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CHAPITRE VIII

OREILLE EXTERNE

Il faut tout d’abord considérer dans l'oreille externe, d’une part le contenant, c’est-à-dire les parties organiques du pavillon, de la conque et du conduit, et d’autre part le contenu, c’est-àdire la colonne d’air arrêtée par les concavités du pavillon et plongée dans l’intérieur du conduit. Ces rapports du contenant et du contenu aérien sont tels que la masse d’air fixée par l’appareil de l’oreille externe est encore relativement libre au niveau du pavillon, déjà plus emprisonnée à celui de la conque, davantage encore au méat et de plus en plus enserrée et fixée à mesure que l’on s’approche du tympan.

Comme cette masse d’air que moulent les cavités et sinuosités de l’oreille externe est en continuité avec l’air extérieur, nous pouvons donc admettre tout d’abord que l’oreille est un appareil qui saisit d’abord assez lâchement, mais bientôt de plus en plus étroitement, une partie du milieu aérien qui nous enveloppe.

Que résulte-t-il de cette disposition?

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Les sinuosités du pavillon et du conduit multiplient la surface vasculaire par laquelle l’air du conduit s’échauffe progressivement de dehors

H. Hélix. — A. Anthélix. — M. Méat. — L. Lobule. — T. Tympan. — G. Caisse. — m. Marteau. — i. Enclume. — st. Etrier. — E. Trompe d’Eustache. —

r. Fenêtre ronde. — u. Utricule. — a. Ampoule. . —

s. Saccule. — c. Limaçon. — e. Sac endolymphatique. — al. Aqueduc du limaçon. — nv. Nerf vestibulaire. — ne. Nerf cochléaire.

en dedans. La membrane tympanique se trouve ainsi plongée entre deux atmosphères de température identique, et nous savons qu’il est peu

LE FONCTIONNEMENT

de parties tégumentaires aussi sensibles aux abaissements brusques de température ; il en est peu aussi sous lesquelles des troncs nerveux importants sont presque directement accessibles aux agents extérieurs (corde du tympan, facial, n. de Jacobson). De plus, la caisse est très vasculaire et susceptible de congestions et de catarrhes brusques. Enfin cette égalité relative de lempérature permet à la membrane et aux parties qu’elle voile de garder leur délicatesse histologique et fonctionnelle sans avoir à s'hypertrophier et à se cutaniser sous l’aclion du froid.

Ces mêmes sinuosités jouent un rôle protecteur en mettant le tympan à l’abri, non seulement des changements brusques de température et de l’action angio-paralysante du froid, mais aussi des irruptions violentes de corps étrangers, solides, liquides et même gazeux. Une forte poussée d’air dans le conduit n’a généralement pas d’effets mauvais si elle ne provoque pas une augmentation notable de la pression, — celle-ci n’étant aucunement diminuée par la forme sinueuse du conduit, comme il est naturel.

Les poils du méat et les enduits cérumineux retiennent dans le tiers externe les poussières, les corpuscules animaux, s’opposant dans une certaine mesure à leur pénétration, jouant ainsi le même rôle de défense que les cils et les larmes pour l’œil.

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L’oreille externe sert évidemment à mettre l’oreille moyenne en communication avec les phénomènes extérieurs qui tomberont sous son action réceptrice spéciale ; mais il serait plus exact de dire que c’est la colonne d’air que renferme l’oreille externe qui joue ce rôle, et non l’oreille externe elle-même.

11 est en effet difficile de trouver dans l’économie un plus défectueux appareil de transmission que l’oreille externe, si l’on fait abstraction de son contenu aérien ; et l’on se demande même comment Weber a pu supposer que les impressions tactiles provoquées par l’ébranlement sonore de l’air sur la peau du pavillon pouvaient servira l’orientation objective du son. Si la peau de l’oreille externe était capable de percevoir les ébranlements sonores au point de définir leur incidence, et en l’admettant même contre toute vraisemblance, ce seraient donc le trijumeau et le plexus cervical qui se partageraient la localisation dans l’espace des sons qu’analyserait au point de vue acoustique la huitième paire?

Savart, Longet, Voltolini et Schneider ont pensé que le pavillon était conducteur de l’ébranlement sonore. Il est facile de se rendre compte, en y appliquant un diapason vibrant, qu’en aucun point du pavillon le son perçu par l’oreille, quand elle en perçoit, n’est aussi fort que quand le diapason vibre librement au niveau du méat.

