COLLIER EN CORNALINE GRAVER
provenant de la Mecqne (musé? d'Alger).
Les Imohagh
et les
Imagiren.
Touareg
du Nord,
du Sud et de
l'Ouest.
<1) Deux remarquables ouvrages : les Touareg du Nord, par Henri Duveyrier (1864), les Touareg de l'Ouest, par le capitaioc H. Bissuel (1888), complétés parles renseignements précieux du commandant Hinn, d'Alger, nous ont fourni en grande partie les éléments de cette étude sur les Touareg.
Noblesse targuie.
Ablutions.
Costumes
des hommes.
sont autochtones et ne sont venus ni de Fez, ni de Tin-Bouktou, ni des rives du Niger coloniser les régions où ils résident.
Ils occupent actuellement quatre grandes divisions territoriales :
Les Touareg du Nord comprennent :
1° La Confédération des Âzdjer, du plateau de Tassili (5T.-E.) ; 2° Celle des Aha§gâr, mont Hoggar des Arabes (N.-O.j.
Les Touareg du Sud :
1° La Confédération des Kelouï, dans le massif de l'Air (S.-E.) ; 2° Celle des Àouelimmiden, de la plaine l'Ahaouaghi et des montagnes de l'Adghagh (S.-O.)
Mais il convient d'ajouter une autre division politique des Touareg de l'Ouest :
La Confédération de YAr'rerf Ahnet comprenant les tribus du plateau de Baten Ahnet.
Ces derniers sont les ennemis acharnés des Chambaa el-Mouadhi d'El-Goléa et se divisent en deux tribus : les Taïtoq et les Tedjehe, où les nobles de race pure se nomment lhaggaren. Ils ont comme vassaux payant tribut les Imrad, serfs dont les fils peuvent devenir nobles s'ils sont issus d'une femme noble (Tahagarl), d'après leur précepte : « Le ventre teint l'enfant. » Ces deux castes ont des esclaves nègres qui s'achètent à Tin-Bouktou, pour servir de chameliers chez eux.
Les mêmes mœurs existent à peu près partout. Cependant dans le Nord les Touareg ne se servent que de sable pour leurs ablutions, sans lesquelles, d'après le Coran, ils ne pourraient faire leurs prières. Dans l'Ouest, ils n'emploient le sable que lors d'un manque absolu d'eau.
La tête est rasée avec la seule réserve d'une crinière étroite allant du front à la nuque et retombant sur le voile. Certaines tribus conservent, en outre, sur le crâne luisant comme une boule de métal, une bande de cheveux qui va des tempes rejoindre le front.
Chez les musulmans, les femmes sont voilées ; chez les Touareg, ce sont les hommes. Il est interdit aux femmes de porter un voile. Un Targui ne quitte jamais le sien, il le garde même la nuit. Il croirait manquer aux convenances s'il se dévoilait devant un étranger. Ce voile, noir pour les blancs et blanc pour les noirs, s'appelle Tedjoulmoust. Il est fait d'une gaze finement tissée en bandes cousues
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ensemble. Le plus estimé chez les Azdjer, en cotonnade bleue, vient de Kano et vaut un mouton. Cette visière sur le front et cette haute cravate jusqu'au-dessous des yeux ne sont que des précautions hygiéniques destinées, lors du simoun, a laisser la bouche humide et à préserver le nez de l'infiltration néfaste du sable fin du désert.
Sauf le burnous qui n'est pas porté, les vêtements des Touareg ressemblent à ceux des Arabes du Sud ; leur costume se compose de :
La Tekoumbout, haute chéchia rouge à glands noirs et touffus;
L'Achchach (ech chich, en arabe), longue pièce de coton blanc, qui forme d'abord turban, descend ensuite sur les épaules, dessine enfin les bretelles et une ceinture ;
La Tikarhaït, large ceinture de laine rouge comme celle de nos chasseurs d'Afrique ;
La TikamUt, blouse ou
chemise richement brodée
très large et en cotonnade
légère, sans manches ou
J«r A. à manches courtes, serrée à
jr la taille par une ceinture.
Chez lesTouaregdu Nord elle
est en cotonnade blanche,
""'""■ unie et à carreaux bleus et
blancs pour ceux de l'Ouest. Cette pièce de colonnade vient de Kano
et se paye d'un chamelon. Par-dessus, les Touareg de l' Azdjer mettent
une couverture en laine du Fezzan ;
Érudition et indépendance des femmes.
Pas de voile,
mais du maquillage.
