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un angle aigu. L’crreui- consiste donc dans U)ie senaaLion persis/ante queles deu.x meubles pei‘[)endiculaires l’un à l’aii Ire, dont on connaît exactement la position, nous apparaissent placés obliquement, tout en formant toujours entre eux un angle droit. Tout en ayant connaissance de leur véritable posilion on est complètement désorienté. par cette erreur.
Plus le nombre de ces tables, armoires et autres meubles qu’on touche dans l’obscurité, pendant son déplacement en avant est grand, plus est grande la désorientation. On peut ainsi s’égarer complètement dans sa propre chambre. Il me fallait plusieurs minutes pour me retrouver dans ces conditions, surtout lorsque, tout en me déplaçant en avant, j’exécutais accidentellement et d’une façon tout à fait inconsciente une rotation partielle autour do mon axe longitudinal. La circonstance suivante aggravait encore cette désorientation : la direction qu’on suit pour se rapprocher de l’objet correspondant exerce une influence très nette sur le sens de l’erreur. Lorsque, par exemple, au début du déplacement, on s’approche de la table dans une direction perpendiculaire fi son bord, l’erreur est le j)lus .souvent légère ; l’angle aigu est perçu par la plupart des |iersonnes comme ayant son sommet dirigé à droite. Mais si on s’approche de la table de côté, c’est-à-dire dans la direction oblique, le sommet de l’angle paraît situé à droite, quand on vient du côté gauche, et à gauche quand on vient du côté droit. La figure 44 reproduit ces erreurs.
Lorsqu’on commence, au contraire, 5 se déplacer en avant dans une direction parallèle au bord de la table qu’on veut touclier, et qu’on exécute, une fois arrivé dans son voisinage, une rotation autour de son axe longitudinal, afin d’adopter une position parallèle à ce bord, on perçoit l’angle à droite, quand la rotation s’accomplit vers l’épaule gauche, et à gaxiche quand elle a lieu vers l’épaule droite. La figure 45 reproduit cette expérience; les positions du corps sont également tracées obliquement dans les directions, où fut exécuté'e la rotation des épaules.
Sur quoi reposent ces erreurs dans les jugements relatifs aux directions parallèles ? Une simple réflexion indique déjà que c’est la position oblique du corps par rapport au meuble
EHREURS DrVNS LA PERCEPTION DES DIRECTIONS 267
louclié qui doit occasionner l’erTcur. Et en effet, lorsque le déplacement en avant une fois terminé, on immobilise brusquement le sujet et qu’on éclaircla pièce, on le voit souvent, mais ■pas toujours, se tenir dans une position oblique par rapport au boi'd de la table. Une de ses épaules est alors plus rapprochée de ce bord (ainsi que le représente d’une façon exagérée la fig-, 45), et notamment du côté où est perçu l'angle aigu. Or, le sujet étant convaincu de se tenir dans une position exactement parallcle au bord de la table, doit percevoir ce bord non dans sa direction réelle, ?nais obhquemejit par rapport au plan transversal de son propre corps, c’est-àdire sous un angle aigu plus ou moins prononcé.
Les sujets incapables de se rendre compte de la position de l’angle, prétendent qu’zm de leurs bras leur semble plus allongé que l'autre, ce qui au fond revient au même. Cette explication de l’erreur n’est toutefois ni complète, ni toujours 'exacte. On observe souvent, lors de l’éclairage subit de la pièce, des cas où le sujet se tient droit devant la table, les deux bras étendus en avant à une distance égale : et pourtant l’erreur de l’x)bliquité de la table persiste, quoiqu’à un degré moindre.
Qu’on fasse l’expérience suivante; on arrête le sujet ayant les 3'-eux bandés à deux pas environ du bord de la table, et, si son tronc n’est pas exactement parallèle à ce bord, on imprime à l’épaule dirigée en avant une légère rotation en arrière, de façon à la placer dans le même plan que l’autre. Si on laisse alors le sujet arriver jusqu’au contact de la table, on n’en voit pas moins l’erreur se produire. Pour la supprimer complètement, on doit imprimer à l'épaule une rotation telle, gu' elle se trouve placée visiblement pjlus en arriére cque celle, qui, occupait auparavant le plan pjostérieur. Dans ce dernier cas, le bras opposé est donc celui qui est étendu plus en avant. Lorsqu’on s’approche de la table dans la direction perpendiculaire (dans l'espace obscur et les yeux bandés) on s’écarte généralement un peu à droite de la direction droite. Les gauchers s’écartent au contraire plus souvent à gauche. L’erreur, qui fait apparaître la table dans la position oblique, se produit également chez la plupart d’entre eux, tà
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celte exception |)rès, qu’ils perçoivent presque toujours l’angle aigu à f/aticlic, et non de la manière l'eprésentée sur les figures précédentes. Celle dernière éventualité ne se présente chez les gauchers que lorsque leurs épaules et leurs bras gauches se portent trop en avant pendant le déplacement. Si après l'avoir arrêté, avant qu’il ait eu le temps de loucher la table, on corrige la position de l’épaule gauche en la remettant dans le meme plan que l’épaule droite, o/i voit l'erreur sc manifester chez le gaucher également à droite. Ce déplacement de l’erreur de gauche à droite est encore plus accusé chez le gaucher, lorsqu’il a fait exécuter à son corps, avant de loucher la table, une rotation autour de son axe longitudinal (voir figure 4o). Le plus souvent il porte alors la moitié gauche du corps trop en avant, et perçoit l’obliquité autrement qu’elle n’est représentée sur la figure 4o.
