‹ L'orfévrerie algérienne et tunisienneChapitre 102 sur 113 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Tunis, fondée avant Rome par une colonie phénicienne, suivit la L'histoire fortune d'Utique, sa sœur aînée. Lorsque Carthage fut écrasée, elle «nistenne. fit partie de VAfrica des Romains, qui comprenait la Byzacène et la Zengitane.

Son histoire se lie à celle des invasions successives des Vandales, des Arabes, des Turcs,

des Algériens , des 1

Croisés et des Espagnols. Tour à tour au pouvoir de la dynastie des Ar'labites (800), des Zîrites (908), des Almohades (1160), des Almoravidcs (1184), des Hafsides (1209),

des Hasscnides (1706), I

après tant de vicissitudes, la cité musulmane est maintenant

1e pbotog. de Garrigues, TddIs.)

sous le protectorat de la France, représentée par un Ministre plénipotentiaire, Résident général, chargé, depuis le traité du Bardo, du contrôle financier, du pouvoir militaire et des relations diplomatiques. La Régence a aujourd'hui pour bey Ali, qui succéda en 1882 à son

Topographie

Les Bazar**.

frère, Mohammed es-Sadock. Son héritier présomptif, Sidi Taïeb, porte le titre de « Bey du camp ».

La Tounès des Arabes, la Perle de l'Orient, le Séjour des félicités, le Burnous du Prophète, comme ils la nomment en leurs litanies emphatiques, s'étend, blanche, coquette et semblable à une longue ellipse, entre le faubourg de Bab-Souika, au nord, et celui de Babel-Djezira, au sud .

En suivant la longue artère qui traverse le quartier franc et que bordent presque partout de larges trottoirs et des maisons hautes, qui n'ont rien d'oriental, on arrive devant la Porte de la Mer (Bab el- Behar), appelée par les étrangers Porte de France, dont les lourds battants donnent accès dans la vieille cité dite Médina.

Après avoir passé sous un arc mauresque, on se trouve tout d'abord sur la place de la Bourse, d'un aspect très pittoresque avec ses changeurs assis, les jambes croisées, devant une table basse où s'empilent, comme dans le quartier de Péra, à Constantinople, les piastres d'argent etles sous du pays, les caroubes de cuivre. Plus petite que la place du Gouvernement, à Alger, c'est aussi le rendez-vous en plein air adopté par les flâneurs du pays et les nombreux Sardes, Napolitains, pêcheurs siciliens ou cochers maltais qui ont envahi la Tunisie.

Laissant à droite Zanket et-Touila (la rue Longue), et prenant à gauche Zanqet Sidi el-Mordjani (rue du Marabout corallin, rouge comme du corail), baptisée du nom de « rue de l'Eglise » par les mécréants, à cause de sa chapelle de la Trinité, bâtie par les Capucins ; passant ensuite sous une large voûte qui n'a rien de la poterne sournoise ; puis longeant la grande et vieille Djama ez-Zitouna (mosquée de l'Olivier), dont l'entrée est interdite au Roumi, on arrive enfin devant Tune des entrées des Bazars, si bien décrits par Ad. Joanne, dont nous suivons l'itinéraire. Ils n'ont ni retendue de ceux de Constantinople, ni la richesse de ceux du Caire. Ce sont partout des rues étroites, tantôt surplombées de voûtes basses, badigeonnées de chaux, tantôt recouvertes de toitures délabrées laissant filtrer les rayons du soleil ou les gouttes de la pluie.

Cependant, une foule affairée et hétéroclite s'y presse en un mouvement incessant, autour des colonnettes fluettes, aux côtes torses et aux chapiteaux grêles, recouvertes de peinture verte et rouge : Tunisiens vêtus de drap de nuance café au lait ou amande verte ;

Turcs à la redingote droite, coiffés du fez rouge ; Arabes au burnous blanc, drapé sur l'épaule, jeté sur une gandoura mauve, avec, sur la tête, le turban d'étoffe de Damas brodé de soie brune ; juifs à là veste, aux bas, à la culotte bouffante, de ce ton gros bleu qu'ils affectionnent; touristes cosmopolites, portant veston et chapeau rond, en quête de eouleur locale et braquant sans cesse, de droite el do gauche, leurs photo-jumelles.

