‹ L'orfévrerie algérienne et tunisienneChapitre 38 sur 113 · EN ARGENT · texte numérisé non relu

EN ARGENT

(Modèle tunisien.)

Juifs

et

janissaires.

leurs boutiques étant trop étroites pour leur permettre d'y demeurer. Juifs indigènes, pour la plupart, ils vivaient très sobrement; le gain le plus modique leur suffisait pour nourrir leur famille. Opprimés par le dey et les janissaires, il leur était interdit d'entrer dans les habitations des musulmans, sous peine de recevoir la bastonnade.

Quand ils venaient livrer les bijoux commandés, ils devaient rester dans la rue ; un esclave sortait pour recevoir les objets, ou bien les marchands les passaient à la femme arabe par la porte entrebâillée. L'argent leur était remis de la même façon, et ils s'en allaient sans avoir aperçu aucun visage.

L'orfèvre, dit-on, se vit quelquefois arracher des mains les bijoux qu'il apportait. Sa cliente mauresque, après les avoir pris, lui fermait la porle au nez, sans autre forme de procès. Ses instances pour toucher son argent étaient vaines. Après de nombreuses protestations, et de guerre lasse, il courait chez le cadi, qui écoutait rarement sa plainte.

Émancipa' En résumé, les juifs étaient soumis, de la part des femmes des

tion. janissaires, à une foule de vexations, trop longues à énumérer.

On comprend avec quelle joie ils durent voir s'implanter en Algérie notre civilisation, qui allait les relever de la déchéance

morale dans laquelle les faisait vivre et les laissait

POIKÇON DR MAÎTRE ,

iNDiGEM croupir le gouvernement despotique du dey. (avant 1859). N'écrivant pas l'histoire des juifs algériens, nous

©n'avons pas à rappeler dans quelle mesure ils profitèrent, plus que tous les autres indigènes, des bienfaits de la civilisation européenne.

Depuis 1830, d'heureuses modifications se sont produites dans les mœurs et les coutumes de I artisan affranchi de la domination musulmane. Peu après l'arrivée des Français, nous ne trouvons plus le bijoutier travaillant dans sa niche étroite et sombre, mais dans un local composé de deux pièces et décoré du nom pompeux de magasin.

Souq-el- En nous aidant des souvenirs d'un ancien orfèvre, nous avons

Djedid. réussi à reconstituer une liste de la plupart des ouvriers qui exerçaient le métier d'orfèvre, avant et après la conquête. Ils étaient bijoutiers de père en fils, et depuis des siècles, sans doute, dans le vieux Souq-es-Siagha. Nous avons décrit ailleurs leurs coutumes pit-

sr

ORFÈVRES d'aLGER MORTS ET VIVANTS 129

toresques, leurs boutiques étroites comme des niches, où le soleil ne pénétrait jamais. Après les démolitions qu'amena l'ouverture de la place du Gouvernement, ils étaient venus s'établir à l'extrémité de la rue Juba, qui avançait sur l'emplacement actuellement occupé par la place du Gouvernement. Au Souq-el-Djedid, que beaucoup s'obstinaient à appeler encore Es-Siagha, se serraient les nouveaux ateliers ou magasins de vente autour d'un arbre pittoresque. Quelques-uns habitaient dans des rues voisines de la Djenina, comme la rue Boutin, la rue Porte-Neuve, la rue Sainte, la rue du Lézard, la rue Blondel. Nous les avons suivis dans leurs différentes étapes. La nomenclature qui va suivre, et qui indique souvent le domicile de chacun d'eux, montrera que, après le Souq-es-Siagha, le Souq-el- Djedid était devenu, en quelque sorte, leur quartier général.

Ces anciens orfèvres d'Alger ont été classés par oindre alphabétique.

Ibraïm Abendanan, joaillier, habita le Souq-es-Siagha, puis il Anciens s'établit dans la Msid-Dalia (école de la Vigne), dont nous avons fait orfèvres. la rue du Lézard.

Haïm et Mardoché Abendanan, ses associés, eurent les mêmes demeures que le précédent.

Amar Abida travaillait surtout l'argenterie.

Jacob Abida, orfèvre, était fabricant d'objets en argent.

Élie Abida faisait les mêmes objets que le précédent.

Eliaou et Jacob Aboulker s'installèrent après la conquête. C'étaient les premiers et les plus importants de tous les joailliers. Ils faisaient surtout des assabas ornés de diamants. Ils demeuraient à Hammam- Fouita, qui est devenu la rue de Nemours. Le fils du premier habite actuellement la rue Randon.