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La conduction aérienne est donc toujours supérieure à celle des parties molles de l’oreille externe.

Le rôle du pavillon comme conducteur peut être totalement négligé dans les conditions normales de l’audition. Cependant il nous est d’une grande utilité, non comme conducteur, mais comme collecteur.

Si l’on supprime le pavillon, on diminue la colonne d'air, qui repose en dedans sur le tympan, de toute sa partie externe, précisément celle qu’arrêtent la saillie et les sinuosités du pavillon, et la colonne d’air contenue dans le conduit ne sera plus en continuité avec l’air extérieur qu’au niveau du méat et ne sera plus guère sensible qu’aux ébranlements que leur incidence fera pénétrer directement dans le méat.

Si l’on remplit de cire les sinuosités du pavillon, comme l’a fait Schneider, on enlève au pavillon ses plus grands moyens d’immobiliser au dehors du méat une partie du milieu aérien, et le pavillon de l’homme n’étant pas très concave dans son ensemble, beaucoup d’ébranlements échappent à la compréhension auriculaire.

Si nous considérons le milieu aérien que parcourt un ébranlement depuis son point de départ jusqu’au tympan, nous voyons qu’il traverse:

i° Une masse aérienne libre dans laquelle sa propagation est directe et figure une sphère de

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rayon sans cesse agrandi ; c’est le milieu extérieur.

2° Une masse aérienne beaucoup moins libre, celle qui est arrêtée par la saillie, la concavilé et les sinuosités du pavillon.

3° Une masse plus petite, celle que limitent la conque en arrière et le tragus en avant.

4° Une masse allongée, s’étendant du méat au tympan.

Du point de départ au pavillon, l’ébranlement se propage en sollicitant successivement l’inertie des molécules aériennes. Du pavillon au tympan, l’ébranlement continue à solliciter l’inertie moléculaire, mais au mode ondulatoire de propagation se substitue peu à peu le mode oscillatoire.

En effet, un premier ébranlement se propage en sollicitant successivement les molécules aériennes de la masse qui occupe le méat, puis celles du conduit et arrive au tympan. Puis il passe dans les milieux solides de l’oreille moyenne, dans les milieux liquides de l’oreille interne. Sa vitesse de propagation peut être regardée comme extrêmement rapide, et vu l’exiguité des milieux traversés, comme instantanée; en réalité nous savons qu’elle varie dans chaque milieu selon la nature gazeuse, liquide ou solide de ce milieu. Néanmoins on peut pratiquement admettre que toutes les molécules des trois mi-

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lieux de l’oreille sont simultanément sollicitées dans le môme sens. Mais précisément à cause de cette relative simultanéité, nous pouvons aussi à côté de la sollicitation moléculaire considérer la sollicitation en masse de chaque milieu.

Et ici il importe de remarquer que les milieux aériens, solides et liquides de l’oreille, — et par solides nous n’entendons que les membranes et les osselets, — • sont suspendus et relativement libres d’osciller en totalité. A côté donc de l’inertie moléculaire qui est mise en jeu par la propagation de l’ébranlement à travers les milieux de l’oreille, qu’ils soient fixes ou mobiles, nous devons envisager l’inertie totale de ces mômes milieux, précisément parce que nous les savons mobiles et suspendus. En effet, l'air du conduit est libre d’osciller en totalité entre l’extérieur et le tympan, qui est dépressible; les membranes et les osselets oscillent en totalité, les liquides incompressibles du labyrinthe peuvent osciller entre l’étrier et leurs voies d’échappement. Ces milieux sont donc sollicités h la fois dans chacune de leurs molécules, et l’instantanéité de toutes ces sollicitations se résout en une sollicitation simultanée de l’inertie totale de toutes les parties libres d'osciller.

Mais si toutes les parties sont sollicitées de môme, toutes ne jouissent pas de la même liberté d’inertie, toutes n’ont pas le môme mode

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d’oscillation. Il faut donc examiner dans quelles conditions chaque milieu peut être sollicité et dans quelle mesure il réagit à la sollicitation. L’oscillation lotale du milieu gazeux n’est pas en effet l’oscillation tolale d’une membrane ou d’un levier suspendu.

Etudions maintenant le milieu aérien du conduit. L’ébranlement est en fait le passage d’une condensation suivi d’une dilatation : c’est-à-dire, à un niveau donné, une variation de pression au-dessus et au-dessous du niveau moyen.