Le Kartiba, large pantalon de zouave serré à la cheville, même étoffe, même couleur et même provenance. Le prix est équivalent à la valeur d'une chèvre ;
Les Iratimen, sandales épaisses en peau de chèvre, teinte en rouge, avec une lanière passant entre les doigts des pieds nus.
Autour du cou : des Ische-nem, longs chapelets.
Sur la poitrine : des sachets de cuir. Fixés sur une lanière ils renferment des papiers sur lesquels sont écrits des versets du Coran qui, servant d'amulettes, préservent de la jettatura et de tout — excepté de la mort.
Aux oreilles : une boucle d'oreille unique en argent. Tezzabite + # B + • Cet usage n'est pas général.
Au coude droit : un large bracelet de pierre Ehebège \ B T (plur. Ihebegène) chez les Taïtoq et Ehebègue (plur . Ihebeguenne) dans les tribus du Nord. Cet anneau taillé dans de la serpentine vert foncé, polie sur place, donne plus de force pour lancer l'Allag II : (plur. Allaghène 11:1) (sagaie en fer, barbelée et incrustée de cuivre) ou pour assurer dans les corps à corps le coup de la Tileq + Il . . . (plur . Tilghine), poignard fabriqué à In-Salah. Ce bracelet porte quelquefois une devise ou une lettre Tamaheq. C'est souvent un gage d'amour offert par la femme au guerrier de son choix avec la Setla d'argent pendue à l'arçon qui permet de boire sans descendre de cheval.
Les enfants et les jeunes gens portent, accroché à une oreille, un grand anneau hygiénique, en cuivre argent, corne ou bois dont le but est de les préserver des ophtalmies. Mais le sable fin du désert les rend néanmoins très fréquentes malgré toutes les précautions prises.
La femme est chez eux l'égale de l'homme. Souvent même elle lui est supérieure par l'instruction qu'elle a reçue dans sa jeunesse et qui lui permet comme aux Ihaggaren du Taïtoq de lire, d'écrire en langues tamaheque ou arabe. Indépendante d'allures, elle administre ses biens, toujours personnels, car elle ne participe pas aux dépenses du ménage. Elle se décharge aussi de toute fatigue et de tout travail manuel sur les négresses qui la servent.
Ainsi que nous l'avions déjà dit, il est défendu aux femmes de se montrer autrement que la figure découverte. De grosses tresses encadrent leur visage. Du reste, elles n'ont pas besoin de se voiler, tantôt vivant dans les campements sous la tente protectrice des rayons brûlants du soleil, tantôt juchées, lors des déplacements, sur
AFRIQUE FRANÇAISE
le dos des chameaux sous le dôme de la Thihadad (Bassour en arabe) et bien abritées contre les épais nuages de poussière qui tourbillonnent autour des caravanes. Cette cage protectrice est faite d'une carcasse de bois de laurier-rose, recouverte d'une étoffe rayée et quelquefois surmontée de plumes prises aux autruches si fréquentes en ces parages. Il leur suffit, du reste, aux femmes, pour se protéger les yetix de prendre dans un flacon, rarement en argent, le koheul avec un stylet en bois et de l'appliquer sur le rebord des paupières. En outre, dans le Nord, pour se rendre la peau insensible au froid et à la chaleur, elles se teignent les ongles avec du henné, se noircissent les sourcils avec du liège brûlé et se badigeonnent la figure avec de l'ocre jaune ou rouge et même de l'indigo. Ce bariolage ne serait pas pour nous plaire, mais il séduit au contraire les Touareg. C'est le maquillage au désert.
La vie nomade ne permet pas aux Touareg de traîner après eux des bijoutiers juifs avec leur matériel. Les femmes Tahegart achètent leurs parures lors de leurs incursions sur les territoires où les tribus vont se ravitailler d'objets européens, dans les ksour d'In-Salah, d'El-Goléa et du Touat.
Le collier s'appelle du nom générique Tasghalte + Q : Il + (plur. Tisghaline). La Tir' a se compose de pendeloques reliées par une chaîne ou par un cordon et retombant sur la poitrine. Il en existe en or d'un travail assez fin.
L'anneau et quelquefois les bagues ou le bracelet sont généralement désignés par le terme de Taouineste + I ^ I Q + (plur. Tioui-
nace + : : * I □ •) Les boucles d'oreilles portent le nom de Tezzabite + # B +
(duel Tezzabitine + # B |.) En argent (azref); elles se composent de grands, cercles auxquels sont fixées des pendeloques de corail. Lorsqu'elles sont en or (ourak), le diamètre est encore plus grand.