Aron Aboulker était fileur d'or, rue du Divan.

David et Moïse Adda faisaient des bijoux d'argent.

Jacob et Mardoché Amar travaillaient principalement l'or. Mardoché Amar exerçait son métier en 1841, rue Juba, 38.

Aron Akoune, joaillier, s'installa après la conquête. Il habitait le Souq-Tarih (commencement de la rue de la Lyre actuelle). Il avait un procédé spécial pour reconnaître le titre d'un bijou. Après l'avoir frotté vigoureusement, il le flairait. Doué d'un odorat excessivement subtil, l'odeur du cuivre le guidait et suffisait pour lui faire apprécier infailliblement la proportion de l'alliage.

Ismaël et Salbmon Albou, bijoutiers.

Moïse Amar, bijoutier, diamants et pierres précieuses.

Aron dit Samuel habitait rue du Divan, 51 .

Abraham Athon, bijoutier, mort en 1876. II habitait le Msid- Dalia, à l'endroit de la rue Boutin. Il venait du Souq-es-Siagha.

Aron Athon, bijoutier, était le frère et fut l'associé du précédent. Il demeurait au Msid-Dalia (emplacement de la rue Blondel) et venait du Souq-es-Siagha.

Abraham et Mardoché Azan ne travaillaient que l'argent.

Isaac Azoulay, ciseleur de sarma, habitait une ruelle donnant sur le Souq-es-Siagha, puis il s'installa rue Médée (Dar-el-Qechaïria).

Moïse et Abraham Azoulay, bijoutiers, venaient du Souq-es- Siagha et habitaient le Msid-Dalia (rue Boutin).

Aron Bakri travaillait avec ses trois frères.

Chalabi et Safbmon Benasso.

Mardoché et Chalabi Bensimon, joaillier, venait de Es-Seyyâghin et habita rue du Lézard.

Mardoché et Moïse Belaïche, bijoutier, père de S. Belaïche, encore vivant et établi rue de la Lyre, travaillait dans une ruelle qu'il quitta pour s'installer rue Sainte, Sebâa Leouyate (les Sept tournants). Il ne faisait que des bijoux en argent.

Chiche Belaïche, orfèvre comme le précédent.

David Aimé, dit Benkaria.

Joseph et David Boucris .

Abraham Chekler travaillait seul. Il faisait l'argenterie du dey, qui lui fournissait les lingots et n'exerçait sur lui aucune surveillance spéciale; tant il avait confiance en lui. Il livrait à la Bégence des zerefs à café, des tassa pour le bain, des aiguières, des chandeliers, des jarres devant contenir l'eau de senteur pour le bain, des plateaux pour servir le café, des brûle-parfums. Il avait tant de commandes qu'il passait des nuits à marteler les pièces que ses clients attendaient. Il habitait rue Bab-el-Oued et, plus tard, rue Scipion (Khedar- Bacha). Eliaou d'abord, puis Messaoud ensuite, lui succédèrent.

Abraham, Chaloum et Jacob Chekler, ses arrière-petits-fils, continuent maintenant son industrie.

Amran et Isaac Cohen, bijoutiers en or.

Moïse Dahan travaillait l'argent.

Moïse et Mimoun Driguès faisaient la bijouterie d'or. Moïse habitait rue Sainte.

Maklouf Fitoussi, bijoutier venu du Souq-es-Siagha, mourut, il y a longtemps, dans la Msid-Dalia {rue du Lézard).

Aron Jaïs faisait de l'argenterie dans une petite ruelle près d'Es-Seyyaghine, qu'il quitla pour aller rue Porte-Neuve.

Isaac, Élie, Moïse, Josepli, Chalabi et Bouchlaghem Hadjadj.

Élia Hanoun.

David Hassto.

Salomon et Jacob Kespi.

Baruch Lelloiche était bijoutier. Après avoir quitté la ruelle où îl exerçait son métier avant 1830, il s'installa rue Sebâa-Leouyale (rue Sainte). /"*

Klinou Lelloi;che faisait des pièces d'orfèvrerie mm»,

en argent. 11 quitta la ruelle qu'il habitait dans le Souq pour prendre une boutique dans la rue Porte-Neuve, où il mourut avant 1870.

Moïse, Jacob et Judas Lelloixhe, orfèvres, s'installèrent, après la démolition du Souq-es-Siagha, où ils travaillèrent, dans la rue de Nemours (Hammam-el-Belat, bain de l'Ardoise).