Le conduit fermé en dedans par le tympan se comporte à peu près comme un tuyau fermé, c’est-à-dire qu’il tend à se produire un nœud au niveau du tympan.

Celui-ci est-il, comme on l’a dit, assimilable à un résonnateur qui pourrait entrer en vibration par intluence sous les sollicitations répétées des ébranlements qui lui parviennent?

Ce n’est pas un résonnateur, car il n’a pas de périodicité propre ; en eût-il une, il lui faudrait la combiner avec celle de l’appareil suspendu des osselets qui lui font suite, avec l’oscillation propre des tympans de l’oreille interne et même du liquide qui l’emplit et qui peut se déplacer entre l’étrier et les voies d’échappement. S’il eu avait une, il ne serait accessible qu’à une série de sons, et comme il est accessible à tous, il doit être considéré comme ayant autant de périodi-

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cités propres qu’il y a de sons, c’est-à-dire qu'il n’en a aucune. Le tympan n’est donc pas assimilable à un résonnaleur et il ne vibre pas par influence.

Il ferme la parlie interne du conduit et sa résistance relative détermine en ce point un nœud. Or, ce qui caractérise un nœud dans l’ébranlement de l’air dans un tuyau, c’est que le mouvement oscillatoire y est à son minimum, tandis que les variations de pression y sont à leur maximum.

Chaque ébranlement se traduit donc au contact du tympan en une pression plus sensible qu’en tout autre point du conduit. Si cette pression, ou plutôt cette variation de pression aérienne au contact du tympan est capable de solliciter son élasticité, il se laisse légèrement refouler, puis revient sur lui-même selon la phase négative, c’est-à-dire dans l’intervalle de deux ébranlements propagés, sollicité par l’aspiration.

La succession des variations de pression présente un caractère périodique plus ou moins simple; le tympan et les appareils suspendus qui lui font suite accentuent peu à peu leur oscillation totale, et tous les milieux liquides qui font suite au tympan se mettant de plus en plus en branle, ce dernier atteint progressivement aussi sa plus grande liberté d’oscillation. Il livre alors

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toute son inertie aux variations de pression, et le fond du conduit se déplace ainsi, oscillant sous les ébranlements consécutifs.

Qu’en résulte-t-il? En môme temps que les variations de pression de même sens ajoutent leurs effets pour mettre en branle les milieux oscillants de l’oreille moyenne et de l’oreille interne, en même temps que le tympan va et vient, la masse d’air qui l’avoisine oscille également, puis son déplacement permet et sollicite l’oscillation en masse des segments aériens plus externes, et il s’établit une sorte de régime oscillatoire des milieux aériens de l’oreille externe, provoqué, rendu possible et régi par l’oscillation des régions profondes de l’oreille.

Mais ce n’est plus l’ébranlement moléculaire qui se montre maintenant. L’ébranlement moléculaire continue à courir de molécule en molécule et se propage dans les différents milieux de l’oreille de la tête, avec une vitesse qui varie selon la nature du milieu traversé. Ce n’est pas lui qui nous intéresse. Il a pour nous cessé son rôle dès qu’il s’est traduit en variation de pression au niveau du tympan.

Ce qui intervient, c’est un ébranlement en totalité de la masse aérienne du conduit, sollicitant simultanément toutes les molécules de cette masse aérienne juxta-tympanîque.

Quand tout l’appareil des milieux suspendus

Bonnif.r — Oreille, Il

de l’oreille est mis en branle, les nouveaux ébranlements survenant rencontrent un appareil inerte qui, momenlanément, est sollicité h une oscillation de même périodicité que l’ébranlement lui-mêine. L’oreille semble alors, dans sa généralité, former un appareil de résonnance précisément accordé par l’ébranlement qui va l’atteindre, et dès lors les effets de cet ébranlement augmentent d’intensité.

Ces premières sollicitations s’épuisent donc à mettre en branle les appareils inertes suspendus, et grâce à la remarquable suspension des milieux auriculaires inertes, ce régime oscillatoire doit s’établir extrêmement vile ; dès lors, l’ébranlement produit sans peine tout son effet utile et développe les conditions mécaniques de sa per ception.