La bague s'appelle Ticaq + D ... (plur. Tisghine + D : I (fém.) ou Itteli + 11^ (plur. Itellitine + Il + I (masc.) Dans l'Ouest, chaque doigt des deux mains en est couvert. Les bagues du pouce, du médius et de l'auriculaire sont en or et portent un chaton très en relief contenant un grain de plomb mobile. Celles de l'index et de l'auriculaire sont en argent ; le chaton est remplacé par un douro. Aussi les anneaux de doigts n'apparaissent que les jours de fête, car leur dimension et leur nombre rendent tout travail manuel impossible.
Colliers, boucles
d'oreilles et bracelets en langue tamahaq
et en caractères tifinar.
524 l'orfèvberte algérienne et tunisienne
Les femmes riches ont les bras couverts de bracelets d'or qu'elles font quelquefois alterner avec d'autres. En argent ce bracelet n'est qu'une simple baguette unie terminée par deux grosses boules que l'on écarte difficilement pour introduire la main. En or, il est plat, large de 4 à 5 centimètres, orné de têtes de clous disposées en quinconce et n'est pas ouvert. Le bracelet de corne s'appelle Tiouskite+ Il •+ (plur. Tiouskatine + :;* + ! (fera.)
Le beau sexe des tribus très pauvres, manquant de ressources, se contente, pour toute parure, de colliers de verroteries parsemés de boutons d'uniforme européen portant l'aigle impériale ou l'effigie de la reine Victoria. Le grand luxe est la ceinture de cuir à laquelle sont fixés en rosaces des coquillages (cauris) venus par le Sénégal.
Dans l'Ouest, les anneaux de pieds sont inconnus. Dans le Nord se rencontrent quelques assabas, des médouars, pendeloques et des bzaîme reliés par une 1$ longue chaîne le tout venant du Sud Algérien. Vftrments Le costume féminin est des plus simples. Il se
rfr la fabrique au Djerid ou à Gourara et s'achète à In-Salah.
luit ' «Ji«wi Un voile (Ikarrai) recouvre le foulard de tête à
la façon des mantilles. Une chemise Tikamist en cotonnade noire ou en étoffe rayée de rouge, de vert et de blanc est retenue à la taille par une ceinture de même étoffe (Sedjebes).
La Taberouk, sorte de haouli en laine rayée du Fezzan, enveloppe le corps, est ramené sur la tête à la façon du haïk. La Tekhabit de couleur noire, en laine légère, se porte par-dessus le costume.
Les pieds sont chaussés de sandnles Ir'atimen en peau de zèbre, recouverte de peau de .chèvre teinte en rouge, et plus ornées que celles des hommes.
La boîte à bijoux se compose
de deux parties s'emboîtant l'une
dans l'autre. Le morceau inférieur est convexe et le morceau supé-
UUit.
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rieur a la forme d'un cône. Tantôt cette boîte est- faite de peau d'antilope et vient du Soudan, tantôt elle provient de la mamelle d'une chamelle. Dans ce cas, sa couleur est brune. Tracées au feu, des lignes géométriques, dans le style de tous les Berbères, ressortent en brun sur la surface.
Le Soudan
Il n'y a pas de lignes précises de démarcation pour le Sahara et le Soudan. Le premier commence dès le revers du grand Atlas pour finir au Niger qui lui sert de limites jusqu'au Sokoto et au Bornou, comprenant aussi bien Figuig, Ouargla, El-Goléa que l'Air. Tout le territoire au Sud depuis le Sénégal est compris généralement comme Soudan jusqu'au parallèle de l'embouchure du Niger. Aussi les Touareg sont-ils à la fois du Sahara et du Soudan, car si on les retrouve au-dessous de Tin-Bouktou, ils se tiennent surtout sur la rive gauche et ils appartiennent bien plus au Sahara qu'au Soudan. Pour eux, cependant, le Soudan commence à la hauteur des puits d'Assiou et d'In-Azaoua.
Comme on le voit, cette vaste contrée encore mal connue et dont les frontières sont difficiles à établir ne représente qu'un terme assez vague. C'est le boulevard extrême de l'islamisme. On y rencontre des mosquées dans tous les villages, mais rarement, presque jamais, de minarets. La foi dans cette région manque de fanatisme. Le Ramadan n'a aucune rigueur et les santons n'ont ni l'autorité ni le prestige des marabouts musulmans. Cependant l'un d'entre eux, El-Ouabji, a laissé à Ouabdou, où il est enterré, une grande réputation plutôt de fortune que de sainteté. Mais dans son tombeau qui devait renfermer ses richesses il n'a été retrouvé qu'une bague targuie, lorsqu'il a été exploré. Depuis longtemps sans doute il avait été pillé.