Simon Lévy-Valensi , joaillier, habita les mêmes rues que le précédent.

Mesc.I'ICHE était ciseleur, comme Jaïs, mais il n'avait pas la même habileté. 11 quitta la ruelle qu'il habitait et se fixa dans la rue Porte- Neuve (Zenqal-el-Haschia, rue du Ruban).

MarookaJ, fileur d'or, rue Porte-Neuve.

Aron et Moïse Moatti vendaient des bijoux ornés de pierres précieuses. Ils vinrent impasse Bosn. On retrouve, en 1841, un Rochemin Moatti, installé à la galerie Duchassaing.

Joseph Moha, argentier, habitait primitivement le Souq. Il s'installa ensuite rue Sainte (Sebâa-Leouyale, les Sept tournants).

Mardoché, Salomon et Moïse Moha étaient joailliers-orfèvres dans le Souq-es-Siagha. Ils s'installèrent plus tard rue Blondel, avec David Morali.

David Molko était joaillier dans une ruelle, hors du Souq. Plus tard, il transféra sa boutique maison Lehlou (Dar-Lehlou), rue du Vieux-Palais.

David Morau était l'associé de Mardoché Moha. Il avait son

magasin dans le Souq et, plus tard, dans la rue du Beurre (Maghazen-Dar-el-Agha, magasins de la maison de l'Agha), à l'endroit appelé Souïqa.

Moïse Morali habitait une ruelle de Seyyaghine, avant la conquête. Il vint exercer ensuite son métier d'argentier dans la rue Sainte (rue Sebâa-Leouyate).

Moïse Mulkoz était bijoutier du dey.

Mardoché et Moïse Nahon, bijoutiers.

Chaloum Narroni était fils d'Abraham Narboni. Nous ne connaissons pas sa première adresse. Il était installé, après la conquête, dans la Zenqat-el-Fehamine (rue des Charbonniers, donnant rue Bisson). Jacob Narroni était joaillier dans le Souq-es-Siagha et, plus tard, dans la rue du Beurre (Souïqa).

Moïse Narroni exerçait la même profession aux mêmes endroits que le précédent. Il perdit sa fortune en spéculant sur des terrains. Tous les trois ans, Narboni exécutait, avec les deux Sanguinetti, les pièces destinées au sultan de Constantinople.

Joseph et Moïse Oualid, orfèvres d'abord dans le Souq, le furent plus tard, l'un à Hammam-Fouïta et l'autre dans la rue de Nemours (Hammam-el-Bela t) .

Joseph Ouzilou.

Haïm Saada faisait de l'orfèvrerie dans une ruelle et, plus tard, dans la maison Lekeharia, rue de Chartres. Ses spécialités étaient les garnitures de cheval, les khalkhals et les bzaïms.

Ruben Sadoun habitait le Souq, où il travaillait l'orfèvrerie. Il s'installa ensuite rue du Lézard, dans la Msid-Dalia. Il mourut en

Salomon et Ichoua Sadoun, fils du précédent, vivaient avec lui et moururent dix ans après, 42, rue Juba, laissant leur maison à leur frère David, auquel ont succédé Éliézer, Aron et Moïse.

Abraham Sanguinetti, bijoutier du dey, était né à Gênes. C'était lui qui approvisionnait son harem de colliers et de boucles d'oreilles enrichies de brillants. Il habitait Sidi-el-Kyder (rue Bisson, n° 3), une maison qui a été démolie. Mais on n'y voyait aucun étalage. Pas de vitrine pour arrêter les acheteurs. Tout était renfermé dans des coffres-forts, afin de ne pas tenter les passants. Pendant trois ans, il travailla, avec son frère Judas, dans une cave. Leur habileté était très grande. L'agha Yaya Hara, général en chef du dey, qui

avait sa campagne à Telemly (aujourd'hui le couvent du Sacré- Cœur), leur faisait exécuter des parures, et pour empocher que Ton ne prtt leurs modèles, il postait des sentinelles à leur porte. Quant à lui, il regardait ses ouvriers pendant toute la durée de leur travail, peut-être par admiration, peut-être pour être sûr que les lingots et les pierres qu'il fournissait ne fussent pas changés.

Abraham Sanguinetti faisait aussi l'estimation des bijoux du dey. Tous les trois ans enfin, Moïse Narboni se joignait à son frère Chaloum Narboni pour exécuter avec lui les objets que le dey envoyait au chef de la Sublime Porte. C'étaient surtout de riches tabatières ornées de diamants, et des montres ornées de pierres précieuses, et dont le mouvement, sinon la cuvette, ve.nait d'Europe.