La rigidité pathologique du tympan n’apporte pas grand obstacle à la propagation de l’ébranlement moléculaire, mais, en revanche, s’oppose à la mise en oscillation totale de l’air du conduit, et à l’audition. L’acuité auditive est donc liée non à la propagation successive à travers les molécules du milieu aérien, mais à l’oscillation simultanée de toutes les parties de ce milieu que renferme l’oreille externe.

On comprend aussi que tout ce qui peut diminuer la masse aérienne de l’oreille externe (suppression du pavillon, corps étrangers, céru-

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mcn, atrésie) ou la rendre moins largement accessible aux ébranlements de l’air extérieur, (suppression des sinuosités du pavillon, exp. de Schneider), diminue le travail produit au niveau du tympan et, par suite, l’audition. Il importe donc que la conque et les concavités sinueuses du pavillon prolongent au dehors la masse aérienne qui repose en dedans sur le tympan et l’étendent en quelque sorte au-devant des ébranlements de toute provenance, pour l’y intéresser. C’est par le pavillon que nous puisons l’ébranlement qui parcourt le milieu extérieur, offrant à l’ébranlement une masse aérienne qui d’une part, fait encore partie du milieu extérieur, et, d’autre part, est déjà solidaire de l’air du conduit, et constitue un milieu intermédiaire qui s’offre à la propagation en prolongeant à l’extérieur la colonne d’air du conduit externe. Le pavillon augmente donc la capacité sensorielle de l’oreille et, grâce à lui, les ébranlements qui passeraient trop obliquement au voisinage du méat ou seraient trop faibles pour intéresser la masse aérienne du conduit, sont en quelque sorte appréhendés au passage.

Sans le pavillon, le champ sensoriel serait un cône déterminé par le pourtour du méat et plus ou moins aigu selon la profondeur du conduit. Le pavillon y ajoute la concavité de la conque, qui définit un cône bien plus large, —

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sa saillie et ses sinuosités si diversement orientées et qui permettent au champ auriculaire d’embrasser directement plus d’une demi-sphère grâce à la petite masse d’air qu’elle retient bien au-delà du méat, et qui est accessible à tous les ébranlements que n’intercepte pas l’écran formé par la tête. Ajoutons que cette susceptibilité de réception que possède le pavillon permet encore à l’air du conduit d’être accessible aux ébranlements provenant du côté opposé de la tète, les Fi s. 80

régions aériennes voisines du méat s’ébranlant de proche en proche.

Chaque champ auriculaire est ainsi défini comme une sphère dont le pavillon serait le centre, avec une zone de perception moindre, mais

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non supprimée, du côté opposé de la tête. Le maximum correspondrait naturellement au cône défini par le méat (fig. 80).

Ceci nous explique comment tout appareil formant écran (Exp. de Gellé) ou collecteur, et immobilisant au dehors du pavillon une masse d’air plus grande qu’il ne peut le faire lui-même, augmente en réalité la colonne d’air reposant sur le tympan, et intéresse une plus grande masse aérienne à l’ébranlement du dehors. Nous comprenons aussi pourquoi il n’est pas indifférent que le pavillon lui-même soit plus ou moins effacé contre la paroi mastoïdienne ou au contraire saillant et dégagé de cette paroi (Buchanan).

Selon l’intensité de l’ébranlement, la masse aérienne est plus ou moins vivement et fortement sollicitée ; selon sa périodicité, l’oscillation totale prend tel ou tel rythme. Comment V incidence de l’ébranlement influe-t-elle sur l’oscillation de la masse aérienne de l’oreille externe ?

{Si nous examinons les conditions de l’oscillation totale de celte masse aérienne, nous pensons tout d’abord qu’elle pourra s’effectuer surtout dans le sens longitudinal du conduit, et presque pas dans le sens transversal. Les ébranlements qui seront le plus propres à provoquer l’oscillation totale seront ceux qui se propageront selon l’axe du conduit, c’est-à-dire ceux qui

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parviendront au méat selon le prolongement de cet axe. Puis viendront ceux qui seront presque dans ce prolongement et atteindront directement le méat, s’engageront dans le conduit, sinon sans réflexion sur ses parois, au moins selon des incidences presque parallèles à ces parois et sans être soumises à des déviations trop répétées ni trop accusées ; ceux qui, par l’obliquité de leur incidence, ne pourront atteindre le méat qu’après réflexion sur la conque, l’antitragus ou le tragus subiront dans le conduit des réflexions plus ou moins nombreuses et seront beaucoup moins aptes à mettre en oscillation totale l’air du conduit, qui ne peut que difficilement osciller transversalement par rapport à l’axe du conduit. Le tympan ne supportera donc de leur part qu’une sollicitation plus ou moins oblique et très alTaiblie. Nous verrons, néanmoins, qu’il est par luimême accessible aux sollicitations de cette nature.