Si la foi est tiède, la superstition est intense sur certains points où les hommes se couvrent de talismans enfermés dans des boîtes en fer-blanc ou des sachets de cuir. Ils en mettent partout, autour du cou et des bras et les attachent par douzaines à des bracelets, à la ceinture, en sautoir et jusque sur leur selle, leurs brides, leurs arcs et leurs carquois.
Chez les Soudanais, les mœurs sont simples, les besoins de la vie peu compliqués. Aucun progrès depuis des siècles. Tout reste pétri-
Limites
vagues du
Soudan.
Le mahomè-
tisme des
Soudanais.
Talismans.
La danse au désert.
fié. La danse seule joue un grand rôle. Elle est une expansion nécessaire au caractère des nègres qui aiment tout ce qui est brillant et bruyant ; aussi profitent-ils souvent du passage des blancs (Toubalis) pour donner une fête en leur honneur. — Aux sons du tambour, de la flûte et du balaf à grelots, les hommes parés de boucles d'oreilles d'argent s'élancent, tournent, sautent sur un pied, se livrent à des gambades incohérentes et rient en montrant leurs dents blanches. A la grande joie de l'assistance, qui bat des mains, les femmes courbent les reins, se tordent le corps avec l'expression d'une béatitude lascive et font flotter leur boubo autour d'elles, tandis que tressautent sur leurs chevilles les gros anneaux massifs qui composent seules leur parure primitive.
Forgeron- Dans tout le Soudan, c'est le forgeron qui est l'orfèvre. Comme
orfètre. Vulcain qu'Homère représente sachant les travaux de tous les corps de métier, il est à la fois serrurier, chaudronnier, taillandier. Il fait les mors, les outils, les armes — et les bijoux. On peut le voir opérer au musée ethnographique du Trocadéro à Paris où il est reproduit grandeur nature, en cire, avec son aide, travaillant tous les deux nus en plein air.
On le rencontre partout à Segou, Bammakou, Kita, Sioro, Zinder, Sokoto, Agadès. Il est souvent dune certaine habileté comme Gusbrie, le grand forgeron de Kayes, la capitale du Soudan, sur la frontière du Sénégal. Attaché au sol de père en fils, il ne court pas les tribus. Il passe pour un peu sorcier ; cependant, les musulmans considérant comme un avilissement la condition de ceux qui travaillent le fer, il appartient à une caste distincte de celle des juifs, mais la plus méprisée de toutes. Au-dessous, il n'y a plus que le captif pris lorsqu'on a « cassé le village » et dont l'esclavage peut cesser par une rançon ou par un échange.
Sédentaires, ainsi que nous venons de le dire, les forgerons habitent des cases en terre percées d'une seule ouverture, mais ils travaillent le plus souvent dehors. Accroupis, nus sur le sol nu, ils se servent pour foyer d'un trou en terre qu'ils remplissent de charbon ou de branchages. Ils utilisent comme soufflets une ou deux peaux munies, à l'un des bouts, soit de simples roseaux, soit d'une douille métallique. Pour outils ils ont une pince, un fer à souder recourbé aplati à l'extrémité, un étau minuscule, une petite enclume carrée emmanchée dans un morceau de bois, un marteau qui n'est qu'uq
AFRIQUE FRANÇAISE
bloc de fer fixé dans une corne avec une ligature comme les haches préhistoriques. Jadis ils ne se servaient pas de limes. Ils n'ont appris à les connaître que depuis notre pénétration dans le Soudan.
M. Foureau, dans le livre qu'il a publié en 1901 sur sa Mission Saharienne, a raconté qu'à Zengou et àZinder, «pour fondre l'or ou l'argent, le forgeron fabrique un creuset de terre argilo-sableuse qui reçoit le métal et est ensuite plongé dans les charbons ardents actionnés à la main par le soufflet. Le forgeron verse le métal en fusion dans une lingotière allongée fabriquée avec la même terre que le creuset et au fond de laquelle il a, préalablement, mis un chiffon . Le lingot, une fois obtenu, est allongé par voie de martèlement en chauffant fréquemment mais très peu puisque l'ouvrier le tient à la main par un bout, travaillant lentement et prenant largement son temps.