Au moment de la conquête, Sanguinetti avait reçu du dey une commande très importante pour un service à café, en or, qui ne fut jamais livré.

Chaloum-Lévy Schebat habitait le Souq-el-Attarine (rue Vialar et rue Porte-Neuve). La bijouterie n'était qu'un accessoire dans son commerce de drogueries et de fournitures pour les orfèvres.

Abraham Solal. Son principal commerce était la revente des bijoux fabriqués par les orfèvres.

Jacob Soussy, bijoutier du Souq-es-Siagha , s'installa dans le marché neuf ou Souq-el-Djedid (rue Vialar).

Abraham et Amran Stora fabriquaient surtout des bijoux d'or,

Joseph Sudaka, bijoutier et orfèvre, habita les mêmes endroits que le précédent. Il faisait le commerce des métaux précieux, des diamants et aussi des tissus. Il mourut en 1871.

Messaoud Sudaka habitait le Souq-es-Siagha, où il faisait de la joaillerie. Il vint plus tard rue Vialar, dans le Souq-el-Djedid.

Samuel Sudaka frappait les monnaies soltanis dans la maison du bey. Il faisait aussi des bijoux en or et vendait des diamants. Un Arabe le fît appeler un jour rue Pompée, sous prétexte de choisir des bijoux pour la corbeille de sa fille, qu'il mariait. Il emporta avec lui 80.000 francs de diamants. Attiré dans un véritable guet-apens, il y fut assassiné. On ne trouva jamais trace des diamants. Cela se passait un mois avant la conquête. Samuel Sudaka était le grand-père d'Éliaou Sudaka, auquel, de nos jours, Salomon Belaïche a succédé.

Abraham Tabet, joaillier du Souq-es-Siagha, transféra son magasin dans la Zenqat-el-Fehamine, un tronçon de la rue Bisson.

Éliaou Temime s'installa comme joaillier, après la conquête, au bazar Tirrari, dans la rue de Chartres.

Joseph et Jacob Trigano étaient des orfèvres installés au Souq. Ils faisaient surtout des pièces d'argenterie. Plus tard, s'étant fixé rue Sainte, Joseph assistait El-Mandani, l'un des derniers aminés depuis la conquête.

Joseph Tubiana, orfèvre de peu d'importance. Salomon Yalensi, bijoutier en or.

Mardoché Zemour fut un des bijoutiers du Souq - es - Siagha , connu pour son habileté. Il installa plus tard sa boutique dans le nouveau marché, Souq-el-Djedid, à l'endroit où passe aujourd'hui la rue Vialar.

Abraham, Moïse, Jacob et Salomon Zeratt fabriquaient des parures d'or.

Jacob Zermati faisait principalement des bijoux d'argent. Après 1830. De tous les orfèvres que nous venons de nommer, bien peu

vécurent assez longtemps pour voir l'installation du Contrôle et do la Garantie.

Dauvergne fut le premier orfèvre français qui s'établit en Algérie après 1830. Il venait d'Avignon. Sa spécialité était l'achat des diamants et des pierres fines aux Arabes. Ce furent des spéculations très heureuses. Il demeurait, en 1832, rue Bab-el-Oued, en face de la Djenina, où il faisait des bijoux pour les Européens.

Louis Orfila, un Espagnol sans doute, figure également sur Y Annuaire de 1832 comme orfèvre installé rue Bab-el-Oued. L'Almanach algérien de 1842, rédigé et publié par M. Lafontaine,

commissaire central de police, indique comme ™nmk*Ei5sfyE bîJoutiers de cette époque, sans tenir compte des

deux noms cités plus haut :

Aaron dit Samuel, rue du Divan, 51 ; Berthaud, rue Bab-Azzoun ; Dritch, Moïse, rue Sainte ; Laurent, rue de Chartres ; Martin, rue Jénina, 2 ; Mardoché Amar, rue Juba, 38 ; Rachmin (Moathi), israélîte, galerie Duchassaing, rue Bab-Azzoun ; ÊUaou(Léon). Saïd Sadoun, rue Juba, 42 ;

Jamsih, Jacob, rue Juba, 56;

Moïse Seror, rue du Divan, 51 ;

Dauvergne est indiqué dans cet almanach comme demeurant 178, rue Bab-Azzoun.

L'Annuaire de V Algérie de 1849, par Artus Douta.