Dans le segment juxta-tympanique, celui où les mouvements en totalité de la masse aérienne sont les plus étendus, l’incidence initiale de l’ébranlement, après maintes réflexions sur les parois sinueuses du conduit, se traduit par une sollicitation plus ou moins oblique de la membrane tympanique. Si celle-ci ne pouvait osciller que de dehors en dedans, cette sollicitation se décomposerait de nouveau en une force

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appliquée contre le tympan et le refoulant en dedans selon son axe, — et une force perpendiculaire à la première et par conséquent à l’axe tympanique, laquelle resterait inutilisée.

Mais le tympan est conique et cette disposition est favorable à l’utilisation des sollicitations obliques : la décomposition n’est donc pas formelle et la sollicitation normale, selon l’axe tympanique, se complique d 'une sollicitation latérale dont le sens varie avec Vincxdence de V ébranlement, et donc l’intensité dépend de la sienne.

Retenons pour le moment ce fait, que nous ne pouvons utiliser qu’après l’étude fonctionnelle de l’oreille moyenne. Nous avons parlé de l’élasticité de la masse aérienne ébranlée. Certaines expériences la mettent en évidence.

Je place dans le méat l’extrémité du tube otoscopique sur la partie moyenne duquel vibre un diapason. J’entends ce dernier, dont le son me parvient non par les parois du tube, lesquelles sont en continuité de transmission avec les parois du conduit (cette transmission solidienne est ici négligeable), mais par la mise en oscillation de l’air du tube, qui est en continuité avec celui du conduit. Il suffit pour le démontrer de pincer légèrement le tube entre le diapason et l’oreille. Tant que la colonne d’air n’est pas interceptée, par l’accollement des parois, le son

11e varie guère ; quand l’interception a lieu, le son cesse subitement. Or, ce pincement n’a en rien modifié la conductibilité par les parois et si le son me fût parvenu par les parties solides, il n’eût pas cessé ; tandis qu'il cesse au contraire quand je romps la continuité de la colonne aérienne. C'est donc l’ébranlement de celte dernière que je percevais.

Si je ferme, doucement et sans appuyer, l’extrémité libre du tube avec le doigt, l’intensité du son perçu augmente immédiatement. Avant que l’occiusion n’ait eu lieu, la masse aérienne continue, qui occupe le tube et le conduit, se trouvait enfermée dans un récipient formé par les parois du conduit et celles du tube, et à l’une de ses extrémités par la membrane du tympan. L’ébranlement de cette masse close, consistant en une alternance de dilatations et de condensations, devait prendre un mode oscillatoire imposé par la forme du récipient. La dilatation était presque impossible dans le sens transversal, c’est-à-dire contre les parois relativement rigides du tube et du conduit ; elle devait donc se faire longitudinalement, et s'exerçait en dedans contre le tympan et en dehors librement contre les masses aériennes qui avoisinaient l’extrémité ouverte.

Quand l’extrémité externe du tube est fermée, la dilatation longitudinale ne peut plus se faire de

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ce côté, et le tympan subit une poussée d’autant plus forte qu’il reste maintenant le seul point dépressible de la paroi du récipient qui enferme la masse gazeuse sollicitée alternativement à des dilatations et à des condensations. L’occlusion du bout libre forme en quelque sorte un point d’appui extérieur à la force de dilatation, et l’impulsion balistique que subit le tympan est d’autant plus marquée qu’il n’y a plus de recul du côté opposé du tube. C’est donc l’élasticité de la masse aérienne qui permet ces alternances d’impulsion due à la phase dilatante, et d’aspiration due à la phase condensante de l’air du conduit et du tube.

Si, au lieu de mettre le diapason sur le tube, on le fait vibrer sur l'apophyse masloïde, sur le maxillaire inférieur, ou sur quelque point du crâne, l'air du conduit et du tube entre également en vibration, comme dans le cas précédent. Il suffit de fermer doucement le tube avec le doigt pour augmenter l’intensité du son, ou le faire renaître s’il est éteint.