» Les bijoux fabriqués à Zinder, ajoute-t-il, sont en général peu artistiques : chaînes, bagues torses, boucles d'oreilles torses, bracelets tors, lourds bracelets et anneaux de chevilles terminées par des cubes un peu plus gros et légèrement ornés de quelques gravures simples frappés avec l'aide d'un ciseau à froid. Pour tous les bijoux le forgeron les obtient au moyen d'un simple étau, maintenant l'un des bouts de l'objet pendant qu'avec une pince il tourne l'autre bout.
» La fabrication terminée — pour les objets d'or et d'argent — il décape d'abord le métal par un frottage de sable fin mêlé de poussière de charbon et de corne de bœuf, puis il les frotte de sel pulvérisé et enfin il les trempe dans du jus de citron qu'il a préalablement fait chauffer. Le dernier coup de poli se donne à la salive en passant très rapidement le bijou entre les lèvres. »
Les bijoux sont rarement en or, le plus souvent ils sont en fer ou en cuivre. Ce dernier métal, bien que natif sur certains points, est un objet d'échange très recherché. 11 est livré par les traitants sous forme de tiges de cuivre rouge ou jaune de divers calibres. Ces fils coupés en barrettes d'environ 25 centimètres servent tantôt de monnaie sous le nom de « Mitakos », tantôt de matière première pour confectionner les bijoux ou orner de découpures les armes et garnir les têtières de brides de petits grelots assez curieux. .' Nous croyons peu à la légende des beaux bijoux en or fabriqués à Tin-Bouktou la mystérieuse dont parlent les Touareg et qui s'est accréditée à Fez. Cependant nous devons la signaler, car elle a été
Le forgeron de Zinder.
Plus de cuivre que d'or.
Plus de fer que d'argent.
Tin-Bouktou la mystérieuse.
Les poids de Tin- Boukiou
BrodeHes.
Coiffures
des
Soudanaises.
rappelée par des auteurs dignes de foi. Mgr Hacquard, évêque du Sahara, a même prétendu, dans des récits publiés récemment, que l'or en poudre ne venait plus à Tin-Bouktou <f> de Bambouck et du Bouré. Les orfèvres, n'ayant pas réussi à fondre l'or monnayé, auraient abandonné la fabrication des bijoux d'or. C'est peut-être aller un peu loin, car dans les livres des voyageurs il est souvent question de femmes de vieille famille aux yeux séduisants et doux, n'ayant ni le nez écrasé, ni les lèvres lippues, au front ceint de bandelettes de perles, portant des pendants d'or aux oreilles et parsemant leur chevelure noire de points lumineux à l'aide de boules d'or abondantes. Il faut reconnaître aussi qu'elles mettent sur leur front des guirlandes de sequins et autour de leur cou des colliers de pièces d'or, ornements dont la confection n'exige aucun travail de bijouterie.
Quoi qu'il en soit, s'il n'y a plus de bijoux de prix à Tin-Bouktou, il reste des mesures pour les peser. Pour l'argent, on emploie des pierres poinçonnées par l'autorité, mais vérifiées de temps à autre sur des étalons déposés chez un notable. La livre de 15 onces s'appelle Arratel. L'once de 27 grammes se nomme Wakia. Pour l'or, on se sert du Bani, graine grosse comme un petit pois. Il en faut quatre pour faire un moutoukel d'or de 5 grammes.
Dans son livre sur Tin-Bouktou la mystérieuse, M. Félix Dubois affirme que la seule industrie artistique du pays est la broderie pratiquée d'après les enseignements des Maures de Grenade venus se fixer dans cette grande cité. Il cite les robes soudanaises comme des merveilles de travail délicat, portant sur le devant et sur le dos, harmonieusement répandues, de grandes rosaces ajourées et de gracieuses arabesques dont la soie se détache avec un brillant blanc sur l'écru mat du tissu. On en exportait jadis jusqu'à Bammakou et jusqu'à Gao, valant 3 et 400 francs. On brode aussi de soie jaune et verte des bottes en cuir fin, léger et souple comme de l'étoffe.
Sous toutes les latitudes, les femmes soignent leur chevelure. Il en est de même chez les peuplades les plus primitives de l'Afrique centrale. Tantôt les Soudanaises relèvent avec soin leur chevelure en un casque à cimier élégant et enduisent l'édifice d'une couche d'indigo délayé dans un corps gras. Tantôt elles tressent leurs cheveux autour de la tête en ayant soin de réserver aux4 extrémités
(1) In qui devrait s'écrire I. N., celui de... Féminin T. I. N., celle de...