Mayeux, mentionne quelques noms nouveaux :

Colombard, rue Neuve-du-Commerce ;

Garot, rue Bab-el-Oued ;

Pinard, rue Bab-Azzoun;

Rochas, rue Mahon :

Vauthier, rue Duquesne, 20 (procédé Ruolz).

Dans V Annuaire général de V Algérie, par Tombarel (Bastide, 1850), nous relevons encore :

Cachot ;

Daniel, rue des Trois-Couleurs ;

Geyser, rue Bab-Azzoun ;

Roques, place Mahon ;

Leriche, rue du Soudan ;

Woumard, rue Bruce.

Comme on le voit, bien peu de noms de bijoutiers indigènes figurent sur ces listes, qui contiennent surtout les noms des Européens venus se fixer à Alger.

Mais bientôt une nouvelle période commença. Elle fut caractérisée Eugène

par la fusion de l'art purement indigène avec l'art des ouvriers européens. Le bijoutier le plus important de cette époque de transition fut Eugène Dorez. C'était le fils d'un orfèvre parisien. Lui-même avait été ouvrier dans la maison Pays, joaillier de la Couronne, établie alors rue Saint-Honoré. En 1844, il vint tenter la fortune à Philippeville et entra au service d'un entrepreneur de constructions. Il tomba malade et fut conduit à Alger, où il se rétablit. Il remarqua qu'il était le seul Européen capable de faire de la bijouterie, et il entra chez l'orfèvre Aaron, israélite associé avec un Allemand, nommé Fleisch. Aaron et Fleisch partirent pour la Tripolitaine ; Eugène Dorez resta à Alger, et, s'étant installé rue Sogdjema, il sut conserver pour lui la clientèle de ses anciens patrons.

Avec un goût très raffiné, il fit des bijoux dans le style arabe et procédant de la fabrication française. Sa renommée se répandit vite. En 1855, il occupait 40 ouvriers. Il se trouvait parmi eux un bon

Dorez.

nombre de victimes du coup d'État, placées sous la surveillance de la haute police. Comme c'étaient de très habiles ouvriers, Dorez se porta caution pour eux et les garda sous sa responsabilité.

Au premier voyage de Napoléon III dans l'Afrique française, Dorez fut chargé d'exécuter les clefs de la ville d'Alger, que la municipalité devait offrir à l'empereur. Elles étaient en acier forgé par un ouvrier très habile, nommé Subra, venu de Lyon pour exécuter ce travail.

Il fit aussi, à la même époque, les garnitures des selles des chevaux offertes par les trois provinces. Les étriers, les éperons et la muselière furent forgés par Subra. Dorez se chargea personnellement de la damasquinure.

Parmi les présents se trouvaient encore, pour le prince impérial, des œufs d'autruche montés en argent et gravés par un excellent ouvrier, qui avait eu la faiblesse, peu de temps avant, d'utiliser le balancier de Dorez pour fabriquer de la fausse monnaie. Comme le cas n'était pas grave, puisqu'il ne s'agissait que de pièces de un et de deux sous, il fut autorisé à sortir de prison pour venir travailler dans l'atelier de son patron, et l'empereur lui fit grâce, à raison de son habileté.

Au deuxième voyage de Napoléon III, le consistoire israélite de la ville d'Alger commanda à Dorez le chasse-mouches de l'impératrice. C'était un objet superbe. On avait, pour la circonstance, recherché les plus belles plumes d'autruche. Il les fallait intactes et d'une blancheur éclatante, n'ayant subi aucune préparation. Ce fut Tuggurt qui les fournit. Elles coûtaient plus de cent francs pièce. L'éventail, dessiné par le peintre Lazerges, fut exécuté avec une grande richesse. Au centre, d'un côté, un miroir rond, orné d'émeraudes, de rubis et d'une couronne de perles ; au revers, dans un disque d'émail bleu, le sceau de Salomon : deux triangles renversés l'un dans l'autre, formant une étoile à six pointes, avec une grosse émeraude au centre.

Le manche était un canon de corail, cannelé d'or ; à sa partie supérieure, deux branches formant des arabesques, entre lesquelles brillait la couronne impériale. Au bas, une boule en or mat, semée d'étoiles de diamants, sur laquelle était fixé un anneau enrichi de rubis et d'émeraudes. Ce chasse-mouches coûta, dit-on, une quarantaine de mille francs. Ce magnifique cadeau était renfermé dans un bel écrin de maroquin.