Tandis que les marchands se tiennent impassibles dans la pénombre de leurs boutiques toujours ouvertes, une nuée de pistcurs, quœrens quem deioret, tourbillonne autour de l'étranger qui s'arrête à regarder les étalages. Tant pis pour celui qui écoute leurs offres séduisantes, se laisse convaincre et choisit un d'entre eux pour guide ou comme interprète ! Il devient sa proie. Le vautour, comme on les appelle dans le Souq, ne le lAche plus ; il s'attache à ses pas et lui-fait, sans qu'il s'en doute, payer très cher son intermédiaire en prélevant, sur tous ses achats, une large commission.

Au Souq el-Attaririe, ^jL**" ^j- (marchands d'essences), se tiennent les parfumeurs, cl, de leurs niches odorantes, s'échappent des senteurs de hachich, de benjoin, de pastilles du sérail, de pûtes d'ambre, d'essences de rose et de géranium.

Au milieu du brouhaha du Souq el-Berca, £-*r^' <J>y (Souq de l'accroupissement) , qui devrait s'appeler Souq ed - Dellaline , ^r=-^ J^' ^J-j s0 fait , par les déliais qui circulent dans la rue, la vente à la criée des bijoux, sous la surveillance de l'aminé.

Les jambes croisées, assis sur une estrade, les tailleurs et les brodeurs découpent, cousent et soutachentau bazar qui porte le

i, le niti un ourtriiD, i tiiiis,

nom de Souq des Turcs '■^y^^j-

réservé jadis aux commerçants turcs pour la vente des mobiliers somptueus.

II en est de même pour les taillandiers : Souq el-Haddâdine,

A tracer t

les Souqs.

^ jIj^I ^y* ; — les libraires : Souq el-Kotoubine, liK-~-Wl ^j~> ; — les selliers {brodeurs sur cuir pour ceinture, portefeuille et harnachement) : Souq es-Serradjine, t^Jr"" (.$-?** *> — ^es tisseurs de soie : Souq el-Hraïria, -^ijilfl \^t-\ — l6S teinturiers : Souq es-Sebbaghine, ^V"" l^j~ , — et les chaudronniers : Souq el-Nahas, ^la^l (Jj-, qui vendent et travaillent la dinanderie sous les yeux du public, autour de la mosquée Sidiben-Arous,

Il y a encore d'autres bazars : le Souq el-Djoumâa, du vendredi, pour les démolitions, ***£! <^t-> ce'u' du coton : Souq el - Qetûne, mt"*" t3j*"î ceIm des étoffes de Syrie et d'Egypte :

Souq el-Qomach, ^$j — • (^.L*i]l ; celui de « l'enveloppement» réservé aux couvertures, burnous et cachabia :

Souq el-Leffâa, âmIM ]^y-; le Souk el-KouafG, des bonnets pointus et brodés pour les femmes et même celui des pauvres ; le Souq el-Kachchachine, ^^-i-Lw! ^jj~ (littéralement : Bazar des débris) réservé au bric-à-brac.

Au Souq des femmes , Souq en-Nesa, *l— *)' ^j— , se vendent tous les afliqucts de toilette : les chaussures, les boîtes de nacre, les ceintures de soie multicolores,

JUIÏt M TIIKIB, PORTANT 1UH LB FHOXT LE lilALI. lOS fûUtaS (le tonalité écla~

(Phoiog. «.«riïenc», da Tooii.) • tan{e[ ies velours treillages

et les écharpes légères comme des ailes d'abeille.

Et combien d'autres encore : Souq Bransya des fabricants de burnous, el-Ouazar des meubles neufs, es-Sebah du matin et el-Asser du soir pour l'étalage des vieilles hardes, el-Balaldya des babouches, el-Bechamqia des bottes molles en cuir jaune, el-Senaïdia des crosses de pistolets, el-Bey des satins et des brocarts, el-Sebabtia des chaussures rouges, el-Djoraba des produits du Djerib.