AFRIQUE FRANÇAISE 529
des houppes qui se hérissent et dont l'ensemble ressemble à une tête de loup. D'autres laissent pendre derrière leur tête Jusqu'à la naissance du cou une multitude de petites nattes longues et grosses, dont une plus grosse est relevée en forme de catogan (mission Foureau).
Quant aux bijoux, les femmes des grands chefs seuls en portent en nijoux des or. Celles des tribus pauvres se contentent de peu et se fabriquent Soudanaises. des ornements avec ce qu'elles ont sous la main.
Dans la chevelure brillent de petits miroirs ou des plaques de fer-blanc découpées en carré, en rond ou en triangle provenant des nombreuses boîtes de conserves vidées par les explorateurs et avidement recueillies par les indigènes.
La joue est quelquefois traversée par un gros morceau de quartz, le nez par des chevilles de bois, du corail, un anneau de cuivre ou un disque convexe comme un gros bouton que fixe un pivot à l'intérieur de la narine.
Aux oreilles s'accrochent, tantôt de gros anneaux courbés en demicercle introduits par le bout pointu et portant une boule à l'autre extrémité ; tantôt passent dans 4 à 5 trous, percés le long du liséré, de petits anneaux qui retombent en grappe, tandis que le lobe reste vide d'ornements. On voit aussi de grandes rondelles de bois former les ornements des oreilles.
Au cou s'enroulent des enfilades soit de grains d'ambre, soit de grosses perles de verre ou de porcelaine de nuance bleue ou rouge, produit de la vente des esclaves sur le littoral, échanges faits pour des vivres aux explorateurs. Quelquefois le collier est une spirale en cuivre d'un fort calibre et d'un gros poids qui s'adapte à l'aide d'une véritable opération de ferronnerie. La femme se couche de tout son long à terre. La spirale est détendue comme un ressort par un homme adroit et vigoureux au moyen d'une forte pince et passée au cou de la patiente qui accepte de souffrir pour être belle sans se préoccuper qu'il faudra recourir au même moyen pour enlever l'ornement. Cependant les colliers ne sont pas souvent d'un ajustement aussi pénible et aussi délicat. Leurs variétés sont infinies. Suivant les régions, ils sont formés d'assemblages de coquillages, de noyaux de dattes, de vertèbres de serpents, d'ergots de coqs, dégriffés de chiens, de dents d'hommes, de plaques d'onyx, de crocs de panthères et de lamelles découpées dans des dents d'hippopotames.
Aux bras se fixent de lourds et gros bracelets de laiton ou de cuivre
Les bijoux soudanais
sont barbares.
rouge, ronds ou plats, en saillie triangulaire avec des dessins grossiers comme ceux 4jui ornent les trompes de guerre en ivoire et les grossiers ustensiles en bois. Quelques-uns, fabriqués à Ghat, se font en cuir parsemé de petites perles de couleur. D'autres mi-partis en cuivre jaune, mi-partis en cuivre rouge, presque toujours tordus, sont ornés de lignes géométriques. Enfin, au-dessus du coude, se portent des bracelets plats et minces en argent, quand le village en a la ressource.
Aux doigts sont passés des anneaux très simples, plats à l'intérieur, arrondis à l'extérieur. Parfois, pour chaton, une pièce de cinq francs, mais, le plus souvent, en saillie, un morceau de verre taillé en losange ou en pyramide tronquée d'importation européenne.
À la ceinture des chapelets, aux rangées multiples de grosses perles blanches. Souvent au nombre d'une douzaine, ils épousent les formes des hanches et s'amincissent sur le devant, ils produisent de loin l'effet d'une sorte de pagne, les femmes ne les quittent jamais dans certaines régions. C'est la feuille de vigne servant à cacher leur nudité quand elles se baignent.
On le voit, les bijoux du "Soudan sont lourds, grossiers. C'est l'art réduit à la plus simple expression. Il est facile de constater que plus on s'éloigne du littoral de l'Afrique pour aller vers le centre, plus la bijouterie devient rudimentaire, quand la fabrication n'est pas nulle comme chez les Touareg qui viennent se ravitailler à Ghadamès de la Tripolitaine, à Figuig dans le Maroc, à El-Goléa et In-Salah de l'extrême Sud de nos possessions. Aussi nous ne pousserons pas nos recherches au delà du lac Tchad. Après cette région, il n'y a plus rien à en dire. Nous sommes arrivés aux frontières qui forment les limites de nos investigations sur les bijoux africains.