Quand on place le doigt sur le méat, on ferme en dehors le récipient formé par le conduit, et si un diapason vibre sur le front, l’intensité sonore augmente dès que le méat est bouché. — Cette expérience n’est pas simple, car, à côté de l’occlusion, il y a un phénomène de compression de la masse aérienne, par son intermédiaire

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refoulement du tympan, flexion des osselets, rigidité plus grande de l’appareil de transmission de l’oreille moyenne et, dans certains cas, augmentation de la tension labyrinthique. Lucœ a montré, et Gellé mieux encore, qu’une augmentation de la tension faisait croître l’intensité du son perçu, mais aussi qu’une compression exagérée la diminuait ensuite.

Ilinton attribue le renforcement à l’obstacle apporté à l’écoulement des ondes sonores. Nous aimons peu cette expression d’écoulement. Les ondes sonores ne sont pas arrêtées par l’occlusion du méat ou du bout libre du tube : elles passent du milieu gazeux dans un milieu plus dense, solide même, et n’en continuent que plus rapidement leur circulation transmoléculaire. Ce n’est pas l’onde sonore sollicitant successivement l’inertie des molécules rencontrées qu’il faut considérer, c’est la succession des phases de condensation et de dilatation d’une masse gazeuse enfermée et trépidant sur place. Il n’y a guère d’obstacle à l’écoulement des ondes, elles s’écoucoulent toujours quelque part. En revanche, il y a obstacle à la dilatation sur un point et dilatation compensatrice vers les autres points dépressibles de la paroi, c’est-à-dire vers le tympan.

Gellé a proposé une série d'expériences suggérées par la remarque de Ilinton, mais toutes ont

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pour inconvénient de compliquer la question d’obstacle à l’écoulement tel qu’il l’admet après llinton, d’une augmentation de pression de l’air juxta-tympanique. En effet, cet auteur, au lieu de fermer simplement le tube comme je l’indique plus haut, le pince. Or, pincer un tube de caoutchouc est réduire sa capacité, si peu que ce soit, et par conséquent faire monter la tension de son contenu.

Le diapason vibrant sur le front, plaçons, comme le fait Gel lé, un tube otoscopique réunissant notre méat droit à celui de noire oreille gauche. La masse aérienne trépidante occupe la capacité du tube, plus celle des deux conduits. Si l’on pince le tube, la capacité diminue, et la pression augmente dans les deux parties isolées par le pincement, le son s’accroît, ou renaît s’il était éteinl.

Si l’on pince le tube près de l’oreille gauche, le diapason étant au milieu du front, la pression monte encore dans chaque portion du tube, mais le renforcement est plus prononcé du côté gauche, parce que l’obstacle à l’expansion est plus proche et que la variation de tension produite par le pincement porte sur un moindre volume. Même si le diapason vibrait plus adroite, le renforcement peut ramener le maximum du côté gauche.

Ce n’est donc pas, repétons-le, obstacle à

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l’écoulement des ondes sonores qu’il faut dire, mais obstacle à l’expansion aérienne en dehors et expansion compensatrice en dedans, c’est-àdire vers le tympan.

Si nous combinons les deux figures des champs auriculaires gauche et droit, nous voyons qu’ils se superposent vers la région médiane et que chaque oreille a son maximum d’audition dans le minimum de l’oreille opposée. Il en résulte qu’un son donné est tout directement localisé selon qu’il apparaît plus nettement dans le champ de l’une ou de l’autre oreille, c’est-à-dire selon qu'il est plutôt perçu par l’hémisphère gauche ou par le droit. L’orientation binauriculaire est un fait évident.

Gellé réunit l’un à l’autre les deux méats auriculaires par un tube otoscopique sur la partie moyenne duquel vibre un diapason. Le sujet voit d’abord vibrer le diapason devant lui, puis on lui ferme les yeux, et l’on déplace en tous sens le diapason, au-dessus, en arrière, on lord le tube sur lui-mème, et le sujet n’a aucune perception des diverses positions du corps sonore. Moins prudents dans leurs conclusions que Gellé, les physiologistes qui ont cité cette expérience y ont vu la démonstration du rôle combiné des deux oreilles dans l’orientation objective.

Si nous analysons celte curieuse expérience, nous voyons :

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i° Que l’introduction du bout otoscopique dans le méat supprime, la presque totalité du champ auditif de chaque oreille.