Les bijoutiers travaillent dans les rues tortueuses du Souq es-Siagha. C'est une suite de boutiques que les artisans juifs quittent le soir. Après avoir fermé les volets et cadenassé la porte de l'atelier, où ils n'habitent jamais, ils rentrent chez eux, dans le quartier qu'ils habitent avec leur famille. Beaucoup ont leur domicile dans le bas du faubourg de Bab-Souika.

C'est là que l'on peut voir, dans leur maison meublée à l'euro- ff*

, v. ja* •xii'* Tunisiennes

peenne, avec chaises, commodes et même armoires à glace, les juives Israélites

tunisiennes , souvent fort jolies malgré leur teint blafard , leur t%

visage bouffi et leurs sourcils noirs se .rejoignant en une seule leurs bijoux. ligne ; un foulard de soie emprisonne leurs cheveux noirs et lustrés ; une ceinture de velours, tissée de soie et d'argent, ceint leur taille. Leurs pieds sont chaussés de sandales brodées . Elles portent un pantalon soit de cotonnade blanche ou ornée de dessins, soit de velours surchargé de broderies d'or ou d'argent, souvent collant comme un caleçon, et une courte blouse de soie chez elles ; dehors une veste et un gilet, échancré au cou, en soie ou en velours brodé d'or. De bonne heure , le manque d'air et d'exercice les empâte , les déforme et leur donne une démarche lourde et dandinante.

Toutes ont de beaux bijoux. Pour les mariages ou les jours de fête, elles sortent de leurs écrins leurs plus riches parures.

Elles mettent au front :

Le khaïeli ou tak, un collier aux chatons de diamant imitant une suite de vertèbres, comme le khite errouh d'Alger ; Le djebine, qui est un bandeau comme l'assaba .

Dans les cheveux :

La râacha, aigrette trembleuse ayant parfois la forme d'une marguerite garnie de diamants et supportée par une tige flexible qui s'agite au moindre mouvement de la tête.

Aux bras, et par paires :

Les hadaïd, larges bracelets, ou les mqaïs, plus étroits.

(lion de d'onllle d'en !■ m.)

- Aux oreilles :

Les mnaguech, que les Israélites, qui prononcent mal, appellent mnaguès, boucles d'oreilles toujours & trois pendeloques ;

Les belalite, boucles d'oreilles avec une dormeuse et un pendant de la forme d'une amande.

Au cou :

• La messak bel helal, une broche en forme de

croissant, ou un collier en perles fines composé de divers rangs, comme leur fantaisie le leur suggère.

Enfin, aux doigts :

La série infinie des bagues, dont plusieurs

sont symboliques, comme la khatem ahed ">

(la bague des serments éternels), la khatem

sdad (porte-bonheur) avec deux mains croisées, sans compter les

bagues d'émeraudes et de rubis qui étincellent de leurs feux les

plus variés.

Bijoux Et puisque nous décrivons les bijoux des Tunisiennes, disons que

des femmes ceux des Bédouines ou Berbères, femmes de la campagne, sont

berbères. ^jen moins riches, comme :

La goutba, une broche faite de triangles accouplés ; La goussa, qui prend son nom de la tache blanche du front du cheval, plaque de front avec pendentifs, comme l'assaba et le djebine ; La khlele (pi. kholla), épingle pour le haïk ; Le skhab, collier de morceaux d'ambre parfumé, pétris avec les doigts ; Le maqias baltate, un bracelet ajouré ; Le khalkhal çam plein et le khalkhal debeth creux. Elles adorent les pendeloques, et, quand le bijou le permet, elles y mettent des rouss «ouassar ou télés d'aspres , qui tressautent au moindre mouvement. Aussi leur chaîne (xelsela) est 6e/ falef, c'està-dire avec breloques.

