CONTROLE DE BATNA
Batna
. Cette ville, d'origine récente, s'appela d'abord Nouvelle-Lambèse, puis prit le nom de Batna (bivouac) ; elle possède un marché important, où les habitants de l'Aurès viennent faire leurs échanges.
Un agent des contributions diverses remplit les fonctions de contrôleur de la Garantie «pour la région.
Les orfèvres y fabriquent, pour le douar Oulad- El-Kadi, des pendants d'oreilles (alaleq) formés d'un cercle fermé par des morceaux de corail d'où pendent, au bout de doubles jaserons, des mains plates; ils appellent aussi ce bijou d'une onomatopée chenchena (hochet à grelots).
Mahboub Lévy, dont le poinçon ML porte une chaise comme symbole.
Lévy Mouchy ; L M et une feuille de vigne. choucheha. Rhamin Doukan ; R D et un revolver.
(Boucle d'oreille.
Modèle do Maroc.) Lévy Binhas ; L B et une botte.
AÏN-TOUTA
Par exception, dans ce chef-lieu de commune mixte qui s'appelle en arabe la « Source du mûrier » et qui porte maintenant le nom de Mac-Mahon, les orfèvres, ce qui est rare, ne sont pas israélites.
Abdou Mohammed ben Hadj Ali, avec poinçon A M ; une sauterelle comme symbole.
Abdou Belkacem ben Amar ; B A et une hache.
Abdou Lombarek ben Ali ; L A et une harpe..
Yekkem Mohammed ben Ali ; Y M et un pistolet. Boussiad Ahmed ben Abbas ; B A et une hyène. Zidi ben Abdallah ben Ali ; Z A et une tortue.
Biskra
On pourrait retracer ici le tableau du ksar de Boghari. Mêmes mœurs dans le quartier arabe, mêmes procédés de fabrication, mêmes boutiques, une vraie cave sans ouverture autre que la porte donnant sur la rue, précaution utile pour éviter la chaleur.
La plupart des bijoutiers sont juifs. Ils suivent assez bien les prescriptions, ont le règlement affiché sur le mur. faisant face à la porte, tiennent des registres indiquant les dépôts, les réparations, les achats et les ventes. Ajoutons que, dans ces contrées, les juifs peuvent mieux se conformer au vœu de la loi sur les matières d'or et d'argent, parce que leur instruction est supérieure à celle des indigènes musulmans .
La boutique, sans fenêtre, est toujours sombre ; le sol est couvert de nattes ; le plafond est formé de poutres enfumées ; quelquefois, mais c'est rare, on trouve un pliant pour s'asseoir. A côté de l'enclume, un petit coffre enluminé contient les outils et les objets fabriqués ou à réparer. Ces outils sont peu nombreux : une lime; une pince, un marteau, des creusets triangulaires.
Au milieu de la boutique, des briques formant le foyer. La forge reçoit, comme aliment, du charbon de bois. Un tube en cuivre sert à activer le feu, un soufflet grossier fait d'une peau de bouc entretient le foyer.
Le moule employé pour la fabrication des bijoux affecte, comme partout, la forme de deux étriers rapprochés. On y met une pâte faite d'un mélange de sable, d'huile et de poussière de charbon. On y place le modèle et l'on serre fortement; quand on le retire, il a laissé son empreinte des deux côtés. Il ne reste plus qu'à refermer le moule et à verser le contenu du creuset par le goulot. Une rigole préparée d'avance permet au métal en fusion de pénétrer dans l'intérieur.
Les hiverneurs de Biskra se plaisent à donner aux orfèvres des pièces de 2 francs qu'ils jettent dans un creuset en terre réfractaire où elles fondent rapidement, puis ils coulent l'argent dans le moule ayant reçu l'empreinte d'une bzima par exemple. Le bijou est
retiré du moule, placé alternativement dans l'eau pour être refroidi et dans le feu pour être plus facilement malléable. L'orfèvro, le dirigeant sur son enclume, le martèle d'abord et enlève ensuite les bavures & t'aide de la lime, puis il y met quelques fioritures avec son poinçon, enfin le jette dans l'eau bouillante pour le blanchir. Le bijou est achevé et présenté au client.