2° Qu’elle rend impossible l’orientation de la source sonore dans chacun des deux champs auditifs. *

3° Que le son arrive invariablement à chaque oreille selon une constante incidence, c’est-à-dire selon l’axe de l’embout engagé dans le méat.

14° Que les deux oreilles ont constamment la même perception et une perception égale, comme cela a lieu quand la source sonore est dans le plan de symétrie.

En supprimant l’orientation propre à chaque oreille, on supprime nécessairement la combinaison de ces deux perceptions d’orientation, mais on ne démontre aucunement le rôle de cette combinaison dans l’orientation totale. Il

iest évident qu’il m’est impossible d’écrire quand j’ai les deux mains liées ensemble, — doit-on en conclure qu’il me faut les deux mains pour écrire? Je ne puis orienter quand on supprime les conditions de l’orientation pour chacune de mes oreilles ; cela prouve-t-il que je n’oriente que par le concours de mes deux oreilles ?

Si le son m’arrive invariablement selon la même incidence, quels que soient les déplacements de la source sonore, n’est-ce pas encore orienter correctement que de constater l’invaria-

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bilité de l’incidence au méat ? Nous localisons toujours l’objet perçu sur le prolongement de la dernière incideuce de l’ébranlement qui nous en provient. Si un prisme en tournant me remet toujours devant les yeux un objet dont il suit le déplacement, mes yeux le localisent toujours au même point, si je ne sais pas deviner qu’il y a un prisme. De même, quand j’écoute au téléphone, j’ignore si mon interlocuteur me parle de Montmartre ou de Montrouge; sa voix me vient à chaque oreille comme s’il était devantmoi.

Cette épreuve ne nous montre nullement quel rôle joue la combinaison des deux perceptions auriculaires dans l’orientation auditive. Elle montre qu’en supprimant presque totalement l’orientation, il n’en reste pas grand’chose... et qu’en canalisant l’ébranlement de façon à l’amener à l’oreille selon une incidence constante, l’oreille n’a aucune raison de modifier son jugement et d’orienter diversement.

Le tube inter-auriculaire, comme le dit très bien Gellé, annule l’action des deux pavillons; mais elle ne peut aucunement servir à montrer leur action commune, car l’expérience réussit également bien en n’y intéressant qu’une seule oreille. Si l’on place dans un des méats du sujet le bout du tube otoscopique avec un diapason vibrant à l’autre extrémité, quels que soient les déplacements du tube et du diapason, le son

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arrivera toujours à l'oreille selon l’axe du segment interne du tube et sera toujours localisé d’une façon uniforme. L’expérience de Gellé intéresse simultanément les deux oreilles, et annule non pas l’action combinée de deux oreilles, c’est-à-dire l’orientation binauriculaire, mais l’action respective de chaque oreille, ce qui n’est pas la même chose.

Pour montrer le rôle de l’action combinée des deux oreilles il suffit de fermer l’une et de rechercher l’étendue des facultés d’orientation de l’autre : de recommencer ensuite pour la première oreille en fermant la seconde, et l’on observe que les deux champs se confondent sur une grande étendue, et que dans toute cette étendue, il y a tout naturellement orientation combinée ou binauriculaire et audition stéréacousique, et que, dans la partie relativement exclusive à chaque oreille, l’orientation uni auriculaire atteint précisément son maximum de définition.

L’expérience de Gellé donne des résultats de désorientation unilatérale dans l’un des champs auriculaires quand on ne place le tube que dans l’un des méats. Ajoutons qu’elle ne montre pas davantage le rôle du pavillon dans l’orientation, puisqu’on peut la répéter non plus en enfonçant les extrémités du tube otoscopique dans les deux méats, mais en couvrant les deux pavillons

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laissés libres avec deux entonnoirs au sommet de chacun desquels sont fixées les extrémités de l’otoscope. Le pavillon n’est nullement annulé, mais, comme dans l’expérience de Gel lé, le son est amené à l’oreille selon une incidence qui ne varie pas alors que la position de la source sonore peut varier infiniment. Ces expériences aboutissent donc à cette simple constatation qu’en détournant la propagation du son de façon à l’amener toujours suivant la même incidence à l’oreille, celle-ci localise le son dans la direction de la dernière incidence prolongée. Si la sensation est la même pour les deux oreilles et surtout si nous avons par la vue constaté l’unité de la source sonore, nous n’avons aucune raison de ne pas continuer à la localiser toujours au même point.

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