Bref, on conclut h la suite de toutes ces expériences que la position oblique du corps et l' extension consécutive plus grande d'un bras ne suffisent pas à elles seules pour produire l'erreur. Un autre facteur est encore nécessaire à cet effet : l'attitude de la tète.
Lorsque nous commençons en effet à nous déplacer dans la direction du meuble choisi, avant que la chambre soit plongée dans l’obscurité ou aussitôt après, nous adoptons une certaine attitude de la tôle et du corps, grâce à laquelle nous espérons pouvoir arriver au but. Nous avons donc dans la tète, à l’étal de souvenir à la suite d'une observation antérieure, une représentation exacte, de la pos'ition de la table, par exemple, et de l'attitude que nous devons adopter nous-7némes , afin de nous retrouver dans une direction qui lui soit pa?'allèle. Mais, à mesure que nous nous déplaçons en avant, nous nous écartons un peu de la direction dans laquelle nous sommes engagés et, arrivés dans le voisinage de la table, nous nous trouvons par rapport à elle dans une position oblique. Nos sensations tactiles montrent alors que la table ne nous est pas parallèle : nous en concluons quelle est déplacée. Mais nous commettons la même erreur, quoiqu’à un degré moindre, même dans les cas où ratlilude du tronc a été préalablement corrigée, ou dans ceux
OÙ l’obliquilé du Ironc était à peine perceptible. La cause en est dans ce fait que la véritable position du bord de la table reste pour nous celle qui corresjjond à l’attilude de notre tête, cette attitude étant la seule véritablement gravée dans notre mémoire. Mais la tête ayant subi un déplacement au cours du mouvement en avant, nous -attribuons ce déplacement à la table.
Cela apparaît de la façon la plus évidente, lorsqu’on a corrigé soi-même l’attitude des épaules, de façon à rendre le tronc parallèle au bord de la table. On y parvient, en étendant les deux bras sur mie distance égale \ Dans ce cas encore nous ne pouvons nous affranchir de l'erreur qui nous fait croire que la table se trouve dans la position oblique, cest-ci-dire qu'elle a abandonné sa position antérieure . La conviction qu'il ne peut pas en être ainsi, se montre tout ci fait impuissante , en présence de la sensation de non-pmrallélisme une fois éprouvée ~ . C’est dans ce fait, à savoir que nous possédons une sensation spéciale du parallélisme dans quelque organe de notre tête, que réside qwécisément le grand intérêt de ces expériences sur les erreurs. Ce fait qui m’était familier depuis de nombreuses années, m’a permis, dans mon travail sur les bases physiologiques delà géométrie euclidienne, de soutenir d’une façon catégorique, que le XI" axiome d’Euclide repose sur une perception ayant son point de départ dans les sensations de notre labyrinthe (voir Ch. I, I O et I 2, Dieu et Science) .
Quelle est la paire de canaux semi-circulaires dont dépend la sensation du parallélisme ? Les canaux semi-circulaires horizontaux sont situés des deux côtés dans le même plan, tandis que les canaux verticaux (postérieurs) et sagittaux (antérieurs) sont situés dans des plans qui ne sont pas parallèles les uns aux autres. Si on prolonge les plans des canaux
1. L’erreur peut tout aussi bien se produire, lorsqu’on touche à un meuble, par exemple, le bord d’un li(, avec les genoux.
2. Lorsque l’erreur a diminuée un peu à la suite de répétitions fréquentes, il suffit de se tourner dans l’obscurité une ou deux fois dans l’une on l'antre direction, ou, ce qui vaut mieux, dans les deux successivement. En faisant ensuite une nouvelle expérience on éprouve l'erreur aussi forte, sinon encore i)lus forte qu'avant.
l’oreiu-e
\evVicaux poslérienrs, ils se renconlreiil à ])eu près au milieu de l’orifice de la selle Luixjue, el les plans des deux canaux sagiUaux prolongés en arrière se croiseraient un peu au-dessus du trou occipital.
Au contraire, le [)lan du canal sagittal, d'un côté est exactement parallèle au plan du canal vertical du coté opposé. C’est, si je ne me trompe, Crum Brown qui a le premier attiré l’attention sur ce fait. Après lui, ce fut Breuer qui a tout particulièrement insisté sur ce parallélisme étonnant chez les pigeons. Il voulait même en prendre prétexte pour considérer comme preuve de fonclionnement équivalent, le canal vertical droit avec le sagittal gauche et le canal vertical gauche avec le sagittal droit. J’ai montré dès 1878 qu’un pareil groupement est insoutenable, parce que les sections et les excitations des deux canaux verticaux provoquent les mêmes troubles moteurs et la même im|)ossibihté de conserver certaines directions, c’est-à-dire des phénomènes exactement identiques.