Le prix de ce travail est réglé. Les orfèvres prélèvent pour le meqfoul un tiers en plus de la valeur du métal employé et un dixième pour les bracelets, le khalkhal, la bzima. La main-d'œuvre est bon marché dans le pays.
La meilleure clientèle des bijoutiers estcelle des Oulad-Naîls.qui abondent à Biskra. Nous ne croyons pas qu'elles y viennent toujours gagner leurdotcommeonleprétend.
Nous pensons cependant qu'elles ne retournent pas dans le pays, pauvres et misérables. Elles viennent souvent d'un peu partout et n'ont d'Oulad-Naïl que leur lourde coiffure avec deux gros rouleaux de laine noire tressée, leur voile de gaze lamée d'or, leur pièce de soie bleue, jaune ou rouge qui les enveloppe, fixée sur la poitrine par deux larges bzaïm, retenue et relevée à la taille par une ceinture de soie éclatante.
Elles vivent dans un quartier où chaque maison porte oula»-na!l k biuha le soir, non un gros numéro,
{D'après ii phoiog. deToui Ltrom, d'Alger.) mais une lanterne allumée
comme enseigne.
Tantôt on les trouve accroupies à leur porte devant leur escalier k hautes marches et étroit comme une échelle de meunier. Tantôt vacille une lueur pâle à l'entrée de leur chambre où brûle du benjoin sur un réchaud pour charmer le client qu'elles attendent impas-
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sibles. Il paraît qu'elles en trouvent un grand nombre parmi les étrangers et les indigènes souvent accourus de fort loin.
Leurs séductions sont-elles dans leurs yeux bouffis allongés par le kohl, leurs paupières flasques, leurs mains brunes aux réserves blanches faites de taches de bougie, ou dans leurs ongles rougis de vermillon ? Nous l'ignorons, car elles ont bien peu de charme, selon nous, ces vendeuses d'amour avec leurs marques de petite vérole sur la figure, stigmates que leur maquillage rouge aux étoiles d'or et la profusion de leurs jugulaires cherchent souvent, mais en vain, à dissimuler
Cependant le trafic de leur corps ne leur suffit pas : la plupart, dans les cafés maures du quartier et au son du tam-tam qui marque la cadence, exécutent, avec des poses languissantes et des secousses molles et cadencées, les danses du foulard, du ventre et des douros. Séduisantes au début, elles fatiguent à la longue par la monotonie des attitudes. Avec les pièces que les assistants leur collent sur le front, suivant la tradition hispano-mauresque, elles achètent des bijoux dont elles raffolent et qui constituent leur épargne et leur fortune. Les grands colliers formés jadis de soltani, maintenant de napoléons ou de souverains anglais, ont leurs préférences sur les gigantesques cercles d'or ornés de corail ou de triangles renversés qui leur servent de boucles d'oreilles. Elles ne les dédaignent cependant pas plus que les bracelets de toutes sortes en or ou en argent ajourés, à pointes et à graines, et les longues chaînes qui tombent en sautoir sur le devant du haïk.
Quelques-unes des boutiques des orfèvres sont dans leurs quartiers. Elles peuvent ainsi transformer immédiatement leurs recettes en valeurs intrinsèques.
Les femmes pauvres de la campagne, autres que les Oulad-Naïls, portent des bracelets en corne et des colliers de perles de Venise. A chacune de leurs oreilles pendent cinq ou six grands anneaux d'argent ou de laiton. Presque toutes sont tatouées. On sait que le tatouage s'obtient en enfonçant des pointes aiguës dans la chair et en y versant une substance colorée, généralement très mordante. La couleur bleue ainsi obtenue devient ineffaçable.
Les principaux orfèvres de Biskra sont :
Djemouï ben Aïssa, dont le poinçon porte DA avec un poisson comme symbole.