Enfin, l'habile artiste fut encore l'auteur de la truelle et du marteau qui ont servi pour la pose de la première pierre du boulevard de la République (anciennement boulevard de l'Impératrice).

Vers 1860, Dorez se mit à fabriquer des bijoux fort recherchés des touristes et des voyageurs européens. Il les composait de plusieurs parties, la principale en argent et toutes les autres en maillechort.

Cette fabrication mixte comportait presque toujours des pièces de monnaie arabes, égyptiennes, turques, tunisiennes ou marocaines. Les étrangers, séduits par le cachet original et le bon marché de ces bijoux, en achetaient beaucoup. Deux correspondants de Dorez en vendaient aussi à Paris. Le premier, Sadoun, habitait boulevard des Italiens; le second, Bacri, rue de Rivoli, hôtel du Louvre. Le Contrôle s'inquiéta de savoir s'il ne fallait pas exiger qu'un bijou fût fait d'un seul métal, ou si les combinaisons de divers métaux étaient permises.

La vente des objets en argent et maillechort était tolérée à Paris, mais elle pouvait néanmoins être interdite à Alger. Malgré les observations du Contrôleur, Dorez, vu son talent, fut autorisé, par ordre de l'Administration supérieure, à continuer cette fabrication.

Tout en conservant le style arabe, Dorez créa de nouveaux modèles. Avec un goût très sûr, il fît des aiguières entremêlées de corail, rehaussées de pierres précieuses, enchâssées de rubis et d'émeraudes.

Après avoir été, pendant de longues années, le plus important des orfèvres de l'Algérie fabriquant des bijoux indigènes, Eugène-Pierre- François Dorez mourut à Alger, le 7 avril 1896, entouré de l'estime générale.

Deux de ses fils, Emile et Ernest, tiennent aujourd'hui son magasin, boulevard de la République. De toutes les contrées de l'Orient, leur viennent les bijoux qu'ils exhibent derrière des vitrines où étincellent des diamants, des émeraudes, des rubis et des saphirs, qui jettent leurs feux multicolores aux yeux éblouis des passants.

A l'époque où Eugène Dorez vint s'installer à Alger, il existait Révolte quelques orfèvres qui survécurent à l'installation du Contrôle. Nous des Israélites.

devons mentionner d'abord Samuel Emy. C'était un israélite parlant français et arabe, qui avait une boutique de bijoutier dans la rue de la Marine. Il rompit avec l'arbitraire, et, abandonnant les vêtements noirs que lui imposaient les Turcs, il porta un turban blanc et le même costume que ses oppresseurs. Assailli un jour dans la rue

L ORFEVREIUE ALGERIENNE ET TUNISIENNE

Les poinçons

des

orfèvres.

par des musulmans mécontents, il joua des pieds et des mains et fit comprendre à ses agresseurs, par des arguments irrésistibles, que les israélites étaient soustraits désormais à leur tyrannie.

Depuis rétablissement de la Garantie, il est prescrit à chaque orfèvre d'avoir un poinçon de maître, portant deux lettres initiales de son nom et un symbole à son choix. Ce poinçon doit être insculpé sur une planche de cuivre, à la Mairie ou à la Préfecture. L'insculpation au Contrôle n'est plus aujourd'hui obligatoire.

L'orfèvre est tenu d'appliquer son poinçon sur tous les ouvrages qu'il commence, de telle façon que la confection de l'objet ne le fasse

pas disparaître. Quand ces ouvrages sont suffisamment avancés, il doit, avant de les finir, les présenter au bureau du Contrôle.

Voici les noms des autres orfèvres qui, avec Dorez,

Pinard et Émy, ayant vu l'installation de la Garantie

en 1859, sont morts depuis, ont disparu ou ont cessé

leur commerce. Nous donnons cette liste, relevée

sur les registres de la Garantie, dans l'ordre de date de l'insculpation

des poinçons et avec l'orthographe des noms, telle qu'elle est indiquée

sur les registres de la Garantie.

POINÇON DE MAlTUK INDIGÈNE

(dopais 1859).

DATE

16 août 1859.

NOMS

Youcef Moha. . . .

Mouchi Morali. . .

Liaou Schbklbr . .

Simon Fitoussi. . .

David Tabet . . . .

Chalabi ben Chi-

moun

Moïse Naoun. . .

Attoun et Sudaka.

Samuel ben Danan.

Éliaou Zeratti. . .

Aïem Saada . . .

M'Habed ben Mou

barek

Komiato Soussy .

Joseph Cutayard.

Moïse Seror . . .

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