Ainsi que j’ai pu lo constater, grâce à des mesures prises sur un crâne humain, soigneusement préparé par M. Tramond avec les canaux semi-circulaires laissés in silu.^ il existe, en ellèt, un parallélisme entre le canal sagittal d’un côté et le canal vertical du côté 0|)posé (voir la planche anatomique 11). Ce parallélisme est bien plus accentué chez l’homme (pie chez le lapin cl le pigeon. Ce parallélisme des plans ne témoigne nullement en faveur de l’équivalence physiologique des canaux semi-circulaires correspondants ; mais il est tout indiipié d’y voir la cause de nos perceptions des directions parallèles. Des excitations idenluj nés a/f'ectant à la fois les nerfs terminaux du canal sagittal droit et du canal vertical gauche peuvent très bien donner naissance à. la perception des directions parallèles.
Les erreurs dans la direction parallèle décrites dans ce paragraphe, naissent lors du dé placement de la tête en avant ; elles proviennent donc en |)remière ligne des canaux sagittaux. Or., J'ai montré, dès l’année J878, que les déplacements de la tête en avant provenant d'un des canaux sagittaux, s’accomplissent dans une direction oblique, diagonale. Ceci nous autorise à supposer que les déviations de la tête et du
tronc clans l'obscurité, qu’on a observées au cours des expériences en question, sont dues à une pareille excitation unilatérale d’un des canaux sagittaux \ Le canal vertical du côté opposé étant situé dans le même plan oblique peut subir facilement une excitation analogue susceptible de compléter la perception du parallélisme.
§ 13. — interprétation des erreurs de direction décrites dans ce chapitre.
,\ous nous abstiendrons de reproduire ici les résultats des nombreuses observations et données expérimentales exposées dans les paragraphes précédents. Les faits les plus importants ont été appréciés pour la plupart, quant à leur signification, à la fin de chaque paragraphe. Mais quelques-unes des données expérimentales ont besoin cbétre confirmées et précisées par de nouvelles recherches, et il serait prématuré de vouloir les interpréter d’ores et déjà dans tous leurs détails.
Je me bornerai à reproduire ici les conclusions les plus importantes et les plus générales, telles qu’elles découlent avec certitude de l’ensemble' des données obtenues.
1® L’erreur de direction constante qui riait pendant les rotations de la tète dans l'espace obscur, dépend du déplacement des plans des trois canaux semi-circulaires . .Les rotations de la tête qui n occasionnent que des déplacements légers ou nids de ces plans, ne donnent pas lieu à des erreurs déterminées , se produisant invariablement . C'est pourquoi l’erreur de direction la plus constante se manifeste pendant les rotations de la tête autour de son axe sagittal, les plus aisées à exécuter régulièrement . Les rotations autour de l'axe vertical n empêchent que rarement la perception exacte de la direction verticale ; les rotations autour de l’axe transversal ne l' empêchent que dans une mesure très restreinte (| 5.)
2® Les erreurs dans la direction horizontale sont celles qui se manifestent le plus souvent pendant les rotations de
■1. Ou plus exactement de la prédominance des excitations d’un des canaux sagittaux.
la i(Ue; les erreurs dans la direclion verticale viennent en deuxième ligne, quant à leur fréquence. Les erreurs dans la direction sagittede sont les plus légères.
3“ En ce qui concerne le sens des ei'reurs dans la perceplion des directions, le facteur qui produit ces perceptions, ou, en d'autres termes, la nature de l'excitation qid leur donne naissance ne présente aucune importance. IJ excitation volontcdre \ l'excitation lumineuse ', l'excitation sonore % les variations de pression pidsatiles dans l'oreille interne engendrent, dans les déplacements identiques des plans des canaux semi-circulades, des erreurs identiques quant à leur sens.
4“ L'intensité des erreurs de direction paraît tout à fait indépendante de la nature de ces excitations ; mais, elle est sûrement en rapport avec le degré de dé placement des plans des canaux semi-circulaires, par conséquent avec les grandeurs des angles de rotations de la tête. Cette intensité varie dans les limites les plus larges chez les personnes douées d'un appareil auditif très sensible et dont le labyrinthe a subi préalablement une forte excitation musicale (§ 8).
3“ La direction de la ligne visuelle est sans influence sur le sens des erreurs de direction; elle peut en revanche modifier dans certaines conditions leur intensité.
()" Le fait que les excitations sonores du labyrinthe de l'oreille sont manifestement capables d' augmenter les erreurs de direclion, et celui que les illusions de perception des directions des sons se manifestent , pour les bruits entot 'iques, de la même façon que pour les autres déterminations des directions dans l'obscurité, ces faits, dis-je, confirment l’opinion, émise antérieurement, à savoir, que c'est dans les ondes sonores qu'il faut chercher la cause normale des excitations des terminaisons nerveuses des canaux
•1. Paragraphes 4, 5 et 6.