Mebourak Touïtou, MT et un aérostat.
Seddik ben Mohammed ben Serai, S M et une tulipe.
Mohammed Tayeb ben Turqui, MT et une théière.
Djghmora
Village de la commune mixte d'Àîn-Touta. Deux indigènes comme fabricants :
Degdeg Ahmed ben Bachir; poinçon DB, avec une balance comme symbole.
Menzer Mohammed ben Messaoud; M M et une lampe à huile.
Khenchela
Chef-lieu d'un cercle militaire sur le versant nord de TAurès dont il est la clé. Grand marché le vendredi. Centre important de fabrication qui approvisionne toute la région des Chaouas. — Principaux orfèvres :
Youcef ben Liaou Touïtou ; poinçon Y T, portant un bœuf comme symbole.
Messaoud Mimoun ; M M et un lézard.
Amar Touïtou ; A T et un centurion.
Mohammed ben Ahmed ben Abd-el-Kader ; M A et un casque de carabinier.
Touïtou Joseph ; T J et une abeille.
Daoud Allouch ; A D et une faux.
Youcef ben Braham Touïtou ; Y T et un coq.
Les orfèvres qui suivent font des ouvrages en métal blanc frappés d'un poinçon carré- :
Liaou Guigues ; G L et un compas.
Mardochée Mimoun ; M M et une équerrè.
Isaac Allouch ; I A et un trèfle.
Messaoud Mimoun ; M M et une bottine. •
Israël El-Bèze; El et une fourmi.
Chaloum Allouch ben Chouchou ; C A et une tête de chien.
Chaloum Allouch ben Djedid ; CD et un marteau.
Mardochée Mimoun ; M M et une marmite.
Salomon ben Djedid ; S D et un é trier. Joseph Touïtou; T J et un luth.
Éliaou Mimoun ; M E et un livre fermé.
Lambèse
La Lambœsis des Romains. Capitale militaire de la Numidie et quartier général de la 3° légion romaine. Dans ce petit village, les orfèvres sont tous Arabes et travaillent pour les douars environnants :
Ahmed ben M anzer ; A M et un tigre .
Ahmed ben Mohammed ben Arab ; A M et un fer à cheval.
Khabab Mohammed El-Haïd ; K M et un oiseau.
N'gaous
Halte sur la route de Laghouat à Ouargla. Ancienne capitale des Beni-Rabia. Ses murs de terre tombent en ruines. Ce petit ksar, d'un millier d'habitants, noirs comme des nègres, a cependant deux orfèvres qui doivent approvisionner Ouargla et sa région :
Sabane Salomon, dont le poinçon S S porte un cœur percé d'une flèche comme symbole.
Hadadi Saïb ben Mbarek ; H M et un bilboquet.
Seriane
Aujourd'hui Pasteur. Fabrication sans intérêt. Dans ce petit village, le seul orfèvre s'appelle Arfi, Moïse. Son poinçon A M porte un poignard comme symbole.
Sidi-Okba
Capitale religieuse des Zibans par sa mosquée, la plus ancienne de l'Islamisme en Algérie. Oasis très pauvre ; sur la place du marché, des maisons basses, véritables niches en briques de terre séchées au
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soleil, une seules ouverture pour l'air et la lumière. Quelques orfèvres misérables qui échappent à tout contrôle travaillent sur le sol nu et n'ont cfli'un matériel très primitif dans le coffre traditionnel. Leur soufflet n'est qu'une outre ouverte à laquelle sont fixés deux bâtons. On les écarte pour prendre l'air, on les rapproche ensuite pour le chasser.
Les femmes ne portent que des bijoux d'argent très grossiers aux oreilles. Aux bras, un assemblage de bracelets. A la ceinture, de larges plaques. Les petites filles en haillons avec des khelakhel aux pieds et de grands anneaux aux oreilles courent après les étrangers pour leur demander la charité. C'est la misère du Sahara qui commence.