Anciens D'après des traditions dont il nous a été impossible de vérifier

réglemente

P°ur 11) Cette bague fut créée en 1280 |hég.| p«r Mohammed ben Abdallah, alors

la marque. directeur de la Manufacture beylicalc, dans laquelle se trouvaient réunies toutes les

industries depuis la menuiserie jusqu'à la bijouterie. Elle fut offerte d'abord a In

femme de Sadok-Bey. Elle plut tant que toutes les princesses voulurent en porter

une. Devenue h la mode, elle se vendit a des prix fabuleux.

l'exactitude, il n'y avait pas de titres jadis, par conséquent pas de poinçon. L'alliage le faisait descendre souvent à cinq carats, et même quelquefois à trois.

Mais chaque lingot d'argent était livré à un titre réglementaire par le directeur de la Monnaie, qui conservait du lingot fourni un échantillon d'une demi-once.

Le chaouch passait, deux fois la semaine, chez les fabricants, pour prendre les bijoux en préparation et les porter à l'essayeur de la Monnaie. Le travail devait être suffisamment avancé pour recevoir l'empreinte ; ainsi, pour les bracelets, par exemple, l'orfèvre livrait un lingot préalablement martelé sur une partie du bord et présentant une surface unie.

Le directeur de la Monnaie faisait alors son essai au touchau et s'assurait que l'objet avait été fabriqué avec le lingot reçu. S'il y avait un alliage illicite, l'objet était brisé et les morceaux rendus au bijoutier. De cette façon, la vente du bijou devenait impossible ; et, pour s'épargner cette perte, le bijoutier, dans son propre intérêt, avait avantage à rester honnête et à se conformer aux règlements.

Si l'objet était reconnu conforme,, le fonctionnaire apposait, sur la partie préparée, autant de fois son poinçon que l'orfèvre devait sortir de bracelets du morceau. Le fabricant avait soin de laisser ensuite le poinçon apparent sur chaque bracelet, après l'achèvement du travail.

Mais nous ne saurions affirmer cette version du fonctionnement de la Garantie en des temps éloignés. Elle nous a été donnée par un orfèvre tunisien qui la tenait de son père. Nous la liyrons telle que nous l'avons reçue.

La Garantie est restée l'apanage de la Régence. Le bureau du ia Garantit contrôle tunisien, installé à l'ancienne Monnaie, Dar el-Djeld, est tunisienne. ouvert tous les jours, sauf le vendredi et le samedi, pendant la saison commerciale, après les récoltes. A la morte-saison, il ne fonctionne que le mardi et le jeudi. Il se compose d'un contrôleur, « Nakdaïn », nommé par décret beylical, le colonel Mustapha ben Abdallah, ex-directeur de la Monnaie, « Nadar dar es-Sekka ». Il a sous ses ordres un personnel qu'il choisit lui-même sous sa responsabilité : trois essayeurs, l'un pour l'or, Joseph Alzetto, qui est Européen, et deux pour l'argent, qui sont israélites, Mouchi Mimnis et son adjoint

Titre

de l'argent

et de l'or.

Elie Attal; puis deux poinçonneurs israélites, Moïse Sfez et Haï S fez, bijoutier en chef des décorations tunisiennes, puis Liou Sfez, collecteur des bijoux en or, et enfin un secrétaire interprète chargé de la comptabilité qui est musulman, Mohammed ben Abdallah. Le Directeur est le dépositaire des poinçons . Ils ne doivent sortir de la caisse qui les renferme qu'en présence du receveur des dîmes de l'État.

Depuis le 1er djoumada elloul 1275 (28 décembre 1856), les poinçons adoptés sont les suivants :

Argent

8EKEA.

(Poinçon do titre de l'argent.)

L'argent n'a qu'un titre unique, 10 deniers 19 grains ou 900 millièmes. Un poinçon indique le titre des gros ouvrages. Il porte le mot aC- sekka (marque), souvent employé pour dire monnaie ; ce poinçon pourrait donc indiquer que la pièce est au titre de la monnaie d'argent. Un autre poinçon tout à fait semblable, mais de moindre dimension, sert pour les petits-ouvrages.

Chaque pièce des gros ouvrages, régulièrement contrôlée, doit

porter en outre :

1° Le poinçon de la Garantie.

Il signifie que la pièce a passé à l'examen et qu'elle est certifiée bonne. Il porte écrit le mot sahha ^r*> (authentique, vrai, valable).

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