les sensations sonores au cours de ces inclinaisons de la tète. Elles mériteraient d'étre examinées à part.

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relative à la direcUon de la source sonore s’était manifestée exactement dans le même sens que chez moi : notamment elles situaient cette source sonore dans une direction opposée à l’inclinaison de la tête. L’intensité de cette illusion variait selon les personnes et n’ét'aitpas la même dans les deux attitudes de la tête. Mais le sens et en partie aussi le degré des déviations restèrent chez ces sujets sans changement.

Les erreurs sur la direclion des sons^ lors des rotations de la tête, autour de l’axe sagittal, correspondaient donc exactement, quant à leur sens, à celles citéesau paragraphe 4 et portaient sur la perception de la direction verticale dans l'espace obscur, naturellement lors des rotations analogues. La circonstance suivante fait ressortir avec plus de relief encore l’identité de ces deux catégories d’erreurs; j’ai montré dans les paragraphes précédents que le sens des erreurs de direction était chez G. (mon fds alors êgé de dix ans) opposé à celui des erreurs commises par moi et tous les autres sujets, puisque les déviations des lignes verticales, se produisaient chez lui dans le sens même des inclinaisons de la tête*.

L'analgse des erreurs portant sur la direction du son révéla ainsi chez G. la niême opposition par rapport aux autres sujets que dans les autres erreurs sur la verticale. Dans l'inclinaison de la tête êi gauche, il plaçait la source sonore à gauche et inversement dans l’ inclinaison à droite.

.Abstraction faite du sens de l’erreur, les autres phénomènes concomitants étaient les mêmes chez G. que chez les autres sujets. Le degré des déviations était à peu près le môme des deux côtés.

Les rotations de la tête autour d’un axe vertical, faites en évitant aussi soigneusement que possible, toute inclinaison de la tête, produisaient, quoiqu’à un degré moins prononcé, une erreur analogue. La source sonore semblait se déplacer dans une direction opposée à celle de la tête. Une différence fut toutefois observée, aussi bien par moi que par AL, dans les rotations de la tête autour de l’axe sagittal : l’arc de cercle semblait disposé verticalement, les extrémités dirigées en bas.

1. « Elles sont parallèles aux attitudes de ma tôle », disait-il généralement.

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De celle façon, la source sonore semblail pendant un moment se trouver un peu plus haut qu’elle ne l’était en réalité. Dans les rotations autour de l’axe vertical, le trajet de l’arc de cercle semblait au contraire orienté de haut en bas, pour remonter de nouveau vers la fin ; l’arc de cercle paraissait ainsi avoir son ouverture en haut. On pouvait constater d’une façon très précise l’augmentation régulière de l’intensité du son en un point déterminé de ce trajet, point dont la position variait d’un sujet à l’autre, et n’était pas le même pour les rotations à gauche et celles à droite.

Un examen plus attentif a montré que ces variations étaient en rapport avec la finesse auditive inégale des deux oreilles. Les rotations de la tète autour de son axe transversal n’ont pas donné de résultats positifs au point de vue du déplacement de la source sonore. L’occlusion d’une oreille avec un tampon d’ouate n’exerçait aucune influence notable sur le sens des erreurs, produites par les rotations de la tête autour de son axe sagittal. Il n’a pas davantage été possible de constater une différence constante dans l’intensité des illusions.

L’expérjence suivante fut plus intéressante : le sujet se plaçait de façon à avoir non plus le visage, mois l'occiput, tourné vers le diapason. Malgré le changement qui en résultait dans l'attitude des yeux et des canaux semicirculaires, le sens des erreurs restait exactement le même. A l’exception de G., tous les sujets éprouvaient une déviation de la source sonore vers la droite dans l’inclinaison de la tête à gauche, et vice versa. Chez G. les changements de la direction des sons coïncidaient, une fois de plus, exactement avec les directions des inclinaisons. Lasiluation de la source sonore en. avant ou en arrière du sujet paraissait donc sans influence sur le sens des erreurs. On peut en dire autant de la direction inverse de la ligne du regard, ainsi que de la position inverse des yeux droit et gauche et des tympans correspondants, lors des rotations de la tête autour de son axe sagittal.

Un phénomène singulier et qui mérite d’être signalé se produisait toutefois d’une façon constante au cours des expériences sur les directions des sons, alors que la source sonore

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étail placée derrière les sujets. Au début de riucliiiaisoii do la tète vers l’une ou l’autre épaule, avant que cette inclinaison eût atteint 15® à 2ü°, la source sonore semhlait se déplacer dans le même sens que la lêtc, c'est-à-dire à droite dans l’inclinaison ci droite, et 'à gauche dans l’ inclinaison à gauche. Lorsque l’inclinaison de la tête était sulïisante pour tonner avec l’épaule un angle de 15® à 20®, le mouvement apparent de la source sonore affectait la direction opposée et s’y maintenait jusqu’à la fin de l’inclinaison. Ce changement de direction SC produisait d’ailleurs alors même que l’ inclinaison s’arrêtait après que la tête eut atteint l’angle de /J® à W”. Un fait digne de remarque, c’est que ce phénomène se manifestait également chez G., mais dans le sens opposé. Au début de l’inclinaison de la tète, c’est-à-dire avant la formation <run angle de 15® à 20®, la source sonore semblait se déplacer dans la direction opposée, c’est-à-dire à droite dans l’inclinaison à gauche et inversement. C’est là d’ailleurs le seul cas où la direction de l’erreur ne présentait pas chez G. le même sens que le mouvement de la tête. Dès que sa tète eut dépassé le point voulu, et môme si son inclinaison s’arrêtait en ce point, l’erreur affectait de nouveau chez lui une direction parallèle à ce mouvement. Ce phénomène semble être produit par la conduction des sons à travers l’os occipital.

J’ai voulu, à l’occasion des e.vpériences sur les excitations sonores, rechercher aussi bien sur moi-même que sur M., G. et F., si l’excitation préalable du labyrinthe par les vibrations du diapason, excitation d’une durée de deux heures environ était de nature à e.xercer une intluence quelconque sur les erreurs de perception des directions. Les grandeurs de déviations des angles obtenus étaient les suivantes :

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